SYNDROMES MYELOPROLIFERATIFS
Dr Blaise Félix FAYE
Hématologie - UCAD
INTRODUCTION
DEFINITION
• Les SMP sont des prolifération clonale à partir d’une cellule souche
myéloïde avec conservation de leur capacité de différenciation
• Conséquences électives sur une des lignées myéloïdes
- Granuleuse (LMC, MFP)
- Érythroblastique (Polyglobulie)
- Mégacaryocytaire (thrombocytémie essentielle)
INTRODUCTION
INTERET
• Difficultés diagnostiques : similitudes et biologiques / critères OMS
• Pronostique : critères pronostiques et groupes de risque
• Thérapeutique : indications mieux adaptées au risque individuel
• En pratique on distingue la LMC (Ph1+) des autres SMP (Ph1-)
INTRODUCTION
DEMARCHE DIAGNOSTIQUE
• Repose sur la confrontation pluridisciplinaire des données :
Cliniques
Cytologiques
Immunophénotypiques
Génétiques
Moléculaires
LEUCEMIE MYELOIDE CHRONIQUE
GENERALITES
• Prolifération prédomine sur la lignée granulocytaire
• 1-2 nouveaux cas/an/100.000 hbts ; sex-ratio proche de 2
• Base du diagnostic : le chromosome Philadelphie t(9;22)
• Evolution sans traitement vers une leucémie aigue mortelle
• Facteurs favorisants : exposition au benzène, irradiations
• Révolution thérapeutique : les inhibiteurs de tyrosines kinases
PHYSIOPATHOLOGIE
PHYSIOPATHOLOGIE
CONSEQUENCES CELLULLAIRES
• Perturbation de l’adhésion cellulaire à son environnement
• Activation de signaux mitotiques (prolifération)
• Inhibition de l’apoptose (survie cellulaire prolongée)
• Perturbation des processus de réparation de l’ADN
• Evolution classique en 3 phases : chronique, accélération, acutisation
LA PHASE CHRONIQUE
CIRCONSTANCES DE DECOUVERTE
• Fortuite devant un hémogramme réalisé à titre systématique
• une altération de l’état général (hypermétabolisme)
• un syndrome tumoral
• Plus rarement des signes de leucostase
• Parfois lors d’une complication aigue
LA PHASE CHRONIQUE
SIGNES CLINIQUES
• Peu de signes à cette phase de la maladie, on peut noter :
• Splénomégalie, fréquente (+++) plus de la moitié des cas
• Signes digestives (pesanteur de l’hypocondre gauche, dyspepsie…)
• parfois hépatomégalie
• Exceptionnellement une polyadénopathie
LA PHASE CHRONIQUE
SIGNES BIOLOGIQUES
NUMERATION FORMULE SANGUINE :
• Hyperleucocytose franche, polynucléaires neutrophiles (+++)
• Myélémie constante, sans hiatus de différenciation
• blastose est absente ou faible (< 5 %)
• Anémie arégénérative et thrombocytose sont habituelles
PHASE CHRONIQUE
SIGNES BIOLOGIQUES
MYELOGRAMME
• Moelle de richesse cellulaire augmentée (type IV)
• Hyperplasie granuleuse +++ sans blocage de maturation
• Blastose médullaire faible, inférieure à 10 %
• Mégacaryocytes souvent nombreux et de petite taille
NB : Inutile pour le diagnostic, intérêt pour déterminer la phase
FROTTIS SANGUIN MYELOGRAMME
LMC EN PHASE CHRONIQUE
LA PHASE CHRONIQUE
SIGNES BIOLOGIQUES
BIOPSIE OSTEOMEDULLAIRE
• Hyperplasie du tissu hématopoïétique, myéloïde +++
• Comblement de la totalité des espaces médullaires
• Disparition des cellules adipeuses.
• Parfois, une fibrose réticulinique discrète
NB : Inutile au diagnostic, affirme le syndrome myéloprolifératif
LA PHASE CHRONIQUE
SIGNES BIOLOGIQUES :
CYTOGENETIQUE CONVENTIONNELLE (CARYOTYPE) :
• Prélèvement médullaire(+++) ou sang
• Présence du chromosome de Philadelphie
• + Anomalies cytogénétiques additionnelles
• Indispensable au diagnostic de LMC
LA PHASE CHRONIQUE
SIGNES BIOLOGIQUES :
HIBRIDATION IN SITU EN FLUORESCENCE (FISH)
• Sonde BCR-ABL révèle la translocation
• Anomalies additionnelles non visualisées
LA PHASE CHRONIQUE
SIGNES BIOLOGIQUES
RT-PCR (REVERSE TRANSCIPTASE POLYMERASE CHAIN REACTION)
• Prélèvement médullaire ou sanguin
• Met en évidence le transcrit de fusion Bcr-Abl
• Quantification du transcrit au diagnostic
• Suivi de la maladie résiduelle sous traitement
PRONOSTIC
AVANT TRAITEMENT : SCORE DE SOKAL ET HASFORD
COMPLICATIONS
• Rupture splénique : spontanée ou traumatique
• Leucostase (hyperleucocytose majeure) : pulmonaire, cérébrale …
• Crise de goutte (hyperuricémie, hyperuraturie + lithiase)
• Thrombose veineuses profondes (thrombocytose)
• Progression vers les phases avancées (accélération ou accutisation)
LA PHASE D’ACCELERATION
PRÉSENCE D’AU MOINS L’UN DES CRITÈRES SUIVANTS (OMS 2016)
- Persistance de la splénomégalie ne répondant pas au traitement
- Augmentation de la splénomégalie ne répondant pas au traitement
- Taux de blastes sanguins ou médullaires entre 10 – 19 %
- Taux de blastes + promyélocytes (sang ou moelle) < 30 %
- Taux de basophiles sanguins > 20 %
- Thrombopenie < 100 G/L sans lien avec le traitement
- Thrombocytose > 1000 G/L
- Globules blancs > 10 G/L
ACUTISATION (TRANSFORMATION AIGUE)
SIGNES CLINIQUES
• Majoration des signes cliniques d’accélération
• AEG, fièvre, douleurs osseuses
• Hépatomégalie, adénopathies,
• Localisations blastiques extramédullaires (méningée, chloromes…)
SIGNES BIOLOGIQUES
• Récidive de l’hyperleucocytose, anémie, thrombopénie
• Taux de blastes médullaires ou sanguins > 20 %
• Génétique : apparition d’anomalies cytogénétique additionnelles
Phase souvent résistante ou réfractaire au traitement.
TRAITEMENT
BUTS
• Éradication du clone tumoral (espoir de guérison)
• Eviter l’évolution vers les phases avancées
• Éviter les rechutes
• Meilleur confort de vie
TRAITEMENT
MOYENS
L’HYDROXYURÉE : : 40 mg/kg/j
* anti-ribonucléotide réductase (inhibe la synthèse d’ADN)
INTERFERON ALPHA : (1,5 - 10 UI/m²/J)
* cytokine qui interfère avec la régulation du cycle cellulaire
ALLOGREFFE DE CELLULES SOUCHES HEMATOPOIETIQUES
* après une chimiothérapie myélo-ablative
* chez les patients résistants aux traitement par les ITK
MOYENS
LA THÉRAPIE CIBLÉE : LES INHIBITEURS DE TYROSINE KINASE
Agissent par inhibition compétitive de l’ATP au niveau du site
catalytique de la protéine kinase suppression de son activité
IMATINIB MESYLATE : ITK1
• Inhibiteur hautement spécifique de l’activité kinase de ABL
• Résistances si mutation du domaine tyrosine kinase de BCR-ABL
• Dose : 400mg/j (phase chronique) / 600 – 800mg (accélération)
ITK2 : NILOTINIB, DASATINIB, BOSUTINIB
ITK3 : PONATINIB
INDICATIONS
PHASE CHRONIQUE
• Hydroxyurée : cytoréduction dans l’attente du début de l’ITK
• Interféron alpha :
* en association avec ITK si réponse insuffisante après ITK seul
* en remplacement temporaire des ITK durant la grossesse
• ITK en première ligne, choix thérapeutique discutable
* supériorité et meilleure tolérance des ITK2 sur Imatinib
INDICATIONS
RÉSISTANCE À L’IMATINIB :
• Association avec l’interferon alpha
• Switch par ITK2 ou ITK3 guidé par la recherche de mutation
• Greffe de CSH si mutation T315I ou phase accélérée ou acutisée
PHASE AVANCEES
• Augmentation de la dose d’ITK
• Chimiothérapie intense de type ’’anti-leucemie aigue’’
• Greffe de cellules souches hématopoïétiques
SMP – PH1 NEGATIFS
POLYGLOBULIE PRIMITIVE
MALADIE DE VAQUEZ (POLYCYTEMIA VERA)
GENERALITES
• La prolifération prédomine sur le lignée érythrocytaire
• Pathologie rare, l’incidence est d’environ 2/100 000 habts
• L’âge moyen au début du diagnostic est de 60 ans.
• Rare avant 40 ans, exceptionnelle chez l’enfant, (sex-ratio 1, 2)
• Diagnostic : mise en évidence de la mutation Jak2
PHYSIOPATHOLOGIE
MUTATION ACQUISE, D’UN GÈNE DU CHR 9 CODANT POUR JAK2
• Jak2 = tyrosine kinase associée au récepteur de I'érythropoïétine
CONSÉQUENCES MOLÉCULAIRES
Hyperactivité érythroblastique même en absence d’EPO
Hypersensibilité à l’EPO et autres facteurs de croissance
Prolifération et survie prolongée des cellules hématopoïétiques
Transduction de signal de JAK 2 en réponse à l’érythropoïétine
DIAGNOSTIC POSITIF
CIRCONSTANCES DE DECOUVERTE :
• Début insidieux et progressif
• Découverte souvent fortuite sur une NFS
• Bilan en raison de signes liés à l’hyperviscosité sanguine
• Rarement lors d’un accident aigu
DIAGNOSTIC POSITIF
SIGNES CLINIQUES
SIGNES FONCTIONNELS
• Signes neurosensoriels : Céphalées, vertiges, bourdonnement
• Hémorragies muqueuses : épistaxis, gingivorragies
• Prurit à l’eau tiède ou chaude
• Douleurs des extrémités surtout aux pieds
DIAGNOSTIC POSITIF
SIGNES CLINIQUES
SIGNES PHYSIQUES
• Erythrose (coloration rose pourpre ) cutanée et muqueuse
• Splénomégalie souvent modérée
• Hépatomégalie : rarement
• HTA (augmentation du débit cardiaque)
• Altération de l ‘état général (lié a l’hypercatabolisme)
ERYTHROSE CUTANEO MUQUEUSE
DIAGNOSTIC POSITIF
SIGNES BIOLOGIQUES
NUMERATION FORMULE SANGUINE :
• HB > 16,5 g/dl chez l’H
> 16 g/l chez la F
• HT > 49 % chez l’H
> 48 % chez la F
• Hyperleucocytose et thrombocytose fréquentes
DIAGNOSTIC POSITIF
SIGNES BIOLOGIQUES
NUMERATION FORMULE SANGUIN (AU FROTTIS SANGUIN)
• Globules rouges de morphologie normal
• Mégathrombocytes fréquents
• Polynucléose neutrophile
• Myélèmie absente ou discrète
DIAGNOSTIC POSITIF
SIGNES BIOLOGIQUES
MYÉLOGRAMME :
• Hypercellularité des lignées myéloïdes, parfois dystrophiques
• Il a peu d'intérêt pour le diagnostic
BIOPSIE OSTÉO-MÉDULLAIRE :
• Hyperplasie érythroblastique, mégacaryocytaire, + granulocytaire
• Parfois densification du réseau réticulinique sans myélofibrose
DIAGNOSTIC POSITIF
SIGNES BIOLOGIQUES
CULTURES DES PROGENITEURS ERYTHROBLASTIQUES :
Prolifération spontanée de colonies érythroblastiques
à partir d’un prélèvement médullaire cultivé sur milieu
contenant du sérum sans adjonction d'EPO
BIOLOGIE MOLECULAIRE :
Mise en évidence de la mutation JAK2 dans 90% des cas
Sur les prélèvements sanguins ou médullaires
DIAGNOSTIC POSITIF
AUTRES SIGNES BIOLOGIQUES :
• Taux d’EPO plasmatique : normale ou abaissée
• Vitesse de sédimentation basse ou quasi nulle
• Gaz du sang artériel : SaO2 normale (> 92%).
• Viscosité sanguine : très augmentée
• PAL, LDH, uricémie, vitamine B12 augmentées
• Caryotype : déletions 20q- ; trisomies 8, 9 fréquentes
DIAGNOSTIC POSITIF
CRITERES DIAGNOSTIQUES DE LA MALADIE DE VAQUEZ (2016)
EVOLUTION
COMPLICATIONS AIGUES :
• Phénomènes thromboemboliques : artériels ou veineux
• Accidents hémorragiques souvent provoqués (+++)
• Crise de goutte par hyper-uricémie
COMPLICATIONS CHRONIQUES :
• Polyglobulie dépassée : baisse Hte + augmentation de la rate
• Métaplasie myéloïde : pancytopénie + myélofibrose
• Leucémie aiguë : transformation en leucémie aigue myéloïde
TRAITEMENT
BUTS : hématocrite (< 45%), éviter les complications
MOYENS
• Saignées : 2fois/sem puis baisser la fréquence.
• Aspirine à dose antiagrégant plaquettaire
• Hydroxyurée
• Interferon alpha
• Inhibiteur de Jak2 (Ruxolitinib)
SPLENOMEGALIE MYELOIDE
Prolifération essentiellement granuleuse et mégacarocytaire avec
métaplasie myéloïde de la rate + du foie et une myélofibrose
SIGNES CLINIQUES :
• Splénomégalie volumineuse
• Hépatomégalie
• Syndrome anémique
• Syndrome hémorragique
SPLENOMEGALIE MYELOIDE
SIGNES BIOLOGIQUES
• Hémogramme : hyperleucocytose, érythro-myélémie, dacryocytes
• Myélogramme : os très dur, moelle pauvre, dystrophie cellulaires
• BOM : fibrose réticulinique ou collagène voire osteomyelosclérose
• Biologie moléculaire (PCR) : mutation Jak2 dans 50% des cas
MYÉLOFIBROSE PRIMITIVE
CRITERES DIAGNOSTIQUES DE LA MYELOFIBROSE PRECOCE
MYÉLOFIBROSE PRIMITIVE
CRITERERES DIAGNOSTIQUES DE LA MYELOFIBROSE AVEREE
• Mêmes critères que la MF précoce auxquels on ajoute :
- Apparition de fibrose reticulinique ou collagène dans les S. majeurs
- Apparition d’erythroblastes sanguins dans les signes mineurs
MYÉLOFIBROSE PRIMITIVE
TRAITEMENT
• Réduction de la myéloprolifération
- Hydroxyurée : réduction de la splénomégalie
- Greffe allogénique de progéniteurs : curative
• Amélioration des cytopénies
- Transfusion parfois nécessaires, EPO Rh
- Splénectomie: hypersplénisme et échec traitement médical
- radiothérapie splénique discutable si chirurgie contre-indiquée
THROMBOCYTEMIE ESSENTIELLE
• Prolifération clonale maligne d’une cellule souche hématopoïétique
prédominant sur la lignée mégacaryocytaire
• Manifestations thrombotiques : thrombose et ischémie
• Manifestations hémorragiques par thrombopathie
• Thrombocytose permanente > 450G/L sur plusieurs mois
• Plaquettes dystrophiques, micro-mégacaryocytes circulants
• Mutation Jak2 retrouvée dans 30 à 50 % des cas
THROMBOCYTEMIE ESSENTIELLE
• CRITERES DIAGNOSTIQUES DE LA THROMBOCYTEMIE ESSENTIELLE
THROMBOCYTEMIE ESSENTIELLE
TRAITEMENT
But :
• éviter les complications vasculaires
• Réduire le taux de plaquettes
Moyens
• Cytoréducteurs : Hydroxyurée
• Interferon alpha
• Anagrélide
• Antiagrégants plaquettaires
AUTRES SMP – PH1 NEGATIFS
• Leucémie chronique à neutrophiles
• Leucémie chronique à éosinophile
• Les mastocytoses
CONCLUSION
• SMP constituent groupe hétérogène de pathologies malignes
Prise en charge doit être pluridisciplinaire en milieu spécialisé
• Diagnostic est évoqué sur la base de signes clinico-cytologiques
• L’objectif est de pouvoir référer les patients le plus vite possible
afin de leur offrir de meilleures chances de survie et rémission