HISTOIRE DE LA PENSEE SOCIOLOGIQUE
NIVEAU : LICENCE 1 DE SOCIOLOGIE ET D’ANTHROPOLOGIE
UFR : SCIENCES SOCIALES ET HUMAINES
DEPARTEMENT : SOCIOLOGIE ET ANTHROPOLOGIE
UNIVERSITE : JEAN LOROUGNON GUEDE (DALOA)
ANNEE ACADEMIQUE : 2024-2025
ENSEIGNANT : Dr TCHEHI JOEL (MAÎTRE DE CONFERENCES DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE )
INTRODUCTION
Cet enseignement doit être complémenté par le cours de Sociologie générale. Il met en perspective l’apparition des travaux, des découvertes, des idées, des interventions, et des expériences importants et
principaux en matière de pensée sociologique.
En effet, la réflexion sur le problème de la condition sociale des groupes sociaux qui a appelé également la question sociale n’est pas un fait spécifique à une communauté humaine particulière ou exclusive à
une époque historique donnée. Elle a existé de tout temps et en tout milieu. Aussi, la retrouve-t-on à l’époque de l’antiquité gréco-romaine, au moyen âge et au temps moderne
OBJECTIFS DU COURS
Ce cours a pour objectif principal de retracer les idées sociologiques liées à l’évolution de l’humanité. Aussi, allons-nous présenter de manière spécifique la préhistoire de la pensée sociologique, les conditions
de naissance de la Sociologie moderne et la Sociologie contemporaine.
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PLAN DU COURS
1. LA PREHISTOIRE DE PENSEE SOCIOLOGIQUE (avant le 19e siècle)
1-1 L’antiquité gréco-romaine
1-2 Le moyen âge (476-1450)
1-3 Les temps modernes (1450-1800)
Lectures recommandées
2. LA NAISSANCE DE LA SOCIOLOGIE MODERNE (au 19ème siècle)
2-1 Le contexte sociohistorique et les doctrines sociales
2-2 L’éclosion de la Sociologie moderne
2-3 Les écoles Sociologiques
3. LA SOCIOLOGIE CONTEMPORAINE (A partir du 20e Siècle)
3-1 Les critiques et les contributions des penseurs du 20e Siècle
3-2 Les tendances actuelles de la Sociologie contemporaine
Lectures recommandée
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
1. LA PREHISTOIRE DE PENSEE SOCIOLOGIQUE (avant le 19e siècle)
1-1 L’antiquité gréco-romaine
A cette époque, la pensée sociale est liée à la guerre du Péloponnèse qui instaura des
perturbations politiques, économiques et sociales. Face à cette crise, plusieurs penseurs ont
tenté d’apporter chacun un éclairage spécifique et des solutions.
Platon (429-347 Av JC)
- Sa problématique est « Comment organiser de manière rationnelle et stable la cité ? » Il
propose dans la République, la cité idéale qu’il présente comme la cité où règnent la justice et
la solidarité parfaite. Pour la réalisation de cette cité, il suggère :
- Une constitution austère, aristocratique et militaire
- La recherche de l’équilibre de l’économie politique avec la réduction des échanges
commerciaux entre les cités, la réglementation du mariage et la limitation des naissances
- La répartition des citoyens en 03 classes (Producteurs, gardiens et chefs). Il souhaite la
proscription du bien privé et la communauté des biens sous l’Etat qui donne la même éducation
aux filles et aux garçons.
Aristote (384-322 Av JC)
Il accuse l’inégalité des conditions sociales des groupes sociaux comme base des
perturbations politiques et sociales. Il explique cela par l’hypothèse selon laquelle, « c’est la
misère sociale de la majorité numérique qui entraîne des séditions contre la classe dirigeante
représentant la minorité. Il propose la stabilisation de la croissance démographique par la loi de
limitation des naissances et la délimitation de l’âge de la procréation.
Il retient que la vie en société apparaît comme une nécessité et que la famille est l’élément
essentiel de cette vie en communauté. Il propose le principe de propriété privé comme principe
fondamental de la société.
En définitive, ces philosophes n’étudiaient pas la société de manière objective c'est-à-dire la
société telle qu’elle est. Ils la décrivent en recherchant des principes et des règles en vue d’une
meilleure organisation et de meilleur fonctionnement de manière idéaliste. Il s’agit là d’une
philosophie sociale à caractère normatif indique ce que devrait être la société et non ce qu’elle
est. Ce modèle de lecture se retrouve également avec une certaine nuance dans celui du
moyen âge.
1-1 Le moyen âge (476-1450)
C’est la période entre l’effondrement de l’Empire Romain en 1476 et la prise de
Constantinople en 1453. Pendant cette période, les caractéristiques de la pensée sociale
du monde Européen diffèrent de celle du monde Arabe.
Le monde Européen
La pensée sociologique de cette époque se réduit à l’application du dogme chrétien à
l’organisation sociale. Car l’histoire de la pensée humaine se caractérisait par le rapport
de l’homme à Dieu. Les facteurs de cette situation se trouvent :
Dans l’arrêt presque total de la vie intellectuelle consécutive à l’invasion des barbares, à
l’effondrement de l’empire romain, à la destruction des villes et des bibliothèques.
Dans la construction de la chrétienté et l’édification de la pensée théorique. En effet,
l’affranchissement des esclaves et l’égalité entre les hommes constituaient le principe de
base de l’organisation sociale. La pensée sociale reste ainsi métaphysique. La Cité de
Dieu de Saint Augustin en est l’illustration.
Le monde Arabe
C’est IBN Khaldoum (1332-1406) qui apporte une contribution à l’histoire de la pensée
sociologique. A travers son œuvre Prolégomènes, il essaie d’éclairer la question de la
chute des institutions politiques. Il aboutira à la conclusion que ce sont les différences
psychologiques entre les différentes générations d’un même groupe qui expliquent les
chutes politiques (dynasties et aristocraties). A cet effet, il dit que « les dernières
générations finissent par croire que le pouvoir n’est pas la récompense des efforts et
des qualités requises par sa conquête mais qui leur est due par la seule vertu de leur
naissance ou de leur race ».
A la suite de ces pensées sociales de l’antiquité et moyen âge dominées par les
formes spéculatives et métaphysiques de la pensée, il y a la période dite des temps
modernes qui propose une forme de réflexion tout à fait différente.
1-1 Les temps modernes (1450-1800)
Cette période se caractérise par l’année de la prise de Constantinople en 1453 à la naissance de
la révolution industrielle en 1800. De profonds changements sont intervenus sur le plan
idéologique et scientifique.
Sur le plan idéologique
L’idéologie de la renaissance se caractérise par le rapport à soi-même. Le bien-être matériel n’est
plus considéré comme un danger pour le salut de l’homme. La recherche de la richesse
matérielle est donc autorisée. Grâce à l’intervention de l’imprimerie, les œuvres littéraires et
artistiques abandonnées au moyen âge sont diffusées et suscitent un intérêt pour le peuple. Cela
implique le mouvement de la réforme.
La réforme est un mouvement religieux qui a pour cause essentielle la recherche de pureté
initiale du christianisme. Il était question de supprimer les « indulgences en soumettant les
traditions ecclésiastiques au contrôle de l’écriture sainte : La Sainte Bible. L’instigateur de ce
mouvement est Martin Luther. Il a été introduit en France par Calvin. En Angleterre il est porté par
l’anglicanisme qui est une forme de compromis entre le luthéranisme le calvinisme et le
catholicisme.
Sur le plan de l’esprit scientifique
Il se caractérise par la révolution mécaniste au 17e siècle par l’avènement de la méthode
expérimentale au 18e siècle. La révolution mécaniste se caractérise par la priorité accordée au
rapport de l’homme au monde. Plus de recours aux principes métaphysiques et spéculatifs pour
expliquer un phénomène. Le souci de la science est de découvrir désormais les lois. L’union de la
théorie et de de la pratique devient force de loi. Le 18e siècle se présente comme le siècle des
lumières avec la création des académies en vue de promouvoir la recherche scientifique.
L’ensemble de ces changements (renaissance, réformes, révolutions mécanistes et
expérimentation) entraîne une lutte impitoyable contre toutes les conceptions traditionnelles
dogmatiques. Sur le plan poétique, il y a la lutte contre la monarchie ; sur le plan intellectuel, la
lutte contre le dogmatisme métaphysique et théologique ; sur le plan socio-économique, la lutte
contre le monopole aristocratique ; sur le plan religieux, la lutte contre le catholicisme. La science
et la raison sont désormais considérées comme les seuls guides de l’humanité. A cette époque, les
travaux de Montesquieu et Rousseau apportent respectivement une contribution assez importante
sur le plan de la pensée sociologique.
- L’apport de Montesquieu (1689-1755)
Il introduit les notions de sociologie et publie en 1748 : De l’esprit des lois. Dans cet ouvrage, il établit
des relations stables entre les institutions juridiques et politiques et les conditions de vie des
individus en société. Il se penche sur le pouvoir politique et expose une théorie en mettant en
relation les principales formes de pouvoir politique avec l’idéal social dominant. Il montre que quand
l’idéal social diminue, le régime se corrompt. Pour palier cela, il propose le principe de séparation
des pouvoirs qui nécessite la notion d’indépendance entre eux (Exécutif, Judiciaire et Législatif).
- L’apport de Jean Jacques Rousseau (1712-1778)
Il croit en la bonté originelle de l’homme. Il publie en 1762 : Du contrat social dans lequel il rappelle
combien l’état civil est souhaitable en ce qu’il substitue en l’homme de justice à l’instinct, la raison à
l’impulsion physique. Il propose une nouvelle théorie pour fonder la légitimité du pouvoir politique :
"Liberté, égalité, fraternité".
Lecture recommandée
DELAS J6P & MILLY B, Histoire des pensées sociologiques, Paris, 4e édition, Armand
Colin, 2015. Lien PDF : media.dunod.com/document/9782200601454/feuilletage.pdf
1. LA NAISSANCE DE LA SOCIOLOGIE MODERNE (Au 19ème siècle)
2-1 Le contexte sociohistorique et les doctrines sociales
Ce sont les questions historiques objectives qui ont contribué de manière déterminante à l’évolution de la pensée
sociologique moderne. Ce sont : la révolution industrielle, la naissance et le développement du capitalisme et le
bouleversement des structures sociales.
La révolution industrielle
C’est la suite du progrès scientifique amorcé au 17e siècle et la révolution technique liée à la découverte de la machine
à vapeur. Elle se traduit par le développement des industries textiles, chimiques, agroalimentaires avec pour corollaire
le développement des moyens de transport et de communication (routes, chemins de fer, voies maritimes, aériennes et
télécommunication). Ce contexte est intimement lié au développement du capitalisme.
La naissance et le développement du capitalisme
Les contraintes du développement fulgurant vont occasionner la naissance des banques pour aider à assurer les
charges de salaires, d’investissement, d’impôts. La mobilisation de l’épargne dans les établissements bancaires crée
les opérations de crédit, de bourse et de spéculation. Tout cela débouche sur l’accumulation de capitaux financiers en
tant que facteurs de production. Ainsi, les capitalistes financiers et capitalistes industriels deviennent les nouveaux
maîtres de la vie économique et sociale. L’incidence sur les structures sociales traditionnelles est inévitable.
Le bouleversement des structures sociales
- Le système féodal va s’effondrer avec l’émergence du capitalisme. Les caractéristiques sont :
- La décadence de l’ancienne noblesse sur le plan économique et politique
- La montée de la classe bourgeoise qui mène à sa guise le jeu politique et économique
- La stabilité de la classe moyenne dans la gestion de ses affaires
- L’émergence de la classe ouvrière qui est la classe déshéritée.
C’est la recherche de solutions à cette préoccupation qui conduit à l’avènement des doctrines
sociales du 19e siècle dont les principaux auteurs sont Simon, Fourier et Proudhon.
La réforme sociale selon Saint Simon (1760-1825)
Il propose de créer des coopératives de production et de consommation où les hommes
s’associeraient pour travailler dans la joie. Pour lui on résoudra tout le problème économique et
social en faisant disparaître le salariat et transformer les salariés en propriétaires cointéressés.
La réforme sociale selon Proudhon (1809-1865)
Il propose que la propriété devienne accessible à tous par le crédit mutuel et gratuit par la banque
du peuple qui permettra aux ouvriers d'acquérir leurs moyens de production et devenir
indépendants. Sa réforme consiste à concilier bourgeoisie et prolétariat.
2-2 L’éclosion de la Sociologie moderne
Les courants de pensée
La naissance de la Sociologie moderne est rendue possible par l’influence de quelques courants de
pensée de cette époque. Ce sont :
L’évolutionnisme linéaire (courant de pensée postulant que l’espèce humaine est une unité qui progresse
lentement selon des étapes successives et graduelles.
Le positivisme (courant postulant le principe de l’observation des faits concrets et la possibilité
d’expérimentation).
Les fondateurs
Auguste COMTE (1798-1857)
C’est lui qui invente le néologisme "sociologie" en 1839. Avec lui, la sociologie commence a devenir une
science. Il la définit comme "l’étude positive de l’ensemble des lois fondamentales propres aux
phénomènes sociaux". Il distingue deux états de la science des phénomènes sociaux :
La statique sociale qui fonde les bases de la théorie de l’ordre et que l’on peut traduire par l’étude
fondamentale des conditions d’existence de la société.
La dynamique sociale qui fonde les bases de la théorie du progrès et que l’on peut traduire comme
l’étude des lois et de son mouvement continue, c'est-à-dire le processus d’évolution d’une société.
En un mot, « la dynamique sociale étudie les lois de la succession, pendant que la statique sociale cherche
celles de la coexistence". A. Comte, cours de philosophie positives, 48ème leçon.
Comte établit une loi progressive, générale et linéaire d’évolution de l’esprit humain où, selon lui tout domaine
de la connaissance passe par trois états successifs. C’est la loi générale des trois Etats qu’il met en relation
avec la dynamique sociale :
· Etat théologique ou fictif. C’est le pouvoir propre à chaque société qui permet de relier des pouvoirs temporels
(ex : la politique) avec des pouvoirs spirituels ou théologiques (scientifiques)
· Etat métaphysique ou abstrait. C’est une période de crise, une époque critique conçue comme un âge de
transaction révolutionnaire.
· Etat scientifique ou positif. C’est la phase de réorganisation de la société qui suit la crise où le régime (re)
devient rationnel.
Comte distingue au niveau de la méthode trois démarches possibles : l’observation, la comparaison et
l’expérimentation. Mais la mise en œuvre de cette dernière n’étant pas commode dans le cas des phénomènes
sociaux, il défend le recours à l’observation et à la comparaison. Notamment la comparaison historique comme
le rapprochement des divers états de la société humaine pouvant exister dans différents endroits du monde.
On doit comparer une société à une autre différente. Comte a permis d’apporter à la sociologie ses fondements
grâce à des éléments fondamentaux et à l’héritage des sciences préexistantes.
Karl Marx (1818-1883)
Sa contribution part de l’une de ses pensées qui dit que : "Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le
monde, il s’agit maintenant de le transformer". Sa démarche sociologique est indissociable de son engagement
politique révolutionnaire. Il constitue l’un des deux pôles de la pensée traditionnelle sociologique. Son principe
structurel de la réalité (ou des réalités) repose sur la dialectique. Pour lui, toute réalité est traversée des forces
contradictoires, leur lutte provoquant le changement (générale sous la forme d’une rupture brutale). Bourgeoisie
versus aristocratie, prolétariat versus bourgeoisie.
La pensée de Marx se résume aux termes de "holisme" et de "déterminisme ". C'est-à-dire que l’individu est
déterminé par les structures de la société. Il dit ceci : "ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur
existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience".
Superstructure Idéologie et institutions
Rapports sociaux de production
Infrastructure Division sociale du travail
Base technique
Mode de production et Forces productives
2-3 Les écoles Sociologiques
Elles sont fondées sur le principe qui consiste à décomposer la réalité sociale en facteurs isolés et à expliquer. Ce
sont les théories sociologiques à facteurs prédominant qui sont d’ordre psychologique, biologique, géographique,
technologique et spiritualiste.
L’école psychologique
Gabriel Tarde d’Arthur de Gobineau s’appuie sur le facteur racial pour expliquer le développement
historique.
L’école biologique
Organisée autour d’Arthur de Gobineau s’appuie sur le facteur racial pour expliquer le
développement historique.
L’école géographique
Autour de Frédéric Le Play, cette tendance considère que ce sont les phénomènes géographiques ou
écologiques (climat, relief, mer, etc) qui permettent d’expliquer la réalité sociale.
L’école technologique
C’est le développement des moyens techniques qui permet de saisir le mouvement historique des
sociétés.
L’école spiritualiste
Pour ses tenants, Simmel et Sorokin, c’est la science qui est la base de la dynamique sociale.
1. LA SOCIOLOGIE CONTEMPORAINE (A partir du 20e Siècle)
3-1 Les critiques et les contributions des penseurs du 20e Siècle
Emile Durkheim (1858-1917)
Il s’inspire de la conception positive de la loi de Montesquieu (humaniste par excellence). Il dira de
lui :" non seulement Montesquieu a compris que les choses sociales sont objets de la science, mais il
a établi les notions clés indispensables à la constitution de cette science ".
Il emploie une méthode identique dans ses trois études :
· Définition du phénomène
· Réfutation des interprétations antérieures.
· Explication proprement sociologique du phénomène considéré
Pour Durkheim, le concept d’existence de la sociologie nécessite deux éléments essentiels
· D’une part, l’objet de cette science doit être spécifique et non l’objet d’autres sciences.
· D’autre part, l’objet doit être observé et expliqué de manière semblable à cellui dont les faits de
toutes les autres sciences sont observés et expliqués.
Lecture recommandée : Les règles de la méthode sociologique
Marcel Mauss (1872-1950)
Il est neveu de Durkheim qui est son aîné de 13 ans. Il est par ailleurs son plus proche
collaborateur. Il dirige l’année sociologique 2ème série après la mort de son fondateur. Mauss
se spécialise en ethnologie et histoire des religions. Même s’il n’a jamais fait d’étude de
terrain, il est le fondateur incontesté de l’école française d’ethnologie (aux côtés des
folkloriste-Van Gennep). Il crée l’institut français de sociologie en 1924, où il forme la
plupart des grands ethnologues français (Louis Dumont, Jacques Soustelle, Marcel Griaule,
Claude Lévi-Strauss…).
L’un de ses principaux apports est le concept de "fait social total" c'est-à-dire qui met en jeu
la totalité de la société et de ses institutions. On ne peut comprendre un phénomène social
hors de l’ensemble des caractéristiques de la culture concernée. Ses travaux sur les
techniques du corps en sont une illustration : il y montre que chaque société attribue un sens
profond aux pratiques les plus anodins comme la marche, la nage, la course, la respiration….
C’est pour cela qu’il se distingue fondamentalement, d’un point de vue méthodologique, de
Durkheim dans la mesure où il considère que pour comprendre un phénomène dans sa
globalité, il faut l’appréhender du dehors comme une chose, mais aussi du dedans comme
une réalité vécue. C’est la différence fondamentale entre les méthodes et notamment entre la
sociologie et l’anthropologie.
Max Weber (1864-1920)
Pour Weber, la sociologie est une science de l’action sociale. A la différence de Marx et de Durkheim, il s’agit moins de
comprendre chez Weber la société et ses institutions que d’analyser, à un niveau microsociologique, les actions individuelles
ou les formes de relation interindividuelles. Même s’il faut se garder de toute simplification de type Weber - individualiste -
Durkheim - Marx – holiste, il est certain que la sociologie Wébérienne donne une place importante à l’individu.
"La sociologie ne peut procéder que des actions d’un, de quelques ou de nombreux individus séparés. C’est pourquoi elle se
doit d’adopter des méthodes strictement individuelles ".
Dans cette conception, la sociologie doit comprendre les intentions que les individus donnent à leurs actions, lesquelles,
compte tenu des contraintes de la situation, constituent le tout social singulier étudié. En cela on peut comprendre la différence
avec la conception marxienne. A la rigidité héréditaire (reproduction des classes et de la structure) envisagée par Marx ;
s’oppose selon Weber la fluidité de la société où rien n’est jamais totalement écrit d’avance. "Un changement est aisément
possible"
Il aborde une démarche à trois niveaux :
a.Compréhensive : La compréhension des phénomènes sociaux est immédiate. Le chercheur doit se placer du point de vue de
l’acteur pour comprendre le sens subjectif qu’il donne à son action= comprendre, interpréter, expliquer.
b.Historique : Le sociologue doit faire œuvre d’historien, c'est-à-dire qu’au-delà de reconstituer conceptuellement les
institutions sociales et leur fonctionnement (recherche du général), il doit faire le récit de ce que l’on ne verra jamais deux fois
(recherche du singulier).
c.Culturelle : On ne peut comprendre les actions humaines hors de leur système de croyances et de valeurs. Il s’agit
d’expliquer ce que les hommes ont créé (institutions, religions, théories scientifiques), ce qui est impossible sans références
aux valeurs qui les ont guidés.
Attention : cela pose le problème de l’objectivité du savant. Weber distingue :
· Le jugement de valeur qui est personnel et subjectif et donc à exclure.
· Le rapport aux valeurs, que l’observation peut choisir de sélectionner parmi d’autres éléments de la
situation qu’il étudie. Ex : le sociologue prend en compte la liberté politique (domaine des valeurs),
mais cette valeur ne l’intéresse pas en elle-même, mais en ce qu’elle a constitué un enjeu qui a
mobilisé les hommes dans la société observée.
De plus, il construit un outil théorique qu’il nomme idéal-type, comme modèle d’intelligibilité des
phénomènes observés. C’est une reconstruction stylisée de la réalité. Par exemple, la bureaucratie est
un idéal-type, une forme pure dont on ne rencontre jamais aucun exemplaire dans la réalité, mais qui
permet de cerner les tendances propres à cette organisation. "On ne trouvera nulle part empiriquement
un pareil tableau dans sa pureté conceptuelle : il est une utopie. Le travail historique aura pour tâche
de déterminer dans chaque cas particulier combien la réalité se rapproche ou s’écarte de ce tableau
idéal. Appliqué avec prudence, ce concept rend le service spécifique qu’on en attend au profit de la
recherche et de la clarté" (M Weber, essai sur la théorie de la science, 1918, pp. 179-181)
Œuvre recommandée : Éthique protestante et l’esprit du capitalisme
3-2 Les tendances actuelles de la Sociologie contemporaine
Les tendances actuelles de la Sociologie sont celles de l’utilité pratique de cette discipline.
Les orientations de la Sociologie appliquée
La sociologie appliquée est la perspective de recherche sociologique qui a pour finalité de guider l’action pratique des
hommes dans la société. Les voies de cette Sociologie sont :
Les théories réformistes (visent généralement des réformes en vue d’une vie sociale supérieure.)
Les analyses critiques (elles mettent en évidence les irrationalités, les dangers et les incohérences sociaux particuliers).
Les recherches stratégiques (la justice sociale est le fondement de cette orientation de la Sociologie appliquée. Elle a pour
but de rechercher des solutions aux problèmes de la pauvreté, de la famine, du sous-développement, etc.)
Les divisions nationales
- La Sociologie française autour de Durkheim. Elle reste théorique et méthodologique.
- La Sociologie Allemande autour de Dilthey et Weber. Elle est théorique et historique.
- La Sociologie américaine analytique et empirique, orienté vers l’étude des petits groupes.
Tous ces modèles sont mis à contribution dans la sphère du tiers monde.
Les Sociologie particulière
Elle concerne les domaines de spécialité. Ce sont :
Ce sont les Sociologies particulières selon les types d’activité sociales : Socio éco, socio po, etc.
Les sociologies particulière selon les groupes sociaux : Socio de la famille, des classes sociales, rurales, urbaine, etc.
CONCLUSION
La pensée sociologique tient ses origines de l’époque classique des pensées philosophique. Elle va ensuite s’émanciper de la
philosophie et de la psychologie pour prendre ses marques à l’ère de la révolution industrielle. Aujourd’hui, elle est au cœur
des principales idéologies qui gouvernent le monde et offre par ailleurs les outils de sa compréhension.
BIBLIOGRAPHIE
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BUSINO G., La Permanence du passé. Questions d’histoire de la sociologie et d’épistémologie sociologie, Génève, Edition
Droz, 1986.
CABIN P. & DORTIER J.F , Sociologie. Histoire et idée : les fondateurs, les grands courants, les nouvelles sociologies,
Auxerre, Editions Sciences humaines, 2000.
DELAS J-P. & MILLY b, Histoire des pensées sociologiques, Paris, 4e édition, Armand Colin, 2015. Lien PDF :
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FERREOL G. (s/s la dir. De), Histoire de la pensées sociologique, Paris, Edition Armand Colin, 1994.
JONAS F., Histoire de la sociologie. Des Lumières à la théorie du social, Edition Larousse, 1991. LALLEMENT M, Histoire des
idées sociologique, 2 tomes, rennes, Presse universitaires de Rennes, 1987-8
SIMON P.J, Histoire de la sociologie. Tradition et fondation, Paris, Presse universitaires de France, 2008.
TSCHANNEN, O., « histoire de la sociologie et théorie sociologique » Support de cours. Lien PDF :
classiques.uqac.ca/inter/ressources/sociologie/tschannen/tschanen_histoire_socio_pdf