Le présent travail pratique a été réalisé dans le cadre du cours
intitulé « Questions spécifiques de voie d’exécution civile »,
dispensé à la Faculté de Droit de l’Université Protestante au
Congo (UPC).
Il s’inscrit dans une démarche académique visant à approfondir
la compréhension théorique et pratique des procédures
d’exécution en droit civil congolais. Le travail a été conçu et
présenté par le groupe composé de :
• Kyungu Mbuyu Serge
• Kadima Mujinga Beria
• Miezi mputu Gemima
• Tsasa Mbambi Memodi
• Sefu Mulashi Joséphine
Master 1 droit privé
INTRODUCTION
La saisie immobilière est l’une des formes de voies d’exécution
par lesquelles un créancier peut faire vendre un ou plusieurs
immeubles appartenant à son débiteur afin d’obtenir le paiement
de sa créance. Elle constitue une mesure de contrainte
particulièrement grave dans la hiérarchie des voies d'exécution,
puisqu'elle porte sur des biens immobiliers souvent essentiels pour
le débiteur.
En République Démocratique du Congo (RDC), la matière est
encadrée par l’Acte uniforme de l’OHADA portant
organisation des procédures simplifiées de recouvrement et
des voies d’exécution, applicable dans tous les États membres de
l’OHADA, dont la RDC fait partie depuis 2012.
Définition
La saisie immobilière est une procédure d’exécution forcée par
laquelle un créancier muni d’un titre exécutoire poursuit la
vente aux enchères publiques d’un immeuble appartenant à son
débiteur, afin d’obtenir le paiement de sa créance sur le prix de
vente.
Elle implique plusieurs étapes légales et judiciaires, et suppose
l’intervention de différents acteurs (juge, avocat, notaire,
conservateur des titres immobiliers, etc.).
Caractères
Judiciaire : La saisie immobilière se déroule sous le contrôle du
juge, contrairement à certaines saisies mobilières ou
conservatoires.
Formelle : Elle obéit à un strict formalisme dont le non-respect
peut entraîner la nullité de la procédure.
Indivisible : La procédure vise l’immeuble dans son ensemble.
Sérieuse : Elle suppose l’épuisement préalable d’autres voies
d’exécution moins contraignantes.
CONDITIONS DE LA SAISIE IMMOBILIÈRE
Conditions liée au titre exécutoire Art 247 de l'AUPSRVE
Le créancier doit être muni d'un titre exécutoire néanmoins, la saisie
immobilière peut être Pratiquée même en vertu d’un titre exécutoire
par provision et pour une créance non liquide. Dans ce cas,
l’adjudication (la vente) ne pourra intervenir qu’après que le titre soit
devenu définitivement exécutoire, et la Créance liquide.Le titre peut
être :
· Une décision judiciaire exécutoire,
· Un acte notarié avec clause exécutoire,
· Une sentence arbitrale exécutoire.
LES CONDITIONS LIÉE À LA SAISIE IMMOBILIÈRE
1° La part indivise d’un immeuble ne peut être mise en vente avant le
partage ou la liquidation. Lequel partage qui peut être provoquer par
les créanciers d’un indivisaire. Art 249 de l'AUPSRVE
2° La vente forcée des immeubles communs est poursuivie contre les
deux époux.. Art 250 de l'AUPSRVE
3° Le créancier ne peut poursuivre la vente des immeubles qui ne lui
sont pas hypothéqué que dans le cas d'insuffisance des immeubles qui
lui sont hypothéqué, sauf si I ‘ensemble de ces biens constitue une
seule et même exploitation et si le débiteur le requiert. Art 252 de
l'AUPSRVE
4° La vente forcée des immeubles situés dans les ressorts de
juridictions différentes ne peut être poursuivie que successivement.
Toutefois, et sans préjudice des dispositions de I ‘article 251 du
présent acte uniforme, elle peut être poursuivie simultanément;
1)lorsque les immeubles font partie d'une seule et même exploitation;
2)après autorisation du président de la juridiction compétente ou du
juge délégué par lui
lorsque la valeur des immeubles situés dans un même ressort est inf
erieure au total des sommes dues tant au créancier saisissant qu'aux
créanciers inscrits. L’autorisation peut concerner tout ou partie des
biens.
CONDITION LIÉE À LA SITUATION JURIDIQUE DE
L'IMMEUBLE
La saisie immobilière ne peut être opérée que sur un immeuble qui a
fait objet d’immatriculation.
lorsqu’il s’agit d’un immeuble non enregistré, le créancier doit
demander, avec l’autorisation du président de la juridiction
compétente, au conservateur des titres immobilier de procéder à
l’immatriculation. Art 253 l'AUPSRVEPROCÉDURE DE LA
SAISIE IMMOBILIÈRE
La procédure de la saisie immobilière se déroule en trois Phases : le
commandement, la préparation de la vente et la vente.
Le commandementÀ peine de nullité toute poursuite en vente forcée
d'immeubles doit être précédée d'un commandement aux fins de
saisie, le commandement doit être signifié au débiteur et au cas
échéant au tiers détenteur avec sommation, soit de payer l’intégralité
de la dette en principal et intérêts, soit de délaisser l’immeuble
hypothéqué, soit enfin de subir la procédure d’expropriation.
Le contenu du commandement
L’article 254 de l’AUPSRVE indique les mentions obligatoires du
commandement. Il s’agit de :1° la référence au titre exécutoire, le
montant de la dette, ainsi que
l’identité et les adresses respectives du créancier et du débiteur ;
2° la copie du pouvoir spécial de saisir donné à l’huissier par le
créancier poursuivant, sauf lorsque le commandement contient, sur
l’original et la copie, le « bon pour pouvoir » signé par le créancier ;
3° l’avertissement que, faute de payer dans vingt jours, le
commandement pourra être transcrit à la conservation des titres
immobiliers et vaudra saisie à partir de sa publication ;
4° l’indication de la juridiction où l’expropriation sera poursuivie ;
5° le numéro du titre foncier et l’indication de la situation précise des
immeubles faisant l’objet de saisie ; s’il s’agit d’un immeuble non
enregistré, le numéro de la réquisition(demande) d’immatriculation,
s’il s’agit d’impenses, sa désignation précise ainsi que la référence
de la décision d’affectation ;
6° la constitution de l’avocat chez qui le créancier élit
domicile.
LA PUBLICATION DU COMMANDEMENT
L’huissier de justice ou l’autorité chargée de l’exécution fait viser
l’original du commandement par le conservateur de la propriété
foncière à qui copié est remise pour la transcription et la publication
du commandement Art 259 de l’AUPSRVE. La publication doit être
faite au plus tard dans les trois mois De la signification.
Lorsque la saisie porte sur les impenses, c’est l’autorité administrative
qui a affecté le terrain qui transmet le Commandement au
conservateur. Art 259 alinéa 2
La radiation de la transcription
La transcription du commandement est radiée sur mainlevée du
Créancier lorsque le débiteur a procédé au paiement dans le délai de
Vingt jours qui lui a été imparti dans ledit commandement. A défaut,
le débiteur qui a payé dans ce délai, peut obtenir cette radiation en
saisissant la juridiction compétente. Cette dernière doit Statuer en
urgence et se prononcer dans les huit jours de sa saisine.
Les effets du commandement
▪ En cas de non paiement, le commandement vaut saisie à compter de
son inscription.
▪ Les Immeuble et ses revenus sont immobilisés, le débiteur ne peut
plus aliéner l’immeuble, ni de grever d'un droit réel ou charge Art 262
de l’AUPSRVE
La préparation de la vente
La préparation de la vente des immeubles saisis se déroule en Quatre
étapes. Elle part de la rédaction et dépôt du cahier des charges, la
publicité en vue de la vente, la sommation de Prendre communication
du cahier des charges, et l’audience éventuelle.
Rédaction et le dépôt du cahier des charges
Le cahier des charges est rédigé et signé par l’avocat du créancier
poursuivant il y précise les conditions et les modalités de la vente de
l’immeuble saisi Art 266 alinéa 1
Le dépôt du cahier de charge est fait au greffe de la juridiction dans le
ressort où se trouve l’immeuble et dans un délai maximum de 5 jours
à compter de la publication du commandement, à peine de déchéance.
Art 266 alinéa 2
Contenu du cahier de charge art 267 de l’AUPSRVE
À peine de nullité le cahier de charge doit contenir :
- l’intitulé de l’acte ;
- l’énonciation du titre exécutoire et du commandement, avec la
mention de la publication de ce dernier, ainsi que des autres actes
et jugement intervenus après le commandement et qui ont été
notifiés au créancier poursuivant ;
- la juridiction, ou le notaire convenu par les parties devant qui
l’adjudication est poursuivie ;
- le lieu où se tiendra l’audience éventuelle ;
- les noms, prénoms, profession, nationalité, date de naissance et
domicile du créancier poursuivant ;
- les nom, qualité et adresse de l’avocat de la partie poursuivante ;
- la désignation de l’immeuble saisi, telle que contenue dans le
commandement ou le procès-verbal de description dressé par
l’huissier ou l’agent d’exécution;
- Les conditions de la vente et, notamment, les droits et obligations
des vendeurs et adjudicataires, le rappel des frais de poursuite et Toute
condition particulière ;
- Le lotissement s’il y a lieu ;
- La mise à prix fixée par le poursuivant et qui ne peut être inférieure
au quart de la valeur vénale de l’immeuble.
L’avocat du créancier poursuivant annexe au cahier des charges l’état
des droits réels qui grèvent l’immeuble. Cet état est délivré par le
conservateur des titres immobiliers.
La sommation de prendre communication du cahier des Charges
Aux termes de l’article 269 de l’AUPSRVE, le créancier poursuivant
est tenu, dans un délai de huit jours, de sommer le débiteur et les
créanciers inscrits à prendre communication du cahier des charges au
greffe, et d’y faire insérer leurs dires et observations.
La sommation contient des mentions ci-après, lesquelles sont
prescrites à peine de nullité :
1° les jours et heures de l’audience éventuelle (laquelle ne peut avoir
Lieu moins de trente jours après la sommation) ;
2° le jour de l’adjudication (entre le trentième et le soixantième jour
Après l’audience éventuelle) ;
3° l’avertissement que les dires et observations doivent être reçus, à
Peine de déchéance, jusqu’au cinquième jour précédant l’audience
Eventuelle et qu’à défaut de former et de faire mentionner à la suite du
Cahier des charges, dans le même délai, la demande en résolution
D’une vente antérieure ou la poursuite de folle enchère d’une
Réalisation forcée antérieure, le saisi et les créanciers inscrits seront
Déchus à l’égard de l’adjudicataire de leur droit d’exercer ces actions.
L’audience éventuelle
L’audience éventuelle est une audience au cours de laquelle les parties
débattent des dires et observations insérées au cahier des charges par
le débiteur et par les créanciers inscrits. Elle est dite éventuelle, parce
que sa tenue est conditionnée à la formulation effective des dires et
observations, de telle sorte qu’elle n’aura pas lieu si, après avoir été
sommés, le saisi ou les créanciers inscrits ne formulent aucune
observation.
La tenue de l’audience éventuelle
La plaidoirie sur les dires et observations doit, en principe, Intervenir
dès la première audience. En effet, l’article 273 de L’AUPSRVE
n’autorise de remise de l’audience que pour des causes Graves dûment
justifiées ou bien lorsque la juridiction compétente exercice d’office
son contrôle sur le cahier des charges.
La publicité en vue de la vente
La publicité en vue de la vente est assurée de deux manières
cumulatives. Elle se fait par la publication, sous la signature de
l’avocat du poursuivant, d’un extrait du cahier des charges au journal
officiel. Elle est également faite par l’apposition de placard (affichage)
à la porte du domicile du saisi, à la porte de la juridiction compétente
ou du notaire convenu par les parties, ainsi que dans les lieux officiels
d’affichage de la commune de la situation de l’immeuble. La publicité
doit être réalisée au plus tôt trente jours, et au plus tard quinze jours
avant l’adjudication (Art 276 AUPSRVE).
Le contenu de l’extrait du cahier des charges à publier
(contenu prescrit à peine de nullité)
L’extrait du cahier des charges doit indiquer les éléments ci-après :
❖ Les noms, prénoms, professions, domicile ou demeure des parties Et
de leurs avocats ;
❖ La désignation de l’immeuble (conforme au cahier des charges) ;
❖ La mise à prix ;
❖ L’indication des jours, lieu et heure de l’adjudication ;
❖ L’indication de la juridiction compétente ou du notaire convenu
Devant qui se fera l’adjudication.
La vente
La vente est faite au jour fixé dans l’acte de dépôt du cahier des
Charges tel que prévu par l’article 268 de l’ AUPSRVE.
La vente se fait aux enchères publiques à la barre de la juridiction
compétente.
la vente est procédée sur réquisition, même verbale, de l’avocat du
poursuivant ou de tout créancier inscrit.
Aussitôt les enchères ouvertes, ils sont allumés des bougies,
l’adjudication est faite au profit soit de l’adjudicataire qui a fait
L’offre la plus élevée qui n’a pas été dépassée avant l’extinction des
Trois bougies allumées successivement.
Tout adjudicataire peut, dans les vingt-quatre heures suivant
l’adjudication, faire connaître par une déclaration « de Commande »,
qu’il s’est rendu acquéreur pour le compte d’un autre, dont il révèle le
nom.
La surenchère
La surenchère est une procédure qui permet de remettre en cause
L’adjudication pour parvenir à un meilleur prix. Le surenchérisseur
Prend ainsi le risque d’offrir un prix supérieur au prix de
l’adjudication. L’immeuble lui sera adjugé à ce prix à défaut
d’enchère. La surenchère peut être faite par toute personne et ne peut
être rétractée.
Les conditions d’admissibilité de la surenchère
La surenchère doit, en premier lieu, être d’au moins dix Pourcent plus
importante que l’enchère pour laquelle l’immeuble a été Adjugé. En
second lieu, elle doit être faite dans un délai de dix jours Suivant
l’adjudication.
La procédure de la surenchère Cette procédure est réglée par les
articles 288 et 289 de L’AUPSRVE.
Les formalités à accomplir après l’adjudication
Après l’adjudication d’un immeuble saisi, la décision judiciaire ou le
procès-verbal du notaire est ajouté au cahier des charges. Le greffier
ou le notaire remet une expédition (copie officielle) de cette décision à
l’adjudicataire, à condition que celui-ci prouve avoir payé le prix et
respecté les conditions du cahier des charges dans un délai de 20
jours.
Si c’est le créancier lui-même qui remporte l’adjudication, il ne paie
que les frais de procédure et la part du prix dépassant sa créance.
Une fois l’adjudication définitive, une expédition de l’acte est déposée
à la conservation des titres immobiliers pour inscription. Ce dépôt doit
être fait dans un délai de 2 mois, sous peine de folle enchère
(annulation de la vente).
La folle enchère
La folle enchère est la procédure par laquelle le saisi, le créancier
poursuivant, les créanciers inscrits et chirographaires, sollicitent
l’anéantissement de l’adjudication, en raison des manquements de
l’adjudicataire. Cette procédure provoque une nouvelle adjudication.
La folle enchère est dirigée contre l’adjudicataire ou ses ayants causes.
Les causes de la folle enchère
L' alinéa 2 de l’article 314 de l’AUPSRVE détermine les deux causes
pouvant donner lieu à la procédure de folle enchère. Il s’agit :
- du défaut, pour l’adjudicataire de justifier dans un délai de vingt
jours à
compter de l’adjudication, soit d’avoir payé le prix et les frais, soit
d’avoir
satisfait aux conditions fixées dans le cahier des charges ;
- du défaut pour l’adjudicataire de faire publier la décision judiciaire
ou le
procès-verbal notarié d’adjudication à la conservation des titres
immobiliers
dans le délai de deux mois, tel que prescrit par l’article 294 de
l’AUPSRVE.
La distribution du produit de la vente des biens du débiteur
Contrairement à la saisie- attribution et à saisie appréhension qui ont
pour effet le transfert de propriété au créancier saisissant la saisie
immobilier vise le produit de la vente immobilière lequel lorsqu’il y a
plusieurs créanciers, fera l’objet d’une distribution.
La distribution lorsqu’il y a un seul créancier
Lorsqu’il n’y a qu’un seul créancier, il n’y a aucune difficulté pour la
distribution. L’article 324 prescrit que le produit de la vente est remis
au créancier jusqu’à concurrence de sa créance, en principal, intérêt et
frais, dans un délai de quinze jours à compter du versement du prix.
Dans le même délai, le reste du prix de vente est remis au débiteur.
La distribution en cas de pluralité de créanciers
La distribution conventionnelle
Lorsque plusieurs créanciers sont en concours, l’article 325 de
L’AUPSRVE leur laisse la latitude de procéder à une distribution
Conventionnelle du produit de la vente des biens du débiteur. La
Convention des créanciers est faite soit sous signature privée, soit sous
La forme authentique. Elle est ensuite adressée au greffe ou à
L’auxiliaire de justice qui détient les fonds, lequel doit les leur verser
Dans un délai de quinze jours, à compter de la réception de l’accord.
Dans le même délai, le surplus est reversé au débiteur.
La distribution judiciaire
Si, dans un délai d’un mois après le paiement du prix par
l’adjudicataire, les créanciers ne trouvent pas d’accord pour la
répartition, le plus diligent d’entre eux peut saisir le président de la
juridiction compétente pour qu’il statue sur la distribution du prix
(article 326 AUPSRVE).
L’acte de saisine, également signifié au saisi, doit :
Indiquer la date de l’audience ,sommé les créanciers d’indiquer le
montant de leurs créances et leur rang de priorité,
Leur imposer de fournir les pièces justificatives, la sommation doit
reproduire les dispositions de l’article 330.
Le juge procède à la répartition proportionnelle entre les créanciers,
sauf s’il existe des causes légales de préférence.
Des modifications peuvent intervenir en cas de nouvelle adjudication
ou de folle enchère. La décision de répartition peut faire l’objet d’un
appel dans les 15 jours suivant sa signification, à condition que la
somme contestée dépasse le seuil des jugements rendus en dernier
ressort.
L’audience de répartition ne peut avoir lieu avant 40 jours après la
dernière signification de l’acte de saisine.
Les créanciers doivent :
Déposer leurs pièces justificatives au greffe dans un délai de 20 jours,
Communiquer leurs observations au plus tard 5 jours avant l’audience.
Le report de l’audience n’est autorisé qu’en cas de motif grave et
justifié, et la décision de refus ou d’acceptation du report n’est pas
susceptible de recours.
Les questions complémentaires données par le professeur.
Questions 1: 1. Analyse de l’article 51 de l’AUPSRVE et sa relation avec la loi de 2008 sur le
patrimoine des entreprises publiques
L’article 51 de l’AUPSRVE stipule que certains biens sont insaisissables, c’est-à-dire qu’un
créancier ne peut les saisir même s’il détient un titre exécutoire. Cet article précise que la
détermination de ces biens relève de la législation nationale de chaque État partie. L’objectif est de
préserver des biens considérés comme essentiels à la survie du débiteur ou à l’intérêt public.
En RDC, la loi du 7 juillet 2008 a profondément modifié le régime juridique des entreprises
publiques. En effet, celles-ci ont été transformées en sociétés commerciales de droit privé (sociétés
par actions, SARL, etc.). Cette transformation a eu pour effet majeur de les détacher du régime de la
domanialité publique. Autrement dit, elles ne sont plus considérées comme des entités étatiques
bénéficiant de l’insaisissabilité de leur patrimoine, sauf disposition contraire de la loi.
Conséquence juridique :
Les créanciers des entreprises transformées peuvent désormais poursuivre leurs biens au même titre
que ceux des sociétés privées. L’article 51 de l’AUPSRVE s’applique donc pleinement : à défaut
d’exclusion légale expresse, les biens de ces sociétés peuvent faire l’objet de saisies conservatoires,
saisies-attributions, ou encore saisies-ventes.
Illustration :
Une entreprise publique devenue société anonyme, qui n’exécute pas une décision de justice, peut
légalement voir ses comptes bancaires ou ses équipements saisis, sauf si ces biens figurent sur la
liste des biens insaisissables prévue par la législation congolaise.
Question 2:. Commentaire sur la circulaire du Premier Président de la Cour de cassation interdisant
au greffier de procéder à l’exécution
Dans la pratique judiciaire congolaise, il a parfois été observé que, faute d’huissiers disponibles ou
pour des raisons pratiques, certains greffiers procédaient à l’exécution des décisions judiciaires
(signification, saisie, etc.). Cette situation a soulevé de sérieuses questions de légalité et de
compétence.
Le Premier Président de la Cour de cassation, par voie de circulaire, a rappelé que l’exécution des
décisions de justice est strictement réservée aux huissiers de justice, en vertu des lois en vigueur,
notamment la loi de 2016. Cette interdiction faite aux greffiers s’inscrit dans une volonté de
respecter les principes fondamentaux de séparation des fonctions judiciaires et d’exécution.
Portée de la circulaire :
• Elle clarifie la répartition des rôles dans la chaîne judiciaire.
• Elle vise à prévenir les abus et les confusions de compétence.
• Elle garantit la sécurité juridique et la régularité de l’exécution.
Conséquence :
Désormais, seul un huissier de justice peut procéder à une exécution forcée, sous peine de nullité
des actes posés par une personne non habilitée.
Question 3:. Comparaison des attributions des huissiers de justice et des greffiers en matière
d’exécution (loi de 2016)
3.1. Les huissiers de justice
La loi n°16/008 du 15 juillet 2016 organise la profession d’huissier de justice en RDC. Elle confère
à l’huissier le monopole de l’exécution forcée, ainsi que d’autres attributions essentielles :
• Signification des actes judiciaires et extrajudiciaires.
• Exécution forcée des décisions de justice (saisie, expulsion, etc.).
• Constats officiels, servant de preuve en justice.
Les huissiers sont des officiers publics et ministériels, exerçant leurs fonctions sous le contrôle de
l’État mais de manière indépendante.
3.2. Les greffiers
Les greffiers sont des fonctionnaires judiciaires. Leur rôle est avant tout administratif et
juridictionnel. Leurs principales missions sont :
• Assister les magistrats lors des audiences.
• Rédiger et conserver les actes de procédure.
• Tenir les registres de greffe.
• Délivrer des expéditions et copies certifiées conformes des décisions.
Contrairement aux huissiers, les greffiers n’ont pas de pouvoir d’exécution, ce que la circulaire du
Premier Président est venue rappeler avec insistance.
En sommes,
L’analyse conjointe de l’article 51 de l’AUPSRVE, de la loi de 2008 sur la transformation des
entreprises publiques, et de la loi de 2016 sur les huissiers de justice, permet de mieux comprendre
la dynamique actuelle du système d’exécution en République Démocratique du Congo.
Les sociétés issues de la transformation des entreprises publiques sont désormais pleinement
soumises au régime de droit commun, y compris en matière d’exécution forcée. Dans le même
temps, la circulaire du Premier Président de la Cour de cassation est venue rappeler la nécessité de
respecter les attributions spécifiques de chaque acteur judiciaire, notamment entre greffiers et
huissiers.
Pour garantir un système judiciaire efficace, équitable et respectueux des droits fondamentaux, il est
essentiel que chaque intervenant reste dans le cadre strict de ses fonctions légales, assurant ainsi une
justice à la fois professionnelle, crédible et conforme à l’État de droit.
Question 4: . La saisie immobilière sur un bien hypothéqué est une situation fréquente en droit des
sûretés : lorsqu’un débiteur ne paie pas sa dette garantie par une hypothèque, le créancier
hypothécaire peut engager une procédure de saisie immobilière pour faire vendre le bien et se faire
payer sur le produit de la vente.
1. Compréhension de base
Qu’est-ce qu’un bien hypothéqué ?
Un bien hypothéqué est un immeuble donné en garantie d’une dette. L’hypothèque est une sûreté
réelle sans dépossession : le débiteur conserve l’usage du bien, mais si la dette n’est pas payée, le
créancier peut faire saisir le bien.
2. Procédure de saisie immobilière sur bien hypothéqué
Qui peut saisir ?
Le créancier hypothécaire (souvent une banque) a un droit de préférence et un droit de suite :
• Droit de préférence : il est payé avant les créanciers chirographaires (ordinaires).
• Droit de suite : il peut poursuivre le bien même s’il a été vendu à un tiers.
Étapes de la procédure (en général ou selon le droit OHADA)
a) Titre exécutoire
Le créancier doit détenir un titre exécutoire (par exemple, une décision de justice ou un contrat
notarié exécutoire).
b) Commandement de payer valant saisie
Il signifie un commandement de payer au débiteur, qui vaut saisie du bien si non paiement dans le
délai (souvent 30 jours).
c) Transcription du commandement
Le commandement est transcrit au registre des titres immobiliers : il devient opposable aux tiers.
d) Assignation à l’audience d’orientation
Le débiteur est convoqué devant le juge, qui décide de :
• Autoriser une vente amiable (à l’amiable, avec accord)
• Ordonner une vente forcée (vente aux enchères publiques)
e) Publicité de la vente
La vente est annoncée publiquement (journal, affiches, etc.), avec indication de la mise à prix.
f) Vente aux enchères
Le bien est vendu au plus offrant.
g) Répartition du prix
Le prix est réparti selon l’ordre des créanciers :
• Le créancier hypothécaire est payé en priorité, selon le rang de l’hypothèque.
• Les autres créanciers sont payés ensuite, s’il reste de l’argent.
3. Cas d’un tiers détenteur
Si le bien hypothéqué a été vendu à un tiers (ex. : le débiteur a vendu son immeuble), le créancier
hypothécaire peut poursuivre la saisie contre ce tiers détenteur, grâce à son droit de suite.