Amunet
Amunet
Illustration de l’auteur
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
Licence : Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)
Autoéditeur : carioulibrairie.wordpress.com
Publication : 2024 | première édition
Du même auteur :
1. Scythia : L'étonnante Histoire de l'antique Irlande
2. Brittia : L’Histoire méconnue des Bretons
3. Keltia : L’étrange Histoire des Celtes
4. Nâga : L'Histoire de la population nâga
5. Maya : L’Histoire de la population maya
6. Luzia : L’Histoire ancienne du Nouveau Continent
7. Gaia : La Préhistoire revisitée
8. Koya : Les indices de la "génohistoire"
9. Sela : Des témoignages historiques surréels
10. Troia : L’Histoire de la Nouvelle-Troie
11. India : Les origines de l’Inde
12. Namaka : Les origines des peuples antiques
13. Europa : Les origines des Européens
14. Brittia II : Du Kalimantan à la Bretagne
15. NRYN : L’origine inconnue de notre humanité
16. Scythia: The Amazing Origins of Ancient Ireland
17. Ibéria : L’énigme proto-ibère
18. Furia : Les deux guerres mondiales décodées
19. Tè Ra : Quand l’Histoire dépasse la fiction
20. Origins of the Celts (sous le pseudonyme Cryfris Llydaweg)
21. Futuria : Le futur proche décodé
22. Edda : Le "space opera" norrois
23. Atlantia : L'énigme proto-atlante
24. Nysa : La première conquête
25. Druidéa : Des origines insolites de la culture celte
26. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
Autres essais :
o Napoléon B. L'interview
o de Mirepoix. L’interview
o Europe antique. Un glossaire
o Ancient Europe. A glossary
o Leabar Gabala. La suite
o J. Churchward. Un glossaire
o Anna Vreizh. L’interview
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
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Introduction
Cet essai tente d’élucider une citation de Philostrate d’Athènes (175-245) de son
ouvrage Vie d’Apollonios de Tyane. Nous la reproduisons dans sa forme
francophone, extraite de la traduction d’Alexis Chassang parue en 1862.
Auparavant, on peut préciser le contexte : Philostrate (alias Apollonios), grand
voyageur à son époque, s’adresse à des sages d’Égypte.
Vous avez autrefois encouragé Pythagore dans cette philosophie,
alors que vous approuviez la sagesse des Indiens, car vous êtes
Indiens d’origine : mais rougissant du motif pour lequel vous êtes
venus ici, par suite de la colère de la terre, vous avez voulu passer
pour autre chose que pour des Éthiopiens venus de l’Inde, et vous
avez tout fait pour arriver à ce but. Tous avez commencé par
rejeter les vêtements indiens, comme si avec l’habillement vous
quittiez le nom d’Éthiopiens ; vous êtes convenus d’honorer les
Dieux plutôt d’après les rites égyptiens que d’après les vôtres,
vous avez mal parlé des Indiens, comme si vous-mêmes vous
n’étiez pas suspects comme venant du pays dont vous critiquiez
les Sages.
En résumé, Philostrate sermonne des sages de l’Égypte à propos de leur
entêtement à masquer leurs origines. Cet essai tentera donc d’identifier ce qu’il
savait à ce sujet.
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Archéologie
Entre 100 000 ans avant notre ère et la première dynastie égyptienne, on résume
ce que sait l’archéologie. Elle atteste l’existence de campements sur une rive
soudanaise du lac Nasser (partagé actuellement entre le Soudan et l’Égypte). Elle
confirme l’existence, 70 000 ans plus tard, d’un humain moderne sur le sol
égyptien. Elle constate l’existence de l’agriculture dès le treizième millénaire en
Haute-Égypte (le sud du pays), en amont des cataractes du Nil.
De son côté, la géologie confirme un processus de désertification et l’archéologie
atteste une sédentarisation induite autour du Nil. Ensuite, elle confirme l’existence
de deux cultures en Haute-Égypte, Badari au nord et Nagada au sud,
annonciatrices d’un État. Enfin, sur le site de Maadi en Basse-Égypte (sous le delta
du Nil), elle note l’existence (à la même époque) d’une société plus agraire et moins
artisanale.
Plusieurs éléments nous interpellent. Entre 6200 et 3800, on ne dispose d’aucune
preuve de société agricole en Basse-Égypte. À ce sujet, des prêtres égyptiens
affirmaient à Hérodote qu’au nord de la région de Thèbes, le pays resta un marais
jusqu’à l’avènement du premier souverain du pays.
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Dans un autre registre, plus on s’éloigne de la Méditerranée et plus on se rapproche
de la mer Rouge, plus on constate que les sociétés humaines évoluent mieux. À ce
sujet, un catalan, Henry Heras (1888-1950), devint jésuite en 1904 et émigra en
Inde en 1922. Il y enseigna l’histoire aux facultés universitaires de Saint-Xavier de
Bombay. On cite l’article de Wikipédia sur le personnage.
Un ouvrage volumineux publié en 1953 — son magnum opus —
suggère et discute les solutions à trois problèmes : le
déchiffrement de l’écriture d’Harappa, la relation entre les
cultures de la vallée de l’Indus et Sumer, l’Égypte ancienne et la
Méditerranée, et la question de l’origine raciale de la population
de la vallée de l’Indus, qu’il considère comme prédravidienne.
C’est son Studies in Proto-Indo-Mediterranean Culture.
On résume sa théorie. Des Dravidiens de l’Inde du Sud colonisent le territoire
actuel du Yémen vers 4500 avant notre ère. Ensuite, des descendants de ces colons
remontent la mer Rouge et débarquent sur le site égyptien actuel d’Al-Qusair. Puis,
d’autres descendants traverseront le désert actuel d’Ouadi Hammamat jusqu’au
site actuel de Coptos. On cite l’article de Wikipédia sur cette cité.
Coptos est la capitale du 5e nome de Haute-Égypte, le nome « des
Deux Divinités (ou Faucons) » (Hrwy). Elle est située sur la rive
droite du Nil, juste en face de l’ancienne ville de Nagada, dans
le gouvernorat de Qena, à environ 40 km de Thèbes, au bord de
la piste qui conduit à l’Ouadi Hammamat.
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Égyptologie
E. A. Wallis Budge | The Illustrated London News | 1920 | Domaine public
De nos jours, l’égyptologie soupçonne l’existence d’une connexion entre Sumer et
l’Égypte pendant la naissance de l’État égyptien. Cela date au moins des travaux
d’Ernest Alfred Thompson Wallis Budge (1857-1934), égyptologue et orientaliste
anglais. Il présenta sa théorie dans le volume 1 de son ouvrage A history of Egypt :
from the end of the Neolithic period to the death of Cleopatra VII, B.C. 30.
On peut la résumer. Les tombeaux les plus anciens (vers -4000) de la région de
Thèbes ne portent aucune inscription. Il soupçonne donc que les constructeurs
ignoraient l’écriture. Puis, deux siècles plus tard environ, les tombeaux foisonnent
d’idéogrammes. Il questionne une évolution aussi rapide et propose un apport
extérieur. Or, à son époque, personne n’envisage une connexion entre le Yémen et
la Haute-Égypte, par la mer Rouge. Par conséquent, il propose que des colons
égyptiens installés près de l’Euphrate (et voisins des Chaldéens) importèrent des
éléments de l’écriture sumérienne (limitée également aux idéogrammes dans un
premier temps).
Les thèses du catalan Heras et de l’anglais Wallis Budge ne s’excluent pas car deux
apports restent possibles : celui de colons yéménites d’origine dravidienne et celui
d’expatriés égyptiens rentrés au pays.
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Hérodote
Papyrus d'Oxyrhynque | Fragment du livre VIII de Histoires | Hérodote
On ne présente plus Hérodote, le « père » de l’Histoire. Dans le cas des origines de
l’Égypte, peut-il nous aider ?
Si l’on considère le Livre II de son ouvrage Histoires, les prêtres égyptiens qu’il
rencontre semblent ignorer les origines de leur population. Malgré cela, il souligne
qu’avant la 26e dynastie (de -680 à -526), les Égyptiens revendiquaient la plus
grande ancienneté dans le monde connu (avant de devenir plus raisonnables).
À l’époque d’Hérodote, ils affirmaient avoir inventé l’année à douze mois. Ils
restaient persuadés qu’un océan entourait la « terre » (les continents). Par contre,
aucun Égyptien ne se flattait de connaître les sources du Nil. Des prêtres lui
précisèrent que 240 000 compatriotes (tous « gens de guerre ») migrèrent en
Éthiopie durant la 26e dynastie. À l’époque, les Égyptiens nommaient ces colons :
les Asmach (ou Automoles en grec).
Les Égyptiens conservaient d’étranges coutumes. Un bœuf « monde » dit « pur »
ne pouvait être sacrifié sous peine de mort. Certains considéraient les crocodiles
comme des animaux sacrés pendant que d’autres les chassaient.
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Les panthéons variaient d’une région à l’autre mais les Égyptiens s’accordaient sur
un culte : celui d’Isis et d’Osiris. Le voyage d’Hérodote précéda la colonisation de
la Basse-Égypte par les généraux d’Alexandre le Grand. Il s’étonne donc qu’une
majorité des Égyptiens vénère la majorité des dieux du panthéon grec (et ce depuis
des lustres). Par contre, concernant Poséidon (Neptune), l’Égypte l’emprunta aux
voisins libyens.
Hérodote souligne aussi la similitude entre l’oracle de Dodone (Épire, Grèce) et
celui de Thèbes (Haute-Égypte) : assemblée publique, procession, manière
d’approcher la divinité, etc. Non sans raison, il déduit que les Grecs n’inventèrent
pas grand-chose dans le domaine religieux. On peut rappeler l’origine carienne
d’Hérodote. Enfin, il souligne que les Égyptiens ne s’intéressaient pas aux
coutumes des pays voisins.
Hérodote décrit une population qui vit en vase clos depuis des lustres. Un
problème persiste : l’ignorance des Égyptiens sur leurs origines contraste avec le
souci des populations de l’Antiquité d’honorer des ancêtres fondateurs. Certes, la
longueur du Nil peut justifier l’absence de mémoire commune mais même les
régions ne se souciaient pas de leurs origines.
On termine par une anecdote savoureuse racontée par des prêtres égyptiens à
Hérodote. Elle concerne la guerre de… Troie. On rappelle le contexte : le souverain
de Sparte (Grèce) invite un prince troyen. En guise de remerciement, ce dernier
quitte Sparte en catimini avec la femme légitime de son hôte.
Les prêtres soutiennent que le prince ne se contenta pas de l’épouse : il emporta
une bonne partie des métaux précieux du souverain grec. Ils ajoutent que des vents
contraires obligèrent les équipages du prince à accoster sur un rivage… égyptien.
Ensuite, le pharaon questionna le Troyen. Ce dernier se défendit mal et son hôte
conserva l’épouse et les biens dans le but de les restituer.
Le prince regagne Troie les mains vides. La flotte militaire gréco-crétoise débarque
sur les rivages du territoire troyen. Les prêtres égyptiens soutiennent qu’un
conciliabule entre dirigeants gréco-crétois et troyens précéda les combats. Ces
derniers y informèrent les premiers que le pharaon conservait l’épouse et les biens
en vue de leur restitution.
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Les Gréco-Crétois n’en croient pas un mot. Furieux, ils engagent les combats. Lors
du sac de Troie, Hélène reste introuvable. Par conséquent, le souverain de Sparte
prend la direction de l’Égypte. Le pharaon lui restitue son épouse (en très bonne
santé) et ses biens. Avant de quitter le pays, le Grec sacrifie deux enfants égyptiens
(aux dieux de la mer ?) et déclenche la colère du pharaon. Finalement, les
équipages grecs pourront rentrer chez eux.
Hérodote se demande pourquoi le récit d’Homère diffère à ce point-là. On peut
l’aider : si la version égyptienne s’avère la bonne, elle ne flatte pas des dirigeants
gréco-crétois de l’époque.
Pour le reste, pourquoi le couple fuit-il Sparte avec une tonne de métaux précieux ?
Le prince ne peut plus retourner à Troie car cela déclencherait une guerre. Il
planifie donc de s’installer ailleurs. Où ? Homère mentionne un voyage du prince
à Sidon (Phénicie). Hérodote trouve étrange qu’Homère associe l’épouse en fuite à
ce voyage car selon les deux versions, homérique ou égyptienne, ce voyage du
couple relève de l’impossible. Il déduit donc que l’auteur de l’Iliade savait.
Hérodote finira par demander aux prêtres leur source d’information. Le souverain
grec lui-même témoigna lors de son séjour en Égypte. Le héros Achille devrait donc
sa légende à une méprise.
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Strabon
Statue de Strabon dans sa ville natale (aujourd'hui Amasya, Turquie) | Photo : Erturac |
Licence : CC BY-SA 3.0
Doit-on encore présenter Strabon (-60/20), géographe et historien grec ? On cite
l’article de Wikipédia sur le personnage.
Son voyage en Égypte et plus précisément sur le Nil s’est fait en
compagnie d’Aelius Gallus, préfet romain qui fut un de ses
grands amis. Il n’est cependant jamais allé en Gaule ni en
Hispanie, qu’il ne connaît que par d’autres sources.
Quelques siècles avant lui, Hérodote rapporta l’existence de colons égyptiens en
Éthiopie. Strabon le confirme (dans le Livre 17 de son ouvrage Géographie) en
ajoutant qu’on les nomme (désormais ?) les Sembrites et qu’une femme les
gouverne. Cependant, cette dernière prête allégeance au souverain de Méroé, cité
de Nubie et capitale du royaume de Koush. On cite l’article de Wikipédia sur ce
dernier.
Le royaume de Koush est l’appellation que les Égyptiens antiques
ont donnée au royaume qui s’établit au sud de leur pays dès
l’Ancien Empire. Ce royaume a eu une longévité peu commune,
et trouve ses origines dans les cultures néolithiques qui se sont
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développées dans le couloir nilotique du Soudan actuel et de la
Nubie égyptienne. On a longtemps considéré cette culture à
l’aune de la civilisation égyptienne, et, de ce fait, peu d’études ont
été faites à son sujet, la reléguant alors soit au stade d’une
principauté dépendante du royaume des pharaons, soit à celui
d’un avatar de cette civilisation, ne lui reconnaissant donc
aucune spécificité.
Les Nubiens de l’Antiquité se déclinaient notamment en Ethiopiens Nubéens.
L’Éthiopie antique ne se limitait donc pas à une population nubienne. Cet indice
nous incite à aborder la génétique des populations de l’Éthiopie.
La génétique des populations (GDP) est l’étude de la distribution
et des changements de la fréquence des versions d’un gène
(allèles) dans les populations d’êtres vivants, sous l’influence des
« pressions évolutives » (sélection naturelle, dérive génétique,
recombinaison, mutation, et migration).
Notre chromosome Y se décline en une vingtaine de branches majeures dites
haplogroupes. Chacune se décline en sous-haplogroupes et en clades. La majorité
des analyses de l’archéologie ou de la démographie porte sur ce chromosome. Le
public connaît cette approche sous le nom « test ADN » (dans le domaine
généalogique notamment).
Pour commencer, l’étude 10.1086/338 306 (liée à une classification internationale
des études) nous apprend que des Éthiopiens et les Khoisans (Afrique australe)
partagent les clades les plus « profonds » (haplogroupe dit A) dans la phylogénie
du chromosome Y. En résumé, on parle des doyens de notre humanité.
Cela dit, l’Éthiopie abrite d’autres groupes. Un article anglophone de Wikipédia
compile le résultat de l’étude 10.1007/s00439-004-1202-y (242 personnes
testées). On y trouve les haplogroupes A (17,8 %), B (0,8), E1b1b (48,8), E2 (0,4),
J (26,9) et T (3,7).
Le groupe B domine dans des forêts tropicales d’Afrique centrale. L’E1b1b reste
principalement distribué en Afrique du Nord et dans la Corne de l’Afrique. L’E2
(ou E-M75) domine au sein de populations pastorales du Kenya. Le J se distingue
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en Asie de l’Ouest et la majorité des locuteurs sémitiques d’Asie le portent. Enfin,
la distribution du T sur Terre devient intéressante. On cite l’article de Wikipédia
sur ce groupe.
L’haplogroupe T1 (M70, M184, M193, M272) est trouvé à une
petite majorité chez les indigènes Kurukh, Bauris & Lodha en
Inde ; et une forte minorité de Rajus et Mahli en Inde, Somalis,
Sud Égyptiens et Foulbé en Afrique, Chians (Grèce), Allemands
Stilfser/Tyroliens, Saccensi/Siciliens, Eivissencs et Juifs du
Nord-Est du Portugal en Europe, Zoroastriens, Bakhtiaris au
Moyen-Orient, et les Xibes en Extrême-Orient.
Cette distribution ne permet pas d’identifier l’origine géographique du groupe
mais les populations à « petite majorité » se trouvent en Inde et en Somalie et en
particulier, chez les locuteurs du kurukh, une langue dravidienne. D’une façon
générale, on parle de populations sédentarisées depuis des lustres. Par conséquent,
ce groupe demeure une énigme. On peut proposer une solution : son activité
migratoire remonte essentiellement à la protohistoire.
Strabon nous apprend que les Égyptiens se « partagent » en trois classes : les
militaires, les cultivateurs et les prêtres. Les deux premières contribuaient au train
de vie du souverain. Il précise également que lors sa première « division », le
territoire égyptien comptait trente-six « nomes » : dix pour la Thébaïde (région de
Thèbes), dix pour le Delta du Nil et seize pour la région « intermédiaire ».
On peut préciser que les Indo-Européens (dont les populations gauloises)
pratiquaient des systèmes à trois classes dans lesquels les militaires et les prêtres
squattaient toujours deux d’entre elles. L’Inde, elle, adopta un système à cinq
« varnas » : les prêtres, les militaires, les marchands, les « shudras » (au service
des trois premières) et les « Intouchables » (les exclus de la société).
On cite désormais Strabon.
Hypsicrate raconte encore comment Bogus, roi de Maurusie, à la
suite d’une expédition heureuse contre les Éthiopiens
occidentaux, envoya à sa femme en présent des cannes
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semblables à celles que produit l’Inde, mais tellement grosses que
chaque nœud pouvait avoir la capacité de huit cheenices.
La Maurusie réfère à la Maurétanie antique, un territoire berbère au nord du
Maroc actuel. Elle compta plusieurs souverains dont Bocchus. Enfin, Hypsicratès,
un historien grec, vécut à Rome à l’époque de Strabon. Par « cannes », on doit
entendre des roseaux et le cheenice (chénice) équivalait à 1,08 litre.
L’archéologie sait déjà que l’Égypte et l’Inde commerçaient après le « raid »
d’Alexandre le Grand dans la vallée de l’Indus. Même si ce Bogus (Bocchus)
demeure un souverain postérieur à Alexandre, Hypsicratès nous informe sur des
cultures agricoles communes entre le sous-continent indien et la Corne de
l’Afrique. Il reste une question : depuis quand ?
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Diodore
Pyramides des souverains koushites à Méroé | Photo : Wufei07 | Domaine public
On cite l’article de Wikipédia sur le personnage.
Diodore de Sicile (Diódôros Sikeliôtès) est un historien grec du
premier siècle av. J.-C., contemporain de Jules César et
d’Auguste. Il est l’auteur de la Bibliothèque historique, une
monumentale histoire universelle.
Sa Bibliothèque peut-elle nous aider sur les origines de l’Égypte ? Dans le Livre 1,
il nous apprend que les Égyptiens se vantaient d’avoir envoyé des colonies par
toute la « Terre ». Il ajoute que le héros Belus, originaire de Libye (frontalière de
l’Égypte antique), occupa Babylone et en profita pour instituer des « prêtres » sur
le modèle égyptien. Ce nouveau clergé babylonien restait également exempté
d’impôt. Ils se nommeront entre eux les… Chaldéens.
L’archéologie connaît un Bélus (souverain assyrien du 14e siècle avant notre ère).
La mythologie grecque propose deux candidats : Bélos (un souverain africain) et
un homonyme qui régna à Tyr (Phénicie). Diodore parle donc du Bélos africain.
Ensuite, il évoque Cambyse, fils de Méroé (et donc de Cambyse II), qui
contrairement à son grand-père et son père mit la main sur le royaume de Koush.
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Selon Diodore, ce conquérant perse bâtit une « ville fameuse » qui devint la
capitale. Il la baptisa du nom de sa mère : Méroé. On peut rappeler que son père
plaça l’Égypte sous le joug de la Perse en 525 avant notre ère. Cette conquête
annonça le déclin de l’Égypte pharaonique. Pour l’instant, l’archéologie ignore
l’existence de ce « Cambyse III » qui ne règnera pas sur l’Égypte après la mort de
son père.
On cite à nouveau Diodore.
Osiris étant arrivé aux confins de l’Éthiopie fit border le Nil de
part et d’autre de puissantes digues, afin que dans ses crues il ne
ravageât plus les campagnes et qu’il ne s’étendit pour les arroser
dans le besoin qu’à proportion qu’on ouvrirait les écluses qu’il
avait fait faire avec beaucoup d’art. Il traversa ensuite l’Arabie
le long de la mer Rouge et continua sa route jusqu’aux Indes et
aux extrémités de la terre. Il bâtit dans les Indes de grandes villes
et entre autres Nysa, à laquelle il donna ce nom en mémoire de
la ville d’Égypte où il était né. C’est là qu’il planta le lierre qui
n’est demeuré et qui ne croît encore aujourd’hui dans les Indes
qu’aux environs de cette ville.
Diodore décrit un dieu égyptien, Osiris, comme un globe-trotter qui fonda des
villes en Inde. Cela entame la crédibilité (un doux euphémisme) de son discours.
Cela dit, notre essai Nysa explique pourquoi l’archéologie s’intéressera tôt ou tard
à cette affirmation.
Pour ceux qui souhaitent éviter la lecture d’un second essai, on tente de résumer.
De nos jours, des personnes portent le nom Dieu ou le prénom Jésus. Diodore
présente un personnage qui porte le nom d’une divinité. Ensuite, l’auteur accède à
des sources dans lesquelles Indes et Asie peuvent s’avérer synonymes.
L’archéologie connaît la cité antique de Nysa en Anatolie (Turquie actuelle).
Strabon la connaissait sous le nom d’Athymbra. Cette dernière vénérait le dieu grec
Dionysos. Or, Diodore précise que (son) Osiris et Dionysos se confondent et
souligne ainsi la naïveté de ses contemporains.
On propose trois autres citations peu banales de Diodore.
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On dit que dans les commencements, les Égyptiens ne vivaient
que d’herbes, mangeant des choux ou des racines qu’ils
trouvaient dans les marais, sans autre principe de discernement
que le goût qu’ils y trouvaient.
Hérodote s’étonnait déjà de la thèse du « marais » des prêtres égyptiens et ce, des
siècles avant la naissance de Diodore.
On dit en Égypte que le premier successeur des dieux a été Ménès
et que c’est lui qui a enseigné aux hommes à les adorer et à leur
faire des sacrifices. Mais d’ailleurs il introduisit les tables, les lits,
les étoffes précieuses, en un mot, tous les instruments du luxe et
de la volupté.
On ne peut prendre le terme « dieux » au premier degré car Diodore passe son
temps à les démystifier. Il sous-entend l’existence d’une dynastie qui précéda la
« première », celle de Ménès. Pour l’instant, l’archéologie ne peut valider une telle
affirmation.
On finit par une citation sur Sésostris, le fils du fondateur de la 12e dynastie
égyptienne (de -1991 à -1780).
Il se rendit maître par leur moyen de toutes les provinces
maritimes & de toutes les îles de la mer Rouge jusqu’aux Indes,
pendant que lui-même conduisant l’armée de terre subjugua
toute l’Asie, car non seulement il parcourut tous les lieux où
Alexandre a porté depuis ses conquêtes, mais il pénétra même
jusqu’en des pays où le roi de Macédoine n’est jamais entré. En
effet, Sésostris passa le Gange et traversant toutes les Indes, il
parvint jusqu’à l’océan oriental, d’où revenant par le
Septentrion, il conquit toute la Scythie jusqu’au fleuve Tanaïs
qui sépare l’Asie d’avec l’Europe.
Diodore ne peut connaître le futur nom de « l’océan oriental » : le Pacifique.
L’archéologie pourrait valider des mouvements militaires de Sésostris au Proche-
Orient mais pas en Extrême-Orient (…). Pour revenir à Diodore, cette fois, il accède
à une source qui distingue les Indes et l’Asie. Pour l’instant, cela reste impensable
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qu’un souverain égyptien puisse surpasser Alexandre le Grand quinze siècles plus
tôt.
Sésostris régna 34 ans. Pourquoi propose-t-il à son fils de devenir corégent en
l’an 20 de son règne ? De plus, il invente ce concept de « corégence ». Pourquoi
inaugure-t-il une nouvelle façon de gouverner ? Pour l’instant, l’archéologie doit se
contenter de sa capacité à mobiliser 18 000 hommes dans l’Ouadi Hammamat
(entre Thèbes et la mer Rouge). Pourquoi les mobilise-t-il en l’an 38 (?) de son
règne qui dura… 34 ans ? Pourquoi les dirigent-ils vers un port de la mer Rouge ?
En tout cas, Diodore soutient que son périple démarra par des îles de cette mer.
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Scythie
Territoire scythe dans la steppe pontique | Auteur : Antiquistik | GNU Free
Documentation License 1.2
Selon Diodore, un pharaon mit donc les pieds en Scythie. Cette dernière comptait
plusieurs populations et certaines se réclamaient de Scythès, fils d’Échidna, elle-
même fille de Phanès selon un courant religieux de la Grèce antique : l’orphisme.
On cite l’article de Wikipédia consacré au personnage.
Dans la mythologie grecque, Phanès est, selon la théogonie
orphique, le dieu primordial de la création. Il est étroitement lié
aux divinités de Protogonos et Èrikèpaios, ainsi qu’à celle d’Éros.
Phanès est né de l’œuf primordial créé par Nyx seule, brisé en
deux par Chronos et sa femme Ananké. Une fois l’œuf brisé, la
partie du dessous devient la terre et celle du dessus le ciel.
Ce courant religieux qui défend l’idée d’un dieu créateur né dans un « œuf
primordial » pourrait remonter à l’an 560 avant notre ère. On cite un article au
sujet de cet œuf.
L’œuf cosmique ou œuf du monde est un concept symbolique
utilisé pour expliquer, selon de nombreuses cultures et
civilisations, l’apparition du monde.
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À ce jour, la plus ancienne mention connue de cet œuf se trouve dans le Rig Veda
(RV 10 121, entre le 15e et le 9e siècle avant notre ère) sous les noms fœtus, œuf ou
matrice. Enfin, ce texte de l’Inde antique utilise l’adjectif « doré » et non
« primordial » ou « cosmique ».
La tradition grecque décrit Échidna, la mère de Scythès, comme une « femme-
serpent ». On cite un article anglophone (suivi d’une traduction libre) de Wikipédia
sur un sujet similaire.
In various Asian religious traditions, the Nagas are a divine, or
semi-divine, race of half-human, half-serpent beings that reside
in the netherworld (Patala), and can occasionally take human or
part-human form, or are so depicted in art. A female naga is
called a Nagi, or a Nagini. Their descendents are known as
Nagavanshi. According to legend, they are the children of the
sage Kashyapa and Kadru. Rituals devoted to these supernatural
beings have been taking place throughout South Asia for at least
2,000 years. They are principally depicted in three forms: as
entirely human with snakes on the heads and necks, as common
serpents, or as half-human, half-snake beings in Hinduism,
Buddhism, Sikhism and Jainism.
Dans diverses traditions religieuses asiatiques, les Nagas sont
une race divine ou semi-divine d’êtres mi-humains, mi-serpents
qui résident dans le monde souterrain (Patala), et peuvent
occasionnellement prendre une forme humaine ou partiellement
humaine, ou sont ainsi représentés dans l’art. Une femelle naga
est appelée Nagi ou Nagini. Leurs descendants sont connus sous
le nom de Nagavanshi. Selon la légende, ils sont les enfants du
sage Kashyapa et de Kadru. Des rituels consacrés à ces êtres
surnaturels ont lieu dans toute l’Asie du Sud depuis au moins
2 000 ans. Ils sont principalement représentés sous trois formes :
entièrement humains avec des serpents sur la tête et le cou,
comme de simples serpents, ou comme des êtres mi-humains, mi-
serpents dans l’hindouisme, le bouddhisme, le sikhisme et le
jaïnisme.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
P a g e | 18
On cite désormais un article de Wikipédia sur la Route de la soie.
Les Sogdiens, un peuple de langue indo-européenne d’origine
scythe établi en Sogdiane, dans l’ouest de l’actuel Ouzbékistan
et les pays limitrophes, ont assuré depuis l’Antiquité, et surtout
entre les VIe et VIIIe siècles, l’essentiel du commerce des voies
d’Asie centrale entre la Chine, la Perse, l’Occident et l’Inde, et en
particulier celui de la Route de la Soie.
Dès l’Antiquité, la Scythie joua un rôle dans des échanges entre l’Extrême-Orient,
l’Inde et l’Occident. On pourrait ainsi expliquer la présence d’une « Nagini »
(femme-serpent) sur le sol scythe. On pourrait aussi expliquer la vénération d’un
« œuf » en Inde (dès le 9e siècle avant notre ère) et en Grèce (dès le 6e siècle).
On revient à l’article de Wikipédia sur l’œuf.
Selon le mythe d’Ogdoade d’Hermopolis, la Voie lactée a émergé
des eaux sous la forme d’une colline. Ra était dans un œuf déposé
sur ce monticule par un oiseau céleste. Dans une version
antérieure de ce mythe, l’oiseau est une oie. Plus tard après
l’apparition du culte de Thot, l’œuf est présenté comme étant un
cadeau donné par Thot et déposé par un ibis, l’oiseau auquel Thot
était associé.
La Scythie se contenta-t-elle d’échanges avec la Grèce ou développa-t-elle aussi des
échanges avec l’Égypte ? Notre essai Scythia démystifie un vieux texte gaélique qui
décrit des échanges entre la Scythie et l’Égypte dès le 12e siècle avant notre ère.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
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Nagada
Statuette d’une femme, période de Nagada I | Photo : Mbzt | Licence : CC BY-SA 3.0
On cite l’article de Wikipédia sur une cité perdue.
Thinis ou This (égyptien ancien : Tjeni) est le nom de la capitale
de l’Égypte antique, pendant la période thinite (3100/2700 AEC).
Thinis est toujours une cité perdue, mais est attestée par les
anciens écrits dont ceux de Manéthon de Sebennytos, qui la
désigne comme centre de la confédération thinite, fédération
tribale dont le chef, Ménès (ou Narmer) a unifié la Haute et la
Basse-Égypte et en est devenu son premier souverain.
On va donc s’intéresser au fondateur de la fédération égyptienne : Ménès le
Thinite.
Le nom égyptien de sa capitale attire l’attention : Tjeni. Nous utiliserons le lexique
VÉgA — Vocabulaire de l’Égyptien Ancien. Le Tje participe au nom de populations
et en particulier à celui d’une ancienne confédération de Libye : Tjehenu (ou
Tehenu). La distance syntaxique entre Tjehenu et Tjeni reste fine. On cite l’article
de Wikipédia sur cette confédération.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
P a g e | 20
Le nom des Tehenou est mentionné pour la première fois sur la
palette du Tribut libyen, sur laquelle est noté à l’aide d’un des
quatre premiers hiéroglyphes à figurer sur des documents
égyptiens, un ovale de sable dans lequel est fiché un bâton de jet.
À cette époque, le territoire des Tehenou s’étendait aussi loin, à
l’est, que le delta du Nil, où ils élevaient ces troupeaux
reproduits sur la stèle du Tribut libyen ;
On continue avec l’article sur la « palette ».
La palette libyenne, aussi appelée palette du tribut libyen, palette
de Tehenou, palette des villes ou palette de fondation des villes,
est une palette à fard retrouvée à Abydos datée de la période
prédynastique égyptienne de Nagada III, entre 3300 et 3100
avant notre ère, conservée au Musée égyptien du Caire sous la
référence CG 14238.
Doit-on s’étonner qu’Abydos se trouve en territoire thinite, au sein d’une des plus
anciennes cultures égyptiennes (celle de Nagada) ? Comme cette dernière demeure
antérieure à la cité de Thinis, on peut poser une hypothèse. La cité de Nagada attira
l’attention d’une confédération libyenne (déjà déployée dans le delta du Nil). Un
de ses membres fonda Thinis et comprit l’intérêt d’unifier le delta et la Haute-
Égypte.
Par contre, cela n’explique toujours pas les origines de Nagada, soit Noubet
(Nebout, Nbyt) en égyptien ancien. Le Nbt égyptien possède plusieurs étymologies.
Dans la première, nb désigne un propriétaire et le t souligne le féminin. Dans la
seconde, nbt désigne un panier. Enfin, dans la dernière, il devient synonyme d’un
métal (l’or) et désigne la cité elle-même.
Cette dernière étymologie peut suggérer une « ruée » vers l’or qui précéda la
fondation de l’Égypte. On sait que l’Égypte dynastique exploitait des mines d’or en
Nubie mais aussi dans l’Ouadi Hammamat. À ce sujet, on peut évoquer le papyrus
minier de Turin. On l’appelle parfois le papyrus des « mines d’or de Séthi Ier » (19e
dynastie).
On cite l’article de Wikipédia sur la cité de Nagada.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
P a g e | 21
Il semblerait qu’avant même la réunification des Deux Terres,
Seth, le dieu de Haute-Égypte, y aurait eu son principal culte. Le
delta du Nil voyait la triade osirienne, Isis, Osiris et Horus-le-
Jeune, prendre de l’ampleur. Assassin de son frère Osiris, Seth ne
résista pas aux époques tardives où les Égyptiens le bannirent du
panthéon, laissant place à Horus-l’Ancien (Haroëris) et Sobek.
Isis s’unit avec son frère Osiris. Or, dans la tradition mésopotamienne, Ninmah
s’unit avec son frère Enki. Nous nous intéresserons donc à un article anglophone
(suivi d’une traduction libre) de Wikipédia sur les relations entre l’Égypte et la
Mésopotamie.
There was generally a high-level of trade between Ancient Egypt
and the Near East throughout the Pre-dynastic period of Egypt,
during the Naqada II (3600–3350 BCE) and Naqada III (3350–
2950 BCE) phases. These were contemporary with the Late Uruk
(3600–3100 BCE) and Jemdet Nasr (3100–2900 BCE) periods
in Mesopotamia. The main period of cultural influence,
particularly consisting in the transfer of Mesopotamian
imagery, symbols and technology to Egypt, is considered to have
lasted about 250 years, during the Naqada II to Dynasty I
periods.
Les échanges commerciaux entre l’Égypte ancienne et le Proche-
Orient ont été généralement importants tout au long de la
période prédynastique de l’Égypte, au cours des phases
Naqada II (3600-3350 avant J.-C.) et Naqada III (3350-2950
avant J.-C.), contemporaines de la période d’Uruk tardif (3600-
3100 avant J.-C.) et de Jemdet Nasr (3100-2900 avant J.-C.) en
Mésopotamie. La principale période d’influence culturelle,
consistant notamment en un transfert de l’imagerie, des
symboles et de la technologie mésopotamienne vers l’Égypte, est
considérée comme ayant duré environ 250 ans, de la période
Naqada II à la première dynastie.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
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Nous pensons que les transferts ne se limitèrent pas à l’imagerie, la symbolique et
la « technologie » et que la mésopotamienne Ninmah devint Isis sur le sol égyptien.
Une des étymologies de Nbt, le nom égyptien de Nagada, désigne un propriétaire
au féminin. Nbt et Isis se confondent-elles ? On peut rappeler la proximité du
temple d’Abydos, principal lieu de culte d’Osiris. Selon un mythe, les prêtres de ce
temple se virent confier la garde de la tête d’Osiris, soigneusement conservée dans
un reliquaire. Cela souligne la nature anthropomorphique d’un soi-disant dieu et
cela contraste avec la tradition ultérieure de momification de dépouilles.
Il reste un mystère : l’influence sumérienne peut expliquer Nagada II et III mais
pas le I.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
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Kerala
Description | Auteur : George Tsiagalakis | Licence : CC BY-SA 4.0
Nous commençons par citer un article anglophone (suivi d’une traduction libre)
sur la côte de Malabar, incluant l’État du Kerala (Inde).
The Malabar Coast has been a major spice exporter since 3000
BCE, according to Sumerian records and it is still referred to as
the ‘Garden of Spices’ or as the ‘Spice Garden of India’. Kerala’s
spices attracted ancient Arabs, Babylonians, Assyrians and
Egyptians to the Malabar Coast in the 3rd and 2nd millennia
BCE. Phoenicians established trade with Malabar during this
period.
La côte de Malabar est un important exportateur d’épices depuis
3000 ans avant notre ère, selon les archives sumériennes, et elle
est toujours appelée le « jardin des épices » ou le « jardin des
épices de l’Inde ». Les épices du Kerala ont attiré les Arabes, les
Babyloniens, les Assyriens et les Égyptiens sur la côte de
Malabar au cours des 3e et 2e millénaires avant notre ère. Les
Phéniciens ont établi un commerce avec Malabar durant cette
période.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
P a g e | 24
Les références de cette affirmation restent peu convaincantes. Nous citons donc un
article de Wikipédia sur la cité perdue de Muziris dans le Kerala.
Les commerçants de cette ville sont connus du monde
méditerranéen depuis les Phéniciens. Elle est citée par Pline
l’Ancien qui la décrit comme le primum emporium Indiæ (plus
important port de commerce des Indes), mais la confond
probablement avec une autre ville, lorsqu’il indique que son
mouillage n’est pas bon et qu’on l’atteint par le Periplus Maris
Erythræi (tour de la mer Rouge).
Si les Phéniciens commerçaient avec le Kerala, on doute que les Mésopotamiens et
les Égyptiens se privaient de le faire.
Les locuteurs du Kerala s’expriment principalement en malayalam. Comment
désigne-t-on une mère en malayalam et en sumérien : amma et ama ? Certes, un
seul appariement relève largement du hasard même si l’on parle d’un des termes
qui résiste le mieux au changement.
On cite un article anglophone (suivi d’une traduction libre) de Wikipédia sur
l’Histoire du Kerala.
Archaeological findings include dolmens of the Neolithic era in
the Marayur area. They are locally known as ‘muniyara’,
derived from muni (hermit or sage) and ara (dolmen). Rock
engravings in the Edakkal Caves in Wayanad are thought to date
from the early to late Neolithic eras around 5000 BCE.
Les découvertes archéologiques comprennent des dolmens de
l’ère néolithique dans la région de Marayur. Ils sont connus
localement sous le nom de « muniyara », dérivé de muni (ermite
ou sage) et ara (dolmen). Les gravures rupestres des grottes
d’Edakkal, à Wayanad, dateraient du début et de la fin du
Néolithique, vers 5 000 ans avant notre ère.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
P a g e | 25
On peut noter qu’en sumérien, la racine mun ne figure pas le sage (muni) mais la
femme (munus). De plus, le terme ara ne désigne pas le dolmen mais la route (a -
rá). Pour le reste, le néolithique du Kerala rappelle celui de régions occidentales.
Un problème demeure : l’archéologie indienne ne connaît toujours pas de dynastie
protohistorique dans cette région. Or, comment peut-on commercer avec des
Phéniciens sans une organisation étatique ? Si des archéologues découvrent enfin
la cité perdue de Muziris, ils pourraient apporter une réponse.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
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Tera-Neter
Henry Heras | Auteur : India Post, Gouvernement de l'Inde | Government Open Data
License - India
On revient sur la théorie d’Henry Heras. Des Dravidiens de l’Inde du Sud
colonisent le territoire actuel du Yémen vers 4500 avant notre ère. Ensuite, des
descendants de ces colons remontent la mer Rouge et débarquent sur le site
égyptien actuel d’Al-Qusair. Puis, d’autres descendants traverseront le désert
actuel d’Ouadi Hammamat jusqu’au site actuel de Coptos (Égypte).
Nous nous intéresserons au Volume 1 de son Studies in Proto-Indo-
Mediterranean Culture. On parle d’un ouvrage de 647 pages qui cite 1014
références. Dans un premier temps, on se concentre sur le chapitre III intitulé THE
HAMITIC MIGRATIONS INTO EGYPT (page 283).
Le titre de la section I pose le décor : THE ANU IN INDIA. On peut rappeler qu’Anu
resta le dieu suprême du panthéon sumérien. L’auteur précise que les Anu
formaient une des tribus de locuteurs de langues indo-aryennes. On cite l’article
de Wikipédia sur le sujet.
Les langues indo-aryennes constituent une branche des langues
indo-iraniennes, qui font elles-mêmes partie de la famille des
langues indo-européennes. Elles sont essentiellement parlées en
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
P a g e | 27
Asie du Sud : dans les deux tiers nord de l’Inde, au Pakistan, dans
le nord-est de l’Afghanistan, au Bangladesh, au Népal, au Sri
Lanka, aux Maldives.
Cependant, Heras précise qu’un débat existe en Inde sur l’étymologie du nom Anu
car son origine dravidienne peut largement être défendue. À ce sujet, il rappelle
que des tribus indo-aryennes subirent des influences dravidiennes. Il ajoute que
des Proto-Dravidiens pratiquaient déjà le monothéisme et que l’unique dieu
s’appelait An. Il s’appuie sur son interprétation d’inscriptions sur le site de
Mohenjo-daro, une cité importante de l’Inde protohistorique (située actuellement
au Pakistan). Il publia cette interprétation dans un fascicule intitulé The Religion
of the Mohenjo Daro People recording to the Inscriptions (non trouvé sur le web).
De son point de vue, les Anu désignaient les adorateurs d’An.
Dans son ouvrage Primitive art in Egypt (page 257), Jean Capart (1877-1947,
considéré comme le père de l’égyptologie belge), réfère à une interprétation de
l’égyptologue William Matthew Flinders Petrie (1853-1942). Elle porte sur des
stèles funéraires royales de la première dynastie à Abydos. Selon lui, elles décrivent
des Anu, un peuple « aborigène » en Égypte. Leur chef, Tera-Neter (« dévoué à
Dieu ») réside dans une « forteresse » au sein de la cité de Hemen. On cite
l’article de Wikipédia sur le Hemen connu de l’égyptologie.
Hemen est un dieu guerrier très ancien de la mythologie
égyptienne, originaire de Haute-Égypte. Il combat les forces du
chaos en transperçant de sa lance un hippopotame (représentant
des forces du mal). C’est un dieu local en rapport avec l’au-delà.
Dans les anciens textes des pyramides il apparaît comme un dieu
bienfaiteur, protecteur d’Osiris, qu’il doit venger ; il a alors
l’aspect d’un harpon et, comme tel, il s’attaque à l’hippopotame
de Seth. Il était adoré à Hefat, ville située en Haute-Égypte, au
sud de Louxor.
Hefat s’appelle actuellement El Mo'alla (située à une soixantaine de kilomètres de
Nagada). On cite l’article de Wikipédia sur cette cité.
El Mo'alla (Per-Hefa, Pr-ḥfȝ ou Hefa, Ḥfȝ en ancien égyptien) est
une ville du 3e nome de Haute-Égypte, le nome de la Forteresse.
Elle est située à 35 km au sud de Louxor.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
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On vient donc de trouver la forteresse identifiée par Petrie. Dans ce cas, pourquoi
des Anu se réfugient-ils dans une forteresse de la cité d’un « dieu » (d’un dirigeant)
local ?
On résume une thèse possible basée sur ces travaux d’Heras et Petrie. Des
adorateurs d’un dieu unique à Mohenjo-daro quittent (fuient ?) leur pays. Dans un
second temps, ils apportent ce dieu à des Sumériens qui s’empressent de le décliner
en panthéon. Enfin, ils se réfugient dans la région égyptienne de Nagada (sous la
protection d’un dirigeant local prédynastique inconnu de l’archéologie). On passe
sur l’aspect rétrorévolutionnaire d’une telle possibilité et l’on anticipe le travail qui
attend des archéologues.
Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
P a g e | 29
Conclusion
Évidemment, le fait que l’Égypte abrita un des premiers monothéismes connus
sous le règne d’Akhénaton (14e siècle avant notre ère) relève du simple hasard.
À ce jour, on ignore toujours sur quelles sources s’appuyait Philostrate d’Athènes
pour sermonner à ce point des sages égyptiens. Des siècles plus tôt, lors de son
voyage en Égypte, Hérodote se heurta déjà à « l’amnésie » des sages qu’il
questionnait sur les origines du pays.
Cela dit, lorsqu’on approfondit la protohistoire égyptienne, on s’aperçoit que
chacun des trente-six « nomes » initiaux du pays abritait sa propre identité
culturelle. En fait, on comprendrait mieux l’Égypte antique si on la rebaptisait. On
pourrait proposer un nom qui reflète sa diversité protohistorique : l’antique
« Confédération des États du Nil ».

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Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique

  • 3. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique Licence : Attribution 4.0 International (CC BY 4.0) Autoéditeur : carioulibrairie.wordpress.com Publication : 2024 | première édition Du même auteur : 1. Scythia : L'étonnante Histoire de l'antique Irlande 2. Brittia : L’Histoire méconnue des Bretons 3. Keltia : L’étrange Histoire des Celtes 4. Nâga : L'Histoire de la population nâga 5. Maya : L’Histoire de la population maya 6. Luzia : L’Histoire ancienne du Nouveau Continent 7. Gaia : La Préhistoire revisitée 8. Koya : Les indices de la "génohistoire" 9. Sela : Des témoignages historiques surréels 10. Troia : L’Histoire de la Nouvelle-Troie 11. India : Les origines de l’Inde 12. Namaka : Les origines des peuples antiques 13. Europa : Les origines des Européens 14. Brittia II : Du Kalimantan à la Bretagne 15. NRYN : L’origine inconnue de notre humanité 16. Scythia: The Amazing Origins of Ancient Ireland 17. Ibéria : L’énigme proto-ibère 18. Furia : Les deux guerres mondiales décodées 19. Tè Ra : Quand l’Histoire dépasse la fiction 20. Origins of the Celts (sous le pseudonyme Cryfris Llydaweg) 21. Futuria : Le futur proche décodé 22. Edda : Le "space opera" norrois 23. Atlantia : L'énigme proto-atlante 24. Nysa : La première conquête 25. Druidéa : Des origines insolites de la culture celte 26. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique Autres essais : o Napoléon B. L'interview o de Mirepoix. L’interview o Europe antique. Un glossaire o Ancient Europe. A glossary o Leabar Gabala. La suite o J. Churchward. Un glossaire
  • 4. o Anna Vreizh. L’interview
  • 5. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 1 Introduction Cet essai tente d’élucider une citation de Philostrate d’Athènes (175-245) de son ouvrage Vie d’Apollonios de Tyane. Nous la reproduisons dans sa forme francophone, extraite de la traduction d’Alexis Chassang parue en 1862. Auparavant, on peut préciser le contexte : Philostrate (alias Apollonios), grand voyageur à son époque, s’adresse à des sages d’Égypte. Vous avez autrefois encouragé Pythagore dans cette philosophie, alors que vous approuviez la sagesse des Indiens, car vous êtes Indiens d’origine : mais rougissant du motif pour lequel vous êtes venus ici, par suite de la colère de la terre, vous avez voulu passer pour autre chose que pour des Éthiopiens venus de l’Inde, et vous avez tout fait pour arriver à ce but. Tous avez commencé par rejeter les vêtements indiens, comme si avec l’habillement vous quittiez le nom d’Éthiopiens ; vous êtes convenus d’honorer les Dieux plutôt d’après les rites égyptiens que d’après les vôtres, vous avez mal parlé des Indiens, comme si vous-mêmes vous n’étiez pas suspects comme venant du pays dont vous critiquiez les Sages. En résumé, Philostrate sermonne des sages de l’Égypte à propos de leur entêtement à masquer leurs origines. Cet essai tentera donc d’identifier ce qu’il savait à ce sujet.
  • 6. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 2 Archéologie Entre 100 000 ans avant notre ère et la première dynastie égyptienne, on résume ce que sait l’archéologie. Elle atteste l’existence de campements sur une rive soudanaise du lac Nasser (partagé actuellement entre le Soudan et l’Égypte). Elle confirme l’existence, 70 000 ans plus tard, d’un humain moderne sur le sol égyptien. Elle constate l’existence de l’agriculture dès le treizième millénaire en Haute-Égypte (le sud du pays), en amont des cataractes du Nil. De son côté, la géologie confirme un processus de désertification et l’archéologie atteste une sédentarisation induite autour du Nil. Ensuite, elle confirme l’existence de deux cultures en Haute-Égypte, Badari au nord et Nagada au sud, annonciatrices d’un État. Enfin, sur le site de Maadi en Basse-Égypte (sous le delta du Nil), elle note l’existence (à la même époque) d’une société plus agraire et moins artisanale. Plusieurs éléments nous interpellent. Entre 6200 et 3800, on ne dispose d’aucune preuve de société agricole en Basse-Égypte. À ce sujet, des prêtres égyptiens affirmaient à Hérodote qu’au nord de la région de Thèbes, le pays resta un marais jusqu’à l’avènement du premier souverain du pays.
  • 7. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 3 Dans un autre registre, plus on s’éloigne de la Méditerranée et plus on se rapproche de la mer Rouge, plus on constate que les sociétés humaines évoluent mieux. À ce sujet, un catalan, Henry Heras (1888-1950), devint jésuite en 1904 et émigra en Inde en 1922. Il y enseigna l’histoire aux facultés universitaires de Saint-Xavier de Bombay. On cite l’article de Wikipédia sur le personnage. Un ouvrage volumineux publié en 1953 — son magnum opus — suggère et discute les solutions à trois problèmes : le déchiffrement de l’écriture d’Harappa, la relation entre les cultures de la vallée de l’Indus et Sumer, l’Égypte ancienne et la Méditerranée, et la question de l’origine raciale de la population de la vallée de l’Indus, qu’il considère comme prédravidienne. C’est son Studies in Proto-Indo-Mediterranean Culture. On résume sa théorie. Des Dravidiens de l’Inde du Sud colonisent le territoire actuel du Yémen vers 4500 avant notre ère. Ensuite, des descendants de ces colons remontent la mer Rouge et débarquent sur le site égyptien actuel d’Al-Qusair. Puis, d’autres descendants traverseront le désert actuel d’Ouadi Hammamat jusqu’au site actuel de Coptos. On cite l’article de Wikipédia sur cette cité. Coptos est la capitale du 5e nome de Haute-Égypte, le nome « des Deux Divinités (ou Faucons) » (Hrwy). Elle est située sur la rive droite du Nil, juste en face de l’ancienne ville de Nagada, dans le gouvernorat de Qena, à environ 40 km de Thèbes, au bord de la piste qui conduit à l’Ouadi Hammamat.
  • 8. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 4 Égyptologie E. A. Wallis Budge | The Illustrated London News | 1920 | Domaine public De nos jours, l’égyptologie soupçonne l’existence d’une connexion entre Sumer et l’Égypte pendant la naissance de l’État égyptien. Cela date au moins des travaux d’Ernest Alfred Thompson Wallis Budge (1857-1934), égyptologue et orientaliste anglais. Il présenta sa théorie dans le volume 1 de son ouvrage A history of Egypt : from the end of the Neolithic period to the death of Cleopatra VII, B.C. 30. On peut la résumer. Les tombeaux les plus anciens (vers -4000) de la région de Thèbes ne portent aucune inscription. Il soupçonne donc que les constructeurs ignoraient l’écriture. Puis, deux siècles plus tard environ, les tombeaux foisonnent d’idéogrammes. Il questionne une évolution aussi rapide et propose un apport extérieur. Or, à son époque, personne n’envisage une connexion entre le Yémen et la Haute-Égypte, par la mer Rouge. Par conséquent, il propose que des colons égyptiens installés près de l’Euphrate (et voisins des Chaldéens) importèrent des éléments de l’écriture sumérienne (limitée également aux idéogrammes dans un premier temps). Les thèses du catalan Heras et de l’anglais Wallis Budge ne s’excluent pas car deux apports restent possibles : celui de colons yéménites d’origine dravidienne et celui d’expatriés égyptiens rentrés au pays.
  • 9. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 5 Hérodote Papyrus d'Oxyrhynque | Fragment du livre VIII de Histoires | Hérodote On ne présente plus Hérodote, le « père » de l’Histoire. Dans le cas des origines de l’Égypte, peut-il nous aider ? Si l’on considère le Livre II de son ouvrage Histoires, les prêtres égyptiens qu’il rencontre semblent ignorer les origines de leur population. Malgré cela, il souligne qu’avant la 26e dynastie (de -680 à -526), les Égyptiens revendiquaient la plus grande ancienneté dans le monde connu (avant de devenir plus raisonnables). À l’époque d’Hérodote, ils affirmaient avoir inventé l’année à douze mois. Ils restaient persuadés qu’un océan entourait la « terre » (les continents). Par contre, aucun Égyptien ne se flattait de connaître les sources du Nil. Des prêtres lui précisèrent que 240 000 compatriotes (tous « gens de guerre ») migrèrent en Éthiopie durant la 26e dynastie. À l’époque, les Égyptiens nommaient ces colons : les Asmach (ou Automoles en grec). Les Égyptiens conservaient d’étranges coutumes. Un bœuf « monde » dit « pur » ne pouvait être sacrifié sous peine de mort. Certains considéraient les crocodiles comme des animaux sacrés pendant que d’autres les chassaient.
  • 10. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 6 Les panthéons variaient d’une région à l’autre mais les Égyptiens s’accordaient sur un culte : celui d’Isis et d’Osiris. Le voyage d’Hérodote précéda la colonisation de la Basse-Égypte par les généraux d’Alexandre le Grand. Il s’étonne donc qu’une majorité des Égyptiens vénère la majorité des dieux du panthéon grec (et ce depuis des lustres). Par contre, concernant Poséidon (Neptune), l’Égypte l’emprunta aux voisins libyens. Hérodote souligne aussi la similitude entre l’oracle de Dodone (Épire, Grèce) et celui de Thèbes (Haute-Égypte) : assemblée publique, procession, manière d’approcher la divinité, etc. Non sans raison, il déduit que les Grecs n’inventèrent pas grand-chose dans le domaine religieux. On peut rappeler l’origine carienne d’Hérodote. Enfin, il souligne que les Égyptiens ne s’intéressaient pas aux coutumes des pays voisins. Hérodote décrit une population qui vit en vase clos depuis des lustres. Un problème persiste : l’ignorance des Égyptiens sur leurs origines contraste avec le souci des populations de l’Antiquité d’honorer des ancêtres fondateurs. Certes, la longueur du Nil peut justifier l’absence de mémoire commune mais même les régions ne se souciaient pas de leurs origines. On termine par une anecdote savoureuse racontée par des prêtres égyptiens à Hérodote. Elle concerne la guerre de… Troie. On rappelle le contexte : le souverain de Sparte (Grèce) invite un prince troyen. En guise de remerciement, ce dernier quitte Sparte en catimini avec la femme légitime de son hôte. Les prêtres soutiennent que le prince ne se contenta pas de l’épouse : il emporta une bonne partie des métaux précieux du souverain grec. Ils ajoutent que des vents contraires obligèrent les équipages du prince à accoster sur un rivage… égyptien. Ensuite, le pharaon questionna le Troyen. Ce dernier se défendit mal et son hôte conserva l’épouse et les biens dans le but de les restituer. Le prince regagne Troie les mains vides. La flotte militaire gréco-crétoise débarque sur les rivages du territoire troyen. Les prêtres égyptiens soutiennent qu’un conciliabule entre dirigeants gréco-crétois et troyens précéda les combats. Ces derniers y informèrent les premiers que le pharaon conservait l’épouse et les biens en vue de leur restitution.
  • 11. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 7 Les Gréco-Crétois n’en croient pas un mot. Furieux, ils engagent les combats. Lors du sac de Troie, Hélène reste introuvable. Par conséquent, le souverain de Sparte prend la direction de l’Égypte. Le pharaon lui restitue son épouse (en très bonne santé) et ses biens. Avant de quitter le pays, le Grec sacrifie deux enfants égyptiens (aux dieux de la mer ?) et déclenche la colère du pharaon. Finalement, les équipages grecs pourront rentrer chez eux. Hérodote se demande pourquoi le récit d’Homère diffère à ce point-là. On peut l’aider : si la version égyptienne s’avère la bonne, elle ne flatte pas des dirigeants gréco-crétois de l’époque. Pour le reste, pourquoi le couple fuit-il Sparte avec une tonne de métaux précieux ? Le prince ne peut plus retourner à Troie car cela déclencherait une guerre. Il planifie donc de s’installer ailleurs. Où ? Homère mentionne un voyage du prince à Sidon (Phénicie). Hérodote trouve étrange qu’Homère associe l’épouse en fuite à ce voyage car selon les deux versions, homérique ou égyptienne, ce voyage du couple relève de l’impossible. Il déduit donc que l’auteur de l’Iliade savait. Hérodote finira par demander aux prêtres leur source d’information. Le souverain grec lui-même témoigna lors de son séjour en Égypte. Le héros Achille devrait donc sa légende à une méprise.
  • 12. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 8 Strabon Statue de Strabon dans sa ville natale (aujourd'hui Amasya, Turquie) | Photo : Erturac | Licence : CC BY-SA 3.0 Doit-on encore présenter Strabon (-60/20), géographe et historien grec ? On cite l’article de Wikipédia sur le personnage. Son voyage en Égypte et plus précisément sur le Nil s’est fait en compagnie d’Aelius Gallus, préfet romain qui fut un de ses grands amis. Il n’est cependant jamais allé en Gaule ni en Hispanie, qu’il ne connaît que par d’autres sources. Quelques siècles avant lui, Hérodote rapporta l’existence de colons égyptiens en Éthiopie. Strabon le confirme (dans le Livre 17 de son ouvrage Géographie) en ajoutant qu’on les nomme (désormais ?) les Sembrites et qu’une femme les gouverne. Cependant, cette dernière prête allégeance au souverain de Méroé, cité de Nubie et capitale du royaume de Koush. On cite l’article de Wikipédia sur ce dernier. Le royaume de Koush est l’appellation que les Égyptiens antiques ont donnée au royaume qui s’établit au sud de leur pays dès l’Ancien Empire. Ce royaume a eu une longévité peu commune, et trouve ses origines dans les cultures néolithiques qui se sont
  • 13. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 9 développées dans le couloir nilotique du Soudan actuel et de la Nubie égyptienne. On a longtemps considéré cette culture à l’aune de la civilisation égyptienne, et, de ce fait, peu d’études ont été faites à son sujet, la reléguant alors soit au stade d’une principauté dépendante du royaume des pharaons, soit à celui d’un avatar de cette civilisation, ne lui reconnaissant donc aucune spécificité. Les Nubiens de l’Antiquité se déclinaient notamment en Ethiopiens Nubéens. L’Éthiopie antique ne se limitait donc pas à une population nubienne. Cet indice nous incite à aborder la génétique des populations de l’Éthiopie. La génétique des populations (GDP) est l’étude de la distribution et des changements de la fréquence des versions d’un gène (allèles) dans les populations d’êtres vivants, sous l’influence des « pressions évolutives » (sélection naturelle, dérive génétique, recombinaison, mutation, et migration). Notre chromosome Y se décline en une vingtaine de branches majeures dites haplogroupes. Chacune se décline en sous-haplogroupes et en clades. La majorité des analyses de l’archéologie ou de la démographie porte sur ce chromosome. Le public connaît cette approche sous le nom « test ADN » (dans le domaine généalogique notamment). Pour commencer, l’étude 10.1086/338 306 (liée à une classification internationale des études) nous apprend que des Éthiopiens et les Khoisans (Afrique australe) partagent les clades les plus « profonds » (haplogroupe dit A) dans la phylogénie du chromosome Y. En résumé, on parle des doyens de notre humanité. Cela dit, l’Éthiopie abrite d’autres groupes. Un article anglophone de Wikipédia compile le résultat de l’étude 10.1007/s00439-004-1202-y (242 personnes testées). On y trouve les haplogroupes A (17,8 %), B (0,8), E1b1b (48,8), E2 (0,4), J (26,9) et T (3,7). Le groupe B domine dans des forêts tropicales d’Afrique centrale. L’E1b1b reste principalement distribué en Afrique du Nord et dans la Corne de l’Afrique. L’E2 (ou E-M75) domine au sein de populations pastorales du Kenya. Le J se distingue
  • 14. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 10 en Asie de l’Ouest et la majorité des locuteurs sémitiques d’Asie le portent. Enfin, la distribution du T sur Terre devient intéressante. On cite l’article de Wikipédia sur ce groupe. L’haplogroupe T1 (M70, M184, M193, M272) est trouvé à une petite majorité chez les indigènes Kurukh, Bauris & Lodha en Inde ; et une forte minorité de Rajus et Mahli en Inde, Somalis, Sud Égyptiens et Foulbé en Afrique, Chians (Grèce), Allemands Stilfser/Tyroliens, Saccensi/Siciliens, Eivissencs et Juifs du Nord-Est du Portugal en Europe, Zoroastriens, Bakhtiaris au Moyen-Orient, et les Xibes en Extrême-Orient. Cette distribution ne permet pas d’identifier l’origine géographique du groupe mais les populations à « petite majorité » se trouvent en Inde et en Somalie et en particulier, chez les locuteurs du kurukh, une langue dravidienne. D’une façon générale, on parle de populations sédentarisées depuis des lustres. Par conséquent, ce groupe demeure une énigme. On peut proposer une solution : son activité migratoire remonte essentiellement à la protohistoire. Strabon nous apprend que les Égyptiens se « partagent » en trois classes : les militaires, les cultivateurs et les prêtres. Les deux premières contribuaient au train de vie du souverain. Il précise également que lors sa première « division », le territoire égyptien comptait trente-six « nomes » : dix pour la Thébaïde (région de Thèbes), dix pour le Delta du Nil et seize pour la région « intermédiaire ». On peut préciser que les Indo-Européens (dont les populations gauloises) pratiquaient des systèmes à trois classes dans lesquels les militaires et les prêtres squattaient toujours deux d’entre elles. L’Inde, elle, adopta un système à cinq « varnas » : les prêtres, les militaires, les marchands, les « shudras » (au service des trois premières) et les « Intouchables » (les exclus de la société). On cite désormais Strabon. Hypsicrate raconte encore comment Bogus, roi de Maurusie, à la suite d’une expédition heureuse contre les Éthiopiens occidentaux, envoya à sa femme en présent des cannes
  • 15. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 11 semblables à celles que produit l’Inde, mais tellement grosses que chaque nœud pouvait avoir la capacité de huit cheenices. La Maurusie réfère à la Maurétanie antique, un territoire berbère au nord du Maroc actuel. Elle compta plusieurs souverains dont Bocchus. Enfin, Hypsicratès, un historien grec, vécut à Rome à l’époque de Strabon. Par « cannes », on doit entendre des roseaux et le cheenice (chénice) équivalait à 1,08 litre. L’archéologie sait déjà que l’Égypte et l’Inde commerçaient après le « raid » d’Alexandre le Grand dans la vallée de l’Indus. Même si ce Bogus (Bocchus) demeure un souverain postérieur à Alexandre, Hypsicratès nous informe sur des cultures agricoles communes entre le sous-continent indien et la Corne de l’Afrique. Il reste une question : depuis quand ?
  • 16. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 12 Diodore Pyramides des souverains koushites à Méroé | Photo : Wufei07 | Domaine public On cite l’article de Wikipédia sur le personnage. Diodore de Sicile (Diódôros Sikeliôtès) est un historien grec du premier siècle av. J.-C., contemporain de Jules César et d’Auguste. Il est l’auteur de la Bibliothèque historique, une monumentale histoire universelle. Sa Bibliothèque peut-elle nous aider sur les origines de l’Égypte ? Dans le Livre 1, il nous apprend que les Égyptiens se vantaient d’avoir envoyé des colonies par toute la « Terre ». Il ajoute que le héros Belus, originaire de Libye (frontalière de l’Égypte antique), occupa Babylone et en profita pour instituer des « prêtres » sur le modèle égyptien. Ce nouveau clergé babylonien restait également exempté d’impôt. Ils se nommeront entre eux les… Chaldéens. L’archéologie connaît un Bélus (souverain assyrien du 14e siècle avant notre ère). La mythologie grecque propose deux candidats : Bélos (un souverain africain) et un homonyme qui régna à Tyr (Phénicie). Diodore parle donc du Bélos africain. Ensuite, il évoque Cambyse, fils de Méroé (et donc de Cambyse II), qui contrairement à son grand-père et son père mit la main sur le royaume de Koush.
  • 17. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 13 Selon Diodore, ce conquérant perse bâtit une « ville fameuse » qui devint la capitale. Il la baptisa du nom de sa mère : Méroé. On peut rappeler que son père plaça l’Égypte sous le joug de la Perse en 525 avant notre ère. Cette conquête annonça le déclin de l’Égypte pharaonique. Pour l’instant, l’archéologie ignore l’existence de ce « Cambyse III » qui ne règnera pas sur l’Égypte après la mort de son père. On cite à nouveau Diodore. Osiris étant arrivé aux confins de l’Éthiopie fit border le Nil de part et d’autre de puissantes digues, afin que dans ses crues il ne ravageât plus les campagnes et qu’il ne s’étendit pour les arroser dans le besoin qu’à proportion qu’on ouvrirait les écluses qu’il avait fait faire avec beaucoup d’art. Il traversa ensuite l’Arabie le long de la mer Rouge et continua sa route jusqu’aux Indes et aux extrémités de la terre. Il bâtit dans les Indes de grandes villes et entre autres Nysa, à laquelle il donna ce nom en mémoire de la ville d’Égypte où il était né. C’est là qu’il planta le lierre qui n’est demeuré et qui ne croît encore aujourd’hui dans les Indes qu’aux environs de cette ville. Diodore décrit un dieu égyptien, Osiris, comme un globe-trotter qui fonda des villes en Inde. Cela entame la crédibilité (un doux euphémisme) de son discours. Cela dit, notre essai Nysa explique pourquoi l’archéologie s’intéressera tôt ou tard à cette affirmation. Pour ceux qui souhaitent éviter la lecture d’un second essai, on tente de résumer. De nos jours, des personnes portent le nom Dieu ou le prénom Jésus. Diodore présente un personnage qui porte le nom d’une divinité. Ensuite, l’auteur accède à des sources dans lesquelles Indes et Asie peuvent s’avérer synonymes. L’archéologie connaît la cité antique de Nysa en Anatolie (Turquie actuelle). Strabon la connaissait sous le nom d’Athymbra. Cette dernière vénérait le dieu grec Dionysos. Or, Diodore précise que (son) Osiris et Dionysos se confondent et souligne ainsi la naïveté de ses contemporains. On propose trois autres citations peu banales de Diodore.
  • 18. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 14 On dit que dans les commencements, les Égyptiens ne vivaient que d’herbes, mangeant des choux ou des racines qu’ils trouvaient dans les marais, sans autre principe de discernement que le goût qu’ils y trouvaient. Hérodote s’étonnait déjà de la thèse du « marais » des prêtres égyptiens et ce, des siècles avant la naissance de Diodore. On dit en Égypte que le premier successeur des dieux a été Ménès et que c’est lui qui a enseigné aux hommes à les adorer et à leur faire des sacrifices. Mais d’ailleurs il introduisit les tables, les lits, les étoffes précieuses, en un mot, tous les instruments du luxe et de la volupté. On ne peut prendre le terme « dieux » au premier degré car Diodore passe son temps à les démystifier. Il sous-entend l’existence d’une dynastie qui précéda la « première », celle de Ménès. Pour l’instant, l’archéologie ne peut valider une telle affirmation. On finit par une citation sur Sésostris, le fils du fondateur de la 12e dynastie égyptienne (de -1991 à -1780). Il se rendit maître par leur moyen de toutes les provinces maritimes & de toutes les îles de la mer Rouge jusqu’aux Indes, pendant que lui-même conduisant l’armée de terre subjugua toute l’Asie, car non seulement il parcourut tous les lieux où Alexandre a porté depuis ses conquêtes, mais il pénétra même jusqu’en des pays où le roi de Macédoine n’est jamais entré. En effet, Sésostris passa le Gange et traversant toutes les Indes, il parvint jusqu’à l’océan oriental, d’où revenant par le Septentrion, il conquit toute la Scythie jusqu’au fleuve Tanaïs qui sépare l’Asie d’avec l’Europe. Diodore ne peut connaître le futur nom de « l’océan oriental » : le Pacifique. L’archéologie pourrait valider des mouvements militaires de Sésostris au Proche- Orient mais pas en Extrême-Orient (…). Pour revenir à Diodore, cette fois, il accède à une source qui distingue les Indes et l’Asie. Pour l’instant, cela reste impensable
  • 19. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 15 qu’un souverain égyptien puisse surpasser Alexandre le Grand quinze siècles plus tôt. Sésostris régna 34 ans. Pourquoi propose-t-il à son fils de devenir corégent en l’an 20 de son règne ? De plus, il invente ce concept de « corégence ». Pourquoi inaugure-t-il une nouvelle façon de gouverner ? Pour l’instant, l’archéologie doit se contenter de sa capacité à mobiliser 18 000 hommes dans l’Ouadi Hammamat (entre Thèbes et la mer Rouge). Pourquoi les mobilise-t-il en l’an 38 (?) de son règne qui dura… 34 ans ? Pourquoi les dirigent-ils vers un port de la mer Rouge ? En tout cas, Diodore soutient que son périple démarra par des îles de cette mer.
  • 20. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 16 Scythie Territoire scythe dans la steppe pontique | Auteur : Antiquistik | GNU Free Documentation License 1.2 Selon Diodore, un pharaon mit donc les pieds en Scythie. Cette dernière comptait plusieurs populations et certaines se réclamaient de Scythès, fils d’Échidna, elle- même fille de Phanès selon un courant religieux de la Grèce antique : l’orphisme. On cite l’article de Wikipédia consacré au personnage. Dans la mythologie grecque, Phanès est, selon la théogonie orphique, le dieu primordial de la création. Il est étroitement lié aux divinités de Protogonos et Èrikèpaios, ainsi qu’à celle d’Éros. Phanès est né de l’œuf primordial créé par Nyx seule, brisé en deux par Chronos et sa femme Ananké. Une fois l’œuf brisé, la partie du dessous devient la terre et celle du dessus le ciel. Ce courant religieux qui défend l’idée d’un dieu créateur né dans un « œuf primordial » pourrait remonter à l’an 560 avant notre ère. On cite un article au sujet de cet œuf. L’œuf cosmique ou œuf du monde est un concept symbolique utilisé pour expliquer, selon de nombreuses cultures et civilisations, l’apparition du monde.
  • 21. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 17 À ce jour, la plus ancienne mention connue de cet œuf se trouve dans le Rig Veda (RV 10 121, entre le 15e et le 9e siècle avant notre ère) sous les noms fœtus, œuf ou matrice. Enfin, ce texte de l’Inde antique utilise l’adjectif « doré » et non « primordial » ou « cosmique ». La tradition grecque décrit Échidna, la mère de Scythès, comme une « femme- serpent ». On cite un article anglophone (suivi d’une traduction libre) de Wikipédia sur un sujet similaire. In various Asian religious traditions, the Nagas are a divine, or semi-divine, race of half-human, half-serpent beings that reside in the netherworld (Patala), and can occasionally take human or part-human form, or are so depicted in art. A female naga is called a Nagi, or a Nagini. Their descendents are known as Nagavanshi. According to legend, they are the children of the sage Kashyapa and Kadru. Rituals devoted to these supernatural beings have been taking place throughout South Asia for at least 2,000 years. They are principally depicted in three forms: as entirely human with snakes on the heads and necks, as common serpents, or as half-human, half-snake beings in Hinduism, Buddhism, Sikhism and Jainism. Dans diverses traditions religieuses asiatiques, les Nagas sont une race divine ou semi-divine d’êtres mi-humains, mi-serpents qui résident dans le monde souterrain (Patala), et peuvent occasionnellement prendre une forme humaine ou partiellement humaine, ou sont ainsi représentés dans l’art. Une femelle naga est appelée Nagi ou Nagini. Leurs descendants sont connus sous le nom de Nagavanshi. Selon la légende, ils sont les enfants du sage Kashyapa et de Kadru. Des rituels consacrés à ces êtres surnaturels ont lieu dans toute l’Asie du Sud depuis au moins 2 000 ans. Ils sont principalement représentés sous trois formes : entièrement humains avec des serpents sur la tête et le cou, comme de simples serpents, ou comme des êtres mi-humains, mi- serpents dans l’hindouisme, le bouddhisme, le sikhisme et le jaïnisme.
  • 22. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 18 On cite désormais un article de Wikipédia sur la Route de la soie. Les Sogdiens, un peuple de langue indo-européenne d’origine scythe établi en Sogdiane, dans l’ouest de l’actuel Ouzbékistan et les pays limitrophes, ont assuré depuis l’Antiquité, et surtout entre les VIe et VIIIe siècles, l’essentiel du commerce des voies d’Asie centrale entre la Chine, la Perse, l’Occident et l’Inde, et en particulier celui de la Route de la Soie. Dès l’Antiquité, la Scythie joua un rôle dans des échanges entre l’Extrême-Orient, l’Inde et l’Occident. On pourrait ainsi expliquer la présence d’une « Nagini » (femme-serpent) sur le sol scythe. On pourrait aussi expliquer la vénération d’un « œuf » en Inde (dès le 9e siècle avant notre ère) et en Grèce (dès le 6e siècle). On revient à l’article de Wikipédia sur l’œuf. Selon le mythe d’Ogdoade d’Hermopolis, la Voie lactée a émergé des eaux sous la forme d’une colline. Ra était dans un œuf déposé sur ce monticule par un oiseau céleste. Dans une version antérieure de ce mythe, l’oiseau est une oie. Plus tard après l’apparition du culte de Thot, l’œuf est présenté comme étant un cadeau donné par Thot et déposé par un ibis, l’oiseau auquel Thot était associé. La Scythie se contenta-t-elle d’échanges avec la Grèce ou développa-t-elle aussi des échanges avec l’Égypte ? Notre essai Scythia démystifie un vieux texte gaélique qui décrit des échanges entre la Scythie et l’Égypte dès le 12e siècle avant notre ère.
  • 23. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 19 Nagada Statuette d’une femme, période de Nagada I | Photo : Mbzt | Licence : CC BY-SA 3.0 On cite l’article de Wikipédia sur une cité perdue. Thinis ou This (égyptien ancien : Tjeni) est le nom de la capitale de l’Égypte antique, pendant la période thinite (3100/2700 AEC). Thinis est toujours une cité perdue, mais est attestée par les anciens écrits dont ceux de Manéthon de Sebennytos, qui la désigne comme centre de la confédération thinite, fédération tribale dont le chef, Ménès (ou Narmer) a unifié la Haute et la Basse-Égypte et en est devenu son premier souverain. On va donc s’intéresser au fondateur de la fédération égyptienne : Ménès le Thinite. Le nom égyptien de sa capitale attire l’attention : Tjeni. Nous utiliserons le lexique VÉgA — Vocabulaire de l’Égyptien Ancien. Le Tje participe au nom de populations et en particulier à celui d’une ancienne confédération de Libye : Tjehenu (ou Tehenu). La distance syntaxique entre Tjehenu et Tjeni reste fine. On cite l’article de Wikipédia sur cette confédération.
  • 24. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 20 Le nom des Tehenou est mentionné pour la première fois sur la palette du Tribut libyen, sur laquelle est noté à l’aide d’un des quatre premiers hiéroglyphes à figurer sur des documents égyptiens, un ovale de sable dans lequel est fiché un bâton de jet. À cette époque, le territoire des Tehenou s’étendait aussi loin, à l’est, que le delta du Nil, où ils élevaient ces troupeaux reproduits sur la stèle du Tribut libyen ; On continue avec l’article sur la « palette ». La palette libyenne, aussi appelée palette du tribut libyen, palette de Tehenou, palette des villes ou palette de fondation des villes, est une palette à fard retrouvée à Abydos datée de la période prédynastique égyptienne de Nagada III, entre 3300 et 3100 avant notre ère, conservée au Musée égyptien du Caire sous la référence CG 14238. Doit-on s’étonner qu’Abydos se trouve en territoire thinite, au sein d’une des plus anciennes cultures égyptiennes (celle de Nagada) ? Comme cette dernière demeure antérieure à la cité de Thinis, on peut poser une hypothèse. La cité de Nagada attira l’attention d’une confédération libyenne (déjà déployée dans le delta du Nil). Un de ses membres fonda Thinis et comprit l’intérêt d’unifier le delta et la Haute- Égypte. Par contre, cela n’explique toujours pas les origines de Nagada, soit Noubet (Nebout, Nbyt) en égyptien ancien. Le Nbt égyptien possède plusieurs étymologies. Dans la première, nb désigne un propriétaire et le t souligne le féminin. Dans la seconde, nbt désigne un panier. Enfin, dans la dernière, il devient synonyme d’un métal (l’or) et désigne la cité elle-même. Cette dernière étymologie peut suggérer une « ruée » vers l’or qui précéda la fondation de l’Égypte. On sait que l’Égypte dynastique exploitait des mines d’or en Nubie mais aussi dans l’Ouadi Hammamat. À ce sujet, on peut évoquer le papyrus minier de Turin. On l’appelle parfois le papyrus des « mines d’or de Séthi Ier » (19e dynastie). On cite l’article de Wikipédia sur la cité de Nagada.
  • 25. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 21 Il semblerait qu’avant même la réunification des Deux Terres, Seth, le dieu de Haute-Égypte, y aurait eu son principal culte. Le delta du Nil voyait la triade osirienne, Isis, Osiris et Horus-le- Jeune, prendre de l’ampleur. Assassin de son frère Osiris, Seth ne résista pas aux époques tardives où les Égyptiens le bannirent du panthéon, laissant place à Horus-l’Ancien (Haroëris) et Sobek. Isis s’unit avec son frère Osiris. Or, dans la tradition mésopotamienne, Ninmah s’unit avec son frère Enki. Nous nous intéresserons donc à un article anglophone (suivi d’une traduction libre) de Wikipédia sur les relations entre l’Égypte et la Mésopotamie. There was generally a high-level of trade between Ancient Egypt and the Near East throughout the Pre-dynastic period of Egypt, during the Naqada II (3600–3350 BCE) and Naqada III (3350– 2950 BCE) phases. These were contemporary with the Late Uruk (3600–3100 BCE) and Jemdet Nasr (3100–2900 BCE) periods in Mesopotamia. The main period of cultural influence, particularly consisting in the transfer of Mesopotamian imagery, symbols and technology to Egypt, is considered to have lasted about 250 years, during the Naqada II to Dynasty I periods. Les échanges commerciaux entre l’Égypte ancienne et le Proche- Orient ont été généralement importants tout au long de la période prédynastique de l’Égypte, au cours des phases Naqada II (3600-3350 avant J.-C.) et Naqada III (3350-2950 avant J.-C.), contemporaines de la période d’Uruk tardif (3600- 3100 avant J.-C.) et de Jemdet Nasr (3100-2900 avant J.-C.) en Mésopotamie. La principale période d’influence culturelle, consistant notamment en un transfert de l’imagerie, des symboles et de la technologie mésopotamienne vers l’Égypte, est considérée comme ayant duré environ 250 ans, de la période Naqada II à la première dynastie.
  • 26. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 22 Nous pensons que les transferts ne se limitèrent pas à l’imagerie, la symbolique et la « technologie » et que la mésopotamienne Ninmah devint Isis sur le sol égyptien. Une des étymologies de Nbt, le nom égyptien de Nagada, désigne un propriétaire au féminin. Nbt et Isis se confondent-elles ? On peut rappeler la proximité du temple d’Abydos, principal lieu de culte d’Osiris. Selon un mythe, les prêtres de ce temple se virent confier la garde de la tête d’Osiris, soigneusement conservée dans un reliquaire. Cela souligne la nature anthropomorphique d’un soi-disant dieu et cela contraste avec la tradition ultérieure de momification de dépouilles. Il reste un mystère : l’influence sumérienne peut expliquer Nagada II et III mais pas le I.
  • 27. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 23 Kerala Description | Auteur : George Tsiagalakis | Licence : CC BY-SA 4.0 Nous commençons par citer un article anglophone (suivi d’une traduction libre) sur la côte de Malabar, incluant l’État du Kerala (Inde). The Malabar Coast has been a major spice exporter since 3000 BCE, according to Sumerian records and it is still referred to as the ‘Garden of Spices’ or as the ‘Spice Garden of India’. Kerala’s spices attracted ancient Arabs, Babylonians, Assyrians and Egyptians to the Malabar Coast in the 3rd and 2nd millennia BCE. Phoenicians established trade with Malabar during this period. La côte de Malabar est un important exportateur d’épices depuis 3000 ans avant notre ère, selon les archives sumériennes, et elle est toujours appelée le « jardin des épices » ou le « jardin des épices de l’Inde ». Les épices du Kerala ont attiré les Arabes, les Babyloniens, les Assyriens et les Égyptiens sur la côte de Malabar au cours des 3e et 2e millénaires avant notre ère. Les Phéniciens ont établi un commerce avec Malabar durant cette période.
  • 28. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 24 Les références de cette affirmation restent peu convaincantes. Nous citons donc un article de Wikipédia sur la cité perdue de Muziris dans le Kerala. Les commerçants de cette ville sont connus du monde méditerranéen depuis les Phéniciens. Elle est citée par Pline l’Ancien qui la décrit comme le primum emporium Indiæ (plus important port de commerce des Indes), mais la confond probablement avec une autre ville, lorsqu’il indique que son mouillage n’est pas bon et qu’on l’atteint par le Periplus Maris Erythræi (tour de la mer Rouge). Si les Phéniciens commerçaient avec le Kerala, on doute que les Mésopotamiens et les Égyptiens se privaient de le faire. Les locuteurs du Kerala s’expriment principalement en malayalam. Comment désigne-t-on une mère en malayalam et en sumérien : amma et ama ? Certes, un seul appariement relève largement du hasard même si l’on parle d’un des termes qui résiste le mieux au changement. On cite un article anglophone (suivi d’une traduction libre) de Wikipédia sur l’Histoire du Kerala. Archaeological findings include dolmens of the Neolithic era in the Marayur area. They are locally known as ‘muniyara’, derived from muni (hermit or sage) and ara (dolmen). Rock engravings in the Edakkal Caves in Wayanad are thought to date from the early to late Neolithic eras around 5000 BCE. Les découvertes archéologiques comprennent des dolmens de l’ère néolithique dans la région de Marayur. Ils sont connus localement sous le nom de « muniyara », dérivé de muni (ermite ou sage) et ara (dolmen). Les gravures rupestres des grottes d’Edakkal, à Wayanad, dateraient du début et de la fin du Néolithique, vers 5 000 ans avant notre ère.
  • 29. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 25 On peut noter qu’en sumérien, la racine mun ne figure pas le sage (muni) mais la femme (munus). De plus, le terme ara ne désigne pas le dolmen mais la route (a - rá). Pour le reste, le néolithique du Kerala rappelle celui de régions occidentales. Un problème demeure : l’archéologie indienne ne connaît toujours pas de dynastie protohistorique dans cette région. Or, comment peut-on commercer avec des Phéniciens sans une organisation étatique ? Si des archéologues découvrent enfin la cité perdue de Muziris, ils pourraient apporter une réponse.
  • 30. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 26 Tera-Neter Henry Heras | Auteur : India Post, Gouvernement de l'Inde | Government Open Data License - India On revient sur la théorie d’Henry Heras. Des Dravidiens de l’Inde du Sud colonisent le territoire actuel du Yémen vers 4500 avant notre ère. Ensuite, des descendants de ces colons remontent la mer Rouge et débarquent sur le site égyptien actuel d’Al-Qusair. Puis, d’autres descendants traverseront le désert actuel d’Ouadi Hammamat jusqu’au site actuel de Coptos (Égypte). Nous nous intéresserons au Volume 1 de son Studies in Proto-Indo- Mediterranean Culture. On parle d’un ouvrage de 647 pages qui cite 1014 références. Dans un premier temps, on se concentre sur le chapitre III intitulé THE HAMITIC MIGRATIONS INTO EGYPT (page 283). Le titre de la section I pose le décor : THE ANU IN INDIA. On peut rappeler qu’Anu resta le dieu suprême du panthéon sumérien. L’auteur précise que les Anu formaient une des tribus de locuteurs de langues indo-aryennes. On cite l’article de Wikipédia sur le sujet. Les langues indo-aryennes constituent une branche des langues indo-iraniennes, qui font elles-mêmes partie de la famille des langues indo-européennes. Elles sont essentiellement parlées en
  • 31. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 27 Asie du Sud : dans les deux tiers nord de l’Inde, au Pakistan, dans le nord-est de l’Afghanistan, au Bangladesh, au Népal, au Sri Lanka, aux Maldives. Cependant, Heras précise qu’un débat existe en Inde sur l’étymologie du nom Anu car son origine dravidienne peut largement être défendue. À ce sujet, il rappelle que des tribus indo-aryennes subirent des influences dravidiennes. Il ajoute que des Proto-Dravidiens pratiquaient déjà le monothéisme et que l’unique dieu s’appelait An. Il s’appuie sur son interprétation d’inscriptions sur le site de Mohenjo-daro, une cité importante de l’Inde protohistorique (située actuellement au Pakistan). Il publia cette interprétation dans un fascicule intitulé The Religion of the Mohenjo Daro People recording to the Inscriptions (non trouvé sur le web). De son point de vue, les Anu désignaient les adorateurs d’An. Dans son ouvrage Primitive art in Egypt (page 257), Jean Capart (1877-1947, considéré comme le père de l’égyptologie belge), réfère à une interprétation de l’égyptologue William Matthew Flinders Petrie (1853-1942). Elle porte sur des stèles funéraires royales de la première dynastie à Abydos. Selon lui, elles décrivent des Anu, un peuple « aborigène » en Égypte. Leur chef, Tera-Neter (« dévoué à Dieu ») réside dans une « forteresse » au sein de la cité de Hemen. On cite l’article de Wikipédia sur le Hemen connu de l’égyptologie. Hemen est un dieu guerrier très ancien de la mythologie égyptienne, originaire de Haute-Égypte. Il combat les forces du chaos en transperçant de sa lance un hippopotame (représentant des forces du mal). C’est un dieu local en rapport avec l’au-delà. Dans les anciens textes des pyramides il apparaît comme un dieu bienfaiteur, protecteur d’Osiris, qu’il doit venger ; il a alors l’aspect d’un harpon et, comme tel, il s’attaque à l’hippopotame de Seth. Il était adoré à Hefat, ville située en Haute-Égypte, au sud de Louxor. Hefat s’appelle actuellement El Mo'alla (située à une soixantaine de kilomètres de Nagada). On cite l’article de Wikipédia sur cette cité. El Mo'alla (Per-Hefa, Pr-ḥfȝ ou Hefa, Ḥfȝ en ancien égyptien) est une ville du 3e nome de Haute-Égypte, le nome de la Forteresse. Elle est située à 35 km au sud de Louxor.
  • 32. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 28 On vient donc de trouver la forteresse identifiée par Petrie. Dans ce cas, pourquoi des Anu se réfugient-ils dans une forteresse de la cité d’un « dieu » (d’un dirigeant) local ? On résume une thèse possible basée sur ces travaux d’Heras et Petrie. Des adorateurs d’un dieu unique à Mohenjo-daro quittent (fuient ?) leur pays. Dans un second temps, ils apportent ce dieu à des Sumériens qui s’empressent de le décliner en panthéon. Enfin, ils se réfugient dans la région égyptienne de Nagada (sous la protection d’un dirigeant local prédynastique inconnu de l’archéologie). On passe sur l’aspect rétrorévolutionnaire d’une telle possibilité et l’on anticipe le travail qui attend des archéologues.
  • 33. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique P a g e | 29 Conclusion Évidemment, le fait que l’Égypte abrita un des premiers monothéismes connus sous le règne d’Akhénaton (14e siècle avant notre ère) relève du simple hasard. À ce jour, on ignore toujours sur quelles sources s’appuyait Philostrate d’Athènes pour sermonner à ce point des sages égyptiens. Des siècles plus tôt, lors de son voyage en Égypte, Hérodote se heurta déjà à « l’amnésie » des sages qu’il questionnait sur les origines du pays. Cela dit, lorsqu’on approfondit la protohistoire égyptienne, on s’aperçoit que chacun des trente-six « nomes » initiaux du pays abritait sa propre identité culturelle. En fait, on comprendrait mieux l’Égypte antique si on la rebaptisait. On pourrait proposer un nom qui reflète sa diversité protohistorique : l’antique « Confédération des États du Nil ».