Les actes de l’administration
: actes unilatéraux, contrats,
principe de légalité
I. Le principe de légalité
A. Définition
Le principe de légalité impose à l’administration d’agir conformément au droit, et
notamment aux normes supérieures dans la hiérarchie des normes.
L’administration est soumise au droit, contrairement à l’idée d’une toute-puissance : elle ne
peut agir que dans le cadre que la loi lui fixe.
B. Sources du principe de légalité
1. Sources constitutionnelles
Constitution de 1958.
Bloc de constitutionnalité : DDHC (égalité, liberté…), préambule de 1946, Charte de
l’environnement.
2. Sources internationales et européennes
Traités internationaux (ex : CEDH).
Droit de l’Union européenne (droit primaire et dérivé).
Jurisprudence de la CJUE.
3. Sources législatives et réglementaires
Lois votées par le Parlement.
Règlements : décrets, arrêtés, circulaires.
4. Jurisprudence
Le juge administratif, notamment le Conseil d’État, contrôle le respect du principe de
légalité à travers le recours pour excès de pouvoir (REP).
C. Hiérarchie des normes
L’administration doit respecter une stricte hiérarchie :
1. Constitution.
2. Traités internationaux.
3. Lois.
4. Règlements (décrets, arrêtés).
5. Actes administratifs.
Toute décision prise en méconnaissance d’une norme supérieure est illégale et peut être
annulée par le juge.
II. Les actes unilatéraux de l’administration
A. Définition
Un acte unilatéral est une décision prise par l’administration seule, sans le consentement
des personnes concernées, et qui produit des effets juridiques.
B. Les catégories d’actes unilatéraux
1. Actes réglementaires
Caractère général et impersonnel.
S’appliquent à une catégorie de personnes ou situations.
Ex : règlement municipal, arrêté préfectoral, décret.
2. Actes individuels
Décision nommément attribuée à une ou plusieurs personnes.
Ex : nomination à un poste, retrait d’un permis, sanction disciplinaire.
3. Actes non décisoires
Ne modifient pas directement la situation juridique.
Ex : circulaires, directives, avis, recommandations.
Attention : certains de ces actes peuvent être attaqués s’ils ont un effet concret sur les droits
ou obligations(cf. jurisprudence CE, Duvignères, 2002).
C. Le régime juridique des actes unilatéraux
1. Entrée en vigueur
L’acte doit être publié ou notifié pour produire ses effets.
2. Exécution
L’administration peut imposer l’acte sans autorisation préalable d’un juge.
3. Contrôle de légalité
Le REP (Recours pour excès de pouvoir) permet de demander l’annulation d’un acte
administratif illégal.
4. Retrait et abrogation
Retrait : suppression rétroactive (possible uniquement pour les actes illégaux dans
certains délais).
Abrogation : fin de l’acte pour l’avenir (plus souple).
Ces règles sont encadrées par des délais précis et le respect des droits acquis.
III. Les contrats administratifs
A. Définition
Le contrat administratif est un accord de volontés entre une personne publique et un
tiers (public ou privé), qui est régi, en tout ou en partie, par des règles de droit public.
Il s’agit d’un outil souple permettant de réaliser des missions d’intérêt général, tout en
associant parfois des acteurs privés.
B. Critères d’un contrat administratif
1. Critère organique
Présence d’au moins une personne publique (État, collectivité, établissement
public).
2. Critère matériel
Objet : mission d’intérêt général.
Clauses : présence de clauses exorbitantes du droit commun (prérogatives
unilatérales).
Régime juridique : soumis au droit public.
3. Identification par la jurisprudence
Jurisprudence Époux Bertin (1956) : un contrat confiant directement une mission de
service public est administratif.
Jurisprudence UAP (1983) : un contrat entre deux personnes publiques est présumé
administratif.
C. Les grands types de contrats administratifs
1. Marchés publics
Contrat à titre onéreux conclu pour répondre aux besoins de
l’administration (travaux, fournitures, services).
2. Concessions de service public
Le délégataire se rémunère principalement sur les recettes d’exploitation (ex :
autoroutes, parkings).
3. Délégations de service public (DSP)
L’administration confie la gestion d’un service public à un opérateur.
D. Régime juridique des contrats administratifs
1. Pouvoirs exorbitants
L’administration dispose de prérogatives de puissance publique :
o Droit de modification unilatérale.
o Résiliation unilatérale pour motif d’intérêt général.
o Sanctions sans autorisation judiciaire.
2. Contrôle juridictionnel
Juge compétent : juge administratif (sauf exceptions).
Recours de plein contentieux : le juge peut réévaluer tout le contrat (indemnités,
validité…).
Conclusion
Les actes de l’administration, qu’ils soient unilatéraux ou contractuels, traduisent l’exercice
de prérogatives de puissance publique.
Ils doivent respecter le principe de légalité, garant de la protection des droits des administrés
dans un État de droit.
Le contrôle de ces actes par le juge administratif renforce la légalité et la responsabilité de
l’action publique, et constitue un pilier fondamental du droit administratif français.