Complémentarité banque-microfinance
et intermédiation financière
dans l’UEMOA 1
Bank-microfinance Complementarity
and Financial Intermediation in WAEMU
Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou*
Cet article est l’une des premières études économétriques de l’effet de la complémentarité
banque-microfinance sur l’intermédiation financière dans l’UEMOA. Nous recourons à la
méthode FMOLS en panel pour régresser sur la période 1980-2019 les variables d’intermé-
diation financière (crédits, dépôts, profondeur financière) sur un indicateur de la complé-
mentarité banque-microfinance et diverses variables de contrôle. Les résultats montrent que
l’effet de la complémentarité banque-microfinance, en termes relatifs, accroît l’intermédia-
tion financière dans l’UEMOA. L’étude recommande l’approfondissement des relations de
dépôts et de crédits entre les banques et les institutions de microfinance (IMF), la réduction
de la concurrence entre les banques et les IMF et le renforcement de la viabilité financière des
IMF, en vue d’accroître la surface d’intermédiation financière dans l’UEMOA.
Mots-clés : complémentarité, banque, microfinance, intermédiation finan-
cière, FMOLS.
*
Département des sciences économiques et développement, Université Alassane
Ouattara de Bouaké, Institut Universitaire d’Abidjan – 01 BP 12159 Abidjan 01
(Côte d’Ivoire).
Courriel : [email protected]
1
Nous tenons à remercier l’évaluateur anonyme et l’un des éditeurs de la revue
pour les remarques et suggestions qui ont permis d’améliorer la qualité de ce
travail.
DOI: 10.3917/edd.343.0005 5
6 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
This article is one of the first econometric studies of the effect of bank-microfinance com-
plementarity on financial intermediation in WAEMU. We use the FMOLS panel method to
regress over the period 1980–2019 the financial intermediation variables (loans, deposits,
financial deepening) on an indicator of bank-microfinance complementarity and various con-
trol variables. The results show that the effect of bank-microfinance complementarity, in
relative terms, increases financial
intermediation in WAEMU. The study recommends deep-
ening deposit and loan relationships between banks and microfinance institutions (MFIs),
reducing competition between banks and MFIs, and strengthening the financial viability of
MFIs, with a view to expanding the area of financial
intermediation in WAEMU.
Keywords: Complementarity, Bank, Microfinance, Financial intermedia-
tion, FMOLS.
Codes JEL : D23, G21, L31.
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 7
1 INTRODUCTION
Dans la plupart des pays en développement (PED), l’essor de la microfi-
nance ou système de financement décentralisé (SFD) fait suite à l’incapa-
cité de la technologie bancaire à jouer un rôle efficace d’intermédiation en
faveur des groupes à faible revenu. Se présentant comme une réponse à
cette exclusion financière, la microfinance, née il y a plus de 40 ans, a joué
un rôle clé dans la collecte de l’épargne (micro-épargne), la fourniture de
fonds (microcrédit) et de services d’assurance (micro-assurance) aux per-
sonnes à faible revenu. Aujourd’hui, elle est devenue une forme importante
d’intermédiation financière (Nsabimana, 2004). Depuis, la preuve de la ca-
pacité des pauvres à rembourser les prêts octroyés par les IMF (Morduch,
1999) a poussé les banques commerciales à cibler la microfinance comme
une nouvelle niche permettant d’accroître leur rentabilité face à la réduc-
tion progressive de leurs marges (Westley, 2006). Dans l’UEMOA, une telle
implication des banques en microfinance a développé une situation de
concurrence au profit des banques commerciales et au détriment des IMF.
En effet, le réseau bancaire a poursuivi son extension avec un doublement
du bilan total des banques de l’UEMOA, de 2011 à 2018 (Cabinet Finactu,
2018). Dans le même temps, nous avons assisté à une réduction du nombre
d’IMF au sein de l’union. Selon les chiffres de l’UEMOA, le nombre de SFD
dans l’UEMOA était de 507 unités à la fin du mois de juin 2019.
Malgré l’intérêt des banques commerciales pour la microfinance,
l’offre bancaire demeure insuffisante dans l’UEMOA, en termes d’offre
de crédits. Le volume de crédits accordés à l’économie, en pourcentage du
PIB, y demeure faible : 30 % contre 108 % au Maroc, 155 % en France,
60 % en Inde (Banque mondiale, 2016). Une telle faiblesse de l’offre de
crédit dans l’UEMOA est du même ordre que dans la zone CEMAC (26 %),
au Nigéria (27 %), au Kenya (43 %) et plus généralement en Afrique sub-
saharienne (31 %) 2. Face à cette faiblesse de l’intermédiation financière,
d’autres auteurs, comme Lelart (2002), Nsabimana (2004) et Doumbouya
(2008) promeuvent plutôt la complémentarité entre les deux secteurs, sous
forme de partenariats institutionnels. Selon eux, cette complémentarité
banque-microfinance peut induire l’approfondissement financier et l’élar-
gissement de la surface d’intermédiation financière dans les PED. Cela
s’explique par l’effet d’apprentissage réciproque que génère la combinaison
2
Le fait que la moyenne UEMOA ne diffère pas du reste de l’Afrique montre que
la présente étude pourrait aussi être utile dans ces pays.
8 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
des activités bancaires et microfinancières : tandis que les banques for-
melles apprennent l’intermédiation de proximité, les IMF s’initient aux
savoirs bancaires (Mayoukou, 1999). Dans l’UEMOA, les faits stylisés sur
la période 1980-2019 mettent en évidence une hausse de la complémen-
tarité banque-microfinance mais la corrélation entre la complémentarité
banque-microfinance et l’intermédiation financière n’est pas univoque :
l’on constate d’abord une corrélation négative entre les variables d’inter-
médiation financière (dépôts, crédits, profondeur financière) et la complé-
mentarité banque-microfinance et ensuite une corrélation positive entre
ces deux grandeurs.
Cette évolution contrastée conduit à se demander si la complémenta-
rité banque-microfinance permet réellement d’élargir la surface d’intermé-
diation financière dans l’UEMOA. Exprimé autrement, dans quelle mesure
la complémentarité banque-microfinance y affecte l’intermédiation finan-
cière ? Cette question est d’autant plus importante qu’elle n’a été abordée
jusque-là que d’un point de vue théorique. A notre connaissance, il n’existe
pas d’études économétriques portant sur le sujet, du fait de l’absence de
données statistiques sur le nombre de relations de complémentarité banque-
microfinance dans les PED. En puisant à des sources diverses (directions de
la microfinance, rapports de la BCEAO), notre étude a permis de collecter
des données sur la complémentarité banque-microfinance dans l’UEMOA.
Nous distinguons deux indicateurs de complémentarité : un indicateur
absolu et un indicateur relatif. Ce second indicateur, corrigeant le premier
d’un effet de taille, est beaucoup plus pertinent et sera donc retenu.
Notre objectif principal est alors d’analyser de façon rigoureuse, via
l’outil économétrique, l’effet de la complémentarité banque-microfinance
sur l’intermédiation financière dans l’UEMOA. De cet objectif découle
l’hypothèse spécifique suivante : la complémentarité banque-microfinance,
appréhendée en terme relatif, affecte positivement l’intermédiation finan-
cière (crédits, dépôts, profondeur financière).
Cette étude de l’effet de la complémentarité banque-microfinance sur
l’intermédiation financière dans l’UEMOA est un enjeu de développement
économique dans la mesure où elle pourrait expliquer les différences de
développement financier entre pays et fournir des clés pour l’élaboration
de politiques d’élargissement de l’intermédiation financière dans les PED.
Cet article s’articule comme suit : après la revue de littérature théorique
et empirique (section 2), nous présentons la méthodologie économétrique
d’estimation (section 3) ainsi que les résultats et leurs interprétations
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 9
(section 4). La section 5 conclut l’article et fait des recommandations de
politique économique.
2 REVUE DE LITTÉRATURE THÉORIQUE
ET EMPIRIQUE
2.1 Revue de littérature théorique
Les théories de l’intermédiation financière ont été formulées pour expli-
quer, entre autres, l’existence des banques comme complément au système
des marchés financiers dans le financement des économies. La première
justification de l’intermédiation financière, et donc de l’existence même
des banques, concerne les activités de prêt et de financement exercées
par les intermédiaires. Théoriquement, l’importance des banques se jus-
tifie essentiellement par leur capacité à surmonter les imperfections des
marchés du crédit (Diamond, 1984), à produire de l’information (Leland et
Pyle, 1977) et à produire de la liquidité (Diamond et Dybvig, 1983). Dans
un contexte marqué par les incertitudes (informationnelles, économiques,
institutionnelles), les banques sont supérieures, par rapport aux marchés
financiers, dans le traitement de projets bancables. Toutefois, cette inter-
médiation bancaire rencontre des limites face à des projets caractérisés par
les facteurs suivants : les demandes de crédit portent sur des montants
faibles ; leurs promoteurs sont des emprunteurs à faibles revenus qui ne
sont pas en mesure de fournir des documents formels (états financiers,
fiches de salaires, etc.) sur leurs projets et/ou des garanties matérielles suf-
fisantes ; ils opèrent dans un cadre informel.
Dans ces configurations, les banques formelles sont incapables d’assu-
rer la bonne sélection des clients et la surveillance des projets financés.
Elles peinent également à garantir la déclaration des résultats nets des
projets et à inciter au remboursement des crédits accordés. Autrement dit,
compte tenu de la taille des prêts, les coûts de sélection adverse, d’aléa mo-
ral et de transaction (coûts de sélection, de surveillance et d’incitation au
remboursement) sont trop élevés pour que l’activité soit rentable pour une
banque (Hermes et Lensink, 2007). C’est pourquoi les banques tendent à
exclure les emprunteurs nécessitant des prêts de faible montant, ayant de
faibles revenus ou opérant dans le cadre informel avec peu de documents
officiels. C’est cette exclusion financière qui a conduit à la création de la
microfinance. Cette exclusion financière par les banques classiques est due
10 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
principalement à l’absence de garantie matérielle capable de résoudre les
problèmes informationnels (aléa moral, sélection adverse) et aux coûts éle-
vés liés aux faibles montants des crédits. Ainsi, les IMF tiennent leur exis-
tence des limites de l’intermédiation bancaire.
Pour surmonter les problèmes informationnels, la microfinance recourt
à différentes caractéristiques contractuelles : la responsabilité jointe basée
sur les groupes de prêts (Ghatak et Guinnane, 1999) ; les incitations dyna-
miques (Armendáriz de Aghion et Morduch, 2000) ; plus récemment, une
combinaison de ces deux caractéristiques. La technologie d’intermédiation
utilisée par la microfinance fondée sur le système de prêt de groupe, la
substitution de la garantie sociale à la garantie matérielle, le contrôle par
les pairs, permettent de résoudre ces problèmes informationnels et d’incer-
titude, à un coût relativement faible pour le prêteur. Les travaux sur le prêt
de groupe ont abondamment établi la manière dont les IMF arrivent à ré-
duire les risques de sélection adverse en se basant sur les caractéristiques
sociales du milieu (Ghatak, 1999). La surveillance par les pairs permet de
gérer le problème d’aléa moral (Armendáriz de Aghion, 1999). En fin de
compte, la technologie d’intermédiation employée par les banques permet
de financer les économies en résolvant les problèmes d’asymétries d’infor-
mation et d’incertitudes. La technologie d’intermédiation utilisée par les
IMF permet de financer les exclus du système bancaire classique.
D’autres études mettent en avant la plus-value d’une complémenta-
rité banque-microfinance en termes d’élargissement de la surface d’inter-
médiation de l’ensemble du système bancaire, c’est-à-dire sa capacité à
mobiliser des dépôts et à accorder des crédits à l’économie pour une crois-
sance économique plus forte. Ces études prennent appui sur les analyses
des rapports banque-finance informelle dans les PED sous l’angle des
liens de dépôts et de crédits. Dans l’approche néoclassique, les relations
banque-finance informelle sont concurrentielles du fait de la segmentation
du marché du crédit (Mc Kinnon, 1973 ; Shaw, 1973 ; Galbis, 1982). Dans
l’approche néostructuraliste, elles sont complémentaires (Van Wijnbergen,
1983 ; Acharya et Madhur, 1983). En s’appuyant sur ces travaux, Diaw
et Keita (2004) analysent l’effet de la relation banque-microfinance sur le
financement des économies du point de vue des liens de dépôts et de cré-
dits entre ces deux institutions. Ces liens de dépôts et de crédits sont soit
concurrentiels, soit complémentaires.
Délaissant la concurrence potentielle entre les deux secteurs,
Nsabimana (2004) se focalise essentiellement sur la complémentarité
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 11
banque-microfinance, sous forme de partenariats institutionnels. Cette
complémentarité est, selon lui, à l’origine de l’approfondissement finan-
cier dans les économies en développement. En effet, les IMF ne créant
pas la monnaie, elles dépendent des dépôts pour leur activité de crédit.
L’articulation avec des banques bénéficiant d’une couverture de la banque
centrale leur permettrait de dissocier leurs possibilités de crédit avec le
niveau de leurs dépôts. Les relations financières entre les banques et les
IMF passent donc également par les lignes de crédit. En effet, moyennant
une sélection minutieuse et un apprentissage mutuel, les banques ouvrent
des lignes de crédit aux institutions de microfinance grâce auxquelles elles
atteignent une clientèle qu’elles ne peuvent atteindre seules à cause de
leur organisation très centralisée et de l’inadéquation de leurs approches
en matière de crédit. Ce type de relation permet de générer une offre de
crédits avec des coûts de transaction faibles et d’atteindre des taux de rem-
boursement élevés, dont bénéficient les institutions de microfinance.
Plus spécifiquement, la coordination entre ces deux secteurs améliore
le financement en faveur des activités rurales et des microentreprises
(Nsabimana, 2004 ; Doumbouya, 2008). Elle conduit également à une évo-
lution des conditions d’offre de services des institutions impliquées afin
d’améliorer l’accès des PME au financement (Lelart, 2002). Cela s’explique
par l’effet d’apprentissage que génère la combinaison des activités ban-
caires et microfinancières : tandis que les banques formelles apprennent
l’intermédiation de proximité, les IMF s’initient aux savoirs bancaires
(Mayoukou, 1999). La complémentarité banque-microfinance, mise en évi-
dence à travers la spécificité des mécanismes d’intermédiation des deux
secteurs, se justifie par la complémentarité de leurs technologies d’inter-
médiation et le souci de capitaliser les avantages comparatifs de chaque
secteur (Fall, 2009).
Des travaux mettent en évidence les différentes modalités de com-
plémentarité banque-microfinance. Lopez et Rhyne (2003) recensent ici
quatre schémas : l’unité intégrée, la filiale autonome (filiale financière),
la société de service en microcrédit et les alliances stratégiques. Les trois
premières stratégies correspondent à la voie directe (downscaling) qui
consiste pour la banque à descendre en gamme de clientèle pour atteindre
une niche de clientèle à revenu plus faible (Segrado, 2005). Les alliances
stratégiques constituent la voie indirecte d’intervention des banques en
microfinance et consistent en divers types de partenariats banques-insti-
tutions de microfinance (IMF) qui peuvent être de nature institutionnelle,
financière, technique ou hybride (Fall, 2009). Dans ces alliances, la banque
12 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
noue un contrat de partenariat avec une IMF bien établie et dotée d’un
réseau étendu, d’une bonne réputation et d’états financiers équilibrés.
Elles désignent une montée en gamme de clientèle des IMF vers le secteur
bancaire (upscaling).
Différentes approches théoriques ont été mobilisées pour expliquer
cette complémentarité banque-microfinance. L’approche de la comptabi-
lité monétaire, formulée par Sodokin (2007), explore la complémentarité
banque-microfinance sous forme d’une relation verticale structurant le
système bancaire dans les PED, non pas en termes de dualisme financier,
mais selon une structure atypique en deux paliers : la banque centrale
(premier palier) et le duo banques commerciales-microbanques (deuxième
palier) finançant conjointement les firmes et les microfirmes. L’approche
régulationniste de Fall (2012) applique la théorie de la firme J d’Aoki à la
complémentarité banque-microfinance. En se basant sur la double oppo-
sition spécialisation versus apprentissage et contrôle hiérarchique versus
coordination horizontale, cette approche identifie la banque comme une
firme A et l’IMF comme une firme J. Leur complémentarité, de type insti-
tutionnel, traduit une division du travail dans l’activité d’intermédiation
financière : la banque est plus efficace lorsqu’elle se spécialise dans l’acti-
vité bancaire, et l’IMF est plus efficace lorsqu’elle se spécialise dans son
métier de microfinancement. L’approche de la coopération de Richardson
(1972) est mobilisée par Fall (2011) pour analyser la complémentarité
banque-microfinance en termes d’activités semblables ou complémen-
taires, de profitabilité mutuelle et d’investissements conjoints.
2.2 Revue de littérature empirique
La plupart des études empiriques se focalisent essentiellement sur la fai-
blesse de l’intermédiation financière dans l’UEMOA, sur les facteurs expli-
catifs de la réticence des banques commerciales à prêter aux microentre-
preneurs et sur l’efficacité des IMF dans l’intermédiation financière. Le
cabinet Finactu (2018) a étudié les caractéristiques du paysage bancaire de
la zone UEMOA en utilisant des données de la Banque mondiale sur la pé-
riode 2000-2016. L’étude met en évidence un trop-plein de banques au sein
de l’UEMOA où, pour un million de personnes bancarisées, il existe deux
fois plus de banques qu’en Afrique du Sud ou au Maroc. Plus largement,
en 2016, il y avait 5,4 banques pour un million de personnes bancarisées en
zone UEMOA contre moins de 2 au Brésil et 5 en France. Ensuite, l’ana-
lyse montre paradoxalement que ce trop-plein de banques ne va pas de pair
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 13
avec une offre suffisante de crédits bancaires. Le volume de crédits accor-
dés à l’économie, en pourcentage du PIB, demeure faible dans l’UEMOA :
30 % contre 108 % au Maroc, 155 % en France et 60 % en Inde (Banque
mondiale, 2016). De nombreux obstacles peuvent expliquer cette situation :
faiblesse et précarité des revenus, absence de filets sociaux, problème des
titres fonciers, faiblesse du système judiciaire de recouvrement, etc.
Des études empiriques, comme celle de Jenkins (2000), s’intéressent
aux raisons de la défiance des banques commerciales dans le financement
des microentrepreneurs. En utilisant des données sur 23 pays d’Afrique
subsaharienne et de l’OCDE pour la période 1990-1996, Jenkins identi-
fie les facteurs suivants : les frais administratifs, le manque de réseau de
proximité, le manque de personnel spécialisé dans les activités microfinan-
cières. Cette étude montre également l’existence d’une corrélation posi-
tive entre le montant de la garantie exigée par les banques commerciales
des petits emprunteurs et le taux des impayés. En conséquence, malgré
l’exigence de garanties matérielles, les banques commerciales tendent à
exclure les petits emprunteurs de leur offre de crédits. En effet, comptant
sur la garantie en cas de non-remboursement, les banques commerciales
exercent moins de surveillance, une fois le crédit octroyé, ce qui accentue
la sélection adverse et l’aléa moral parmi les emprunteurs.
D’autres études empiriques analysent l’intermédiation microfinan-
cière comme une alternative efficace face aux limites de l’intermédiation
bancaire. Une étude de l’UEMOA (2002) sur la période 1996-2000 met en
lumière une augmentation du volume des dépôts collectés par les IMF de
175 %. Cette forte croissance du volume des dépôts s’accompagne d’une
hausse similaire du volume des crédits (168 %) et du taux de pénétration,
c’est-à-dire de la proportion de la clientèle bénéficiaire des services des IMF
par rapport à l’ensemble des ménages, de plus de 200 %. Ces résultats font
des institutions de microfinance des opérateurs économiques performants
et une alternative au secteur bancaire dans la fonction d’intermédiation
(Lelart, 2002). Une étude du Microfinance Information Exchange (2001),
citée par Nsabimana (2004), analyse l’effet de la taille des IMF sur leur effi-
cacité dans l’intermédiation financière (via la minimisation des coûts) dans
le monde. Les résultats montrent que les grandes IMF opèrent plus effi-
cacement que les petites. Nous constatons, également, que les institutions
de grande taille supportent proportionnellement moins de frais de gestion,
grâce à leur réseau de distribution et de gestion, mais qu’elles enregistrent
un coût par emprunteur plus élevé. Ceci s’explique par la différence du
niveau de crédit octroyé par emprunteur.
14 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
Certaines recherches empiriques qui traitent également de l’intermé-
diation microfinancière mettent l’accent sur d’autres facteurs d’efficacité
que la taille des IMF : les prêts groupés, les incitations dynamiques, le
financement séquentiel, etc. Giné et Karlan (2007) démontrent empiri-
quement qu’aux Philippines les prêts personnels, tout comme les prêts de
groupe, sont des facteurs d’efficacité de la microfinance dans sa fonction
d’intermédiation.
Quelques études empiriques ont encore analysé l’effet de la com-
plémentarité banque-microfinance sur l’intermédiation financière sous
l’angle des liens de dépôts et de crédits entre ces deux entités. Ces ana-
lyses cherchent à identifier la nature concurrentielle ou complémentaire
des liens de dépôts et de crédits entre ces deux institutions. En se basant
sur les travaux de Chipeta (1994) consacrés à l’analyse des liens de dépôts
et de crédits entre les banques et la finance informelle au Malawi, Diaw et
Keita (2004) déterminent empiriquement l’existence et la nature de liens
de dépôts et de crédits entre le secteur bancaire et le secteur des SFD au
Sénégal. Recourant à des données d’enquête auprès de 59 opérateurs éco-
nomiques portant sur la période 1986-2000, ils montrent, via une analyse
statistique de données, que la segmentation et la fragmentation du secteur
financier (dualisme financier) sont loin d’être totales, aussi bien dans l’al-
location du crédit que dans la mobilisation de l’épargne. Les liens indirects
de dépôts entre les deux secteurs sont complémentaires. En effet, il existe
une corrélation entre les dépôts bancaires des particuliers et entreprises
privées et les dépôts dans les SFD. L’on observe également une relation de
complémentarité dans les liens de crédits entre les banques et les SFD au
Sénégal. Toutefois, les liens directs de dépôts entre les SFD et les banques
sont peu importants : seule une infime partie de l’épargne traitée par les
banques a été initialement mobilisée par les SFD. En outre, le refinan-
cement des SFD par les banques reste faible du fait des garanties réelles
assez élevées exigées par les banques.
Dans une analyse empirique portant sur la période 1998-2000,
Nsabimana (2004) établit que dans l’UEMOA, dans une certaine mesure,
les IMF sont des collecteurs de dépôts pour le système bancaire, ce qui leur
permet d’assurer une certaine diversification de leur portefeuille. En effet,
les placements des IMF auprès des banques en 2000 s’élevaient à 42 %
de l’ensemble des dépôts collectés. De plus, les placements sont consti-
tués principalement de dépôts à terme (72 %), ceux-ci ayant augmenté de
près de 166 % entre 1998 et 2000. Même si les avoirs en banque des IMF
ne représentaient que 1,2 % des ressources des banques, leur croissance,
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 15
corrélée avec une faible progression du montant des encours de crédits,
fait apparaître une tendance dans l’évolution des relations entre ces deux
secteurs. C’est pour des raisons de sécurité, de rentabilité ou d’insuffi-
sance de capacités de gestion de liquidités que les IMF placent auprès des
banques une partie importante de leurs ressources provenant de dépôts du
public. Les banques, dont la plupart ne disposent pas de structures suffi-
santes pour attirer l’épargne rurale, pourraient avoir intérêt à renforcer
et à mieux structurer ces relations afin d’accroître la mobilisation de cette
épargne.
Toutefois, à notre connaissance, il n’existe pas de travaux empiriques
ayant analysé l’effet de la complémentarité banque-microfinance sur l’in-
termédiation financière sous l’angle économétrique. Une telle étude éco-
nométrique pourrait permettre d’évaluer de façon plus précise l’effet de
la complémentarité banque-microfinance sur le volume des dépôts et des
crédits dans l’UEMOA.
Les études empiriques identifiées analysent l’effet des politiques ban-
caires (répression financière, libéralisation financière) sur l’intermédiation
financière ou la croissance économique. Roubini et Sala-i-Martin (1992),
évaluant l’effet de différents indicateurs de répression financière sur la
croissance dans 60 pays pour la période 1960-1985, mettent en évidence
des liens négatifs. Demetriades et Luintel (1996a, 1996b, 2001) estiment
des modèles à correction d’erreur dans les cas respectifs du Népal, de l’Inde
et de la Corée du Sud, et trouvent que les indices de répression financière
ont un effet négatif sur l’intermédiation financière en Inde, et un effet
positif sur le développement financier au Népal et sur le volume des crédits
bancaires en Corée du Sud. Nous adaptons les modèles économétriques dé-
rivés de ces travaux à notre analyse en remplaçant l’indicateur de politique
financière par un indicateur de complémentarité banque-microfinance.
3 SPÉCIFICATION DU MODÈLE ET PRÉSENTATION
DE LA TECHNIQUE D’ESTIMATION
3.1 Spécification du modèle, description des variables
et des données
Nous nous inspirons des modèles développés par Demetriades et Luintel
(1996a, 1996b, 2001). La forme générale des modèles économétriques
qu’ils utilisent se présente comme suit :
16 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
IDFt = a0 + a1IPFt + G 'Xt + et (1)
avec IDF : indicateur de développement financier, IPF : indicateur de poli-
tique financière, Xt : vecteur de variables de contrôle, G : vecteur de coef-
ficients associés aux variables de contrôle, a0 et a1 : autres coefficients à
estimer et e : terme d’erreur.
En nous appuyant sur ce modèle, et en remplaçant la variable d’inté-
rêt IPF par l’indicateur de complémentarité banque-microfinance (ICBM),
nous écrivons notre propre modèle économétrique de la façon suivante :
IDFit = b0it + b1iICBMit + G 'Xit + eit (2)
Comme proxies de l’indicateur de développement financier, nous recou-
rons à trois variables : M2/PIB : profondeur financière ; C/PIB : taux de
crédits ; De/PIB : taux de dépôts.
La littérature empirique qui traite des déterminants de l’intermédiation
financière identifie les variables suivantes comme variables de contrôle : le
revenu réel par tête ou le taux de croissance du PIB (Demetriades et Luintel,
2001), un indicateur de politique financière (Roubini et Sala-i-Martin, 1992 ;
Demetriades et Luintel, 2001), le stock de capital (Demetriades et Luintel,
1996b), le taux d’intérêt réel (Demetriades et Luintel, 1996a, 1996b, 2001).
Nous y ajoutons d’autres variables de contrôle comme l’ouverture commer-
ciale et le taux d’inflation, pour tenir compte de la structure des économies de
l’UEMOA, fortement ouvertes sur l’extérieur et caractérisées par de faibles
taux d’inflation. On notera INF : taux d’inflation ; FBCF : taux d’investis-
sement ; OC : ouverture commerciale ; TCpib : taux de croissance du PIB.
La variable d’intérêt est l’indicateur de complémentarité banque-
microfinance (ICBM). Étant donné qu’un tel indicateur n’existe pas dans
la littérature, nous le créons en distinguant un indicateur absolu et un in-
dicateur relatif. L’indicateur absolu de complémentarité banque-microfi-
nance (noté IA) traduit le nombre effectif de relations de complémentarité
banque-microfinance. Il rend compte du nombre d’alliances stratégiques
existant entre les banques et les institutions de microfinance. En notant
nb/m ce nombre effectif, nous avons :
IA = nb/m (3)
L’indicateur relatif de complémentarité banque-microfinance
(noté IR) se présente comme le ratio du nombre effectif de relations de
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 17
complémentarité sur le nombre potentiel de relations de complémen-
tarité. Un tel indicateur relatif corrige l’indicateur absolu d’un effet
de taille. Pour en comprendre la logique, considérons deux pays A et B
ayant le même nombre effectif de relations de complémentarité, soit 10.
Supposons que le pays A dispose de 15 banques et de 10 IMF alors que
le pays B a 10 banques et 10 IMF. Dans le pays A, chacune des 10 pre-
mières banques est en alliance stratégique avec chaque IMF de sorte
que 5 banques se retrouvent sans relation avec une IMF. Dans le pays B,
chaque banque est en alliance stratégique avec chaque IMF. Nous pourrons
considérer que l’intensité de la complémentarité banque-microfinance
est plus forte dans le pays B que dans le pays A. En effet, nous calculons
les indicateurs relatifs de complémentarité dans chaque pays de la façon
suivante :
10 10
IRA = = 0, 067 ; IRB = = 0,1 avec IRB > IRA (4)
15 × 10 10 × 10
En notant nb le nombre de banques et nm le nombre d’IMF, le nombre
potentiel de relations de complémentarité banque-microfinance s’écrit
nb × nm. L’indicateur relatif de complémentarité banque-microfinance, pris
en logarithme, s’écrit formellement comme suit :
nb/m
IR = (5)
nb × nm
L’indicateur relatif de complémentarité, corrigeant l’indicateur absolu
d’un effet de taille, est beaucoup plus pertinent. Il sera donc retenu dans
les régressions. Le choix d’un seul indicateur de complémentarité dans les
régressions se justifie également par le fait que le coefficient de corrélation
entre IA et IR est très élevé (0,95). Nous procédons, au niveau de l’étape
économétrique, à la transformation log de IR. Celle-ci se justifie par la nor-
malisation de la distribution de IR et le fait que, ex post, les résultats sont
alors apparus plus significatifs.
En notant aki(k = 1,…, 7 ; i = 1,…, N), bki(k = 1,…, 7 ; i = 1,…, N), et
qki(k = 1,…, 7 ; i = 1,…, N) les coefficients à estimer, les trois équations de
base pour les estimations économétriques s’écrivent comme suit :
Modèle 1
(M2/PIB) it = a 0it + a 1i log(IR it ) + a 2i INF it + a 3i FBCF it + a 4i OC it +
a5iTCpibit + et (6)
18 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
Modèle 2
(C/PIB) it = b 0it + b 1i log(IR it ) + b 2i INF it + b 3i FBCF it + b 4i OC it +
b5iTCpibit + mit (7)
Modèle 3
(De/PIB) it = q 0it + q 1i log(IR it ) + q 2i INF it + q 3i FBCF it + q 4i OC it +
q5iTCpibit + eit (8)
Nous résumons la description des variables ainsi que les signes atten-
dus des régressions dans le tableau ci-dessous :
Tableau 1 : Synthèse des variables de l’étude et signes attendus
Signe
Variables Notation Description
attendu
Ratio du volume de crédits
Crédit à l’économie Variable
C/PIB accordés par les banques
(en % du PIB) expliquée
et les SFD sur le PIB
Ratio du volume de dépôts
Dépôts collectés Variable
De/PIB détenus dans les banques
(en % du PIB) expliquée
et les SFD sur le PIB
Ratio de l’agrégat monétaire M2 Variable
Profondeur financière M2/PIB
sur le PIB expliquée
Ratio du nombre effectif de
Indicateur relatif de relations de complémentarité
IR +
complémentarité sur le nombre potentiel de
complémentarités
Taux d’inflation INF Mesuré par le déflateur du PIB –
Formation brute de capital
FBCF Ratio FBCF/PIB +
fixe (en % de PIB)
Ratio de la somme des
Ouverture commerciale OC importations et exportations +
sur le PIB
Taux de croissance du PIB TCpib Taux de variation du PIB +
Source : auteur, à partir de la littérature économique.
Les données dont nous disposons pour notre analyse consistent en un
panel de sept (7) pays de l’UEMOA (Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina Faso,
Mali, Niger, Bénin, Togo) sur la période 1980-2019 et proviennent principa-
lement de la base de données en ligne de la Banque mondiale (WDI, 2019),
et des données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest
(BCEAO, 2019). Les données permettant de calculer les indicateurs de
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 19
complémentarité banque-microfinance ont été compilées par nos soins
à partir d’une recherche documentaire basée sur différents rapports
successifs de la BCEAO et des directions de la microfinance des pays de
l’UEMOA. Plus précisément, une exploration des données de la BCEAO et
des directions de la microfinance des pays de l’UEMOA a permis d’avoir,
pour chaque pays, le nombre de banques, le nombre d’IMF, ainsi que d’iden-
tifier le nombre de relations stratégiques que les banques entretiennent
avec les IMF.
3.2 Présentation des tests préliminaires
et choix de la méthode d’estimation
Après avoir présenté les statistiques descriptives des variables et les cor-
rélations bivariées, nous décrivons et menons les tests d’homogénéité, de
dépendance interindividuelle, de racine unitaire et de cointégration. Enfin,
nous déterminons la méthode d’estimation utilisée pour nos régressions.
3.2.1 Présentation des statistiques descriptives
et de la matrice de corrélation
Tableau 2 : Résultats des statistiques descriptives
Variables Observations Moyenne Écart-type Minimum Maximum
M2/PIB 280 24,324 9,094 5,179 58,015
C/PIB 280 17,739 8,461 2,651 41,870
De/PIB 280 21,98 2,43 4,99 47,91
IR 280 0,1486 0,4132 0,00891 0,2468
INF 280 18,155 7,920 -8,196 48,342
FBCF 280 4,536 5,384 7,289 32,430
OC 280 1,746 0,135 1,413 2,052
TCpib 280 7,803 7,810 -22,055 56,194
Source : auteur, à partir des données de la BCEAO (2019)
et du WDI (2019).
Un éclairage sur les variables d’intérêt s’impose : la variable M2/PIB
est en moyenne de 24,324 dans l’UEMOA, avec comme minimum 5,179
(Niger en 1998) et maximum 58,015 (Togo en 2018). Le taux de crédits
est en moyenne de 17,739 avec un minimum de 2,651 (Niger en 1997) et
un maximum de 41,870 (Côte d’Ivoire en 1983). Le taux de dépôts est en
20 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
moyenne de 21,98 avec un minimum de 4,99 (Mali en 1981) et un maxi-
mum de 47,91 (Togo en 2019). Nous constatons que, dans l’UEMOA, en
pourcentage de PIB, le volume des dépôts est en moyenne supérieur au
volume des crédits. Cela semble être le reflet du sous-financement et de la
surliquidité bancaire caractéristique de cette zone. Les écarts-types sont
plus faibles que les moyennes, révélant une faible dispersion des valeurs
autour de leur moyenne.
En outre, l’indicateur de complémentarité IR est en moyenne 0,1486
avec un écart-type de 0,4132. Le fait que l’écart-type soit supérieur à la
moyenne dénote une très forte volatilité de cet indicateur relatif. L’intensité
de la complémentarité banque-microfinance varie très fortement d’un pays
à un autre sur la période considérée. Le minimum de cet indicateur est
de 0,00891 (Côte d’Ivoire sur la période 1980-1990) et le maximum est de
0,2468 (Niger sur la période 2011-2019).
L’analyse des corrélations bivariées entre les variables donne :
Tableau 3 : Matrice de corrélation
log(IR) INF FB OC TCpib
log(IR) 1
INF -0,0732 1
FB 0,2272 0,0249 1
OC -0,0392 0,0809 0,1297 1
TCpib 0,0363 0,6878 0,1295 0,0710 1
Source : auteur, à partir des données de la BCEAO (2019)
et du WDI (2019).
Les résultats issus de ce tableau 3 montrent que la majorité des va-
riables sont faiblement corrélées entre elles sauf les variables TCpib et INF
(0,6878). Nous avons procédé au test du VIF (Variance Inflation Factor)
pour lever le doute sur l’existence probable de multicolinéarité. Celle-ci
est, selon l’analyse du VIF, modérée de sorte que l’on peut convenablement
estimer les modèles (voir en annexe).
3.2.2 Test d’homogénéité
Ce test permet de déterminer la structure homogène ou hétérogène du
panel. On distingue le test d’homogénéité de Fisher (cas où la dimension
individuelle N est supérieure à la dimension temporelle T) et le test de
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 21
Hsiao (cas où la dimension individuelle N est inférieure à la dimension
temporelle T). Dans notre cas, T > N, ce qui nécessite de recourir au test
de Hsiao. Le test de Hsiao (1986) se présente comme suit : H0 : le panel est
homogène contre H1 : le panel est hétérogène. Si la p-value est inférieure à
5 %, on rejette H0 et on conclut que le modèle est hétérogène.
Les résultats des tests d’homogénéité de Hsiao (1986) portant sur les
modèles 1, 2 et 3 sont présentés dans le tableau 4 ci-dessous.
Tableau 4 : Tests d’homogénéité de Hsiao (1986)
H1 H2 H3
Résultats
F-Stat P-value F-Stat P-value F-Stat P-value
Modèle 1 14,420 3,85E-41 5,655412 2,36E-15 36,21523 1,88E-09
Modèle 2 8,56 9,32E-27 7,425 1,83E-20 8,854 8,15E-09
Modèle 3 4,123 6,15E-12 2,541 7,52E-05 11,652 3,43E-11
Source : auteur, à partir des données de la BCEAO (2019)
et du WDI (2019).
Les p-values des trois hypothèses du test d’homogénéité sont infé-
rieures à 5 %. Nous sommes en présence de modèles hétérogènes.
3.2.3 Test de dépendance interindividuelle
Le test de dépendance interindividuelle consiste à tester l’existence d’une
relation de dépendance entre les pays composant le panel. La dépendance
interindividuelle peut se manifester du fait d’une variété de phénomènes
tels que des effets communs observés omis, des effets spillovers spatiaux,
des effets communs inobservés ou l’interdépendance résiduelle générale
qui pourrait demeurer même quand tous les effets communs observés et
inobservés sont pris en compte. Pour mener à bien ce test, l’on peut s’ap-
puyer sur le test de dépendance du multiplicateur de Lagrange développé
par Breusch-Pagan (1980), adopté lorsque T > N et le test de dépendance
développé par Pesaran (2004), adopté lorsque T < N. Dans notre cas, nous
avons choisi le test de dépendance interindividuelle de Breusch-Pagan
(1980). Ce test postule sous H0 qu’il y a indépendance entre les indivi-
dus et sous H1 qu’il y a dépendance entre les individus. Si la p-value est
inférieure au seuil de 5 %, nous rejetons l’hypothèse H0 et nous acceptons
l’hypothèse de dépendance interindividuelle. Les résultats du test sont
consignés dans le tableau 5.
22 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
Tableau 5 : Résultats du test de la dépendance interindividuelle
Test d’indépendance interindividuelle du LM test
Équations de Breusch-Pagan
Statistique du Chi (2) P-value
Modèle 1 125,352 0,000
Modèle 2 136,045 0,000
Modèle 3 132,450 0,000
Source : auteur, à partir des données de la BCEAO (2019)
et du WDI (2019).
La p-value étant inférieure à 5 % dans les trois cas, nous concluons à
la présence de dépendance interindividuelle dans les trois modèles. Ce qui
implique de recourir à des tests de racine unitaire de deuxième génération.
3.2.4 Tests de racine unitaire
Nous recourons aux tests de racine unitaire de seconde génération de
Breitung et Das (2005) et de Pesaran (2007) ou test CIPS (Cross-sectionally
Augmented IPS) 3. Ces tests diffèrent selon la façon dont ils éliminent les
facteurs de dépendance structurelle et dont ils agrègent l’information indi-
viduelle. Ces tests de racine unitaire de Breitung et Das (2005) et CIPS
restent usuels et ont été récemment utilisés dans des travaux portant sur
des données de panel dans la CEDEAO (Ouédraogo et al., 2015) ou la zone
franc (Lo et Ramde, 2019). Les résultats des tests sont résumés dans le
tableau 6.
De façon générale, l’on peut considérer que les variables C/PIB,
De/PIB, M2/PIB, FBCF et OC sont stationnaires en première différence, à
la fois selon les tests de Breitung et Das (2005) et de Pesaran (2007). Les
variables INF et TCpib sont stationnaires à niveau selon les deux types de
tests. En revanche, la variable IR est stationnaire à niveau selon le test de
Breitung et Das (2005) mais stationnaire en différence première selon le
test de Pesaran (2007) 4.
3
On note aussi, entre autres, le test de Pesaran (2003) ou test CADF (Cross-
sectionally Augmented Dickey-Fuller).
4
En principe, un troisième type de test, par exemple le test CADF (Cross-
sectionally ADF) de Pesaran (2003) aurait pu permettre de les départager. Mais
il suffit de savoir que, en général, les variables ne sont pas toutes stationnaires
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 23
Tableau 6 : Tests de racine unitaire
Test de Breitung et Das (les Test de Pesaran ou CIPS (les
p-values) p-values)
À En différence À En différence
Variables Décisions Décisions
niveau première niveau première
M2/PIB 0,732 0,000 I(1) 0,993 0,000 I(1)
C/PIB 0,990 0,000 I(1) 0,678 0,000 I(1)
De/PIB 0,998 0,001 I(1) 0,886 0,000 I(1)
Log(IR) 0,000 I(0) 0,889 0,000 I(1)
INF 0,00 I(0) 0,000 I(0)
FBCF 0,832 0,000 I(1) 0,082 0,000 I(1)
OC 0,220 0,000 I(1) 0,288 0,000 I(1)
TCpib 0,000 I(0) 0,000 I(0)
Source : auteur, à partir des données de la BCEAO (2019)
et du WDI (2019).
3.2.5 Tests de cointégration
Le concept de cointégration est défini comme un co-mouvement systéma-
tique à long terme entre deux ou plusieurs variables économiques. Deux
variables sont dites cointégrées lorsqu’il existe au moins une combinaison
de celles-ci telle que la combinaison de ces deux variables donne une va-
riable stationnaire. Au niveau des tests de cointégration, l’approche varie
en fonction de la nature homogène ou hétérogène du panel. Dans notre cas
de panel hétérogène, nous recourons aux tests de cointégration suivants :
le test de Pedroni (1999), le test de Kao (1999). Le test de Pedroni prend
en compte l’hétérogénéité par le biais de paramètres qui peuvent différer
entre les pays. Ces tests de cointégration de Pedroni (1999) restent usuels
et ont été récemment utilisés pour analyser la relation entre la consom-
mation d’énergie et la croissance économique dans les pays de la CEMAC
(Lekana, 2019) ou pour étudier les effets de l’offre de crédit sur les fluctua-
tions économiques dans la CEMAC (Mouakassa et Mantsie, 2019).
L’hypothèse nulle du test est la non-cointégration. Sous l’hypothèse
alternative, il existe une relation de cointégration pour chaque pays. Si la
p-value est inférieure à 5 %, on rejette l’hypothèse nulle et on conclut à la
à niveau pour invoquer la nécessité de tests de cointégration préalables aux
estimations et permettant d’éviter les régressions fallacieuses.
24 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
présence d’une relation de cointégration. Les résultats sont consignés dans
le tableau 7 ci-dessous.
Tableau 7 : Résultats du test de cointégration de Pedroni (1999)
Équations du modèle T-statistique P-value
Modèle 1 1,92 0,02
Modèle 2 2,62 0,00
Modèle 3 2,04 0,02
Source : auteur, à partir des données de la BCEAO (2019)
et du WDI (2019).
Dans chaque modèle, la p-value est inférieure à 5 %, ce qui conduit à
rejeter à chaque fois l’hypothèse nulle d’absence de cointégration. Nous
concluons donc à l’existence d’une relation de cointégration, donc d’une
relation de long terme entre les variables dans les trois modèles.
3.2.6 Présentation de la technique d’estimation
Notre étude concernant un cas de panel non dynamique avec T > N, nous
écartons la méthode d’estimation GMM. De plus, le test de cointégration aux
bornes de Pesaran et al. (2001) n’a pas permis de retenir une spécification
ARDL (AutoRegressive Distributed Lags), ce qui écarte le recours aux tech-
niques PMG (Pool Mean Group), MG (Mean Group) ou DFE (Dynamic Fixed
Effects). Par ailleurs, le choix pertinent de la méthode d’estimation doit tenir
compte de la présomption d’endogénéité dans le modèle. Il y a endogénéité
lorsque l’une au moins des variables explicatives est corrélée au terme d’er-
reur de sorte que cette variable ne peut être considérée comme exogène. Du
fait du caractère embryonnaire des données sur la complémentarité banque-
microfinance, nous pouvons considérer que la variable de complémentarité
IR est entachée d’erreurs, de sorte qu’elle est présumée corrélée avec le
terme d’erreur. La présomption d’endogénéité porte donc sur cette variable.
Les caractéristiques de notre panel (petit échantillon où T > N, présomp-
tion d’endogénéité) conduisent à recourir à la méthode semi-paramétrique
FMOLS (Fully Modified OLS), proposée par Pedroni (2001). Cette méthode
corrige le biais d’endogénéité à long terme et produit des estimations fiables
sur les petits échantillons où T > N. En outre, contrairement aux méthodes
MCG (moindres carrés généralisés) et DOLS (Dynamic Ordinary Least
Squares), qui corrigent également le problème d’endogénéité, la méthode
FMOLS exige peu de conditions et tend à être plus robuste. La méthode
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 25
FMOLS consiste à appliquer les moindres carrés ordinaires (MCO) à un mo-
dèle transformé dans lequel le résidu de la relation de cointégration devient
orthogonal (indépendant) aux innovations des variables non stationnaires.
4 PRÉSENTATION DES RÉSULTATS D’ESTIMATION
ET INTERPRÉTATIONS
4.1 Présentation des résultats d’estimation
Les variables étant cointégrées dans les trois modèles, il est possible de
les estimer par la méthode FMOLS sans risque de régression fallacieuse.
Les résultats sont consignés dans le tableau 8.
Tableau 8 : Résultats des estimations par les FMOLS
FMOLS
Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3
Variables
M2/PIB C/PIB De/PIB
COEF P-VALUE COEF P-VALUE COEF P-VALUE
Log(IR) 25,392*** 0,000 15, 426*** 0,000 0,763*** 0,001
INF -0,185*** 0,002 -0,076** 0,035 -0,000 0,560
FBCF 0,165*** 0,000 0,243*** 0,001 0,006*** 0,005
OC 12,125*** 0,000 18,456*** 0,000 0,504*** 0,003
TCpib 0,070 0,425 -0,126*** 0,005 -0,004** 0,029
Nombre
259 259 252
d’observations
R2 0,695207 0,671290 0,684956
R ajusté
2
0,678527 0,641254 0,667589
Note : les valeurs de la p-value sont entre parenthèses ;
***, ** désignent respectivement la significativité au seuil
de 1 % et de 5 %.
Source : auteur, à partir des données de la BCEAO (2019)
et du WDI (2019).
4.2 Interprétations économétriques et économiques
L’indicateur relatif de complémentarité banque-microfinance a un coef-
ficient positif et significatif. L’interprétation économétrique doit tenir
26 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
compte du fait que les relations entre cet indicateur et les variables expli-
quées ont une spécification Niveau-Log (ou semi-élasticités). Wooldridge
(2009) montre que pour une spécification Niveau-Log de la forme
y = b0 + b1log(x) +u, une augmentation de 1 % de x augmente y de (b1/100)
unités (c’est-à-dire points de pourcentage).
Ainsi, lorsque cet indicateur croît de 1 %, la profondeur financière croît
(en point de pourcentage) de 0,2539, le taux de crédits croît de 0,1543 et le
taux de dépôts augmente de 0,0076. On a les signes attendus. À long terme,
l’intensité de la complémentarité banque-microfinance affecte positive-
ment le taux de crédits, le taux de dépôts et la profondeur financière dans
l’UEMOA. En un mot, la complémentarité banque-microfinance permet
d’élargir la surface d’intermédiation dans le système financier de l’UEMOA.
Il est possible d’expliquer l’effet positif de la complémentarité banque-
microfinance sur la profondeur financière (M2/PIB) de la façon suivante :
les IMF ne créent pas la monnaie. Seules les banques le font quand elles
accordent des crédits à l’économie. Lorsqu’elles entrent en alliance stra-
tégique avec les IMF, les banques accordent à celles-ci des crédits via la
création monétaire, ce qui induit une hausse de M2/PIB.
L’effet positif de la complémentarité banque-microfinance sur le taux
de crédits s’explique par le fait que la coordination entre ces deux secteurs
génère un effet d’apprentissage qui améliore le financement en faveur des
activités rurales, des microentreprises et des PME. Le souci de capitaliser
les avantages comparatifs de chaque secteur permet aux banques d’ouvrir
des lignes de crédit aux institutions de microfinance grâce auxquelles elles
touchent une clientèle qu’elles ne pourraient atteindre seules à cause de
leur organisation très centralisée et de l’inadéquation de leurs approches
en matière de crédit.
L’effet positif de la complémentarité banque-microfinance sur le taux
de dépôts s’explique par l’obligation faite aux IMF d’apporter aux banques
une partie substantielle de leurs dépôts afin de bénéficier des lignes de cré-
dits bancaires. La faiblesse relative du coefficient du taux de dépôts vient
de ce que l’articulation des IMF avec des banques bénéficiant d’une couver-
ture de la banque centrale leur permet de dissocier leurs possibilités de cré-
dits avec le niveau de leurs dépôts. Exprimé autrement, les lignes de crédit
dont bénéficient les IMF leur permettent d’accorder du crédit sans avoir
suffisamment de dépôts malgré l’interdiction qui leur est faite de créer de
la monnaie. Ainsi, la complémentarité banque-microfinance n’accroît pas
suffisamment le taux de dépôts dans l’économie.
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 27
En conclusion, la complémentarité banque-microfinance permet d’af-
fermir les relations de crédits et de dépôts et d’accroitre la surface d’in-
termédiation financière dans l’UEMOA. Ce résultat est en phase avec les
conclusions de Nsabimana (2004) et Diaw et Keita (2004) portant respecti-
vement sur l’UEMOA et sur le Sénégal.
Le taux d’inflation a un coefficient négatif et significatif. On a le signe
attendu. Lorsque le taux d’inflation augmente de 1 %, la profondeur finan-
cière baisse de 0,185 %, le taux de crédits baisse de 0,076 %. Par contre,
cette variable n’a pas d’effet significatif sur les dépôts. Le taux d’inflation
a un effet négatif sur les crédits car l’inflation avantage les emprunteurs
mais pénalise les créanciers (ceux qui prêtent). Les banques et les IMF ont
donc tendance à réduire l’offre de crédits lorsque l’inflation s’élève. Cela se
traduit également par une baisse de la profondeur financière. L’effet non
significatif du taux d’inflation sur les dépôts peut s’expliquer par l’illusion
monétaire. Ce résultat est conforme aux conclusions théoriques de Tobin
(1956).
Le taux d’investissement (FBCF en pourcentage du PIB) a un coeffi-
cient positif et significatif. On a le signe attendu. Lorsque le taux d’inves-
tissement augmente de 1 %, la profondeur financière croît de 0,165 %, le
taux de crédits augmente de 0,234 % et taux de dépôts croît de 0,07 %. Cet
effet positif sur les crédits s’explique par le fait que plus les agents inves-
tissent, plus ils sollicitent davantage de crédits en provenance des banques
et des IMF. L’effet positif sur la profondeur financière signifie que plus on
investit, plus la masse monétaire M2 (billets, pièces, dépôts sur livrets, cré-
dits à court terme) augmente. Que cela soit le cas dans l’UEMOA peut tra-
duire l’idée que les investissements sont aussi financés par des encaisses
liquides et par des ressources de court terme. L’effet positif de la FBCF sur
les dépôts des banques et des IMF traduit l’idée que, dans l’UEMOA, les
investissements affectent l’épargne, ce qui est conforme à la perspective
keynésienne.
Le taux d’ouverture commerciale a un coefficient positif et significatif.
On a le signe attendu. Lorsque le taux d’ouverture commerciale augmente
de 1 %, la profondeur financière augmente de 12,12 %, le taux de crédits
croît de 18,46 % et le taux de dépôts augmente de 0,504 %. L’ouverture
commerciale impacte positivement et significativement la profondeur fi-
nancière, les crédits et les dépôts sur le long terme. De façon générale,
nous savons que l’ouverture d’un pays traduit l’intensité de ses relations
avec le reste du monde. Elle vise à réduire les barrières aux échanges et
permettre aux investisseurs de multiplier leurs activités partout dans le
28 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
monde. L’ouverture commerciale accélère donc le développement financier
et accroît le volume de crédits et les dépôts. Ce résultat est conforme à celui
de Stiglitz (2007).
Le taux de croissance économique a un coefficient positif mais n’a pas
d’effet significatif sur la profondeur financière. En revanche, il a un effet
significatif et positif sur les crédits et les dépôts. Lorsque le taux de crois-
sance du PIB augmente de 1 %, le volume de crédits, rapporté au PIB, baisse
de 0,126 % et le volume de dépôts, rapporté au PIB, baisse de 0,004 %. Le
taux de croissance du PIB influence négativement le volume de crédits à
l’économie et les dépôts à long terme. Ce résultat peut se comprendre dans
le contexte de l’UEMOA de la façon suivante : quand les activités écono-
miques se développent dans la zone, les entreprises et les investisseurs
tendent à se tourner vers le marché financier (BRVM) et le capital-inves-
tissement, qui y prennent de plus en plus d’ampleur. Cela peut s’expli-
quer par le niveau de plus en plus risqué des projets innovants, prenant
place dans un environnement marqué par la montée des incertitudes socio-
politiques et institutionnelles. Cette situation est susceptible d’induire une
diminution des volumes de crédits et de dépôts en pourcentage du PIB.
5 CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
DE POLITIQUES ÉCONOMIQUES
Cette étude est l’une des premières tentatives visant à déterminer éco-
nométriquement l’effet de la complémentarité banque-microfinance sur
l’intermédiation financière dans l’UEMOA. La quasi-absence d’études éco-
nométriques sur cette question est due en partie au manque de données
statistiques sur le nombre de relations de complémentarité banque-micro-
finance dans les PED. En puisant à des sources diverses (directions de la
microfinance, rapports de la BCEAO), notre travail a permis de collecter
des données sur la complémentarité banque-microfinance dans l’UEMOA.
Cela nous a permis de régresser trois variables d’intermédiation financière
(crédits, dépôts, profondeur financière) sur un indicateur de la complémen-
tarité banque-microfinance (l’indicateur relatif de complémentarité) et
sur diverses variables de contrôle via la méthode FMOLS (Fully Modified
OLS) en panel.
Les résultats portant sur les coefficients des variables de contrôle
montrent qu’à long terme, les investissements (FBCF) et l’ouverture
Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 29
commerciale influencent positivement les crédits, les dépôts et la pro-
fondeur financière tandis que l’inflation et la croissance économique les
affectent négativement. Le résultat majeur de notre recherche porte sur
la variable d’intérêt : l’indicateur relatif de complémentarité affecte posi-
tivement les crédits, les dépôts et la profondeur financière dans l’UEMOA.
Plusieurs recommandations de politiques économiques visant à élargir
davantage la surface d’intermédiation financière dans l’UEMOA découlent
de nos résultats.
–– Renforcer la complémentarité banque-microfinance via l’approfondisse-
ment des relations de dépôts et de crédits entre les banques et les IMF.
Les autorités monétaires pourraient par exemple, d’une part, inciter les
banques à faciliter les conditions d’octroi de lignes de crédits en faveur
des IMF et, d’autre part, inciter les IMF à déposer une plus grande par-
tie de leurs dépôts dans les banques en acceptant des taux créditeurs
plus faibles.
–– Réduire la concurrence entre les banques et les IMF. En effet, en cas de
concurrence, les banques sortent gagnantes du fait de leur force finan-
cière supérieure à celle des IMF. Or, la prédominance des banques dans
le secteur microfinancier conduit à terme à une dérive de mission, avec
un ciblage des individus à revenu moyen au détriment des pauvres et
plus pauvres. La réduction de la concurrence peut se faire via l’interdic-
tion faite aux banques qui s’engagent directement dans la microfinance,
sans complémentarité avec les IMF, de délaisser tôt ou tard les plus
pauvres. Les autorités monétaires pourraient alors instaurer de façon
systématique la mesure de performance sociale des activités microfinan-
cières des banques commerciales comme une condition supplémentaire
de leur régulation. Cette mesure coercitive inciterait les banques à ne
pas intervenir seules dans la microfinance.
–– Promouvoir la pérennisation des IMF via le renforcement de leur viabi-
lité financière. Cela peut se faire en y attirant les investisseurs à voca-
tion commerciale qui mobilisent davantage de ressources financières
que les investisseurs à vocation sociale. Mais ces investisseurs à vocation
commerciale ne peuvent être attirés que si la microfinance est perçue
comme moins risquée, rentable en plus d’être socialement viable. Un tel
changement de perception du risque de la microfinance peut être initié
par les autorités de régulation via la modification, dans le calcul des exi-
gences de capital réglementaire, des pondérations associées aux risques
des financements dans la microfinance.
30 Thiédjé Gaudens-Omer Kouakou
–– D’autres mesures complémentaires sont envisageables. Les pouvoirs
publics doivent renforcer l’ouverture commerciale et les investisse-
ments, et les autorités monétaires doivent stabiliser l’inflation, tout
ceci afin d’accroître l’intermédiation financière au sein de l’UEMOA.
Les autorités de régulation du marché financier doivent travailler à ren-
forcer la complémentarité entre le marché boursier et les banques afin
qu’un boom de l’activité économique (forte croissance économique) ne
conduise pas à accroître le recours au marché boursier régional au détri-
ment de l’intermédiation financière.
Les limites de notre étude portent sur le caractère embryonnaire des
données collectées sur la complémentarité banque-microfinance. Ces don-
nées gagneraient à être renforcées par des enquêtes dans chaque pays de
l’UEMOA pour déterminer de façon encore plus exacte le nombre de rela-
tions de complémentarité au fil des années. En outre, les données collec-
tées devraient également permettre d’avoir les statistiques sur le nombre
de relations de complémentarité selon le type de partenariat : partenariat
financier, partenariat technique, partenariat institutionnel. Cela ouvre des
perspectives pour des travaux ultérieurs plus approfondis sur le sujet de la
complémentarité banque-microfinance dans l’UEMOA et, plus générale-
ment, dans les PED.
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Complémentarité banque-microfinance et intermédiation financière… 35
ANNEXE
Tests VIF portant sur les trois modèles
La règle de décision est la suivante : si la moyenne du VIF est égale à 1,
il n’y a pas de multicolinéarité. Si la moyenne du VIF est comprise entre 1
et 5, la multicolinéarité est modérée. Si la moyenne du VIF est supérieure
à 5, alors il y a une forte multicolinéarité. Les résultats du test contenus
dans le tableau ci-dessous montrent que la multicolinéarité est modérée.
Test VIF : modèle 1 (M2/PIB)
Variable VIF 1/VIF
Log(IR) 10,12 0,098814
Inf 1,56 0,641025
Tcpib 1,56 0,641025
Fb 1,20 0,833333
Oc 1,03 0,970873
Mean VIF 3,09
Test VIF : modèle 2 (C/PIB)
Variable VIF 1/VIF
Log(IR) 10,12 0,098814
Inf 1,56 0,641025
Tcpib 1,56 0,641025
Fb 1,20 0,833333
Oc 1,03 0,970873
Mean VIF 3,09
Test VIF : modèle 3 (De/PIB)
Variable VIF 1/VIF
Log(IR) 10,17 0,098328
Inf 1,54 0,649350
Tcpib 1,55 0,645161
Fb 1,20 0,833333
Oc 1,03 0,970873
Mean VIF 3,098