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Wicked Holiday Sophia Snowe Download

Le document présente une série de liens pour télécharger des livres électroniques, notamment 'Wicked Holiday' de Sophia Snowe et d'autres ouvrages de romance et de cuisine. Il inclut également des descriptions d'événements historiques liés à des rencontres entre des marins et des indigènes à Tahiti, illustrant des échanges culturels et commerciaux. Enfin, il évoque des défis rencontrés par les marins, tels que des attaques et des maladies, tout en soulignant l'importance de l'établissement de relations pacifiques.

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Wicked Holiday Sophia Snowe download

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A l’entrée d’une large baie, les chaloupes, qui s’étaient éloignées
pour sonder, furent tout à coup entourées d’une multitude de
pirogues. Afin d’éviter une collision, Wallis fit tirer neuf coups de
pierriers par-dessus la tête des indigènes; mais, malgré la frayeur
que leur causèrent les détonations, ceux-ci continuèrent à se
rapprocher. Le capitaine fit alors signal à ses embarcations de rallier
le bord. Quelques naturels, se voyant à portée, commencèrent à
lancer des pierres qui blessèrent plusieurs matelots. Mais le patron
de la chaloupe répondit à cette agression par un coup de fusil
chargé à plomb, qui atteignit l’un des assaillants et mit tous les
autres en fuite.
Le lendemain, à l’embouchure d’une belle rivière, le Dauphin put
jeter l’ancre par vingt brasses d’eau. La joie fut universelle parmi les
matelots. Tout d’abord, les pirogues entourèrent en foule le
bâtiment, apportant des cochons, de la volaille et quantité de fruits,
bientôt échangés contre de la quincaillerie et des clous. Mais une
des embarcations envoyées pour sonder près de terre fut assaillie à
coups de pagaie et de bâton, et les matelots furent forcés de se
servir de leurs armes. Un des naturels fut tué, un second grièvement
blessé; les autres se jetèrent à l’eau. Voyant qu’on ne les poursuivait
pas, ayant conscience qu’eux-mêmes s’étaient attiré ce châtiment, ils
revinrent trafiquer auprès du Dauphin, comme si rien ne s’était
passé.
En rentrant à bord, les officiers rapportèrent que les indigènes les
avaient pressés de descendre à terre, les femmes surtout, dont les
gestes n’étaient pas équivoques. D’ailleurs, près de la côte, il y avait
un bon mouillage, à portée de l’aiguade. Le seul inconvénient était
une houle assez forte. Le Dauphin releva donc ses ancres, et il
prenait le large pour gagner le dessus du vent, lorsque s’ouvrit, à
sept ou huit milles, une baie où Wallis résolut d’atterrir. Un dicton
veut que le mieux soit l’ennemi du bien. Le capitaine en devait faire
l’expérience.
Bien que les chaloupes marchassent devant pour sonder, le
Dauphin toucha sur un récif, et l’avant fut engagé. Les mesures
recommandées en pareille circonstance furent prises sans retard.
Mais, en dehors de la chaîne des roches madréporiques, on ne
trouva pas de fond. Impossible, par conséquent, de laisser tomber
les ancres et de se touer sur elles en virant au cabestan. Que faire
en cette situation critique? Le bâtiment battait sur l’écueil avec
violence, et plusieurs centaines de pirogues semblaient attendre un
naufrage certain pour se ruer à la curée. Au bout d’une heure,
heureusement, une brise favorable, soufflant de terre, dégagea le
Dauphin, qui put gagner sans accident un bon ancrage. Les avaries
n’étaient pas sérieuses. On les eut aussi vite oubliées que réparées.
Wallis, que les tentatives réitérées des naturels engageaient à la
prudence, répartit son monde en quatre quarts, dont l’un devait être
toujours armé, et il fit charger les canons. Cependant, après
quelques échanges, le nombre des pirogues augmenta. Au lieu
d’être chargées de volailles, de cochons et de fruits, elles ne
semblaient porter que des pierres. Les plus grandes avaient des
équipages plus nombreux.
Tout à coup, à un signal donné, une grêle de cailloux tomba sur le
bâtiment. Wallis ordonna une décharge générale, et fit tirer deux
pièces chargées à mitraille. Après un peu de désordre et
d’hésitation, les assaillants revinrent deux fois à la charge avec une
grande bravoure, et le capitaine, voyant la multitude toujours plus
serrée des combattants, n’était pas sans crainte sur l’issue de la
lutte, lorsqu’un incident inattendu vint y mettre fin.
Parmi les pirogues qui attaquaient avec le plus d’ardeur l’avant du
Dauphin, il en était une qui semblait porter quelque chef, car c’était
d’elle qu’était venu le signal du combat. Un coup de canon bien
dirigé vint séparer en deux cette pirogue double. Il n’en fallut pas
davantage pour décider les naturels à la retraite. Ils l’opérèrent
même avec une telle précipitation, qu’une demi-heure plus tard, pas
une seule embarcation ne restait en vue. Le navire fut alors toué
dans le port et disposé pour protéger le débarquement. A la tête
d’un fort détachement de matelots et de soldats de marine, le
lieutenant Furneaux prit terre, planta le pavillon anglais et prit
possession de l’île au nom du roi d’Angleterre, en l’honneur duquel
elle reçut le nom de Georges III. C’est la Taïti des indigènes.
Après s’être prosternés et avoir donné des marques de leur
repentir, les naturels semblaient vouloir nouer avec les étrangers un
commerce amical et de bonne foi, lorsque Wallis, qu’une grave
indisposition retenait à bord, s’aperçut qu’une attaque simultanée
par terre et par mer se préparait contre ses hommes occupés à faire
de l’eau. Plus courte serait la lutte, moins elle serait meurtrière.
Aussi, quand il vit les naturels à portée du canon, il fit tirer quelques
volées qui suffirent à disperser leur flottille.
Pour éviter le retour de ces tentatives, il fallait faire un exemple.
Wallis s’y détermina à regret. Il expédia immédiatement à terre un
fort détachement avec ses charpentiers, pour détruire toutes les
pirogues qui avaient été hâlées sur le rivage. Plus de cinquante, dont
quelques-unes longues de soixante pieds, furent mises en pièces.
Cette exécution détermina les Taïtiens à se soumettre. Ils
déposèrent des cochons, des chiens, des étoffes et des fruits sur le
rivage, puis se retirèrent. On leur laissa en échange des haches et
des babioles, qu’ils emportèrent dans les forêts avec de grandes
démonstrations de joie. La paix était faite, et dès le lendemain
s’établit un commerce régulier et abondant, qui procura à discrétion
des vivres frais aux équipages.
Il y avait lieu d’espérer que les relations amicales se continueraient
durant le séjour des Anglais, maintenant que les naturels avaient
éprouvé la puissance et la portée des armes des étrangers. Wallis fit
donc dresser une tente près de l’aiguade et débarqua ses nombreux
scorbutiques, pendant que les hommes valides s’occupaient à
raccommoder les agrès, à rapiécer les voiles, à calfater, à repeindre
le navire, à le mettre, en un mot, en état de fournir la longue course
qui devait le ramener en Angleterre.
A ce moment, la maladie de Wallis prit un caractère alarmant. Le
premier lieutenant n’était guère en meilleure santé. Toute la
responsabilité retomba donc sur le lieutenant Furneaux, qui ne resta
pas au-dessous de sa tâche. Au bout de quinze jours, pendant
lesquels la paix n’avait pas été troublée, Wallis retrouva tout son
monde remis sur pied et bien portant.

Coiffures des habitants de Taïti. (Fac-simile. Gravure


ancienne.)

Cependant, les vivres se faisaient plus rares. Les naturels, rendus


plus difficiles par l’abondance des clous et des haches, se montraient
plus exigeants. Le 15 juillet, une grande femme, d’environ quarante-
cinq ans, au port majestueux, et à laquelle les indigènes
témoignaient un grand respect, vint à bord du Dauphin. Wallis, à la
dignité de son maintien, à cette liberté d’allures qui distingue les
personnes habituées à commander, reconnut qu’elle devait occuper
une haute situation. Il lui fit présent d’un grand manteau bleu, d’un
miroir et d’autres babioles, qu’elle reçut avec les marques d’un
profond contentement. En quittant le navire, elle engagea le
commandant à descendre à terre et à lui rendre visite. Wallis n’y
manqua pas le lendemain, bien qu’il fût encore très-faible. Il fut
admis dans une grande case, qui occupait un espace de terrain long
de 327 pieds et large de 42; elle était couverte d’un toit en feuilles
de palmiers que supportaient cinquante-trois piliers. Une foule
considérable, réunie pour la circonstance, faisait la haie sur le
passage de Wallis, et le reçut respectueusement. Cette visite fut
égayée par un incident assez comique. Le chirurgien du bâtiment,
que la marche avait mis tout en sueur, enleva sa perruque pour se
rafraîchir.

Isles de la Reine Charlotte (Fac-simile. Gravure ancienne.)


«Une exclamation subite d’un des Indiens, à cette vue,
attira l’attention de tous les autres sur ce prodige, qui fixa
tous les yeux. Toute l’assemblée demeura quelque temps sans
mouvement, et dans le silence de l’étonnement, qui n’eût pas
été plus grand, s’ils eussent vu un des membres de notre
compagnon séparé de son corps.»
Le lendemain, un messager, qui allait porter un présent à la reine
Obéroa, en remerciement de sa gracieuse réception, la trouva qui
donnait un festin à un millier de personnes.
«Ses domestiques lui portaient les mets tout préparés, la
viande dans des noix de coco, et les coquillages dans des
espèces d’augets de bois, semblables à ceux dont nos
bouchers se servent; elle les distribuait de ses propres mains
à tous ses hôtes, qui étaient assis et rangés autour de la
grande maison. Quand cela fut fait, elle s’assit elle-même sur
une espèce d’estrade, et deux femmes placées à ses côtés lui
donnèrent à manger. Les femmes lui présentaient les mets
avec leurs doigts, et elle n’avait que la peine d’ouvrir la
bouche.»
Le contre-coup de cet échange de procédés amicaux ne tarda pas
à se faire sentir, et le marché fut encore une fois amplement
approvisionné, mais sans que les prix redevinssent aussi bas qu’à
l’arrivée des Anglais.
Une reconnaissance fut opérée par le lieutenant Furneaux, le long
de la côte, à l’ouest, pour prendre une idée de l’île, et voir ce qu’il
serait possible d’en tirer. Partout les Anglais furent bien reçus. Ils
virent un pays agréable, très peuplé, dont les habitants ne
semblaient pas pressés de vendre leurs denrées. Tous les outils
étaient de pierre ou d’os, ce qui fit conjecturer au lieutenant
Furneaux que les Taïtiens ne connaissaient aucun métal. Ne
possédant pas de vases de terre, ils ne se faisaient, par cela même,
aucune idée que l’eau pût être chauffée. On s’en aperçut un jour que
la reine déjeunait à bord. Un des principaux personnages de sa
suite, ayant vu le chirurgien verser l’eau de la bouilloire dans la
théière, tourna le robinet et reçut le liquide bouillant sur la main. Se
sentant brûlé, il jeta des cris épouvantables et se mit à courir autour
de la cabine, en faisant les contorsions les plus extravagantes. Ses
compagnons, ne pouvant concevoir ce qui lui était arrivé, restaient
les yeux fixés sur lui, avec un mélange d’étonnement et de frayeur.
Le chirurgien s’empressa d’intervenir, mais il se passa quelque temps
avant que le pauvre Taïtien pût être soulagé.
Quelques jours plus tard, Wallis s’aperçut que les matelots
dérobaient des clous pour les donner aux femmes. Ils en étaient
même venus à soulever et à détacher les planches du vaisseau afin
de se procurer les vis, les clous, les tenons et tous les morceaux de
fer qui les fixaient à la membrure. Wallis eut beau sévir, rien n’y fit,
et, malgré la précaution qu’il prit de ne laisser personne descendre à
terre avant d’être fouillé, ces faits se renouvelèrent à plusieurs
reprises.
Une expédition, envoyée dans l’intérieur de l’île, reconnut une
large vallée qu’arrosait une belle rivière. Partout le terrain était
cultivé avec un soin extrême, et des saignées avaient été pratiquées
pour arroser les jardins et les plantations d’arbres fruitiers. Plus on
s’enfonçait dans l’intérieur, plus les sinuosités de la rivière
devenaient capricieuses; la vallée se rétrécissait, les collines
tournaient à la montagne, la route devenait de plus en plus difficile.
Un pic, éloigné d’environ six milles du lieu du débarquement, fut
escaladé dans l’espoir que l’on découvrirait l’île tout entière jusque
dans ses moindres replis. Mais la vue était bornée par des
montagnes encore plus élevées. Du côté de la mer, cependant,
aucun obstacle ne venait cacher le tableau enchanteur qui se
développait sous les yeux: partout des collines tapissées de bois
magnifiques; sur leur verdure, les cases des indigènes se
détachaient en clair; dans les vallées, le spectacle était encore plus
riant, avec cette multitude de cabanes et de jardins entourés de
haies vives. La canne à sucre, le gingembre, le tamarin, des
fougères arborescentes, telles étaient, avec les cocotiers, les
principales essences de ce pays fertile.
Wallis, qui voulait enrichir cette contrée de plusieurs productions
de nos climats, fit planter des noyaux de pêches, de cerises et de
prunes, ainsi que des pépins de citron, d’orange et de limon, et
semer les graines d’une quantité de légumes. En même temps, il
faisait présent à la reine d’une chatte pleine, de deux coqs, de
poules, d’oies et de plusieurs autres animaux, qu’il supposait pouvoir
se reproduire facilement.
Cependant, le temps pressait, et Wallis dut se résoudre au départ.
Lorsqu’il annonça sa résolution à la reine, celle-ci se jeta dans un
fauteuil et pleura longtemps, avec tant de sensibilité, que rien ne
pouvait la calmer. Elle resta jusqu’au dernier moment sur le
vaisseau, et quand il eut mis à la voile, «elle nous embrassa de la
manière la plus tendre, dit Wallis, en versant beaucoup de pleurs, et
nos amis les Taïtiens nous dirent adieu avec tant de regret et d’une
façon si touchante, que j’eus le cœur serré et que mes yeux se
remplirent de larmes.»
La façon peu courtoise dont les Anglais avaient été accueillis, les
tentatives réitérées des indigènes pour s’emparer du bâtiment,
n’étaient pas pour faire soupçonner une séparation si pénible; mais,
dit le proverbe, tout est bien qui finit bien.
Des renseignements que Wallis recueillit sur les mœurs et les
habitudes des Taïtiens, nous ne retiendrons que les suivants, car
nous aurons l’occasion d’y revenir en racontant les voyages de
Bougainville et de Cook.
Grands, bien faits, agiles, le teint un peu basané, ces indigènes
sont vêtus d’une espèce d’étoffe blanche fabriquée avec l’écorce
d’un arbre. Des deux pièces d’étoffe qui composent tout leur
costume, l’une est carrée et ressemble à une couverture. Percée
d’un trou au centre pour passer la tête, elle rappelle le «zarape» des
Mexicains et le «poncho» des indigènes de l’Amérique du Sud.
L’autre s’enroule autour du corps, sans être serrée. Presque tous,
hommes et femmes, ont l’habitude de se tatouer de lignes noires
très rapprochées, qui représentent différentes figures. Cette
opération se pratique de la manière suivante: la peau est piquée, et
les trous sont remplis d’une sorte de pâte, composée d’huile et de
suif, qui laisse une trace indélébile.
La civilisation était peu avancée. Nous avons dit plus haut que les
Taïtiens ne connaissaient pas les vases de terre. Aussi, Wallis fit-il
présent à la reine d’une marmite que tout le monde vint voir avec
une extrême curiosité.
Quant à la religion de ces indigènes, le commandant n’en constata
nulle trace. Il lui sembla seulement qu’ils entraient dans certains
lieux, qu’il supposa être des cimetières, avec une contenance
respectueuse et l’appareil de la douleur.
Un des Taïtiens, qui semblait plus disposé que ses compagnons à
imiter et à adopter les manières anglaises, reçut un habillement
complet qui lui allait très bien. Jonathan,—c’est ainsi qu’on l’avait
nommé,—était tout fier de sa nouvelle parure. Pour mettre le comble
à la distinction de ses manières, il voulut apprendre à se servir de la
fourchette; mais il ne put parvenir à manier ce dernier instrument.
Emporté par la force de l’habitude, il portait toujours sa main à sa
bouche, et le morceau, piqué aux dents de la fourchette, passait à
côté de son oreille.
Ce fut le 27 juillet que Wallis quitta l’île de Georges III. Après
avoir rangé la côte de l’île du duc d’York, il découvrit successivement
plusieurs îles ou îlots, sur lesquels il n’atterrit pas. Telles sont les îles
de Charles-Saunders, de Lord-Howe, de Scilly, de Boscawen et de
Keppel, où les dispositions hostiles des indigènes et la difficulté du
débarquement l’empêchèrent de prendre terre.
L’hiver allait commencer dans la région australe. Le bâtiment
faisait eau de toutes parts, l’arrière surtout était très-fatigué par le
gouvernail. Était-il bien prudent, dans ces conditions, de faire voile
pour le cap Horn ou le détroit de Magellan? Ne serait-ce pas courir
au-devant d’un naufrage certain? Ne vaudrait-il pas mieux gagner
Tinian ou Batavia, où l’on pourrait se réparer, et rentrer en Europe
par le cap de Bonne-Espérance? C’est à ce dernier parti que Wallis
s’arrêta. Il gouverna donc dans le nord-ouest, et, le 19 septembre,
après une navigation trop heureuse pour avoir une histoire, il jeta
l’ancre dans le havre de Tinian.
Les incidents qui avaient marqué la relâche de Byron en cet
endroit se reproduisirent avec une beaucoup trop grande régularité.
Pas plus que son prédécesseur, Wallis n’eut à se louer des facilités
d’approvisionnement et de la température du pays. Si les
scorbutiques guérirent en peu de jours, si les voiles purent être
raccommodées, si le bâtiment put être radoubé et calfaté, l’équipage
eut le bonheur inattendu de ne pas contracter de fièvres.
Le 16 octobre 1767, le Dauphin reprit la mer; mais, cette fois, il
essuya une série d’épouvantables tempêtes qui déchirèrent les
voiles, rouvrirent la voie d’eau, démolirent en partie le gouvernail et
emportèrent les dunettes avec tout ce qui se trouvait sur le château
d’avant.
Les Bashees furent cependant doublées et le détroit de Formose
franchi. Les îles Sandy, Small-Key, Long-Island, New-Island, furent
reconnues, ainsi que Condor, Timor, Aros et Pisang, Pulo-Taya, Pulo-
Toté et Sumatra, avant d’arriver à Batavia, le 30 novembre.
La dernière partie du voyage s’accomplit dans des localités dont
nous avons eu déjà plusieurs fois occasion de parler. Il nous suffira
donc de dire que, de Batavia, où l’équipage avait pris les fièvres,
Wallis gagna le Cap, puis Sainte-Hélène, et arriva, le 20 mai 1768,
aux Dunes, après six cent trente-sept jours de navigation.
Il est regrettable qu’Hawkesworth n’ait pas reproduit les
instructions données à Wallis par l’Amirauté. Faute de les connaître,
nous ne pouvons décider si ce hardi marin exécuta rigoureusement
les ordres qui lui avaient été remis. Nous voyons qu’il suivit, sans
guère s’en écarter, la route tracée par ses prédécesseurs dans
l’océan Pacifique. En effet, presque tous abordent à l’archipel
Dangereux, laissant de côté la partie de l’Océanie où les îles sont le
plus nombreuses et où Cook devait faire tant et de si importantes
découvertes. Habile navigateur, Wallis sut tirer d’un armement hâtif,
et par cela même incomplet, des ressources imprévues, qui lui
permirent de mener à bien une entreprise aventureuse. Il faut
également le louer de son humanité et des efforts qu’il fit pour
rassembler des documents sérieux sur les populations qu’il visita. S’il
eût possédé, à son bord, quelques savants spéciaux, nul doute que
la moisson scientifique n’eût été plus abondante. La faute en revient
à l’Amirauté.
Nous avons dit que, le 10 avril 1767, au moment où le Dauphin et
le Swallow débouchaient dans l’océan Pacifique, le premier de ces
bâtiments, emporté par une bonne brise, n’avait pas tardé à perdre
de vue le second, incapable de le suivre. Cette séparation fut très
pénible au capitaine Carteret. Mieux que personne de son équipage,
il connaissait le lamentable état de son bâtiment et l’insuffisance des
provisions. Il savait, enfin, qu’il ne devait plus espérer revoir le
Dauphin qu’en Angleterre, puisque aucun plan d’opérations n’avait
été concerté, puisque aucun lieu de rendez-vous n’avait été fixé,—
faute très grave de la part de Wallis, qui était cependant instruit du
délabrement de sa conserve. Néanmoins, Carteret ne laissa rien
soupçonner de ses inquiétudes à son équipage.
D’ailleurs, le temps détestable qui accueillit le Swallow dans
l’océan Pacifique, au nom trompeur, ne permettait guère aux
hommes de réfléchir. Les dangers du moment présent, auxquels il
fallait parer sous peine d’être englouti, leur cachaient les périls de
l’avenir.
Carteret gouverna au nord, en longeant la côte du Chili. Lorsqu’il
se rendit compte de la quantité d’eau douce qui restait à bord, il
reconnut qu’elle était insuffisante pour la traversée qu’il
entreprenait. Aussi, avant de faire voile dans l’ouest, il résolut de
faire provision d’eau à l’île Juan-Fernandez ou à Mas-a-fuero.
Cependant, le temps continuait à être mauvais. Le 27, dans la
soirée, une rafale très forte fit tout à coup sauter le vent, qui prit le
vaisseau droit au cap. La violence de l’ouragan manqua d’emporter
les mâts et de faire sombrer le bâtiment. La tempête continuait dans
toute sa fureur, et les voiles, étant extrêmement mouillées, se
collèrent si bien aux mâts et aux agrès, qu’il était à peine possible de
les manœuvrer.
Le lendemain, un coup de mer rompit la vergue d’artimon à
l’endroit où la voile était risée et mit, pendant quelques minutes,
tout le bâtiment sous l’eau. La tempête ne s’apaisa que pour donner
à l’équipage du Swallow le temps de se reposer un peu et de réparer
les avaries du bâtiment; puis elle recommença et continua par
violentes bourrasques jusqu’au 7 mai. Le vent devint alors favorable,
et, trois jours plus tard, l’île Juan-Fernandez fut découverte.
Carteret ignorait que les Espagnols eussent fortifié cette île. Aussi
fut-il fort surpris de voir un grand nombre d’hommes sur le rivage,
d’apercevoir au bord de l’eau une batterie de quatre pièces, et, sur
une colline, un fort percé de vingt embrasures, qui portait pavillon
espagnol. Des coups de vent l’empêchèrent d’entrer dans la baie
Cumberland, et, après avoir croisé une journée entière, il dut se
résigner à gagner Mas-a-fuero. Mais les mêmes obstacles et la houle
qui brisait au rivage contrarièrent ses opérations; ce fut à
grand’peine qu’il parvint à embarquer quelques futailles pleines
d’eau. Plusieurs de ses hommes, que l’état de la mer avait contraints
de rester à terre, tuèrent assez de pintades pour régaler tout
l’équipage. Ce furent, avec des veaux marins et quantité de
poissons, les seuls avantages d’un séjour marqué par une série de
rafales et d’orages, qui mirent plus d’une fois le vaisseau en
perdition sur cette côte.
Carteret, qui, chassé par des vents impétueux, eut, chaque fois
qu’il la regagnait, l’occasion d’observer l’île de Mas-a-fuero, relève
plusieurs erreurs du rédacteur du voyage de l’amiral Anson et fournit
quelques détails précieux pour les navigateurs.
A son départ de Mas-a-fuero, Carteret porta dans le nord avec
l’espoir de rencontrer l’alizé du sud-est. Emporté plus loin qu’il ne
comptait, il résolut de chercher les îles Saint-Ambroise et Saint-Félix
ou Saint-Paul. Maintenant que Juan-Fernandez était occupée et
fortifiée par les Espagnols, ces îles pouvaient être utiles aux Anglais
en cas de guerre. Mais les cartes de M. Green et les Éléments de
navigation de Robertson n’étaient pas d’accord sur leur position.
Carteret, plus confiant dans ce dernier ouvrage, les chercha dans le
nord et les manqua. En relisant la description qu’en avait donnée
Waser, le chirurgien de Davis, il pensa que ces deux îles étaient la
terre rencontrée par ce flibustier dans sa route au sud des îles
Galapagos, et que la Terre de Davis n’existait point. C’était une
double erreur, d’identifier les îles Saint-Félix avec la Terre de Davis et
de nier l’existence de cette dernière, qui n’est autre que l’île de
Pâques.
«Nous eûmes, dit Carteret, dans ce parallèle (à 18° à
l’ouest de son point de départ), de petites fraîcheurs, un fort
courant au nord et d’autres raisons de conjecturer que nous
étions près de cette Terre de Davis que nous recherchions
avec grand soin. Mais, un bon vent s’élevant de rechef, nous
gouvernâmes 1/4 S.-O. et nous arrivâmes au 28e degré et
demi de latitude sud; d’où il suit que, si cette terre ou
quelque chose de semblable existait, je l’aurais infailliblement
rencontrée, ou qu’au moins je l’aurais vue. Je me tins ensuite
au 28e degré de latitude sud, 40° à l’ouest de mon point de
départ, et, suivant mon estime, à 121° ouest de Londres.»
Tous les navigateurs continuant à admettre l’existence d’un
continent austral, Carteret ne pouvait s’imaginer que la Terre de
Davis ne fût qu’une petite île, un point perdu au milieu de
l’immensité de l’Océan. De ce qu’il ne rencontrait pas de continent, il
concluait à la non-existence de cette Terre de Davis. C’est encore en
cela qu’il se trompait.
Carte de l’Isle d’Otahiti
PAR
le Lieutenant J. Cook
1769.

Jusqu’au 7 juin, Carteret continua sa recherche. Il était par 28° de


latitude sud et 112° de longitude ouest, c’est-à-dire qu’il se trouvait
dans le voisinage immédiat de l’île de Pâques. On était alors au
milieu de l’hiver. La mer était continuellement grosse, les vents
violents et variables, le temps sombre, brumeux et froid, avec
accompagnement de tonnerre, de pluie et de neige. C’est sans doute
cette obscurité prodigieuse, ce brouillard épais sous lequel le soleil
se cacha pendant plusieurs jours, qui empêcha Carteret d’apercevoir
l’île de Pâques, car certains indices, la multitude des oiseaux, les
algues flottantes, lui avaient dénoncé le voisinage de quelque terre.
Combat du Swallow et d’un prao malais. (Page 71.)

Ces troubles atmosphériques étaient faits pour ralentir encore le


voyage. En outre le Swallow, était aussi mauvais voilier que possible,
et l’on peut juger de l’ennui, des préoccupations, de l’angoisse
même du capitaine, qui voyait son équipage à la veille de mourir de
faim. Quoi qu’il en soit, la route fut continuée toutes voiles dehors,
de jour et de nuit, dans la direction de l’ouest, jusqu’au 2 juillet.
Ce jour-là, une terre fut aperçue dans le nord, et, le lendemain,
Carteret la rangea d’assez près pour la reconnaître. Ce n’était qu’un
grand rocher de cinq milles de circonférence, couvert d’arbres, qui
paraissait inhabité, et que la houle, très violente en cette saison,
l’empêcha d’accoster. On l’appela Pitcairn, du nom de celui qui l’avait
découverte le premier. Ce fut dans ces parages que les matelots,
jusqu’alors en bonne santé, ressentirent les premières atteintes du
scorbut.
Le 11, une nouvelle terre fut aperçue par 22° de latitude sud et
141° 34′ de longitude. On lui donna le nom d’Osnabruck, en
l’honneur du second fils du roi.
Le lendemain, Carteret expédia un détachement sur deux autres
îles, où l’on ne trouva ni végétaux comestibles ni eau. On y prit à la
main plusieurs oiseaux, si peu sauvages, qu’ils ne fuyaient pas à
l’approche de l’homme.
Toutes ces terres faisaient partie de l’archipel Dangereux, longue
chaîne d’îles basses, d’attolls, qui firent le désespoir de tous les
navigateurs par le peu de ressources qu’elles leur offraient. Carteret
crut reconnaître la terre vue par Quiros; mais cette dernière, qui
porte le nom indigène de Taïti, est située plus au nord.
Cependant, la maladie faisait tous les jours de nouveaux progrès.
Les sautes de vent, et, par-dessus tout, les avaries du vaisseau
rendant la marche très lente, Carteret jugea nécessaire de prendre
la route sur laquelle il avait chance de rencontrer les
rafraîchissements et les facilités de réparations dont il avait un si
pressant besoin.
«J’avais dessein, dit Carteret, si le vaisseau pouvait être
réparé, de poursuivre mon voyage dans le sud au retour de la
saison convenable, pour faire de nouvelles, découvertes dans
cette partie du globe. Je projetais enfin, si je découvrais un
continent, et que je pusse y trouver une quantité suffisante
de provisions, de me maintenir le long de la côte du sud
jusqu’à ce que le soleil eût passé l’équateur, de gagner alors
une latitude sud fort avancée et de tirer à l’ouest vers le cap
de Bonne-Espérance ou de m’en revenir à l’est, après avoir
touché aux îles Falkland, s’il était nécessaire, et de partir
promptement de là pour aborder en Europe.»
Ces louables projets, qui dénotent en Carteret le véritable
explorateur, plutôt stimulé qu’intimidé par le péril, il allait être dans
l’impuissance absolue de les mettre à exécution.
En effet, il ne rencontra l’alizé que par 16°, et le temps continua
d’être détestable. Aussi, quoi qu’il naviguât dans le voisinage de l’île
du Danger, découverte par Byron en 1765, et de certaines autres, il
ne vit aucune terre.
«Nous passâmes probablement, dit-il, près de quelqu’une,
que la brume nous empêcha de voir, car, dans cette traversée,
un grand nombre d’oiseaux de mer voltigèrent souvent autour
du vaisseau. Le commodore Byron, dans son dernier voyage,
avait dépassé les limites septentrionales de cette partie de
l’Océan, dans laquelle on dit que les îles Salomon sont
situées; et, comme j’ai été moi-même au delà des limites sud
sans les voir, j’ai de grandes raisons de conclure que, si ces
îles existent, leur situation est mal déterminée dans toutes les
cartes.»
Cette dernière supposition était exacte; mais les îles Salomon
existaient si bien, que Carteret allait, quelques jours plus tard, y
atterrir sans les reconnaître.
Cependant, les vivres étaient presque entièrement consommés ou
corrompus, les manœuvres et les voiles hachées par la tempête, les
rechanges épuisées, la moitié de l’équipage clouée sur les cadres,
lorsque survint, pour le capitaine, un nouveau sujet d’alarmes. Une
voie d’eau fut signalée. Placée au-dessous de la ligne de flottaison, il
était, impossible de l’aveugler tant qu’on serait en pleine mer. Par
une chance inespérée, le lendemain, la terre fut découverte. Dire de
quels cris de joie, de quelles acclamations elle fut saluée, ce serait
superflu. Le sentiment de surprise et de soulagement qu’éprouva
l’équipage ne peut être comparé, suivant les expressions mêmes de
Carteret, qu’à celui que ressent le criminel qui reçoit sur l’échafaud
l’annonce de sa grâce. C’était l’île de Nitendit, déjà vue par
Mendana.
A peine l’ancre avait-elle touché le fond, qu’une embarcation fut
expédiée à la recherche d’une aiguade. Des indigènes, noirs, à la
tête laineuse, entièrement nus, parurent sur le rivage et s’enfuirent
avant que le canot pût accoster. Un beau courant d’eau douce au
milieu d’une forêt impénétrable d’arbres et d’arbustes qui poussaient
jusque dans la mer même, une contrée sauvage, hérissée de
montagnes, voilà le tableau que fit du pays le patron de
l’embarcation.
Le lendemain, le maître fut renvoyé à la recherche d’un lieu de
débarquement plus facile, avec l’ordre de gagner par des cadeaux la
bienveillance des naturels. Il lui était expressément recommandé de
ne pas s’exposer, de regagner le bord si plusieurs pirogues se
dirigeaient vers lui, de ne point quitter lui-même l’embarcation, et de
ne laisser descendre à terre que deux hommes à la fois, tandis que
les autres se tiendraient sur la défensive. De son côté, Carteret
envoya son canot à terre pour faire de l’eau. Quelques naturels lui
décochèrent des flèches, qui n’atteignirent heureusement personne.
Pendant ce temps, la chaloupe regagnait le Swallow. Le maître avait
trois flèches dans le corps, et la moitié de son équipage était si
dangereusement blessée, que lui-même ainsi que trois matelots
moururent quelques jours après.
Voici ce qui s’était passé. Débarqué, lui cinquième, dans un
endroit où il avait aperçu plusieurs cabanes, le maître était entré en
relations d’échange avec les indigènes. Bientôt le nombre de ceux-ci
augmenta, et plusieurs grandes pirogues se dirigeant vers sa
chaloupe, il n’avait pu la rejoindre qu’au moment où l’attaque
commençait. Poursuivi à coups de flèches par les naturels, qui
entrèrent dans l’eau jusqu’aux épaules, chassé par les pirogues, il
n’était parvenu à s’échapper qu’après avoir tué plusieurs indigènes
et coulé une de leurs embarcations.
Cette tentative, à la recherche d’un endroit plus favorable pour
échouer le Swallow, avait été si malheureuse, que Carteret fit
abattre son navire en carène, à l’endroit même où il était, et là, on
travailla à boucher la voie d’eau. Si le charpentier, seul homme de
l’équipage dont la santé fût passable, ne put parvenir à l’aveugler
entièrement, il la diminua cependant beaucoup. Tandis qu’une
nouvelle embarcation était dirigée vers l’aiguade, on balaya les bois,
du vaisseau à coups de canon, de la chaloupe à coups de mousquet.
Cependant, les matelots travaillaient depuis un quart d’heure,
lorsqu’ils furent assaillis par une volée de flèches, qui blessa
grièvement l’un d’eux à la poitrine. Il fallut recourir aux mêmes
mesures toutes les fois qu’on voulut faire de l’eau.
A ce moment, trente hommes étaient incapables de faire leur
service. Le maître se mourait de ses blessures. Le lieutenant Gower
était très mal. Carteret, lui-même, attaqué d’une maladie bilieuse et
inflammatoire, était obligé de garder le lit. Ces trois officiers étaient
seuls capables de reconduire le Swallow en Angleterre, et ils étaient
sur le point de succomber!
Si l’on voulait enrayer les progrès de la maladie, il fallait à tout prix
se procurer des rafraîchissements, et il était impossible de le faire en
cet endroit. Carteret leva donc l’ancre le 17 août, après avoir donné
à cette île le nom d’Egmont, en l’honneur du lord de l’Amirauté, et
appelé baie Swallow celle où il avait mouillé. Persuadé que c’était la
terre à laquelle les Espagnols ont donné le nom de Santa-Cruz, le
navigateur n’en céda pas moins à la manie, alors à la mode,
d’imposer de nouveaux vocables à tous les endroits qu’on visitait.
Puis il longea la côte à peu de distance, constata que la population
était très nombreuse, et eut, mainte fois, maille à partir avec ses
habitants. Ces obstacles, ainsi que l’impossibilité de se procurer des
rafraîchissements, empêchèrent Carteret de reconnaître les autres
îles de ce groupe, auquel il imposa le nom d’îles de la Reine-
Charlotte.
«Les habitants de l’île d’Egmont, dit-il, sont extrêmement
agiles, vigoureux, actifs. Ils semblent aussi propres à vivre
dans l’eau que sur terre, car ils sautent de leurs pirogues
dans la mer presque à toutes les minutes... Une des flèches
qu’ils tirèrent traversa les planches du bateau et blessa
dangereusement un officier de poupe à la cuisse. Ces flèches
ont une pointe de pierre, et nous ne vîmes parmi eux aucune
espèce de métal. Le pays, en général, est couvert de bois et
de montagnes et entrecoupé d’un grand nombre de vallées.»
Ce fut le 18 août 1767 que Carteret quitta cet archipel, avec le
projet de gagner la Nouvelle-Bretagne. Avant de l’atteindre, il
comptait bien rencontrer quelques îles où il serait plus heureux. En
effet, le 20, il découvrit une petite île basse qu’il appela Gower, où il
put se procurer quelques cocos. Le lendemain, il reconnut les îles
Simpson et Carteret, plus un groupe de neuf îles qu’il estima être les
Ohang-Java, découvertes par Tasman; puis, successivement, celles
de sir Charles Hardy, Winchelsea, qu’il ne supposa pas faire partie de
l’archipel des Salomon, l’île Saint-Jean de Schouten, et enfin la
Nouvelle-Bretagne, qu’il atteignit le 28 août.
Carteret longea la côte de cette île, cherchant un port commode et
sûr, et s’arrêta en diverses baies, où il se procura du bois, de l’eau,
des cocos, des muscades, de l’aloès, des cannes à sucre, des
bambous et des choux palmistes.
«Ce chou, dit-il, est blanc, frisé, d’une substance remplie de
suc; lorsqu’on le mange cru, il a une saveur ressemblant à
celle de la châtaigne, et, quand il est bouilli, il est supérieur
au meilleur panais. Nous le coupâmes en petites tranches
dans du bouillon fait avec nos tablettes, et ce bouillon, épaissi
ensuite avec du gruau d’avoine, nous fournit un très bon
mets.»
Les bois étaient animés par des vols nombreux de pigeons, de
tourterelles, de perroquets et de divers oiseaux inconnus. Les
Anglais visitèrent plusieurs habitations abandonnées. S’il est permis
de juger de la civilisation d’un peuple par ses demeures, ces
insulaires devaient être au dernier degré de l’échelle, car ils
habitaient les plus misérables huttes que Carteret eût jamais
rencontrées.
Le commandant profita de son séjour en ce lieu pour mettre
encore une fois le Swallow à la bande et visiter sa voie d’eau, que
les charpentiers arrêtèrent de leur mieux. Le doublage étant fort usé
et la quille toute rongée des vers, on l’enduisit de poix et de goudron
chaud mêlés ensemble.
Le 7 septembre, Carteret accomplit cette ridicule cérémonie de la
prise de possession du pays au nom de Georges III; puis il expédia
en reconnaissance une de ses embarcations, qui rapporta quantité
de cocos et de choux palmistes, rafraîchissements des plus précieux
pour les nombreux malades du bord.
Bien que la mousson dût continuer à souffler de l’est longtemps
encore, le commandant, qui appréciait le mauvais état de son
vaisseau, résolut de partir aussitôt pour Batavia, où il espérait
pouvoir refaire son équipage et réparer le Swallow. Il quitta donc, le
9 septembre, le havre de Carteret, le meilleur qu’il eût rencontré
depuis son départ du détroit de Magellan.
Il pénétra bientôt dans un golfe que Dampier avait appelé baie
Saint-Georges et qu’il ne tarda pas à reconnaître pour un détroit qui
séparait la Nouvelle-Bretagne de la Nouvelle-Irlande. Il reconnut ce
canal, auquel il laissa le nom de Saint-Georges, et le décrit, dans sa
relation, avec un soin que durent hautement apprécier les
navigateurs de son temps. Puis il suivit la côte de la Nouvelle-Irlande
jusqu’à son extrémité occidentale. Près d’une petite île, qu’il nomma
Sandwich, le capitaine Carteret eut quelques relations avec les
indigènes.
«Ces insulaires, dit-il, sont noirs et ont de la laine à la tête
comme les nègres, mais ils n’ont pas le nez plat et les lèvres
grosses. Nous pensâmes que c’était la même race d’hommes
que les habitants de l’île d’Egmont. Comme eux, ils sont
entièrement nus, si l’on excepte quelques parures de
coquillages qu’ils attachent à leurs bras et à leurs jambes. Ils
ont pourtant adopté une pratique sans laquelle nos dames et
nos petits-maîtres ne sont pas supposés être habillés
complètement. Leurs cheveux, ou plutôt la laine de leurs
têtes, étaient chargés de poudre blanche, d’où il suit que la
mode de se poudrer est probablement d’une plus haute
antiquité et d’un usage plus étendu qu’on ne le croit
communément..... Ils sont armés de piques et de grands
bâtons en forme de massue, mais nous n’avons aperçu parmi
eux ni arcs ni flèches.»
A l’extrémité sud-ouest de la Nouvelle-Irlande, Carteret reconnut
encore une terre, à laquelle il donna le nom de Nouvelle-Hanovre,
puis, bientôt après, l’archipel du Duc-de-Portland.
Bien que toute cette partie de sa relation de voyage, dans des
contrées inconnues avant lui, abonde en détails précieux, Carteret,
navigateur bien plus exact, bien plus zélé que ses prédécesseurs
Byron et Wallis, s’excuse encore de n’avoir pu en réunir davantage.
«La description du pays, dit-il, de ses productions et de ses
habitants aurait été beaucoup plus complète et plus détaillée,
si je n’avais pas été tellement affaibli et épuisé par la maladie
que je succombais presque sous les fonctions qui retombaient
sur moi faute d’officiers. Lorsque je pouvais à peine me
traîner, j’étais obligé de faire quart sur quart et de partager
d’autres travaux avec mon lieutenant, dont la santé était aussi
en fort mauvais état.»
En débouquant du canal Saint-Georges, la route fut faite à l’ouest.
Carteret découvrit encore plusieurs îles; mais, la maladie l’ayant,
pendant plusieurs jours, empêché de monter sur le pont, il ne put en
déterminer exactement la position. Il leur donna le nom d’îles de
l’Amirauté et se vit contraint d’employer, à deux reprises, les armes à
feu pour repousser les attaques des naturels. Il reconnut ensuite l’île
Durour, Matty et les Cuèdes, dont les habitants furent tout joyeux de
recevoir quelques morceaux d’un cercle de fer. Carteret déclare que,
pour quelques instruments de ce métal, il aurait acheté toutes les
productions du pays. Bien qu’ils fussent voisins de la Nouvelle-
Guinée et des archipels qu’il venait d’explorer, ces peuples n’étaient
pas noirs, mais cuivrés. Ils avaient de beaux cheveux noirs très
longs, les traits réguliers et des dents d’une blancheur éclatante. De
taille moyenne, forts et agiles, ils étaient gais, familiers, et
montèrent sans crainte à bord du bâtiment. L’un d’eux demanda
même à Carteret de l’accompagner dans son voyage, et, malgré tout
ce que ses compatriotes et le capitaine lui-même purent lui dire, il
refusa de quitter le Swallow. Carteret, devant une volonté aussi
ferme, céda, mais le pauvre Indien, qui avait reçu le nom de Joseph
Freewill, ne tarda pas à dépérir et mourut à Célèbes.
Le 29 octobre, les Anglais atteignirent la partie nord-est de
Mindanao. Toujours à la poursuite d’eau et de vivres frais, Carteret
chercha, vainement, la baie que Dampier avait signalée comme très
giboyeuse. Un peu plus loin, il rencontra une aiguade, mais les
dispositions hostiles des habitants le forcèrent encore une fois à
reprendre la mer.
En quittant Mindanao, le commandant fit voile pour gagner le
détroit de Macassar, entre les îles Bornéo et Célèbes. Il l’embouqua
le 14 novembre. Le vaisseau marchait alors si mal qu’il mit quinze
jours à faire vingt-huit lieues.
«Malades, dit-il, affaiblis, mourants, voyant des terres où
nous ne pouvions pas arriver, exposés à des tempêtes qu’il
nous était impossible de surmonter, nous fûmes attaqués par
un pirate.»
Celui-ci, espérant trouver l’équipage anglais endormi, attaqua le
Swallow au milieu de la nuit. Mais, loin de se laisser abattre par ce
nouveau danger, les matelots se défendirent avec tant de vaillance
et d’habileté, qu’ils coulèrent bas le prao malais.
Le 12 décembre, Carteret eut le chagrin de voir que la mousson
d’ouest avait commencé. Le Swallow n’était pas en état de lutter
contre ce vent et le courant pour atteindre Batavia par l’ouest. Il
fallut donc se résigner à gagner Macassar, qui était alors le principal
établissement des Hollandais dans les Célèbes. Lorsque les Anglais y
arrivèrent, il y avait trente-cinq semaines qu’ils avaient quitté le
détroit de Magellan.
A peine l’ancre fut-elle jetée en vue du port, qu’un Hollandais,
dépêché par le gouverneur, monta à bord du Swallow. En apprenant
que ce bâtiment appartenait à la marine militaire anglaise, il parut
très alarmé. Aussi, le lendemain, lorsque Carteret envoya son
lieutenant, M. Gower, demander l’accès du port, afin d’y acheter des
rafraîchissements pour son équipage mourant, d’y réparer son
bâtiment délabré, et d’attendre le renversement de la mousson, non
seulement on ne lui permit pas de descendre à terre, mais les
Hollandais s’empressèrent de réunir leurs troupes et d’armer leurs
bâtiments. Enfin, au bout de cinq heures, la réponse du gouverneur
fut apportée à bord. C’était un refus aussi peu poli que peu déguisé.
En même temps, il était fait défense aux Anglais de débarquer dans
aucun endroit soumis au gouvernement hollandais.
Poursuivis à coups de flèches. (Page 67.)

Toutes les représentations de Carteret, qui fit remarquer


l’inhumanité de ce refus, ses démonstrations hostiles mêmes,
n’amenèrent d’autres résultats que la vente de quelques provisions
et l’autorisation de gagner une petite baie voisine. Il y trouverait,
disait-on, un abri assuré contre la mousson; il pourrait y installer un
hôpital pour ses malades; enfin, il s’y procurerait des
rafraîchissements plus abondants qu’à Macassar, d’où on lui
enverrait, d’ailleurs, tout ce dont il pourrait avoir besoin. Sous peine
de mourir de faim et de couler bas, il fallut en passer par ces
exigences, et Carteret dut se résoudre à gagner la rade de Bonthain.

Portrait de Bougainville. (Fac-simile. Gravure


ancienne.)

Là, les malades, installés dans une maison, se virent refuser la


permission de s’écarter à plus de trente verges de leur hôpital. Ils
étaient gardés à vue et ne pouvaient communiquer avec les naturels.
Enfin, il leur était défendu de rien acheter que par l’entremise des
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