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P Jousset - de La Liberté de L'enseignement en Médecine (1871)

Le document plaide pour la liberté de l'enseignement en médecine, affirmant que l'État ne doit pas contrôler l'éducation médicale, car cela entraîne un enseignement matérialiste. Il soutient que l'enseignement médical doit être libre et que les facultés d'État doivent disparaître pour permettre aux facultés libres de prospérer. Enfin, il appelle à des réformes pour garantir des droits équitables entre l'enseignement libre et l'enseignement d'État, notamment en matière d'accès aux hôpitaux et de collation des grades.

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P Jousset - de La Liberté de L'enseignement en Médecine (1871)

Le document plaide pour la liberté de l'enseignement en médecine, affirmant que l'État ne doit pas contrôler l'éducation médicale, car cela entraîne un enseignement matérialiste. Il soutient que l'enseignement médical doit être libre et que les facultés d'État doivent disparaître pour permettre aux facultés libres de prospérer. Enfin, il appelle à des réformes pour garantir des droits équitables entre l'enseignement libre et l'enseignement d'État, notamment en matière d'accès aux hôpitaux et de collation des grades.

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DE LA

EN MÉDECINE

Ï>AU

LE Dr JOUSSET

PARIS

J.-B. BAILLIÈRE et FILS

L I R K A I tt K S S) B l’aCADÊMIK DE

Rue Haulefeuille, 19
LONDRES | MADRID
BaELUKIU; TlNDALL AND CoX j CaRLOS BaILLY-BaILLIERE

18 71

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DE LA

LIBERTÉ DE L’ENSEIGNEMENT
EN MÉDECINE.

Nous l’avons déjà dit (1), dans nos sociétés modernes,


la formule de la liberté de 1’enseignement est celle-ci :
plus d'enseignement d'Etat. L’État devenu septique et
indifférent, n’offre plus de garanties aux nombreux
adhérents des croyances positives, il est donc radicale¬
ment impuissant à distribuer l’enseignement à une
société aussi divisée que la nôtre. Ajoutons que, pré¬
occupé surtout des intérêts, l’Etat se tient volontiers en
dehors des questions de doctrine, et qu’il est devenu
tout à fait incompétent en ces matières.
L’État n’est pas plus instituteur qu’il n'est prêtre. 11
a la main trop dure pour toucher à la conscience de
l’homme, et tous les actes qu’il accomplit dans ce do¬
maine portent l’empreinte de la maladresse ou de la
brutalité.
Infatué de sa théorie de l’enseignement laïque et in¬
différent, il croit se tenir dans les régions sereines de
l’impartialité et de la tolérance, et il ne s’aperçoit pas
qu’il froisse toutes les croyances positives et qu’il tra¬
vaille, en dernier résultat, pour l’école matérialiste.

(I) Plus d'enseignement d’état. Brochure, 1870.


4 DE LA LIBERTÉ DE 1,''ENSEIGNEMENT

L’École de médecine, réorganisée par le dernier mi¬


nistre de Napoléon III, est une éclatante démonstration
de ce que nous avançons, et l’étiquette de laïque, atta¬
chée avec tant de soin à la réforme de l’enseignement
moderne, est si bien synonyme de matérialisme, que
presque tous les professeurs de notre Faculté d’État,
nommés par M. Uuruy , sont positivistes ou maté¬
rialistes. Et l’on veut que nous, citoyens libres d’un
État libre, nous payons de nos deniers des hommes
qui enseignent à nos fils des doctrines què nous consi¬
dérons comme une peste morale ; que nous contri¬
buions à la solde de professeurs chargés de répandre
les doctrines pernicieuses que l’Allemagne nous a en¬
voyées, comme les précurseurs de ses soldats! non,
mille fois non. Dans un État libre, l’enseignement doit
être libre, et pour cela, il faut que les facultés d’État
disparaissent. Plus de facultés d Etat.
Les hommes étrangers à l’histoire de nos facultés
craindront peut-être que la suppression des facultés
d’État éteigne ce rayonnement, cette illustration qui
s’est attachée à la médecine française, et en particulier
à l’Ecole de Paris, dans la première partie de ce siècle.
Ils craindront que les efforts collectifs des simples ci¬
toyens ne suffisent pas à porter le fardeau de l’enseigne¬
ment supérieur. Qu’ils se rassurent; les exemples ne
manquent pas d’universités libres qui ont lutte avec
avantage contre les universités d’État, et la Belgique
nous en offre une preuve éclatante dans l’université de
Louvain. D’ailleurs, la Faculté de médecine de Paris a
laissé tomber si bas l’enseignement français, qu’il n’y a
plus rien à craindre sur ce point. Depuis nombre d’années
déjà, cette Faculté se borne à refléter vulgairement l’éclat
trompeur des écoles allemandes; Laënnec, Broussais,
Dupuvtren n’ont point eu de successeurs, et les rois de
EN MÉDECINE. 5

la Faculté de Paris sont aujourd’hui le prussien Vir¬


chow et le wurtembergeois Niemeyer.
11 faut ajouter quec’est à tort qu’on a rapporté à la Fa¬
culté l’éclat dont brillait l’école de Paris. C’est à la pha¬
lange illustre des médecins et des chirurgiens des hô¬
pitaux, c’est à l’enseignement spontanément donné par
eux, que Paris a dû cette réputation, qui attirait à ses
cours des élèves de toutes les parties du monde.
L’enseignement des hôpitaux de Paris est donné par
des médecins étrangers, pour la plupart, au corps des
professeurs de la Faculté. Il a pour caractère d’être
spontané et gratuit. Il naît, chez le professeur, d’un
prosélytisme ardent ; et il est accepté avec reconnais-
su,nce par des élèves avides d’entendre enfin de véri¬
tables médecins enseigner la médecine. Tous ceux qui
ont été élèves de la Faculté de Paris le savent bien ; c’est
dans des hôpitaux qu’on apprend la médecine et la chi¬
rurgie. Le grand amphithéâtre est désert, eton y va uni¬
quement pour apprendre ses examens. A la Faculté, la
collation des grades et la perception des inscriptions
aux hôpitaux l’enseignement véritable et gratuit.

C’est l’école des hôpitaux de Paris qui lutte cha¬


que jour contre l’engouement de la physiologie expéri¬
mentale, importée par les professeurs de la Faculté
d’État; c’est cette école des hôpitaux qui place la
clinique médicale et chirurgicale avant la chimie, la
physique et toutes les sciences accessoires, justement
appelées les servantes de la médecine. C’est enfin grâce
à l’enseignement des hôpitaux et des professeurs parti
culiers, qu’il se forme encore à Paris quelques médecins
praticiens. Sans l’enseignement individuel, il ne sorti¬
rait de la Faculté d’État que des micrographes, des chi¬
mistes et des physiologistes. Nous ne voulons pas. dire
6 DE LA LIBERTÉ DE i/eNisEIGNEMBNT

qu’un vrai médecin doive ignorer la physiologie, la mi¬


crographie et la chimie, non ; mais nous disons que
l’accessoire ne doit pas tuer le principal, et que le
moyen ne doit pas faire oublier le but. Ceux qui aspi¬
rent à diriger les études médicales ne doivent pas per¬
dre de vue que le médecin est fait pour traiter des
malades, et non pour empoisonner des lapins et des
chiens, et passer sa vie à regarder dans un microscope.
S’arrêter sur la route à cueillir les bluets de la physio¬
logie expérimentale, au lieu d’atteindre au fruit mûr de
la médecine pratique, c’est tromper à la fois l’espérance
des élèves et les justes exigences de la société.
Cependant , pour satisfaire aux scrupules des es¬
prits timorés que notre argumentation n’aurait pas con¬
vaincus, pour satisfaire surtout à la routine administra¬
tive, que nous n’avons pas la prétention de détruire en
un jour, que les Facultés d’Étatrestent ce qu’elles sont,
nous y consentons ; mais qu’il soit permis à l’enseigne¬
ment libre de s’établir à côté d’elles dans des conditions
qui lui permettent de vivre et de lutter; que l’enseigne¬
ment libre ait les mêmes droits et les mêmes avantages
que les Facultés, et qu’il ne soit plus réduit à être un
simple effort individuel ou une mauvaise répétition des
cours des Facultés d’État.
Nous allons dire maintenant quelles sont les condi¬
tions nécessaires à la vie de l’enseignement libre de la
médecine.
La première chose à faire est d’accorder aux facultés
libres toutes les facilités possibles pour la création de labo¬
ratoires, d’amphitéâtres et d’hôpitaux, ou mieux de leur
accorder sur les hôpitaux, des privilèges identiques àceux
dont jouissent les facultés d’Etat; rappelons en effet, que
la Faculté de Paris, par exemple, ne possède pas d’hôpi¬
taux, et que c’est grâce à la bonne volonté de l’adminis-
EX MÉDECINE. 7

Iration des services hospitaliers de Paris, qu elle a pu


établir des cliniques à l’Hôtel-Dieu, à la Charité et à la
Pitié. Nous demandons que renseignement libre jouisse
de facilités semblables, et que chaque faculté ait le droit
de disposer, pour son enseignement clinique, d’un
nombre de lits proportionnel à celui de sesélèves: là est
la justice, là est la solution d’une des plus grandes dif¬
ficultés que puisse rencontrer l’enseignement libre.
Imposer, en effet, aux facultés libres, l’obligation de
fonder des hôpitaux, c’est mettre une entrave consi¬
dérable à la création de ces facultés; c’est ac¬
corder d’une main la liberté de l’enseignement, et la
retirer de l’autre. C’est continuer un régime de privi¬
lège, que rien ne justifie.
La faculté d’Etat alimente ses amphithéâtres de dis¬
sections et de médecine opératoire, avec les cadavres que
lui donnent les hôpitaux ; nous demandons le même
droit pour les facultés libres. Désormais les cadavres se¬
ront partagés entre chaque faculté, proportionnelle¬
ment au nombre de leurs élèves.
Il ne faut pas objecter aux réformes que nous pré¬
posons qu’elles deviendraient pour l’administration des
hôpitaux une source d’embarras, et pour les malades
une occasion plus fréquente que par le passé de fati¬
gues et d’ennuis. En proportionnant le nombre des ma¬
lades au nombre des élèves, l’administration des hôpi¬
taux n’aurait pas besoin d’affecter un nombre de lit
sensiblement plus considérable au service de l’enseigne¬
ment. Car, il ne faut pas croire que les élèves augmente¬
ront en proportion du nombre des facultés. Non, mais
ils se partageront, et ce partage, cette division des
élèves en plusieurs groupes, loin d’être pour les malades
qui servent à l’enseignement clinique une aggravation
de fatigue et d’ennui, sera au contraire une condition
8 DE LA LIBERTÉ DE L’ENSEIGNEMENT

favorable, puisqu’ils n’auront plus à subir chaque jour


l’examen, la visite, d’un aussi grand nombre d’élèves.
L’équité exige donc que l'enseignement libre ait sur
les hôpitaux les mêmes droits que l'enseignement officiel.
Mais nous ne nous faisons nullement illusion sur la ré¬
sistance de l’administration des hôpitaux à une sembla¬
ble réforme. Elle objectera que les malades ne sont pas
matière à expérience, qu’elle n’a pas confiance dans les
professeurs de clinique improvisés par l'enseignement
libre, et au nom de l’humanité, elle refusera ses ma¬
lades.
On pourrait bien répondre qu’elle confie tous les jours
des malades à des professeurs de la Faculté qui ne sont
pas médecins des hôpitaux, qui même n’ont pas pu
réussir dans les concours des hôpitaux, et qui, par consé¬
quent, ne présentent aucune garantie à l’administration.
Mais, nous le savons par expérience, il ne suffit pas tou¬
jours d’avoir raison pour triompher d’un mauvais vou¬
loir. Or, l’administration des hôpitaux est très-puis¬
sante; elle est alliée à l’État et à la Faculté d’État, et il
est très-possible qu’elle fasse échouer la réforme que
nous proposons, et que l'enseignement libre soit obligé
de chercher en dehors des hôpitaux un terrain pour ses
cliniques.
L’enseignement libre pourra donc être obligé de fon¬
der des hôpitaux, et pour cela il nous faut obtenir la
liberté des hôpitaux. Oui, aujourd’hui, avec la législation
en vigueur, on n’est pas libre de fonder, à Paris, un
hôpital en dehors de l’Administration. L’Administration
des hôpitaux devient propriétaire, et, par conséquent,
directrice de tous les hôpitaux qui se fondent à Paris ; et
pour échapper à cette loi inique, les modestes fondations
dues à l’initiative individuelle ont été, jusqu’à ce jour,
obligées de se cacher sous le nom de Maisons de santé ou
EX MEDECINE. 9

de s’abriter sous le drapeau d’une nationalité étran¬


gère.
Ainsi la liberté de l’enseignement supérieur entraîne
avec elle la liberté de fonder des hôpitaux, et, par con¬
séquent, la liberté de former des sociétés, ayant le droit
de posséder, d’acheter, de vendre, d’accepter des dona¬
tions et des héritages, d’agir, en un mot, comme une
personne civile.
Ges conditions indispensables à la fondation de fa¬
cultés libres ne suffisent point encore pour garantir la
liberté de l’enseignement contre les jalousies du mono¬
pole, il faut, dans la collation des grades, une garantie
de justice et d’équité, qui rassure les élèves des écoles
libres. Sans cela, ils déserteront ces écoles, malgré la
supériorité de leur enseignement, pour aller aux fa¬
cultés qui assurent le diplôme, c’est-à-dire, le droit de
pratiquer, c’est-à-dire le pain de chaque jour et la posi¬
tion sociale.
Sans doute, la liberté complète de l’exercice de la
médecine réglementée par les lois de droit com¬
mun, est la véritable solution du problème que nous
agitons : de Montalembert a déjà soutenu cette thèse à
la Chambre des Pairs, vers la fin du règne de Louis-
Philippe ; et cette législation est en pleine vigueur aux
Etats-Unis; sans aucun doute, elle finira par s’établir
dans notre vieille Europe.
Les lois de droit commun défendent les usurpations
de titre qui constituent un mensonge et une fraude ;
elles punissent l’homicide par imprudence ; elles suffi¬
sent à sauvegarder les intérêts individuels : ajoutons
que ces intérêts sont de leur nature, fort enclins à se
sauvegarder eux-mêmes, et qu’ils y deviendront d’au¬
tant plus habiles qu’ils auront perdu l’habitude de
compter sur l’Etat pour les protéger. Mais nous savons
10 DE LA. LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT

que cette solution est trop radicale pour être acceptée


en ce moment, et nous voulons en proposer une autre
qui sauvegarde les prétendus droits de la société, sans
attenter à ceux de la liberté d’enseignement.
La société, disent les défenseurs du monopole, doit
protéger ses membres contre l’ignorance des empiriques
et la séduction des charlatans. Elle a le droit d’exiger
dn médecin des garanties de savoir.
Les partisans de la liberté, de leur côté, demandent
le droit de choisir leurs doctrines et leurs méthodes,
droit qui constitue l’essence même de la liberté d’en¬
seignement. Or, ce droit sera toujours illusoire si les
élèves des écoles libres sont examinés par les profes¬
seurs des facultés d’Etat. Nous demandons donc un
nouveau mode de collation des grades, afin d’assurer
l’indépendance, c’est-à-dire, l’existence même de l’en¬
seignement libre. Ce nouveau mode d’examen se for¬
mule ainsi :
Examen de capacité par les facultés qui ont formé les
élèves; examen d'exercices par un jury composé de méde¬
cins et de chirurgiens, étrangers aux facultés libres et
aux facultés d’Etat.

§ I. — Examens de capacité par les facultés qui ont formé


les élèves.

Ce principe aura pour résultat immédiat de créer


une rivalité fort désirable entre les facultés libres et
les facultés d’Etat, et pour résultat plus éloigné, mais
non moins certain, l’élévation du niveau des études.
Chaque faculté libre aura la légitime ambition de
devenir la première faculté du monde, et par consé¬
quent n’accordera ses diplômes qu’à des médecins
vraiment dignes de ce titre, et on verra bientôt se pro-
EN MEDECINE. 11

duire pour certaines écoles libres de médecine ce que


nous avons vu se produire pour l’École centrale des
Artset-Métiers, dont les diplômes donnent à ceux qui
les obtiennent un titre plus sérieux que ceux conférés
par certaines écoles du gouvernement.

§ II. — Examen dexercice par un jury composé de méde¬


cins et de chirurgiens étrangers aux facultés libres comme
aux facultés d Etat.

Nous entendons par examen d’exercice celui qui


conférerait aux docteurs des facultés libres et aux
docteurs des facultés d’état le droit d’exercer la mé¬
decine et la chirurgie. Cet examen constituerait pour
la société une véritable garantie. Mais, pour qu’il ne
portât aucune atteinte à la liberté d’enseignement,
il serait nécessaire que les membres de ce jury d’exa¬
men fussent pris parmi les médecins non profes¬
seurs. Cette condition a été demandée par la plupart
des hommes qui ont réclamé la liberté de l’ensei¬
gnement en médecine. Nous la jugeons absolument in¬
dispensable, et sans elle les élèves des écoles libres man¬
queront des garanties d’équité et de justice qu’ils sont
en droit d’attendre d’un jury qui doit décider de leur
avenir. La Belgique s’est rendu compte de la grande
difficulté qu’il y avait à collationner équitablement les
grades et les diplômes à des élèves qui sortent de fa¬
cultés rivales ; elle a cru résoudre le problème par l’in¬
stitution de jury mixtes, c’est-à-dire de jury composés
en certaines proportions de professeurs libres et de pro¬
fesseurs des facultés d’Etat. C’est certainement là une
garantie, mais qui offre encore de nombreux inconvé¬
nients et n’est que trop souvent illusoire pour les élèves
sortis des facultés libres.
12 DE LA LIBERTE DE L ENSEIGNEMENT

Les jurys composés de médecins étrangers aux pas¬


sions du professorat offriraient des garanties beaucoup
plus sérieuses d’impartialité; et ces garanties devien¬
draient tout à fait complètes si les élèves étaient dispen¬
sés d’indiquer la faculté à laquelle ils appartiennent et
surtout si l’examen était seulement un examen pratique.
On se fait en général illusion sur les garanties offertes
à la société par les facultés universitaires; ces facultés ont
institué des examens qui sont presque en tièrement théori¬
ques et qui n’offrent qu’une garantie dérisoire. Il n’y a
pas un jeune homme intelligent qui ne puisse, à l’aide des
Manuels, si nombreux dans la librairie médicale, prépa¬
rer en trois mois un des examens de médecine tels qu’ils
sont constitués par les facultés d’Etat. Un seul de ces
examens, le cinquième, contient des épreuves clini¬
ques, c’est-à-dire des épreuves dans lesquelles le can¬
didat est appelé à examiner un malade et à indiquer le
traitement; et les juges ont trois quarts d’heure pour
apprécier le mérite du jeune clinicien. Ajoutons que le
plus souvent l’élève trouve un interne complaisant
pour lui souffler son diagnostic.
Les examens d'exercice seraient autrement sérieux.
Mais d’abord qui nommera ce jury d'exercice?
Le mode de nomination qui offre le plus de garanties
d’impartialité consiste à tirer au sort parmi les méde¬
cins des hôpitaux et les notoriétés médicales non-pro¬
fesseurs, un certain nombre de médecins, de chirur¬
giens et d’accoucheurs pour constituer le jury.
Gomment fonctionnera le jury? A peu près comme dans
les concours pour les places de médecins dans les hô¬
pitaux de Paris. Seulement il faudrait au moins trois
séances. Dans une première séance, le jury et le can¬
didat se rendraient dans un service de médecine, cinq
malades seraient soumis à l’examen du candidat. Pour
EN MEDECINE. 13

quatre malades, il se bornerait à énoncer le diagnostic,


le pronostic et le traitement ; pour le cinquième, il rédi¬
gerait une consultation écrite. La même épreuve se
répéterait en chirurgie pour cinq malades atteints d’af¬
fections chirurgicales. Quant à la troisième épreuve,
celle d’accouchement, il est évident qu’elle ne peut con¬
sister que dans un interrogatoire sur les divers points
de cet art. Un jury ne pourrait se transporter dans les
services spéciaux et assistera un accouchement qui peut
se prolonger plusieurs heures. L’art des accouchements
est, du reste, tellement positif qu’il est facile de se rendre
compte par un simple examen oral si l’élève possède suf¬
fisamment les règles de la pratique des accouchements.
Mais pas d’examens théoriques, pas de question de
doctrines, car aussitôt reparaîtraient les passions, c’est-
à-dire l’injustice ; et ces passions sont si violentes dans
notre corporation, que je ne suis pas bien sûr qu’Hippo-
crate consentît à recevoir Galien et réciproquement. Que
les examens portent sur ce qui nous divise peu ; à quelque
école qu’on appartienne, il faut toujours savoir reconnaî¬
tre une maladie, prévoir son issue et formuler un traite¬
ment. Je sais que sur ce dernier point il y a de graves
dissidences, mais l’élève n’aurait point à prendre parti
dans ces questions si controversées. 11 doit connaître
toutes les méthodes de traitement ; il aurait donc à dé¬
crire les différents traitements préconisés dans telle
maladie particulière, sans être obligé de se prononcer
pour l’un plutôt que pour l’autre; il donnerait ainsi une
preuve suffisante de savoir et la garantie que si, dans
sa pratique, il se décidait pour une méthode de préfé¬
rence à telle autre, ce serait au moins en parfaite con¬
naissance de cause.

En résumé, il est possible de fonder un ordre de


j4 de la liberté de l’enseignement

choses imparfait sans doute mais qui garantisse à la


fois la liberté de l’enseignement et les intérêts de la
santé publique. Pour cela, il faut laisser à l’initiative
individuelle toutes les facilités nécessaires à la fonda¬
tion des facultés libres et instituer des jurys d’exercice
composés d’hommes étrangers aux rivalités du profes¬
sorat.
Ce dernier point est tellement capital, que nous sen¬
tons la nécessité d’y revenir en terminant, et d’essayer
d’en faire comprendre toute l’importance à nos législa¬
teurs.
Nous rappellerons donc que la médecine touche par
son côté scientifique à la philosophie et à la théologie;
que par son côté pratique, c’est un art véritable dans le¬
quel la personnalité du médecin est continuellement en
scène. La médecine réunit donc toutes les conditions
pour la formation d’une multitude d’écoles, non-seule¬
ment diverses, mais riva’es et ennemies. J’ajouterai que
si, par impossible, les médecins venaient à se réunir
dans une seule école et dans une même doctrine, ils se
déchireraient encore sur des nuances et sur l’application
des principes qui leur seraient devenus communs.
Cette opposition passionnée, et par conséquent injuste,
est dans la nature même des choses. De tout temps, les
vitalistes et les organiciens, se sont fait, sous des noms
divers, une guerre acharnée; les novateurs ont toujours
été traités de charlatans et exclus des corps officiels,
souvent au grand détriment de la science, toujours au
détriment de la justice. Témoins les persécutions
dont les partisans de la circulation ont été les victimes.
Et les médecins auxquels nous devons l’introduction
dans la pratique médicale du quinquina et de l’éméti¬
que n’ont-ils pas été, sur la sollicitation de leurs col¬
lègues, condamnés par les parlements !
EN MÉDECINE. 15

Si on veut bien réfléchir aux causes sérieuses de dis*


sidence qui existent en médecine et à l’esprit de déni¬
grement et de persécution qui se rencontre le plus sou¬
vent chez les médecins, on accordera que la liberté
complète de l'enseignement en médecine n’existera que
le jour où les facultés libres auront le droit de conférer
tous les grades, et qu’en admettant ie jury d exercice,
nous faisons une concession aux préjuges de notre so¬
ciété française qui n’a pas l’habitude de faire ses affaires
elle-même, et qui est toujours prête à appeler l’Etat à
sa défense. En attendant la liberté complète que nous
appelons de tous nos vœux, nous maintenons la néces¬
sité de la formation d z jury d exercice dans les conditions
que nous avons dites, conditions qui se résument à
trois : examen exclusivement pratique, juges pris en
dehors du corps des professeurs, absence de certificat
d’étude.
L’examen doit être exclusivement pratique pour ne
pas exposer un spiritualiste à être interrog*é sur ses doc¬
trines par un matérialiste, et mce-verm. De plus le can¬
didat qui peut prouver qu’il sait reconnaître une mala¬
die, en prévenir l’issue et en discuter le traitement,
présente à la société toutes les garanties qu’elle est en
droit d’exiger ; ajoutons que ces garanties sont autre¬
ment sérieuses que celles offertes par le mode d’examen
usité dans4 les facultés d’Etat.
Secondement,il ne faut pas admettre un professeur pour
juge, sans cela il sera exposé à la double tentation de
recevoir ses élèves et de refuser ceux de l’école rivale;
or, il faut des jurys impartiaux pour que les facultés
libres puissent se développer et vivre ; donc donner la
liberté de l’enseignement en médecine en laissant aux
facultés d’Etat ou à leurs professeurs le droit de colla¬
tionner les grades, c’est ajouter une ironie à une in-
16 DK LA. LIBERTÉ DE L’ENSEIGNEMENT EN MÉDECINE,

justice, puisqu’on accorde une liberté qu’il est impos¬


sible d’appliquer.
Troisièmement, nous ne voulons pas de certificat
d’étude, afin que le jury d'exercice igmore si le candidat
vient d’une faculté libre ou d’une faculté d’État. Nous ne
voulons pas que le drapeau que l’élève a choisi soit pour
lui une recommandation ou un obstacle. Le jury d’exer¬
cice représente la santé publique ; son droit se borne à
constater si le candidat est ou n’est pas capable. S’il va
au-delà, il se heurte contre la doctrine. Nous l’avons
dit, en médecine, la doctrine découle d’une croyance,
dogme ou principe philosophique; or un jury d'exercice
est radicalement incompétent pour cet ordre de choses;
donc pas de certificat d’étude si on veut donner à la
collation des grades toutes les garanties possibles de
justice et d’impartialité.

P. JOUSSET.

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