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Le document contient des liens vers divers ebooks de la collection Lonely Planet sur l'Europe, y compris des guides de voyage et des recommandations de produits. Il évoque également des échanges littéraires et des réflexions sur des poètes français, notamment Lamartine et ses interactions avec Delphine Gay. Enfin, il aborde des thèmes de patriotisme et d'identité à travers des lettres et des vers poétiques.

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«Une admiration si bien sentie a redoublé l'impatience
de connaître ces beaux vers. Delphine les a lus d'une
voix très émue, et M. de la Rochefoucauld vous dira
mieux que moi l'effet qu'ils ont produit. Ah! par grâce,
ne nous punissez pas de ce succès, envoyez-nous bien
vite ce que vous avez ajouté à cette noble élégie. Ce
sera le plus sûr encouragement pour ma fille. Voici les
vers impromptus que M. de Laval vous a trop vantés.
Elle vous les livre uniquement pour vous prouver sa
soumission. Vous aviez mille fois raison de lui prédire
qu'elle ne serait inspirée qu'à Florence. Aussi ne
pensai-je qu'à l'y ramener. Visiter avec vous ces
montagnes, ces vallées fleuries, qui vous ont fourni
tant de pensées sublimes, doit rendre à l'inspiration la
muse la plus endormie! Et puis trouver de l'amitié,
toutes les grâces de l'esprit, réunies au plus beau
talent du monde, voilà de quoi charmer les vieilles
mères comme les jeunes poètes! On est bien loin ici
d'apprécier ces plaisirs-là, personne ne se doute de
celui que nous a causé votre lettre. Vous qui le savez
n'en soyez pas avare.
«Delphine, qui prétend que vous faites chérir les fléaux
et les désastres, ne veut plus vous écrire en prose, elle
attend ce que vous pensez d'elle pour vous répondre.
«Adieu, nous n'avons jamais plus désiré le
printemps [61].»
Les vers de Lamartine auxquels Sophie Gay fait allusion dans cette
lettre étaient son élégie, ou le commencement de son élégie [62], sur
la Perte de l'Anio. On se souvient qu'un éboulement de rochers
détruisit à cette époque les merveilleuses cascatelles de Tivoli. Je ne
m'étonne pas que ces vers aient eu tant de succès à l'ambassade de
France à Rome. C'est une des meilleures choses que Lamartine ait
faites, et il en avait si bien conscience qu'il écrivait à Aymon de
Virieu, le 13 février 1827:
«Je suis confondu que tu ne trouves pas mes vers sur
Tivoli à ton plein gré. Je trouve que c'est le seul
morceau par lequel je voudrais lutter avec lord Byron:
Italie, Italie! etc.; mais on se trompe sur soi-
même [63]...»
Quelques jours après, les dames Gay allaient passer une quinzaine à
Florence avec Lamartine, et le 26 octobre 1826 elles repartaient
pour Rome où elles arrivèrent en même temps que les marins
français qui avaient ramené d'Alger les Romains captifs chez les
Musulmans. L'ambassadeur de France, M. de Laval-Montmorency, les
invita au dîner qu'il donnait à l'équipage de la corvette française, et,
pour le remercier de cette attention délicate, Delphine récita, au
dessert, la pièce de vers qui lui avait été inspirée par cette belle
action. Ce dîner avait lieu le 12 décembre 1826. Trois semaines
après,—le 2 janvier 1827,—M. Desmousseaux de Givré, secrétaire
d'ambassade, écrivait à Mme Charles Lenormant:
«Je répondrai bien mal à vos questions sur Tivoli;
j'entends beaucoup parler de ce désastre, il a inspiré
de beaux vers à M. de Lamartine; mais je n'en ai rien
vu moi-même, et tout ce que j'en sais, c'est qu'il ne
faut plus espérer de retrouver les cascatelles. Je n'ai
point entendu parler de querelle entre des Français et
des Romains. J'ai vu, au contraire, des Romains
délivrés d'esclavage par des Français, et que leurs
libérateurs ont ramenés à Rome. Ce spectacle était fait
pour inspirer la «Muse de la Patrie». Aussi a-t-elle
chanté cet événement dans une espèce
d'improvisation que je joindrai à ma lettre, si je puis.
Mlle Delphine ajoute à un fort beau talent et à de fort
bonnes qualités le mérite de vous connaître et de
parler de vous à mon gré. Cela fait que je lui pardonne
sa façon d'être belle. Madame sa mère est fort
amusante et très bon diable [64].»
Sur le compte de Sophie Gay, M. Desmousseaux de Givré ne faisait
qu'exprimer là l'opinion générale; mais il fallait qu'il fût bien difficile
pour ne pas trouver la beauté de Delphine à son goût, car elle avait
conquis tous les cœurs en Italie, à commencer par la duchesse de
Saint-Leu, autrement dit la reine Hortense.
Peut-être, pour M. Desmousseaux de Givré, savait-elle trop qu'elle
était belle, mais comment aurait-elle pu l'ignorer quand tout le
monde le lui disait? Le miracle, c'est que, le sachant, elle soit restée
«simple et bonne fille».
Le 26 avril 1834, la reine Hortense lui écrivait d'Arenenberg:
«Je vous ai retrouvée tout entière dans votre aimable
lettre, ma chère Delphine. Que votre mari ne m'en
veuille pas d'aimer à vous appeler de ce nom: c'est
celui que vous portiez à Rome, quand vous me
répétiez vos jolis vers et que je me plaisais à entendre
cet organe si français et si expressif! Vous ne m'avez
donc pas oubliée? Je vous en remercie, car je pensais
qu'à Paris l'on oubliait tout! Il m'est bien doux de voir
que cette méfiance, trop motivée peut-être, n'est pas
aussi générale que je le craignais. Certainement je suis
charmée de recevoir souvent de vos ouvrages et vos
lettres; vous ne pouvez douter du plaisir que me feront
toutes les preuves de votre souvenir. J'ai demandé si
souvent: «Est-elle mariée? Est-elle heureuse?» Vous
me deviez bien de me répondre d'une manière qui me
satisfasse autant. Je penserai à la proposition que vous
me faites; le plus difficile est de trouver quelque article
qui puisse être amené naturellement [65]. Mon fils fait
un ouvrage sur l'artillerie [66], ce ne serait guère
intéressant à lire; il veut après faire quelque chose sur
son oncle; nous verrons ce qu'il pourra vous envoyer. Il
s'est bien formé depuis que vous ne l'avez vu, et il me
rend bien heureuse par la bonté de son caractère, sa
noble résignation qui tempère la vivacité et la fermeté
de ses opinions: je n'ose lui souhaiter la patrie, car je
fais trop de cas de la tranquillité, et là où l'on vous
craint, on ne peut plus espérer d'être aimé. Aussi la
résignation pour toutes les injustices comme pour les
mécomptes est devenue la vertu qui nous convient le
mieux. Croyez au plaisir que j'aurais à vous revoir, à
faire connaissance avec votre mari et à vous
renouveler l'assurance de mes sentiments.
«HORTENSE [67].»
Le 2 novembre 1836, à la première nouvelle de la tentative
malheureuse que le fils de la reine Hortense avait faite à Strasbourg,
Delphine écrivait à Lamartine:
«Il ne pouvait parler de la France sans
attendrissement. Nous étions ensemble à Rome,
lorsqu'on nous apprit la mort de Talma. Chacun alors
de déplorer cette perte, chacun de rappeler le rôle
dans lequel il avait vu Talma pour la dernière fois. En
écoutant tous ces regrets, le prince Louis, qui n'avait
pas encore dix-huit ans, frappa du pied avec
impatience; puis il s'écria, les larmes aux yeux:
«Quand je pense que je suis Français et que je n'ai
jamais vu Talma [68]...»
Dix-sept ans après, le prince Louis, devenu Napoléon III, régnait sur
la France, et Victor Hugo, exilé à son tour, écrivait à Delphine (8
mars 1853) que, lorsqu'il pensait à la patrie, elle lui apparaissait sous
ses traits.
«Sa façon d'être belle», que M. Desmousseaux de Givré
«pardonnait» à Delphine, n'était donc pas si mauvaise. Au surplus,
s'il fallait une dernière preuve des succès de Delphine en Italie, je la
trouverais dans ce fait qu'elle manqua de nous être ravie par un
riche mariage romain. Mais elle ne put se résigner à perdre sa
qualité de Française. C'est du moins ce qu'elle nous apprend dans la
pièce de vers intitulée le Retour et dédiée à sa sœur, la comtesse
O'Donnell:

Je reviens dissiper le vain bruit qui t'alarme.


De ces beaux lieux, ma sœur, j'ai senti tout le
charme;
Mais loin de mon pays, sous les plus doux
climats,
Un superbe lien ne m'enchaînera pas.
Non! l'accent étranger le plus tendre lui-même
Attristerait pour moi jusqu'au mot: «Je vous
aime.»
Un sort brillant, par l'exil acheté,
Comblerait mes désirs! ma sœur n'a pu le
croire.
D'un plus noble destin mon orgueil est tenté;
Un cœur qu'a fait battre la gloire
Reste sourd à la vanité.

Ce bonheur dont l'espoir berça ma rêverie,


Nos rivages français pouvaient seuls me l'offrir.
J'ai besoin, pour chanter, du ciel de la patrie;
C'est là qu'il faut aimer, c'est là qu'il faut mourir!

On ne dira plus, j'espère, qu'elle avait usurpé le titre de «Muse de la


patrie».
Au mois de mai 1827, elle revint en France avec sa mère, après avoir
été couronnée au Capitole [69]. Un an plus tard, elle aurait eu la joie
d'y monter au bras de Chateaubriand lui-même, puisqu'il remplaça
M. de Laval en 1828. Mais il ne fut pas le dernier à lui envoyer ses
compliments, et c'est lui encore qui, en 1830, lorsqu'elle fut privée
de la pension que lui faisait le roi Charles X, éleva le premier la voix
pour la venger de cette injure.
Célébrant la prise d'Alger dans un beau Te Deum de gloire, elle avait
eu l'audace d'écrire, à l'adresse du général de Bourmont:
O mystère du sort! ô volonté suprême!
Un Français dans nos murs amena l'étranger;
On l'appela transfuge,—et cet homme est le
même
Que Dieu choisit pour nous venger.

A l'amour de nos rois sa valeur asservie


Voyait dans leur retour un gage de bonheur,
Et pour eux il fit plus que de donner sa vie:
Guerrier, il donna son honneur.

Faisant d'un nom maudit un souvenir qu'on


aime,
La victoire lui jette un éclatant pardon,
Et du pur sang d'un fils le glorieux baptême
Lave la tache de son nom.

C'étaient là de nobles vers et des sentiments vraiment patriotiques.


Mais le ministère Polignac ne l'entendit pas de la sorte. Il jugea que
c'était offenser le roi que de rappeler la «ragusade» du général qui
venait de recevoir le bâton de maréchal pour la prise d'Alger, et
Delphine fut rayée de la liste des pensionnaires de Charles X [70].
CHAPITRE II
DELPHINE ET LAMARTINE

§ I.—Portrait de Delphine par Lamartine.—Comme quoi toute


sa vie il resta sous le charme de son apparition à Terni.—Elle
riait trop.—Ce que Lamartine pensait du rire.—Les premiers
vers de Delphine à Lamartine.—Nisida et Fido.—Lamartine et
l'amour des bêtes.—Sa réponse aux vers de Delphine.—
Souvenir de sa réception à l'Académie-Française.—
Ressemblance physique et morale des deux amis.
§ II.—Mariage de Delphine avec Emile de Girardin.—Elle
regrette de n'avoir pas d'enfant.—Lamartine et les Droits
civils du curé.—La Politique traditionnelle.—Delphine aurait
voulu l'empêcher de partir pour l'Orient.—Son chagrin en
apprenant la mort de Julia.—Lamartine entre à la Chambre
des députés.—Ses débuts à la tribune.—Ce que lui écrivait
Delphine après l'avoir entendu.—Elle rêve de mettre un
journal à sa disposition.—Billets inédits que lui adresse
Lamartine pour lui donner rendez-vous ou s'excuser de ne
pas aller la voir.—Emile de Girardin fonde la Presse.—
Lamartine y collabore.—Cependant ils ne sont pas toujours
d'accord ensemble.—Premiers froissements.—A propos d'une
lettre de Lamartine à Granier de Cassagnac.
§ III.—Le Rhin allemand du poète Becker et la Marseillaise de
la paix.—Lamartine promet sa pièce de vers à Delphine et la
donne à la Revue des Deux-Mondes.—Lettre de Delphine à
ce sujet.—Explications de Lamartine.—Alfred de Musset
réplique à Becker.—La Genèse du Rhin allemand, d'après le
vicomte de Launay.—Petite vengeance de femme.—Le
Ressouvenir du lac Léman dédié à Huber-Saladin.—
Lamartine l'offre à Delphine pour la Presse.—Mort de Mme
O'Donnell.—Son éloge par Jules Janin.—Lettre inédite.—La
Presse refuse le Ressouvenir.—Delphine intervient et paie les
vers 1000 fr. à Lamartine.—Variantes du Ressouvenir.
§ IV.—Huber-Saladin.—Sa famille, son éducation, son amour
pour la France.—Mission que lui confia Lamartine en 1848.—
Le grand poète le charge, en 1841, de lui trouver 150.000 fr.
à Genève.—Embarras financiers de Lamartine.—Leur cause
première.—Lamartine «premier agriculteur de France».—
Pour ne pas être déraciné.—Lettre inédite à Huber-Saladin
sur la mort de sa fille.
§ V.—La question des fortifications de Paris.—Lamartine
combat, dans la Presse et à la Chambre, le projet de M.
Thiers.—Il voit la révolution maîtresse de ces murs et les
honnêtes gens foudroyés par les canons qu'ils ont chargés.
§ VI.—Lamartine refuse un portefeuille et la présidence de la
Chambre.—Critiques que Delphine lui adresse à cet égard.—
Il veut faire de l'histoire et de la philosophie.—Préparation
des Girondins.—Comment ce livre fut accueilli par Delphine.
—La campagne des Banquets.—Description du banquet
offert à Lamartine par la ville de Mâcon le 8 juillet 1847.—
Une page inédite de M. de Ronchaud.—Mot de Doudan sur
ce banquet.—La Révolution de 1848.—Le rôle de Lamartine.
—Lettre que lui adresse Sophie Gay pour le mettre en garde
contre son entourage.—Article de Delphine sur la présidence
de la République.—L'élection présidentielle.—Lamartine part
pour l'Orient.—Le Grand Turc lui offre un immense domaine.
—Lettre inédite qu'il adresse à Delphine à son retour.—Le
coup d'Etat met fin à sa carrière politique.—Il se réfugie
dans la littérature.—Le testament de Mme de Girardin.—
Dernier service qu'elle demande à Lamartine.—Il s'excuse de
ne pouvoir le lui rendre.—Article qu'il lui consacre dans son
Cours de littérature.
I

Lamartine, qui fut aimé de tant de femmes, n'eut vraiment—après


Mme Charles—que deux amies selon son cœur.
La première en date fut cette gracieuse Eléonore de Canonge, qu'il
avait rencontrée, l'année du Lac (1817), à Aix-les-Bains, et qui,
devenue plus tard Mme Duport, le demanda comme parrain de sa
fille [71].
La seconde fut Mme Emile de Girardin. Elle n'était encore que
Delphine Gay, quand elle lui apparut, en 1826, dans l'arc-en-ciel des
cascades du Velino, et l'apparition de cette jeune muse de vingt-
deux ans lui avait laissé un tel souvenir que, lorsqu'elle sortit de ce
monde, il se plut à l'évoquer dans cette page éblouissante:
«C'était, disait-il, de la poésie, mais point d'amour,
comme on a voulu par la suite interpréter en passion
mon attachement pour elle. Je l'ai aimée jusqu'au
tombeau, sans jamais songer qu'elle était femme. Je
l'avais vue déesse à Terni.»
Et quelle déesse!
«Elle était à demi assise sur un tronc d'arbre que les
enfants des chaumières voisines avaient roulé là pour
les étrangers; son bras, admirable de forme et de
blancheur, était accoudé sur le parapet. Il contenait sa
tête pensive; sa main gauche, comme alanguie par
l'excès des sensations, tenait un petit bouquet de
pervenches et de fleurs des eaux noué par un fil, que
les enfants lui avaient sans doute cueilli, et qui traînait,
au bout de ses doigts distraits, dans l'herbe humide.
«Sa taille élevée et souple se devinait dans la
nonchalance de sa pose; ses cheveux abondants,
soyeux, d'un blond sévère, ondoyaient au souffle
impétueux des eaux, comme ceux des sibylles que
l'extase dénoue; son sein, gonflé d'impression,
soulevait fortement sa robe: ses yeux, de la même
teinte que ses cheveux, se noyaient dans l'espace...
Son profil, légèrement aquilin, était semblable à celui
des femmes des Abruzzes, elle les rappelait aussi par
l'énergie de sa structure et par la gracieuse courbure
du cou. Ce profil se dessinait en lumière sur le bleu du
ciel et sur le vert des eaux; la fierté y luttait dans un
admirable équilibre avec la sensibilité; le front était
mâle, la bouche féminine; cette bouche portait, sur
des lèvres très mobiles, l'impression de la mélancolie.
Les joues, pâlies par l'émotion du spectacle, et un peu
déprimées par la précocité de la pensée, avaient la
jeunesse, mais non la plénitude du printemps: c'est le
caractère de cette figure qui attachait le plus le regard
en attendrissant l'intérêt pour elle.
«Elle se leva enfin au bruit de mes pas. Je saluai la
mère, qui me présenta sa fille. Le son de sa voix
complétait son charme. C'était le timbre de
l'inspiration. Son entretien avait la soudaineté,
l'émotion, l'accent des poètes, avec la bienséance de la
jeune fille; elle n'avait, à mon goût, qu'une
imperfection, elle riait trop; hélas! beau défaut de la
jeunesse qui ignore la destinée; à cela près, elle était
accomplie. Sa tête et le port de sa tête rappelaient
trait pour trait en femme celle de l'Apollon du
Belvédère en homme; on voyait que sa mère, en la
portant dans ses flancs, avait trop regardé les dieux de
marbre [72].»
Elle riait trop... C'est toujours le reproche que lui fit Lamartine, car
les chagrins de la vie n'éteignirent jamais son beau rire. Il lui
écrivait, le 16 juillet 1841:
«Prenez votre sérieux tout à fait. Ne touchez plus que
dans le journal la corde semi-sérieuse de l'esprit. La
gaieté est amusante, mais au fond c'est une jolie
grimace. Qu'y a-t-il de gai dans le ciel et sur la
terre [73]?...»
Et une autre fois, qu'on l'avait amusé avec je ne sais quelle histoire,
il lui écrivait encore:
«Voilà le rire. Il est si rare que je vous le renvoie
précieusement. J'aimerais mieux le sourire, mais je ne
le vois que quand je vous vois [74].»
Mais il n'y avait pas que le rire qui lui déplût alors en elle. La
réputation qu'on lui avait faite, le surnom qu'elle s'était donné de
«Muse de la patrie» quelque justifié qu'il fût, bien loin de le disposer
en sa faveur, l'aurait plutôt prévenu contre elle. Il craignait que cette
belle jeune fille ne tournât au bas-bleu, et c'est pour cela sans doute
qu'il écrivait au marquis de la Grange, peu de temps après leur
rencontre à Terni:
«Elle paraît une bonne personne, et ses vers sont ce
que j'aime le moins d'elle. Cependant c'est un joli
talent féminin, mais le féminin est terrible en
poésie [75].»
Il ne devait pas tarder à revenir de ses préventions; si nous ouvrons
le recueil de poésies de Mme de Girardin, nous y trouvons une pièce
de vers intitulée le Rêve d'une jeune fille, dont Lamartine, à la suite
d'une gageure, fit le commencement, et elle la fin. Et dans la
Correspondance du poète je lis cette lettre qu'il adressait à Delphine
Gay, le 31 décembre 1828:
«Mademoiselle,
«J'ai reçu la lettre et le volume. J'ai lu les vers avec le
sentiment que j'avais en les entendant. C'est tout dire.
Quand l'impression froide n'enlève rien du charme que
l'auteur lui-même (et quel auteur!) peut donner à ses
vers, on ne doit rien désirer. Ils ajouteront, s'il est
possible, à votre renommée, et vous feront des amis
de plus.
«Cependant il y règne un ton de mélancolie qui était
moins senti dans les premiers volumes. Est-ce que
vous seriez moins heureuse? Quand on vous a connue,
c'est-à-dire aimée, on a le droit de s'intéresser non
seulement à l'ouvrage, mais plus encore à l'écrivain.
Pardonnez-moi donc cet intérêt, fût-il indiscret [76]...»
Et, en effet, Delphine était moins heureuse à la fin de 1828 que
deux ans auparavant. D'abord elle avait éprouvé une cruelle
déception du côté du mariage. On l'avait fiancée longtemps dans le
monde au marquis de la Grange, celui-là même qui les avait
recommandées, elle et sa mère, à Lamartine, quand elles étaient
parties pour l'Italie, et le marquis, pour une raison ou pour une
autre [77], avait épousé, au mois de juin 1827, une jeune femme qu'il
avait connue chez Mme de Montcalm. Et puis, faut-il le dire, à ce
chagrin s'en était ajouté un second encore moins guérissable: elle
nourrissait un sentiment très noble et très pur, mais très ardent tout
de même, pour un homme qu'elle n'avait pas le droit d'aimer, et cet
homme n'était autre que Lamartine. Qu'on lise plutôt la pièce de
vers qu'elle lui adressa quelque temps après sous ce titre: le Départ:

Quel est donc le secret de mes vagues alarmes?


Est-ce un nouveau malheur qu'il me faut
pressentir?
D'où vient qu'hier mes yeux ont versé tant de
larmes
En le voyant partir?

La nuit vint... et j'errais encor sur son passage.


Regardant l'horizon où l'éclair avait lui,
Sur la route, de loin, je vis tomber l'orage,
Et je tremblai pour lui.
...........................

Cependant, pour tromper son âme généreuse,


J'ai caché ma douleur sous l'adieu le plus froid...
Pourquoi de son départ être si malheureuse?...
Je n'en ai pas le droit.

Quel est ce sentiment, ce charme de


s'entendre,
Qui, montrant le bonheur, le détruit sans
retour...
Qui dépasse en ardeur l'amitié la plus tendre...
Et qui n'est pas l'amour?

C'est l'attrait de deux cœurs, exilés de leur


sphère,
Qui se sont d'un regard reconnus en passant,
Et que, dans les discours d'une langue
étrangère,
Trahit le même accent.
............................

On parle à son ami des chagrins de la terre,


On confie à l'amour le secret d'un instant;
Mais au poète aimé l'on redit sans mystère
Ce que Dieu seul entend.

Ces vers sont du mois de juin 1829. Lamartine venait de passer un


mois à Paris quand il les reçut un matin à Mâcon. Il en fut d'autant
plus flatté qu'ils étaient accompagnés d'un joli portrait de Nisida, la
petite chienne qu'il avait donnée à Delphine.
«Nisida est parfaite, lui écrivait-il le jour même, et le
nom de sa maîtresse m'empêchera de l'égarer [78]...»
A quoi Delphine répondait:
«Venez bien vite consacrer par votre voix poétique
notre nouvelle demeure dont le plus grand mérite est
d'être aussi fort près de l'hôtel de Rastadt [79]. Il me
tarde bien de vous y voir, et de m'entendre annoncer
le monsieur qui a un chien. Nisida appelle à grands cris
Fido, et maman le petit chien que vous lui avez promis.
Moi, je demande des vers, toujours des vers et un
souvenir [80].»
Lamartine avait hérité de saint François d'Assise l'amour des bêtes,
et quand on les aimait, on était sûr de trouver le chemin de son
cœur. Au plus fort de sa détresse (1852), il mandait un jour à
Dargaud:
«Tout est triste, mais rien n'est désespéré tant qu'il
reste un Dieu dans le ciel, des amis sur la terre, un
cheval à l'écurie, un chien au foyer [81].»
La perte d'un chien lui était presque aussi cruelle que celle d'un ami.
Quand il perdit Fido, il écrivait à Aymon de Virieu:
«Ces jours-ci mes chagrins passés ont été remués et
soulevés en moi par une perte que vous trouverez
insignifiante, et qui pour moi en a été une immense,
celle de mon ami Fido. Il est mort entre mes pieds,
après treize ans d'amour et de fidélité, après avoir été
le compagnon de toutes les heures de mes années de
bonheur, de voyages, de larmes. La vie est
affreuse [82].»
Et à Mme de Girardin:
«Je vous remercie de cette larme pour Fido. C'est tout
ce que vous pouviez me dire de plus affectueux.
J'espérais passer une soirée avec vous, mais il n'y a
mal que pour moi. Si vous n'avez pas confiance, moi je
n'ai pas d'espérance. Tout va mal en moi et autour de
moi. Je ne serai pas ce soir chez moi. J'ai une migraine
à fendre les rochers. J'irai vous voir dès qu'elle
passera. Mille respectueuses affections [83].»
Delphine, en 1829, avait donc fait sous tous les rapports la conquête
de Lamartine. Pour achever de faire la sienne, il avait cru bon de lui
présenter, avant de quitter Paris, son ami, Louis de Vignet, qui était
attaché à la légation de Sardaigne et qui, à force d'avoir pensé et
vécu avec lui, lisait dans son cœur comme dans un livre. Vignet avait
été parfait pour elle et sa mère, ayant deviné à quel point elles
aimaient Alphonse, mais Delphine n'avait eu besoin de personne
pour se souvenir de l'absent. N'était-il pas candidat à l'Académie
française? Aussitôt elle s'était mise en campagne pour lui gagner des
voix, et Brifaut et Villemain aidant, sans parler de l'ami Rocher,
Lamartine avait été élu sans avoir eu la peine de faire les visites
traditionnelles.
Cela valait bien, n'est-il pas vrai? les vers qu'elle lui avait demandés
naguère en réponse aux siens. Aussi s'exécuta-t-il tout de suite,
mais après les avoir copiés sur papier anglais à grande marge pour
les lui adresser officiellement, le malheur voulut qu'il en donnât
lecture à quelques amis qui la connaissaient. Ils lui ordonnèrent de
les garder in petto, prétendant «qu'ils n'étaient pas assez
compassés, mesurés, rognés, limés, pour être adressés à une jeune
et belle personne comme elle; qu'on mettrait sur le compte de
sentiments personnels ce qui n'était que de l'admiration poétique;
que cela ferait un mauvais effet pour elle, un pire pour lui.» Bref, il
fut convaincu, et il renferma dans l'ombre d'un secrétaire des
stances qui étaient cependant bien pures de toute méchante
interprétation.—«Je vous en ferai juge, lui écrivait-il, quand nous
nous verrons [84].»
Mais il craignait si peu d'afficher les sentiments qu'il éprouvait pour
elle que, six mois après, le jour de sa réception à l'Académie, il sortit
de la salle en lui donnant le bras.
«J'étais bien fière ce jour-là, lui disait-elle, le 2 juin
1841, et toutes les femmes étaient bien envieuses de
moi! Vous en souvient-il [85]?»
S'il s'en souvenait! et comment aurait-il pu l'oublier? Quand ils
avaient traversé ensemble la cour de l'Institut, il y avait eu un
murmure d'admiration parmi la foule des spectateurs qui faisaient la
haie, et tous avaient remarqué, comme M. de Montmorency-
Laval [86], que Delphine et Lamartine se ressemblaient comme frère
et sœur.
Ressemblance réelle, en effet, et qui nous fera mieux comprendre ce
qui va suivre.
II

Sur ces entrefaites, Delphine épousa M. Emile de Girardin [87]. Ce


n'était pas précisément le mari qu'elle avait rêvé, et je ne crois pas
non plus que, du côté du cœur, il l'ait jamais rendue vraiment
heureuse. Mais, étant donnés l'admiration qu'elle professait pour son
talent et le dévouement qu'elle lui montra dans deux ou trois
circonstances mémorables, il est permis de penser qu'elle eût trouvé
le bonheur avec lui, s'il y avait eu entre eux ce lien naturel qui est
l'enfant.
«Vous avez donc été malade, lui écrivait Lamartine le 3
novembre 1831. Je croyais que c'était mieux qu'une
maladie et que vous nous promettiez une œuvre belle
et poétique de plus. N'en est-il rien? Je ne parle pas du
Lorgnon, car son nom est venu jusqu'ici; je parle d'une
œuvre comme Julia [88].»
Hélas! Mme Girardin ne devait pas connaître les joies de la maternité.
Elle le regretta un jour dans une poésie charmante [89], mais je
gagerais bien qu'elle remercia Dieu de ne pas lui avoir envoyé
d'enfant, le jour où on lui apprit la mort de la fille de Lamartine.
Elle avait été une des premières à s'élever contre l'idée du Voyage
en Orient, et son mari, pour d'autres raisons que les siennes, en
avait également dissuadé le grand poète. Emile de Girardin avait
l'esprit positif et, depuis qu'il avait inséré dans son journal des
Connaissances utiles le remarquable article que Lamartine lui avait
donné sur les Droits civils du curé, il avait acquis la conviction qu'il y
avait en lui l'étoffe d'un homme de gouvernement. Que n'avait-il
naguère, à Bergues, fait précéder sa candidature politique de
quelque article de ce genre? Il eût suffi, d'après lui, pour assurer son
élection. Et faisant allusion à la brochure sur la Politique rationnelle
que Lamartine avait publiée au mois d'octobre 1831, Emile de
Girardin lui disait:
«Ce ne sont point des brochures qu'il faut faire en ce
temps, Monsieur, mais des articles; les journaux sont le
pain quotidien de l'esprit. Comme pour la cuisson du
pain, il faut un four chauffé à l'avance; pour l'effet d'un
article il faut cette publicité dont l'ardeur est
entretenue par la périodicité. Tout autre mode de
publication est froid.
«Si j'osais vous donner un conseil, Monsieur, ce serait
de rechercher plus souvent les occasions de publier
quelques articles. Le public est souvent dédaigneux,
plus souvent encore oublieux, il est rarement injuste.
Cette haute et impartiale raison que vous avez
n'échappe point au bon sens dont il est doué. Ne vous
éloignez pas, restez isolé des partis, faites souvent
entendre votre voix, et l'avantage de l'avoir pour
interprète sera brigué par autant d'arrondissements
que député populaire ou doctrinaire puisse
s'enorgueillir d'avoir été l'élu dans une même
session [90].»
On voit qu'Emile de Girardin était assez bon prophète. Mais la
politique n'intéressait guère Delphine, et si elle regrettait que
Lamartine n'eût point été élu député, c'était uniquement parce
qu'elle l'avait vu d'avance établi pour longtemps auprès d'eux.
«Que je déteste les voyageurs, les gens qui voyagent
pour voyager! lui disait-elle, qu'il y a d'inquiétudes
dans un cœur capable de cette passion! Je ne
comprends un départ que lorsqu'on fuit ou qu'on
rejoint quelqu'un qui vous trahit ou qui vous aime.
Lord Byron, en quittant l'Angleterre, où il était
méconnu, persécuté, fuyait des ennemis, une patrie
ingrate, qui n'avait plus de charmes pour lui; mais
vous, qu'allez-vous faire si loin? chercher des
inspirations; n'en avez-vous pas à revendre? Quelles
images, quels souvenirs, quelles couleurs étrangères
peuvent ajouter à votre talent dont le plus grand
mérite est d'être vous, dont l'individualité est toute la
puissance, toute la grâce! Pourquoi quitter avec dépit
un pays où l'on vous admire, où vous avez tant d'amis,
et cela pour une terre classique et rebattue, dont on
ne veut plus entendre parler, pour de vieux souvenirs
fanés par tous les mauvais poètes et que tout votre
génie ne pourrait rajeunir? Je suis si indignée, si
affligée de votre départ, que je fais vœu de ne rien lire
de ce que vous écrirez pendant cette longue absence:
je ne veux plus de Léonidas, de l'Eurotas, ni
d'Epaminondas. Je sens que je ne pardonnerai jamais
à ces vieilles perruques de héros d'avoir été
abandonnée pour eux. Mais je ne puis croire que tout
soit encore décidé: n'y a-t-il donc dans le monde des
obstacles que pour ce qu'on désire? ne s'en trouverait-
il pas pour ce malheureux voyage qui me désole? Ah!
si j'étais reine, qu'un ordre serait vite donné pour vous
retenir! ce n'est pas la peine de mort que j'abolirais [91],
c'est l'exil [92].»
Mais Delphine n'était pas reine, ou plutôt elle n'était que reine de
beauté, et Lamartine, malgré tout ce qu'on pouvait lui dire, se
sentait attiré vers l'Orient par un attrait irrésistible. Tant il est vrai
que si le malheur vous attend quelque part, on n'y va pas, on y
court.
Parti de Marseille avec sa fille malade, au commencement de juillet
1832, il revint au mois de novembre 1833 avec son cercueil. Il était
encore en Syrie quand on apprit en France la triste nouvelle. On juge
du chagrin de Delphine. Comme elle était à peine convalescente de
la petite vérole, on la lui cacha le plus longtemps possible, mais un
jour il fallut bien lui dire la vérité; ce jour-là, quoiqu'on lui défendît
d'écrire, elle sauta sur sa plume pour envoyer à son illustre ami
quelques paroles de consolation:
«... J'avais raison, lui disait-elle, de détester ce voyage.
Vous savoir malheureux et si loin de nous!... Revenez
vite: à de tels malheurs il faut de grandes distractions,
des occupations, des devoirs graves, et j'espère que
ces tristes affaires politiques dans lesquelles vous allez
entrer [93] vous aideront à vivre même en vous
tourmentant. J'espère aussi que notre vraie affection
vous sera encore douce et que votre cœur brisé n'a
pas dit adieu à tout ce qui l'aime. Je n'ose pas vous
dire, pour vous rattacher un peu à moi, que je viens
d'être dangereusement malade, j'ai peur que vous
m'en vouliez d'être échappée, moi qui n'étais pas tout
pour vous...
«Mon Dieu, que je vous plains, elle était si belle! Que
je voudrais vous revoir! Je ne sais si mon amitié
s'augmente de votre malheur et de la crainte que j'ai
eue moi-même de ne plus vous revoir, mais il me
semble que jamais cette tendresse n'a été plus vive, et
pourtant, depuis un an, je n'ai pas eu un souvenir de
vous. J'en ai été bien affligée, croyez-le. Emile et ma
mère se joignent à moi pour vous demander en grâce
de vos nouvelles. Adieu, que le chagrin ne vous rende
pas ingrat envers nous, vos bons amis [94]!»
Delphine n'avait pas tort de croire que la politique était seule
capable, sinon de le consoler de la perte irréparable qu'il venait de
faire, du moins de l'en distraire en occupant puissamment son esprit.
D'abord il avait toujours eu l'ambition de jouer un grand rôle dans le
maniement des affaires publiques, et puis, étant donnée son
habitude de rapporter à la volonté divine tout ce qui lui arrivait
d'heureux ou de malheureux depuis quinze ans, la première pensée
qui lui était venue après la mort de Julia, avait été—comme l'y
invitait l'abbé de Lamennais après la mort de sa mère,—de voir la
main de la Providence dans le nouveau coup qui l'atteignait, de la
remercier de lui avoir créé des devoirs nouveaux en plantant cette
autre croix dans son cœur. Et ces devoirs étaient de se consacrer
tout entier désormais à la défense des intérêts primordiaux du pays,
de travailler à l'amélioration matérielle et morale du sort de la classe
ouvrière, de mener enfin à la Chambre où il allait entrer ce que,
dans son langage imagé, il appelait un jour la bataille de Dieu.
Mais il n'avait pas attendu jusque-là pour exposer son corps de
doctrines. Dès le mois d'octobre 1831, à la suite de son échec
électoral, il avait eu à cœur de définir la Politique rationnelle qu'il
voulait inaugurer, dans une lettre au directeur de la Revue
européenne, et comme il n'était pas homme à rougir de ses
sentiments religieux, pour bien montrer, au contraire, qu'il entendait
rester fidèle à son idéal politique, il avait pris pour épigraphe cette
maxime de l'Evangile: «Cherchez premièrement le royaume de Dieu,
le reste vous sera donné par surcroît.»
Personne ne fut donc surpris, à la Chambre, de le voir traiter en
philosophe et en chrétien toutes les questions du problème social qui
faisaient partie de son programme ou qui s'y rapportaient de près ou
de loin.
Cela ne veut pas dire qu'il imposa tout de suite silence au tumulte
intéressé des partis. Oh! non, il suffisait qu'il se fût mis au-dessus
d'eux et en dehors d'eux, en ayant la prétention de siéger au plafond
de la Chambre, pour qu'on l'accusât d'avoir des desseins inavouables
et même d'être vendu au gouvernement.
Mais cette dernière accusation était si ridicule, portée contre un
homme qui ne s'était rallié que par patriotisme à la monarchie de
Juillet, qu'elle tomba peu à peu d'elle-même, quand on le vit
s'attaquer tour à tour à M. Guizot, à M. Thiers, à M. Molé, à tous
ceux qui exerçaient le pouvoir, et soutenir, avec le courage et la foi
d'un apôtre, des idées qui n'appartenaient qu'à lui,—qu'il s'agît de la
liberté d'association, d'enseignement et des cultes, de la
décentralisation politique ou de la représentation proportionnelle,
des chemins de fer ou des fortifications de Paris, de la question
d'Orient ou de la Pologne, de la paix ou de la guerre.
«Mieux vaut seul, disait-il, que compagnie suspecte.
Ma devise est: conscience du pays.»
Fort de ses dons merveilleux et de la valeur morale de la cause qu'il
défendait, il était convaincu qu'un jour ou l'autre on finirait par
l'écouter et par le suivre. Et, en effet, l'heure sonna au cadran de la
Chambre où ceux-là mêmes qui avaient ri de ses premiers discours
l'applaudirent à tout rompre et comptèrent avec lui.
C'est qu'à force de batailler, il était devenu très vite un des maîtres
de la tribune. Lorsqu'il y montait, le silence se faisait sur tous les
bancs. Sa voix avait beau manquer de médium [95], il en tirait parfois,
dans le feu de l'improvisation, des accents qui vous remuaient
jusqu'aux entrailles. Le geste sobre, éloquent, mesuré, ajoutait à
l'autorité du verbe, et le visage inspiré, avec ses cheveux soulevés
en ondes frissonnantes et ses lignes admirables, achevait de donner
l'impression que le dieu qui était en lui vaticinait du haut d'un
trépied.
«Enfin, lui écrivait Mme de Girardin après avoir entendu
ses discours sur la Pologne et la politique de la France
en Orient [96], vous avez dompté la tête; vous l'avez
maintenant dans la main. C'était plaisir de la voir se
cabrer hier sous le fouet de vos invectives. Villemain
trouve que vous vous êtes surpassé, et Berryer, qui ne
vous est pas toujours très tendre, m'a dit que vous
gagniez chaque jour du terrain, que l'avenir vous
appartenait. Il ne vous manque plus qu'un bon journal
qui répande partout votre parole. Mais patience, Emile
y songe et vous le donnera bientôt. Vous verrai-je
demain [97]?»
Delphine ne pouvait se passer d'entendre Lamartine. Quand elle
était deux jours sans le voir, ses réunions privées, qu'il appelait «des
petits couverts de rois sans sujets», n'avaient plus le même entrain.
Elle n'était vraiment heureuse que lorsqu'elle était assise entre lui et
Victor Hugo, mais il fut toujours l'ami préféré de la maison, et
personne n'en était jaloux.

—Le dieu viendra-t-il ce soir? lui demandait un jour Balzac.


—Non, lui répondit-elle, il a la migraine.
—C'est comme moi, répliqua-t-il. Ça me flatte et je reste au lit [98].
Seulement, quand Lamartine avait la migraine,—et cela lui arrivait
souvent,—il avait l'habitude de prévenir Delphine qui, comme Louis
XIV, n'aimait pas attendre.
J'ai sur ma table une multitude de petits billets du matin ou du soir
où il s'excuse de garder la chambre et de ne pouvoir «se rendre à
l'autre». En voici quelques-uns:
«Je tenais la plume (historique) pour vous baiser les
doigts qui ont écrit, quand votre mot m'arrive. Et je
n'avais pas écrit hier parce que j'ai espéré jusqu'à onze
heures aller vous remercier.
«Oh! non, je ne suis pas, comme M. Molé, difficile ni
ingrat. Mon cœur depuis longtemps vous rend plus que
vous ne lui donnez, et c'est beaucoup.
«Mais aujourd'hui je suis retombé malade. Je ne
pourrai pas sortir. Je ne parlerai pas ou je dirai peu de
chose à la Chambre. Cela ne vaut pas la peine d'un
regard encourageant.
«A revoir souvent et à ne remercier jamais assez.»

—«Je savais vos trois billets. Je ne sais si je parlerai


jeudi: c'est probable, si l'horrible évanouissement ne
me chasse pas de mon banc.
«Si vous êtes là, je parlerai moins mal.
«Je parlerai vendredi si je manque jeudi et puis plus.
Adieu et mille sentiments toujours plus vieux et aussi
jeunes.»

—«Je vous griffonne un remerciement en rentrant


d'une nuit passée à la Chambre pour m'inscrire. C'est
le bivouac de la politique. Je n'enverrai que dans
quelques jours la lettre au général (Leydet).»

—«J'irai vous voir ce soir si je ne suis pas si


misérablement souffrant que ce matin. Non, ni vers, ni
prose, ni homme ne valent rien. Il n'y a plus d'illusion
à se faire. La seule triste gloire qui reste est de se
connaître. Il n'y a de grand en moi que ma tristesse et
mon amitié pour vous qui grandit réellement toujours.
Conservez-en un peu quand même.»

—«Voilà l'album avec six mauvaises rimes. Mais je suis


trop triste et trop malade ce matin pour plus, et puis,
et puis, j'aimerais mieux votre album, si votre album
n'était pas un livre de gloire de ce temps [99].»

—«Je suis de nouveau dans mon lit. Une rechute


légère du rhumatisme mal fini. Je déménage les 18,
19, 20. J'irai vous demander à dîner, mais je vous
écrirai avant.
«Priez Girardin de faire des efforts vigoureux avant le
20 pour ce qu'il sait, car il faut, sous peine de nullité,
que tout soit irrévocablement fixé avant le 1er mai.
«A vous de cœur.»

—«Demain, non; je me fais arracher une dent, triste


fête!—Les Huguenots, non! Je n'aime que le chant
dans les notes [100]. Il y a mis de l'érudition.
«Vous, oui, et toujours. Mais je travaille jour et nuit et
je n'aime plus que l'entretien à deux ou à quatre.»

—«Seriez-vous assez bonne pour achever cette


adresse? J'ai voulu aller vous voir tous ces jours-ci,
mais je n'ai pas un moment le matin, et le soir
rhumatisme encore douloureux.
«Laissez-moi vous dire de plus en plus combien je
vous suis reconnaissant et touché de la persévérance
de votre amitié. Je crois que cela ne finira plus et je
m'en réjouis.
«Ne dînerons-nous pas ensemble avant la fin du
mois?»

—«Je pars cette nuit, non sans vous dire adieu de


cœur et surtout à revoir. J'ai reçu ce matin le
testament de ma tante, qui est en ma faveur. Les
terres vendues et les legs payés, je crois qu'il me
restera 400.000 francs. Dites cela à Emile. Priez-le
aussi de faire insérer ce mot pour dépister les
ennuyeux. Je n'y suis que pour vous et vos amis.»

—«J'ai été repris hier de névralgie. Je ne puis me tenir


debout. Sans cela, j'aurais été vous voir hier chez Mme
de Chastenay. Je tâcherai, ce soir, de vous rencontrer
chez Mme Belmontet. Mais je ne sais si je pourrai m'y
tenir. Quel martyre qu'une telle vie, et combien cela
fait rougir des Confidences! Il n'y en a qu'une qui
coûtât un peu, c'est celle d'une tendre et croissante
amitié. Gardez-m'en un peu, et je vous dirai plus tard
pourquoi je la désire réservée à de meilleurs jours. Je
vous écrirai ce soir quelques lignes politiques, et voici
seulement le mot sur Napoléon. Du reste, citez-moi, ou
prenez les mots pour le feuilleton, sans me citer. Je
l'aime mieux.
«Voyez si je vous oublie, même dans la fièvre de
l'improvisation la plus remuante!
«Voici un bon billet pour demain, où vous aurez de
belles choses, mais rien de moi, je suis trop fatigué.
«A vous de cœur.»

—«Je vous envoie la phrase prononcée, mais il vaut


peut-être mieux laisser dormir tout cela.
«Quant aux vers, je viens de passer la matinée à en
réunir 3.500. Ils sont si crayonnés, si griffonnés, que je
n'en trouve pas 100 dignes de se présenter sous vos
yeux. Je vous en enverrai en épreuves. Mon libraire les
prend demain [101].
«Adieu. Voilà un beau soleil. Mais je reçois prière
d'aller à l'Académie. Puissiez-vous avoir une aussi
bonne promenade qu'hier! Vous n'aurez pas le bras
d'un ami plus ancien, plus affectionné et plus
désintéressé quand même.»

—«J'ai bien regretté d'être au banquet, pendant que


vous étiez au salon. J'irai ce soir ou demain m'en
dédommager. Je viens de passer deux heures à
rechercher, avec deux convives, le discours que j'ai fait
hier soir. Demandez à M. de Girardin s'il veut l'insérer,
peu m'importe quel jour. Tout est bon à ce qui traite de
matières permanentes. Le ministère y est bien traité,
cela a excité un murmure. Le reste a bien été.
«Mille tendres respects.»

—«Voilà le discours et celui de l'année dernière. Si


vous pouvez en faire insérer dans la Presse, merci.
Mais c'est trop lourd pour votre feuilleton;
ce serait dommage que vos beaux doigts y
touchassent.
«Je ne vous envoie celui de l'année dernière que pour
mémoire. Mais la Presse pourrait citer toute la
deuxième partie et celui d'hier.
«Adieu et à demain.
«LAMARTINE.»

Tous ces billets restés inédits prouvent que les rapports entre
Lamartine et Mme de Girardin étaient devenus avec le temps aussi
étroits que possible, et qu'elle lui avait donné le journal politique
qu'elle avait fait naguère miroiter à ses yeux.
En effet, Emile de Girardin, qui avait déjà révolutionné la presse
périodique avec des publications populaires, telles que la Mode, le
Voleur, le Journal des Connaissances utiles, avait également
révolutionné la presse quotidienne en publiant, le 1er juillet 1836, un
journal d'un bon marché extraordinaire où Delphine allait s'illustrer
bientôt, comme courriériste, sous le pseudonyme du vicomte de
Launay. Et, naturellement, il avait mis cette feuille à la disposition de
Lamartine dont il était, depuis 1834, le collègue à la Chambre des
députés.
Mais disposition n'est pas dévotion. Et de ce que la Presse soutenait
habituellement les idées de Lamartine et reproduisait tous ses
grands discours, on aurait tort d'en conclure qu'elle était toujours
d'accord avec lui.
Outre que les opinions d'Emile de Girardin étaient extrêmement
flottantes, et qu'il sautait souvent d'un bord à l'autre, sans autre
raison que de prendre le vent ou de satisfaire ses intérêts, ses
petites rancunes, Lamartine, qui évoluait lentement, mais sûrement,
vers la République, ne pouvait manquer de heurter la ligne de
conduite de la Presse qui, jusqu'en 1848, fut malgré tout
constitutionnelle. Il pensait autrement que son directeur, même sur
des questions étrangères à la politique proprement dite, comme en
témoigne la lettre suivante:
«J'espérais vous voir hier, écrivait Lamartine à Mme de
Girardin, au mois de décembre 1840, mais j'ai parlé
vingt-deux fois avant-hier, commission ou Chambre, et,
hier, une bonne fois contre Berryer; la migraine
hideuse s'ensuit et j'ajourne tout plaisir. Lisez, ce
matin, ma réplique à Berryer, dans le Moniteur, et dites
à M. de Girardin qu'il est indigne à lui, qui vit du
journal, de ruiner comme il le fait ceux qui vivent du
livre. N'est-ce pas le même autel? Je voudrais qu'on le
condamnât à ne le rémunérer de la Presse que par une
rente que les acheteurs lui payeraient, après avoir
réimprimé à volonté la première épreuve. Si je n'étais
rapporteur et obligé de ne pas me fâcher à la tribune,
je répondrais vigoureusement à tous ces sophismes
contre notre travail à vous et à moi [102].»
De son côté, Lamartine n'était pas toujours exempt de reproche, et
je sais deux ou trois affaires où sa légèreté, il disait son
«étourderie», l'aurait brouillé avec Emile de Girardin, si Delphine,
avec sa bonne grâce ordinaire, ne s'était interposée entre eux.
Exemple: le 4 novembre 1840, quelques jours après la constitution
du ministère Soult-Guizot, la Presse publiait la lettre suivante que
Lamartine avait adressée à M. Granier de Cassagnac:
Saint-Point, 10 octobre.

«... Vous faites ce que j'allais vous demander de faire.


J'écrivais à M. Doisy, pour avoir vos cinq lettres et les
lire avant d'y répondre. J'ai du loisir et de la liberté
pour quelques jours; et quant au fond de la question, il
y a longtemps que mon système est fait. Je ne suis
pas de ceux qui jettent des théories à croix ou pile, au
risque d'écraser une nation ou une race. Pratique et
politique, c'est le même mot pour moi, quoi qu'on en
dise; mais politique et morale, c'est aussi le même mot
pour vous comme pour moi.
«Je vous félicite de quitter vos rivages en ce moment.
Nous marchons à un Dix-Août prochain et à un
démembrement possible. Plaignez ceux qui, comme
moi, voient le mal depuis deux ans et n'ont pas un
parti assez fort pour l'empêcher.
«Adieu donc et bonne fortune, pendant que nous
allons lutter contre la mauvaise. Que les vents soient
pour vous et Dieu pour nous.
LAMARTINE.»
Le lendemain, 5 novembre, on lisait dans le Constitutionnel:
«Il y a quelques jours, M. le maréchal Soult proposait
à M. de Lamartine un portefeuille. Ce n'est pas la
bonne volonté qui a manqué au député de Saône-et-
Loire, et s'il n'est pas ministre, c'est la faute du
président du Conseil, qui n'a pas su donner quelque
attention aux paroles et aux écrits d'un homme qui a
été sur le point de devenir un des dépositaires du
pouvoir, un des conducteurs de la nation.»
Suivait la lettre de Lamartine à Granier de Cassagnac, accompagnée
des réflexions désobligeantes que voici:
«Nous ne pensons pas qu'une lettre pareille fût
destinée à la publicité, et M. de Lamartine aura été
sans doute surpris, comme nous, en voyant mettre au
jour ses rêveries inédites. Quoi qu'il en soit, M. de
Lamartine désespère de l'avenir de son pays et, dans
ses sombres prévisions, il ne voit, pour la France, que
le déshonneur et l'anarchie. Heureusement, c'est un
poète qui parle, c'est-à-dire un homme qui méprise
souverainement les faits et qui s'abandonne à tous les
délires de son imagination. Les frayeurs de M. de
Lamartine ne sont pas fondées, est-il besoin de le dire?
Nous vivons sous un régime de lutte et de labeur que
M. de Lamartine ne comprend pas: voilà tout ce que sa
lettre prouve. On ne fonde pas une ère nouvelle du
gouvernement sans avoir à résister à bien des
attaques...»
Lamartine ne pouvait laisser passer cet article sans y répondre. On
ne fut donc pas surpris de lire cette lettre dans le Constitutionnel du
6 novembre:
«Monsieur le Rédacteur,
«Vous supposez avec raison que j'ai été fort étonné de
voir imprimer un billet confidentiel de moi à M. de
Cassagnac, qui me demandait mon avis sur des
travaux économiques.
«J'ai dit cent fois, et je suis loin de m'en dédire, que le
cabinet du 1er mars perdait la France. Mais je l'ai dit en
termes convenables et avec la mesure et le respect
que tout écrivain doit au public. Un homme n'est
responsable que de ce qu'il publie. La vie privée est
murée. Les correspondances intimes sont de la vie
privée. Celui qui les imprime sans aveu est aussi
indiscret que celui qui les décachette.
«Recevez, etc.
«LAMARTINE [103].»
Cette lettre—que Lamartine en ait eu l'intention ou non—atteignait
par ricochet le journal qui avait commis l'indiscrétion [104]. Aussi
Delphine s'en plaignit-elle amèrement à son ami. Mais le jour même
il lui répondit en ces termes:
«Je suis tout abasourdi de votre lettre. Qu'y a-t-il de
commun entre M. de Girardin, qui insère une lettre
croyant le faire avec mon aveu, et l'impression
indiscrète d'un billet confidentiel par celui qui l'a
provoqué et reçu? L'idée m'est si peu venue que rien
de tout cela pût retomber sur lui et sur vous, que j'ai
envoyé dans la même minute la rectification à lui et au
Constitutionnel. Excusez donc ma trop prompte
étourderie, s'il y en a eu, et surtout n'accusez pas ceux
qui vous ont toujours aimée et défendue.
«Si vous pensez qu'on puisse réparer cela par un mot,
je ferai avec empressement ce que vous voudrez. Mais
j'ai vu cinquante personnes aujourd'hui qui m'ont parlé
de la publication de ce billet, et pas une n'a eu l'idée
seulement que ma plainte se rapportât ou pût se
rapporter à M. de Girardin, dont on connaît l'amitié et
la bonne intention pour moi, comme on sait mes
sentiments pour lui et pour vous. Je suis désolé de ce
malentendu, et si je n'étais pas au lit, j'irais vite vous
demander pardon.
«LAMARTINE [105].
«6 novembre 1840. Paris.»

A cette lettre était jointe la note ci-dessous que Lamartine avait


rédigée pour être insérée dans la Presse:
«Cela par exemple.
«M. de Lamartine nous écrit pour nous donner
l'assurance que la plainte qu'il a portée, dans le
Constitutionnel, sur la publication d'un billet
confidentiel de lui à M. de Cassagnac ne se rapporte
qu'à la publicité donnée par d'autres que nous à cette
lettre et nullement à un journal dont il a reçu tant de
preuves de sympathie et de loyauté.»
Mais la note ne fut pas insérée, et je suppose que Delphine pria
Lamartine de passer chez elle, car on a trouvé dans ses papiers
cette lettre du poète:
«Je rentre et je reçois, trop tard pour aller ce soir,
votre second billet.
«J'irai demain vers deux heures. Ce soir je reçois. Je
cherchais moi-même un moyen de réparer mon
étourderie et d'expier mon tort involontaire. Je croyais
l'avoir trouvé aussi. J'accepterai le vôtre. Rien ne peut,
je vous assure, égaler le chagrin que je ressens d'avoir
ainsi, par une phrase à deux tranchants, et à qui je
n'en voulais pas même un, contristé deux personnes à
qui je dois et à qui je porte autant de reconnaissance
que d'affection. Dieu sait si c'était par ma main qu'une
goutte de tristesse devait tomber dans votre cœur et
une tache sur votre manteau. Je dis cela pour tous les
deux. Pardonnez-moi du cœur ou je ne vous verrai
plus, et je me frapperai la poitrine de ma légèreté à
écrire.
«Au reste, j'ai vu aujourd'hui cinquante personnes à la
Chambre à qui j'ai parlé ainsi et pas une n'a eu la
pensée que ma phrase tombât sur vous.
«LAMARTINE [106].»
Cette fois l'incident fut clos:
III

Six mois après, un nuage d'une autre sorte s'éleva de nouveau entre
Lamartine et Delphine dans les circonstances que je vais rapporter.
Il était à Saint-Point, aux prises avec des difficultés dont nous
parlerons plus loin, quand, un matin du mois de mai 1841, il reçut
du poète Becker, qui la lui avait dédiée, sa Marseillaise allemande:
Non, vous ne l'aurez pas le libre Rhin allemand.
Un autre que lui aurait pris cela pour une provocation. Lamartine n'y
vit qu'une riposte, un défi aux rodomontades du parti de la guerre
français. Et comme il avait combattu énergiquement à la Chambre la
politique aventureuse de ce parti, comme il avait horreur du sang et
qu'il voulait, en bon patriote, la paix dans la dignité, non seulement
pour la France, mais pour toute l'Europe, il répondit séance tenante
à Becker par les strophes admirables de la Marseillaise de la Paix. En
même temps il écrivit à Mme de Girardin qu'il les lui enverrait le
surlendemain.
Ceci se passait le 17 mai. Huit jours après, Delphine n'avait encore
rien reçu. Or, quelle ne fut pas sa stupéfaction de trouver les vers
qu'elle attendait impatiemment, dans le numéro du 1er juin de la
Revue des Deux Mondes! La nuit portant conseil, elle écrivit le
lendemain à Lamartine:
«Je ne comprends pas que, si malade et désolé, vous
ayez encore des inspirations si admirables: ces vers qui
me désolent sont bien beaux. Je les ai relus ce matin
avec Théophile Gautier. Il en était enchanté, et ce soir
j'ai vu Alfred de Musset qui les savait par cœur. Il m'en
a apporté de très jolis sur le même sujet. Ils sont
railleurs et insolents. Lui, m'a priée de les publier, lui,
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