Bellone
Bellone
Illustration de l’auteur
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
Licence : Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)
Autoéditeur : carioulibrairie.wordpress.com
Publication : 2025 | première édition
Du même auteur :
1. Scythia : L'étonnante Histoire de l'antique Irlande
2. Brittia : L’Histoire méconnue des Bretons
3. Keltia : L’étrange Histoire des Celtes
4. Nâga : L'Histoire de la population nâga
5. Maya : L’Histoire de la population maya
6. Luzia : L’Histoire ancienne du Nouveau Continent
7. Gaia : La Préhistoire revisitée
8. Koya : Les indices de la "génohistoire"
9. Sela : Des témoignages historiques surréels
10. Troia : L’Histoire de la Nouvelle-Troie
11. India : Les origines de l’Inde
12. Namaka : Les origines des peuples antiques
13. Europa : Les origines des Européens
14. Brittia II : Du Kalimantan à la Bretagne
15. NRYN : L’origine inconnue de notre humanité
16. Scythia: The Amazing Origins of Ancient Ireland
17. Ibéria : L’énigme proto-ibère
18. Furia : Les deux guerres mondiales décodées
19. Tè Ra : Quand l’Histoire dépasse la fiction
20. Origins of the Celts (sous le pseudonyme Cryfris Llydaweg)
21. Futuria : Le futur proche décodé
22. Edda : Le "space opera" norrois
23. Atlantia : L'énigme proto-atlante
24. Nysa : La première conquête
25. Druidéa : Des origines insolites de la culture celte
26. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique
27. Ĕlāhā : Evolution ou évolution créative ?
28. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
Autres essais :
o Napoléon B. L'interview
o de Mirepoix. L’interview
o Europe antique. Un glossaire
o Ancient Europe. A glossary
o Leabar Gabala. La suite
o J. Churchward. Un glossaire
o Anna Vreizh. L’interview
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
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Introduction
Nonnos de Panopolis est un poète grec né à Panopolis en Égypte,
ayant vécu de la fin du IVe jusqu’au milieu du Ve siècle. […] On
sait très peu de choses sur la vie de Nonnos. […] Il est l’auteur des
Dionysiaques, un recueil épique en deux groupes de 24 chants
sur les légendes liées à Dionysos. Source : Wikipédia
Lodoïs de Martin du Tyrac de Marcellus traduisit ces 48 chants et les publia en
1856. Dans son introduction, il tente d’identifier (sans succès) l’auteur des
Dionysiaques parmi des auteurs de l’époque nommés Nonnos, Nennius, etc. Par
contre, il avance la chose suivante.
Nonnos, on peut le soupçonner à sa vaste érudition, fut très
probablement élevé à Alexandrie, à l’ombre du Muséum
primitif, au sein de cette bibliothèque du Sérapéon, fondée par
Marc-Antoine, que des mains barbares allaient bientôt outrager.
Dans ce cas, Nonnos ne se priva pas de consulter des manuscrits de la plus
prestigieuse bibliothèque de son époque. Certains de ces manuscrits pouvaient
transcrire des légendes orales (chantées ?) sur Dionysos. Ce dernier semblait
conserver en Basse-Égypte une certaine popularité. Dans la mythologie romaine,
il devint Bacchus, le dieu du vin.
Après lecture de ces chants, nous pensons qu’il dissimule une épopée historique.
De plus, au second degré, nous ne distinguons pas la moindre présence d’une
divinité tant la nature humaine de Dionysos (et des membres de son clan)
transparait.
En fait, l’élément le plus étrange du récit ne se limite pas à notre « lecture
anthropomorphique ». Il se trouve au chant 17.
C’est alors que Blémys, à la tête crépue, chef des Indiens de
l’Érythrée, s’avance tenant en main le rameau pacifique et
suppliant de l’olivier ; il incline ses genoux soumis devant le
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vainqueur des Indiens. (…) Blémys se rendit promptement aux
sept embouchures du Nil, pour y devenir le roi des Éthiopiens,
dont il avait la couleur ; et le sol de Méroé, couvert de moissons
perpétuelles, reconnut les lois de ce chef qui devait laisser aussi
son nom aux Blemmyes à venir.
Les Blemmyes apparaissent dans l’Histoire sous la forme d’une population
nubienne. Cette dernière prend le contrôle de la province romaine du
Dodekashoinos au sud de l’Égypte au milieu du IVe siècle. Bien plus tôt, Méroé
devint la capitale du royaume de Koush qui se développa à partir du milieu du 3e
millénaire avant notre ère.
Le Nil se jette dans la méditerranée par deux embouchures (actuellement) mais il
en comptait sept durant l’Antiquité. Enfin, l’Érythrée désignait (à l’époque)
l’Éthiopie antique.
Dans le contexte, Dionysos venait de soumettre la cité antique de Blémys. Pour
l’instant, l’archéologie tient deux candidats pour la situation géographique de cette
cité : Thônis-Héracléion (près d’une embouchure du Nil) et Djenné-Djeno (Mali
actuel). Comme l’armée de Dionysos revenait d’une expédition au Moyen-Orient,
on peut miser sur le premier candidat.
On résume : Dionysos donne le Nil (jusqu’à l’Éthiopie) à un Indien (des Indes) qui
« avait la couleur » des Éthiopiens. Les mythographes passent à côté de ce texte
depuis quinze siècles car ils n’imaginent pas l’Égypte sans pharaons.
Effectivement, les chants n’évoquent pas la moindre dynastie pharaonique.
Pourquoi ? Les faits pourraient s’avérer plus anciens que la première… dynastie.
Nous posons donc l’hypothèse que Nonnos nous transmit la plus ancienne épopée
historique de la bibliothèque d’Alexandrie.
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Chant 14
Iris, lécythe attique peint en couleurs superposées | Provenance : Tanagra | Crédit :
Purchase Hoffmann, 1876 | Photographe : Marie-Lan Nguyen, 2010 | Licence :
Attribution 3.0 non transposée
Les chants précédents présentent peu d’intérêt pour l’épopée mais le treizième
contient le motif de l’expédition de Dionysos en Asie.
Bientôt le père des dieux détache Iris vers les crèches divines de
Rhéa ; elle doit annoncer au belliqueux Bacchus qu’il chassera
d’Asie avec son thyrse vengeur la race orgueilleuse de ces Indiens
à qui la justice est inconnue.
La mythologie grecque comprend cinq « divinités » dites primordiales : Érèbe,
Éros, Gaïa, Nyx et Tartare. Par son père, Iris est une descendante d’Érèbe et par sa
mère, une descendante d’Ouranos, contemporain du « club » des cinq. Nonnos ne
précise pas l’identité du « père » (des dieux) de l’époque mais les cinq ne comptent
que trois mâles : Érèbe, Éros et Tartare. On peut écarter Éros qui ne possède pas
le profil d’un va-t’en guerre. On peut retenir Érèbe pour son ascendance sur Iris.
Le récit affirme que des colons des Indes occupaient des régions en Asie Mineure
et au Moyen-Orient. Il reste une question : pourquoi Érèbe se lance-t-il dans une
compagne militaire contre eux ? Apparemment, il ne supporte plus l’orgueil de
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cette population qui selon le récit ne connait pas la « justice ». On pense surtout
que ce supposé dieu ne contrôle pas une population qui gagne du terrain.
Comme notre lecture n’identifie aucune divinité dans ce récit, nous utiliserons le
terme « personnage » pour désigner un dieu. Quitte à paraitre impertinent, la
lecture mythologique qui prime encore à notre époque relève (dans le meilleur des
cas) de la naïveté. À ce sujet, le « club » des cinq et Ouranos restent sans
ascendance connue car ils émergèrent du « Chaos ».
Le nom Chaos (en grec ancien Kháos), littéralement « Faille,
Béance », du verbe khaínô, « béer, être grand ouvert ». Source :
Wikipédia
Pourrait-on considérer (pour une fois) une synonymie entre le chaos (de l’ancien
grec) et le cosmos (actuel) ? Nous ne développerons pas l’idée car elle induit que
l’univers abrite d’autres résidents que nous. Enfin, si l’univers ne se limite pas à
une seule humanité (sur Terre), pourquoi notre biosphère n’attirait-elle pas
l’attention de visiteurs ?
Nous reprenons maintenant le cours du chant 14. Il commence par détailler les
effectifs de l’armée de Dionysos. Cela permet de passer en revue des mythes de la
Grèce antique. Un seul attire notre attention : les Ménades. La tradition les connait
comme égéries de Dionysos. Or, le récit les présente comme une caste guerrière
qui inclut le clan des Bassarides. La Lydie (Asie Mineure actuelle) reste leur terre
natale.
Dans notre essai Nysa, nous écrivions :
Ensuite, Myrine se rendit en Égypte et se lia d’amitié avec Horus,
le fils d’Isis, qui gouvernait alors le pays. Diodore ne propose pas
de datation mais ces évènements demeurent antérieurs à la
première dynastie égyptienne. Depuis l’Égypte, elle lança une
attaque sur la péninsule arabique et s’appropria la Syrie. Elle
« dompta » même des populations du mont Taurus (Turquie
actuelle). Elle entra dans la grande Phrygie et termina son
expédition sur les rives du fleuve Caïque (Turquie actuelle).
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Myrine reste l’amazone la plus populaire de la tradition grecque. Cette dernière
souligne son installation en Phrygie, voisine de la Lydie. Un voisinage entre des
Amazones phrygiennes et des Ménades lydiennes relève-t-il du hasard ?
Pour revenir au récit de Nonnos, Rhéa fixe l’objectif de l’expédition de Dionysos :
l’extermination des Indiens. Cela souligne la « maturité » d’une prétendue
divinité. Elle reste la fille d’Ouranos et d’une personne « primordiale », tous deux
issus du Chaos. Non contente d’avoir vu le jour sur Terre, elle y sème un vrai chaos.
L’expédition débute en Asie Mineure et une armée indienne se présente devant
celle de Dionysos.
Le dieu, assis sur son char habilement dirigé, dépasse le fleuve
Sangaris, les plaines de Phrygie et le rocher plaintif de Niobé.
Le fleuve Sangaris correspondrait au fleuve Sakarya. Ce nom réfère à un des vingt-
cinq enfants d’Océan et de Téthys. On ne présente plus la Phrygie (à l’ouest de
l’Asie Mineure). Selon Hérodote, sa fondation précéda de peu la guerre de Troie et
impliqua une population, les Briges, venue de Thrace et originaire d’Illyrie (un
territoire similaire à celui de l’ex-Yougoslavie).
Le récit de Nonnos indique que ce territoire pourrait revendiquer une plus grande
antériorité. De ce fait, on doit aborder un des problèmes auxquels se confrontent
les mythographes. Avant l’écriture, la transmission restait orale sous forme de
poèmes ou de chants pour faciliter la mémorisation. Or, au fil du temps, les
narrateurs adaptaient les noms géographiques (à leurs époques respectives) pour
conserver l’attention du public.
Hérodote ne se trompe pas sur le lien Phrygie-Briges mais des montagnards
d’Illyrie ne peuvent revendiquer la fondation d’une culture et d’une architecture
qu’ils se contentèrent de confisquer. Par exemple, l’archéologie sait que ces Briges
profitèrent du déclin de la société hittite. Cette dernière profita elle aussi du déclin
d’une société précédente qui utilisait l’écriture cunéiforme. Nous parlons de la cité
de Kanesh. Etc.
Si l’épopée relatée par Nonnos s’avère réelle, la dénomination de la société
« protophrygienne » contemporaine de Dionysos reste perdue à jamais (à moins
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que l’archéologie finisse par l’inhumer). Ensuite, Dionysos doit combattre l’armée
indienne après avoir franchi les plaines de Phrygie. Or, une population antique
d’Anatolie orientale, les Hourrites, s’exprimait dans une langue agglutinante,
non indo-européenne et non sémitique. De plus, lorsque Nonnos décrit ces
Indiens, il souligne leurs cheveux crépus. On parle déjà de deux caractéristiques
des Dravidiens (Inde méridionale et Pakistan).
Du point de vue de la génétique des populations, les Dravidiens appartiennent à la
lignée paternelle (chromosome Y) dite « L ». L’article Wikipédia sur les Dravidiens
présente sa répartition actuelle sur la planète.
Certes, les migrations ne manquent pas depuis les progrès maritimes et aériens.
Cela dit, en quoi rallier le Pakistan actuel et le Moyen-Orient (puis l’Anatolie
orientale) représentait-il une difficulté il y a cinq ou six mille ans ? À ce jour,
l’archéologie n’identifie aucune organisation étatique avant l’avènement de
l’écriture (Sumer, Égypte, Harappa, etc.). « À ce jour ».
Pour revenir au récit, un certain Astraïs dirige l’armée indienne, conseillé par
Mélanée, Indien aux cheveux crépus. Sur le premier personnage, le texte ajoute
une précision : chef guerrier du pays. Cela sous-entendrait que le second ne réside
pas dans ce pays, voire qu’il représente une plus haute autorité.
Le terme français « mélané » vient du grec ancien mélas, mélanos : « noir ». En
clair, le conseiller d’Astraïs portait un autre nom (imprononçable ?) et le récit se
contenterait donc d’un surnom.
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Bientôt de toutes parts les Indiens tombent en grand nombre sous
le fer des Curètes, à la naissance du lac Astacide.
Dans la mythologie grecque, ces Curètes forment un groupe de dieux mineurs
crétois. En fait, Diodore de Sicile les décrivait comme une des populations natives
de la Crète. Ils profitèrent de l’apport du fer sur leur île pour mener des incursions
sur le continent. On peut rappeler que l’usage de ce métal procurait un avantage
militaire sur les armes en bronze.
Le lac Astacide reste inconnu. Cela dit, il se situait entre les plaines de Phrygie et
la future cité de Nicée (actuelle İznik en Turquie). La proximité du lac d’İznik (et
son ancien nom Ascanion) relève-t-elle du hasard ?
Nonnos suggère donc que l’âge du fer commença bien plus tôt. À ce sujet, Diodore
de Sicile précise que les Curètes héritèrent du savoir-faire de forgerons réfugiés sur
l’île de Crête et originaires d’Asie. Pour l’adoption de ce métal, l’archéologie
confirme cette origine géographique mais aucune datation ne remonte au-delà du
12e siècle avant notre ère. Cela dit, elle détient déjà des indices plus anciens en
Afrique… centrale.
Un grand nombre de combattants périt. La terre altérée
rougissait tout autour imprégnée de carnage, et le détroit du lac
Astacide murmurait sous des flots teints du sang des Indiens.
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Chants 15 à 17
Relief avec des guerriers dansant | Photographe : Rabax63 | Licence : Attribution —
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À l’appel de leur chef vaincu, ses congénères (civils ?) accourent en foule pour
découvrir un nouveau breuvage (celui des vainqueurs) : le vin. Ensuite, ils
s’enivrent jusqu’à la déraison (pour certains).
D’autres, transportés par ces fumées qui égarent l’esprit, imitent les Corybantes
de l’armée de Dionysos. La mythologie grecque les considère comme des danseurs
coiffés d’un casque qui célèbrent Cybèle, un personnage phrygien, fille supposée
du « père des dieux ».
Ensuite, Dionysos exige qu’ils se soumettent au culte de Rhéa (évidemment) et
qu’ils deviennent ses esclaves. Cela souligne l’immense percée « civilisatrice » de
cet idiot utile.
Ainsi s’achève le chant 15.
Ensuite, il s’adresse à Nicée, fille de Cybèle, et l’invite à ce qui va suivre.
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Que si la passion des combats t’enflamme, comme une Amazone
amie de la gloire, viens à la guerre des Indes.
On apprend donc que la supposée petite-fille du « père des dieux » se résume à une
guerrière. Dionysos lui propose même le poste de « Pitho » dans son conseil et de
« Pathas » sur le champ de bataille. Les étymologies de ces deux termes se perdent
dans la nuit des temps car même le grec ancien (pithos, pathos) reste en échec.
Ainsi s’achève le chant 16.
Bacchus [Dionysos], passant d’une province à l’autre, arriva
dans la plaine voisine d’Alybe, qu’enrichit le Geudis en roulant
auprès d’elle le courant de ses ondes opulentes ; car ses flots
blanchissent sous l’argent qu’il détache des profondeurs du sol.
On ne comprend pas pourquoi certains chants utilisent le nom latin de Dionysos :
Bacchus. Nonnos rédige en grec : traduit-il un texte latin ?
Homère mentionne l’Alybé, terre des Halizônes. Deux thèses s’affrontent sur la
situation géographique : Asie Mineure ou Ibérie (Espagne actuelle). On oublie un
peu vite l’Ibérie antique du Caucase. En fait, Strabon assimilait les Halizônes aux
Chalybes-Chaldéens (?) riverains de la mer Noire (Persée, page 68).
Ensuite Bacchus, laissant en arrière le pasteur et les penchants
incultes des forêts, atteint bientôt une autre tribu d’Indiens qui
vit dans les montagnes.
Si l’on parle des massifs volcaniques englacés du Caucase, son armée semble
équipée pour les climats rudes. Pourtant, le récit du combat contre ces
montagnards évoque une chaleur qui oblige les protagonistes à se désaltérer. Les
Bassarides combattent en première ligne. De ce fait, un guerrier adverse se moque
de Dionysos.
Toi qui opposes une armée de femmes à mes troupes, combats, si
tu le peux, avec ton thyrse efféminé.
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Le thyrse désigne un sceptre ou une tige de férule (une plante). Dans le cas de
Dyonysos, on parle d’une tige. Pour le reste, l’Indien ne manque pas d’aplomb.
Ensuite, le récit confirme que la bataille se déroule dans une contrée voisine du
Caucase. Il précise également que du fer (ou de l’airain) couvre le corps des soldats
indiens et que ces derniers utilisent des javelots. Par la suite, Dionysos, énervé, tue
l’impertinent en combat singulier.
C’est alors que Blémys, à la tête crépue, chef des Indiens de
l’Érythrée, s’avance tenant en main le rameau pacifique et
suppliant de l’olivier.
Marcellus apporte un commentaire.
Blémys est le chef des Blemmyes que Nonnos fait remonter à une
souche asiatique. Strabon les place aussi à la limite de l’Égypte,
et Zosime (liv. I, ch. 71), auprès de la Thébaïde.
Une question se pose : pourquoi le chef (basé en Égypte) des Indiens éthiopiens se
trouve-t-il dans le Caucase ? De nos jours, 1300 nautiques séparent le port égyptien
d’Alexandrie et le port géorgien de Batoumi. À une vitesse moyenne antique de
cinq nœuds, on parle de onze jours de navigation. Pour des Phéniciens de l’an 1000
avant notre ère, on parle d’un itinéraire standard. Pour des Egyptiens-Ethiopiens
de l’an 3000, on tombe des nues. Cela dit, la métallurgie extractive au Sud Caucase
date de l’an 5000 (ArchéOrient). Comment peut-on développer aussi tôt de telles
techniques sans apports et sans débouchés extérieurs ? De plus, on parle
d’extraction (montagneuse) de cuivre dont les alliages antiques portaient un nom
générique : le bronze.
Que savons-nous vraiment de notre protohistoire ?
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Chants 18 à 20
D’anciens murs de la cité d’Assur | Photographe : Fakhri Mahmood | Licence :
Attribution — Partage dans les mêmes conditions 4.0 International
Mais déjà, portée sur ses ailes rapides, la Renommée aux mille
bouches volait par toute la ligne des villes assyriennes pour y
publier le nom de Bacchus chargé de guirlandes, la grande
guerre des Indes, et l’arbuste au noble fruit.
Si l’on s’abstrait du lyrisme de cette citation, la victoire de Dionysos dans une
contrée voisine du Caucase ébranle les villes assyriennes. Or, la cité d’Assur
(fondation de la future Assyrie) n’apparait qu’au second millénaire avant notre ère.
On attire donc encore l’attention sur la manie des narrateurs à adapter les noms
géographiques (à leurs époques respectives). La naissance de l’Assyrie s’appuiera
sur deux fondations : une cité-État très ancienne (Assur, de culture inconnue) et
une culture nomade amorrite (et donc sémitique).
Cette ancienne cité portait un autre nom avant l’arrivée des Amorrites car
l’étymologie d’Assur laisse peu de place au doute. Cela dit, le récit de Nonnos parle
de plusieurs cités sur le futur territoire assyrien.
Un souverain local, Staphyle, rend visite à Dionysos. On cite le commentaire de
Marcellus sur ce personnage.
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Le roi Staphyle figure parmi les souverains de l’Assyrie, si l’on en
croit le chronographe Syncelle, qui le nomme aussi Anebus, ce
qui, en hébreu, signifierait également la grappe (p. 292).
Servius, dans son commentaire du huitième chant des
Géorgiques, parle d’un Staphyle, inventeur du raisin, qui était
berger chez le roi Œnée (le vineux). D’autres mythologues ont
fait de Staphyle le fils de Bacchus et d’Ariadne. (Apollod., liv. I).
On a donc le choix entre un Assyrien (alors que l’Assyrie n’existe pas encore), un
inventeur du raisin (alors que Dionysos boit du vin depuis le premier chant) ou un
berger avec ses entrées chez Œnée (un souverain de Calydon, Grèce).
L’étymologie de Staphyle pourrait dériver d’une racine proto-Indo-européenne
(être raide, poteau) ou sanscrit (pilier). Cela dit, on parle peut-être d’un terme
prégrec apparenté au futur grec stémphula (grappe d’olives ou de raisons
pressées). Nous pensons que des narrateurs modifièrent le nom initial pour la
rapprocher d’un terme de leur langage (qui précéda le grec ancien).
Ce Staphyle adresse une requête à Dionysos.
Montrez que vous êtes du sang de Jupiter. Enfant encore, et à
peine adolescent, votre père sut chasser de l’Olympe les Titans,
fils de la Terre ; hâtez-vous d’exterminer la race insolente des
Indiens, fils de la Terre aussi. Je n’ai pas oublié un certain récit
que fit jadis à mon père, mon aïeul Bélus l’Assyrien, roi de ce
pays.
On peut donc affirmer sans se tromper que ce Staphyle n’appartient pas à la société
indienne. Par contre, Bélus « l’Assyrien » respire la duperie de narrateurs. Dans
l’Antiquité, il restait un personnage mineur comparé au Bélos de Tyr ou au Bélos
d’Afrique (Libye). Nous miserions sur ce dernier, fils de Poséidon. Nous citons un
passage de notre essai Nysa.
Ces prêtres égyptiens ne s’arrêtaient pas en si bon chemin. Selon
eux, un natif de Libye (Afrique) engendré par Poséidon
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(Neptune), Bélus, fonda une colonie sur le territoire de la future
Babylone antique.
Donc, on ne peut plus être surpris de la présence d’un de ses descendants sur le
futur territoire assyrien.
Staphyle apporte à Dionysos une précision surprenante.
Car ces Indiens ennemis, que vous allez moissonner, sont nés des
sillons aussi. Vos labeurs ici sont les mêmes, puisque Indos, le
chef primitif d’où les Indiens tirent leur origine, était un géant,
muni de bras immenses, que votre père précipita des premiers
rangs de l’année de Saturne.
La mythologie (et la géographie) ne connaissent que le fleuve Indus. En sanscrit et
en tibétain, ce fleuve s’appelle Sindhu, en référence à la population du Sindh
(province de l’actuel Pakistan). Ce nom dériverait du dravidien Cintu et désigne un
dattier. Alexandre, après sa conquête du Sindh, renomma le fleuve : Indos.
Si Zeus, le père de Dionysos, affronta un personnage de la tradition dravidienne,
le récit ne permet pas d’identifier ce Dravidien. Cela dit, nous miserions sur Indra.
Selon le Rig Veda (2, 17, 6), Indra est le fils de Tvașțar à qui il
ressemble pour certains traits. Source : Wikipédia
On peut préciser la lignée de cet Indra : son père Tvashtri (un « inventeur » des
arts et des techniques) et sa grand-mère Aditi (une « déesse mère » sans
ascendance connue). Cette dernière s’accoupla au rishi Kashyapa et fonda le clan
des Adityas. Selon les traditions, il compte sept, huit ou douze membres. Ce dernier
nombre rappelle celui des Olympiens. Nous soupçonnons une concurrence entre
ces deux clans en Asie (contrôle de populations, de ressources, etc.). À ce sujet, le
fait que l’armée de Dionysos s’intéresse à des mines du Caucase peut difficilement
relever du hasard.
Ainsi s’achève le chant 18.
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Du point de vue de l’expédition, les chants 19 et 20 présentent peu d’intérêt.
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Chants 21 à 23
Le Grand Stupa de Taxila | Photographe : Sasha Isachenko | Licence : Attribution —
Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé
Mais, tandis que le dieu partageait les festins de la table
maritime, son rapide ambassadeur avait traversé les montagnes
du Caucase, et arrivait dans la cité des Indiens. (…) Les noirs
Indiens le suivirent en s’en moquant jusqu’à ce qu’il fût proche de
l’endroit où le gigantesque Dériade, le chef de ces peuples, assis
sur un trône à deux faces, dirigeait la marche solide de ses
monstrueux éléphants.
Dionysos délègue une ambassade dans « la » cité des Indiens. Ces derniers se
moquent allègrement de l’ambassadeur. Cela dit, comme deux armées indiennes
connurent déjà deux sorts tragiques, on ne comprend pas l’absence de méfiance de
ces populations.
Selon la tradition, Hydaspe et Astris engendrèrent ce Dériade. Le nom de sa mère
rappelle celui du chef indien vaincu en Anatolie : Astraïs. Son père donna son nom
à un « fleuve » (une rivière du Pakistan ?).
Évidemment, Dériade refuse de prêter allégeance à Dionysos. Les préparatifs de ce
dernier intègrent deux nouveautés.
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Il fait appel aux Rhadamanes nomades, chassés jadis de la
Crète par Minos, et maintenant établis dans la plaine de
l’Arabie. Par les conseils de Cybèle, il les invite à construire des
vaisseaux pour attaquer les Indiens par mer.
On sait qu’Alexandre passa par l’Afghanistan pour atteindre le Pakistan actuel
mais la rudesse du climat lui coûta des effectifs. Curieusement, bien des siècles
plus tôt, Dionysos opta pour une solution moins risquée.
Les Rhadamanes pourraient revendiquer l’ascendance du crétois Rhadamante,
frère de Minos. Par contre, la tradition semble ignorer la brouille entre ces deux
frères.
Dériade rassemble de son côté les troupes nombreuses des
Indiens ; puis il détache une partie de ses forces sur la rive
opposée du fleuve, et met tout son espoir dans le stratagème de
ses guerriers vêtus de fer. Ces troupes s’embarquent sur des
vaisseaux et passent l’Hydaspe à l’aide de leurs rames. L’armée
indienne se trouve ainsi divisée en deux ailes, sur la double rive
du fleuve chargé d’armes : Thourée dans la direction du
Zéphyre, et Dériade sur l’autre bord du côté du brûlant Euros.
Marcellus précise que Thourée se résume à un surnom : l’impétueux.
Dériade opte pour un combat d’embuscade (avec deux armées) sur les rives de
l’Hydaspe. On note que Dionysos ne peut pas construire des bateaux près de
rivages d’Arabie sans que l’Indien le sache. Enfin, comment ce dernier sait-il que
Dionysos remontera l’Hydaspe, un sous-affluent de l’Indus (si l’on parle de
l’actuelle Jhelum) ? On pense donc ce sous-affluent permet de se rapprocher ou
d’accéder à « la » cité des Indiens.
Le site de Taxila devient un candidat. Il abrite les vestiges de trois villes antiques
successives.
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Darius Ier intègre Taxila à l’Empire achéménide en -518 par ses
campagnes militaires de cette année, l’armée impériale traverse
le Caucase indien et fixe la nouvelle frontière au Jhelum après
avoir soumis les petits royaumes locaux. Source : Wikipédia
Donc, à une époque plus récente, une partie du Caucase restait « indienne ».
Ainsi s’achève le chant 21.
Dans un premier temps, à la vue des forces de Dionysos, une armée indienne prend
peur mais retrouve ses esprits. Les armées indiennes (toujours embusquées)
décident d’attaquer pendant le repas (sur les rives ?). Or, un évènement survient.
Le père des dieux a déjoué les projets perfides des Indiens, et
suspendu leur attaque à la fin du jour par les mugissements de
son tonnerre. Un orage qui retentit au loin verse la pluie pendant
toute la nuit.
De ce fait, les armées indiennes fondent sur les forces de Dionysos dès l’aurore.
Comme l’environnement forestier ne permet pas de se placer en ordre de bataille,
Dionysos retraite en direction d’une plaine. Le récit attire l’attention sur des
prouesses d’un souverain thrace : Œagre. À son sujet, le récit bat des records de
lyrisme mais ses manœuvres facilitent la retraite.
On devine la suite : la plaine rougit du sang des Indiens. Pire, les Indiens désarmés
ne seront pas épargnés.
Ainsi d’achève le chant 22.
À la vue d’un tel massacre, le chef Thourée se donne la mort. Ensuite, le récit attire
l’attention sur la déclaration d’un guerrier indien.
Père, d’où vient que vous engloutissez vos enfants ? J’ai souvent
fait la guerre aux Bactriens, mais je n’y vis jamais l’Araxe de
Médie faire périr l’armée des Mèdes. L’Euphrate Persique ne
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
P a g e | 18
submerge pas le Perse, son voisin. J’ai maintes fois combattu
sous le Taurus, mais jamais dans la bataille, le Cydnus n’a fait de
son sein le tombeau des guerriers de la Cilicie.
On peut parier sur un ajout de narrateurs pour deux raisons. Tout d’abord, cette
déclaration évoque des évènements bien plus récents que la bataille qui vient de
s’achever. Ensuite, on doute qu’un « scribe » capturât une telle déclaration sur un
champ de bataille. L’imagination des narrateurs n’envisageait pas qu’un jour leurs
ajouts décrédibiliseraient leur œuvre de mémoire.
Enfin, dans ce chant, le souverain indien Dériade reste aux abonnés absents.
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
P a g e | 19
Chants 24 à 26
Figurine en terre cuite d’Omphale | Musée archéologique de Paphos (Chypre) |
Photographe : Arjuno3 | Licence : Attribution 4.0 International
Dans ce chant, le texte désigne le père de Dériade : l’Hydaspe. On apprend donc
qu’en plus du nom du fleuve, ce terme couvre un titre. Pour son fils, il implore le
pardon de Dionysos car il avoue l’avoir encouragé à guerroyer. Enfin, un élément
de sa tirade surprend.
Récompensez en moi l’onde du Lamos qui vous a nourri, et
souvenez-vous de votre pays la Méonie.
Homère désignait la Lydie antique sous le nom de Méonie. Les premiers dirigeants
des Méoniens se nommaient les Atyades (en référence à leur fondateur, Atys ?).
Les Héraclides puis les Mermnades leur succédèrent. Le souverain indien connait
donc le pays de naissance de Dionysos.
Quant à Lamos, la tradition le connait soit comme fils de Poséidon, soit comme fils
d’Héraclès (lui-même fils de Zeus) et d’Omphale (une souveraine de Lydie). On
tombe des nues : le père de l’Indien Dériade soutient sa propre ascendance
méonienne (et donc, africaine).
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
P a g e | 20
Cela dit, pendant ce temps, Dériade incite les Indiens à reprendre le combat. Au
début, on parlait de deux armées indiennes. De toute évidence, l’une reste intacte.
Dans la foulée, le récit s’égare : Thourée (qui se donna la mort dans le chant
précédent) rapporte la défaite de l’autre armée. On peut donc proposer qu’un
narrateur s’offrît un peu de lyrisme supplémentaire en mettant en scène un suicide
imaginaire.
Dans son rapport, Thourée s’adresse à Dériade de cette façon : Roi Dériade, divin
rejeton de Bellone. On parle d’Ényo, une guerrière mythique associée à Arès et
originaire d’Anatolie. La mythologie de cette région l’appelle « Ma ». Thourée
utilise-t-il le terme « rejeton » au figuré ou au sens propre ? Même dans le premier
cas, pourquoi associe-t-il son souverain à une tradition anatolienne ?
De notre point de vue, à une époque aussi reculée, le monde semble déjà petit.
Finalement, Dériade retraite. La cité des Indiens apprend la nouvelle et le deuil
s’installe. Du côté des forces de Dionysos, l’esprit revient à la fête et le vin coule à
flots. Le récit précise même que faute de soldats (à jeun), les panthères, les lions et
les chiens de chasse de l’armée montent la garde (nocturne).
Ainsi s’achève le chant 24.
Le chant 25 reste essentiellement un hymne au vainqueur. On peut noter une
tirade d’un Lydien, Attis, qui s’adresse à Dionysos.
Mais, au déclin de cette septième année, vous allez pénétrer dans
la capitale des Indiens.
On apprend donc que l’expédition dure depuis sept ans et qu’un guerrier
encourage Dionysos à prendre la capitale adverse.
Ainsi s’achève le chant 25.
Dériade confie son armée à un certain Stassanor (un nom encore plus récent que
le récit).
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
P a g e | 21
Les Indiens aux idiomes variés les suivent. Ce sont les habitants
de la ville du Soleil, Æthré aux pompeux édifices, fondée sur une
plaine sans nuages.
On apprend que les Indiens ne parlent pas tous la même langue et qu’ils résident
dans une ville du Soleil (à l’abri des nuages). On pense à la future cité du soleil de
l’Inde : Jodhpur. Elle bénéficiait d’un ensoleillement exceptionnel et elle pourrait
être bâtie sur un site plus ancien.
Dériade reçoit des renforts. On en cite trois.
Puis viennent les Sibes, la population d’Hydarque, et la troupe
qui a quitté la ville de Carminne ; Coltare les commande avec
Astraïs, le chef des Indiens, tous les deux fils de Logas, et honorés
de Dériade.
Pour les Sibes, Marcellus apporte une précision.
Les Sibes passaient, chez les Grecs, pour être les descendants des
soldats malades que l’armée d’Hercule avait laissés dans l’Inde
après elle.
On parle d’Alcide surnommé Héraclès (Hercule en latin) dans la mythologie
grecque. On apprend donc que l’expédition de Dionysos fait suite à une autre
(moins en réussite, semble-t-il).
Toujours selon Marcellus, le pays d’Hydarque est le même que l’Hydraque de
Strabon (livre XV). On cite donc ce dernier.
Suivant lui aussi, les Perses, qui faisaient venir les Hydraques de
l’Inde pour les employer comme mercenaires dans leurs armées,
n’auraient jamais envahi le territoire indien et n’auraient fait
qu’en approcher lors de l’expédition de Cyrus contre Ies
Massagètes.
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
P a g e | 22
Enfin, concernant la cité de Carmine, Marcellus précise qu’elle marquait la
frontière entre la Perse (apparue plus tard dans l’Histoire) et l’Inde. Il ajoute
qu’elle s’étendait jusqu’aux bouches de l’Indus.
Concernant l’Indus, Pline apportait une précision (Persée, page 266) :
l’embouchure de l’Indus abrite deux îles : Prasiane et Patalé. Cette dernière joua
un rôle crucial lors de la campagne d’Alexandre le Grand en tant que port et centre
commercial stratégique de l’Inde antique. Patalé (Patala) succéda-t-elle à
Carmine ?
De toute évidence, le nord-ouest de l’Inde s’inquiète des succès militaires de
Dionysos et se regroupe autour du souverain Dériade. Dans un autre registre, un
élément transparait dans le récit : ses narrateurs et auteurs successifs ne semblent
pas conscients de l’immensité du sous-continent indien. Ils considèrent même la
cité de Dériade (excentrée sur le territoire actuel du Pakistan) comme une capitale.
Cela dit, le récit évoque tout de même une autre cité : celle du soleil.
Une troisième armée indienne se forme à l’embouchure de l’Indus. Parmi les
autres renforts reçus par Dériade, on n’omettra pas de citer des Éthiopiens (…),
des Saces et des Bactriens. En résumé, même la corne de l’Afrique et l’Asie centrale
se mobilisent.
Comment un souverain indien peut-il recevoir autant de renforts en si peu de
temps ? S’il savait pour la fabrication (par Dionysos) de navires sur les rivages de
l’Arabie et pour la destination de cette nouvelle flotte (l’Indus), ceux qui
commerçaient sur ce fleuve le savaient aussi. On pense donc que Dériade multiplia
les ambassades avant même que la flotte de Dionysos ne lève l’ancre.
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
P a g e | 23
Chants 27 à 40
Vue des ruines du Serapeum à Alexandrie | Photographe : Daniel Mayer | Licence :
Attribution 4.0 International
Dans ce dernier chapitre, nous nous contenterons de référencer les chants 27 à 40
et de résumer leurs titres d’origine. Comme nous connaissons maintenant les
pièges à éviter pour l’analyse d’un texte ancien (et lyrique de surcroit), le lecteur
intéressé saura interpréter ces chants dans une perspective historique.
On résume donc les quatorze chants en question :
 Chant 27 : Le vingt-septième livre déploie les phalanges des armées
 Chant 28 : La brûlante attaque des Cyclopes
 Chant 29 : Mars s’éloigne du combat pour surveiller Vénus
 Chant 30 : Eurymédon envoie aux enfers Tectaphe
 Chant 31 : Junon excite le Sommeil qu’elle gagne contre Jupiter
 Chant 32 : Les combats, l’union de Jupiter
 Chant 33 : L’impétueux Éros dompte Morrhée
 Chant 34 : Les bacchantes dans l’enceinte des tours [de la cité indienne]
 Chant 35 : La fuite des Bassarides, et le combat des femmes
 Chant 36 : Bacchus dégagé de sa frénésie, lutte contre Dériade
 Chant 37 : Les guerriers athlètes, et les récompenses de la lutte
 Chant 38 : Le destin de Phaéton le malheureux cocher
 Chant 39 : Après la bataille navale, Dériade [fuit]
 Chant 40 : La mort du chef des Indiens
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
P a g e | 24
On l’aura compris : cela finit mal pour l’armée indienne.
Après avoir ainsi réparti à son armée le butin des batailles, fruit
de la guerre, Bacchus renvoie toutes les troupes auxiliaires dans
leurs foyers.
Avec le reste de ses troupes, Dionysos prend la direction de Tyr (actuel Liban). Cela
suppose qu’à l’époque, on pouvait encore accéder à la Méditerranée par la mer
Rouge (le Lebor Gabála Érenn irlandais décrit cet accès). Enfin, comme il s’agit
d’un récit de « propagande », on peut déduire que ses effectifs très amoindris ne
permettaient plus de poursuivre l’expédition. Enfin, la présence d’une armée
indienne à l’embouchure de l’Indus détenait le potentiel pour transformer le retour
en cauchemar.
Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde
P a g e | 25
Conclusion
Sur les épopées d’Héraclès et de Dionysos, Strabon apporte un point de vue dans
son livre XV (paragraphe 6).
Ajoutons que la double conquête d’Hercule et de Bacchus, admise
comme vraie par Mégasthène et un petit nombre d’écrivains,
est répudiée elle-même par la plupart des historiens
(Eratosthène tout le premier), qui la qualifient d’absurde et de
fabuleuse et l’assimilent à tant d’autres fictions que le culte de ces
deux divinités a accréditées parmi les Grecs.
Mégasthène cumulait les métiers de diplomate, d’historien et de géographe. Il
naquit en Grèce antique, vers 340 avant notre ère. Il laisse l’une des plus anciennes
descriptions de l’Inde. Eratosthène soutient la comparaison : astronome,
géographe, philosophe et mathématicien. Il naquit à Cyrène (actuelle Libye)
quelques décennies plus tard. Cela dit, il ne s’intéressa jamais à l’Inde. Nous
soutenons le point de vue de Mégasthène car ce dernier y résida.
Il réside à la cour maurya, à Pataliputra (Patna), et rédige un
rapport détaillé en quatre volumes, Indica, aujourd’hui perdu,
mais connu partiellement par des citations d’auteurs grecs et
latins comme Arrien ou Diodore de Sicile. Ce document constitue
la première description de l’Inde par un étranger. Source :
Wikipédia

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Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde

  • 3. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde Licence : Attribution 4.0 International (CC BY 4.0) Autoéditeur : carioulibrairie.wordpress.com Publication : 2025 | première édition Du même auteur : 1. Scythia : L'étonnante Histoire de l'antique Irlande 2. Brittia : L’Histoire méconnue des Bretons 3. Keltia : L’étrange Histoire des Celtes 4. Nâga : L'Histoire de la population nâga 5. Maya : L’Histoire de la population maya 6. Luzia : L’Histoire ancienne du Nouveau Continent 7. Gaia : La Préhistoire revisitée 8. Koya : Les indices de la "génohistoire" 9. Sela : Des témoignages historiques surréels 10. Troia : L’Histoire de la Nouvelle-Troie 11. India : Les origines de l’Inde 12. Namaka : Les origines des peuples antiques 13. Europa : Les origines des Européens 14. Brittia II : Du Kalimantan à la Bretagne 15. NRYN : L’origine inconnue de notre humanité 16. Scythia: The Amazing Origins of Ancient Ireland 17. Ibéria : L’énigme proto-ibère 18. Furia : Les deux guerres mondiales décodées 19. Tè Ra : Quand l’Histoire dépasse la fiction 20. Origins of the Celts (sous le pseudonyme Cryfris Llydaweg) 21. Futuria : Le futur proche décodé 22. Edda : Le "space opera" norrois 23. Atlantia : L'énigme proto-atlante 24. Nysa : La première conquête 25. Druidéa : Des origines insolites de la culture celte 26. Amunet : Des origines obscures de l’Egypte antique 27. Ĕlāhā : Evolution ou évolution créative ? 28. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde Autres essais : o Napoléon B. L'interview o de Mirepoix. L’interview o Europe antique. Un glossaire o Ancient Europe. A glossary
  • 4. o Leabar Gabala. La suite o J. Churchward. Un glossaire o Anna Vreizh. L’interview
  • 5. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 1 Introduction Nonnos de Panopolis est un poète grec né à Panopolis en Égypte, ayant vécu de la fin du IVe jusqu’au milieu du Ve siècle. […] On sait très peu de choses sur la vie de Nonnos. […] Il est l’auteur des Dionysiaques, un recueil épique en deux groupes de 24 chants sur les légendes liées à Dionysos. Source : Wikipédia Lodoïs de Martin du Tyrac de Marcellus traduisit ces 48 chants et les publia en 1856. Dans son introduction, il tente d’identifier (sans succès) l’auteur des Dionysiaques parmi des auteurs de l’époque nommés Nonnos, Nennius, etc. Par contre, il avance la chose suivante. Nonnos, on peut le soupçonner à sa vaste érudition, fut très probablement élevé à Alexandrie, à l’ombre du Muséum primitif, au sein de cette bibliothèque du Sérapéon, fondée par Marc-Antoine, que des mains barbares allaient bientôt outrager. Dans ce cas, Nonnos ne se priva pas de consulter des manuscrits de la plus prestigieuse bibliothèque de son époque. Certains de ces manuscrits pouvaient transcrire des légendes orales (chantées ?) sur Dionysos. Ce dernier semblait conserver en Basse-Égypte une certaine popularité. Dans la mythologie romaine, il devint Bacchus, le dieu du vin. Après lecture de ces chants, nous pensons qu’il dissimule une épopée historique. De plus, au second degré, nous ne distinguons pas la moindre présence d’une divinité tant la nature humaine de Dionysos (et des membres de son clan) transparait. En fait, l’élément le plus étrange du récit ne se limite pas à notre « lecture anthropomorphique ». Il se trouve au chant 17. C’est alors que Blémys, à la tête crépue, chef des Indiens de l’Érythrée, s’avance tenant en main le rameau pacifique et suppliant de l’olivier ; il incline ses genoux soumis devant le
  • 6. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 2 vainqueur des Indiens. (…) Blémys se rendit promptement aux sept embouchures du Nil, pour y devenir le roi des Éthiopiens, dont il avait la couleur ; et le sol de Méroé, couvert de moissons perpétuelles, reconnut les lois de ce chef qui devait laisser aussi son nom aux Blemmyes à venir. Les Blemmyes apparaissent dans l’Histoire sous la forme d’une population nubienne. Cette dernière prend le contrôle de la province romaine du Dodekashoinos au sud de l’Égypte au milieu du IVe siècle. Bien plus tôt, Méroé devint la capitale du royaume de Koush qui se développa à partir du milieu du 3e millénaire avant notre ère. Le Nil se jette dans la méditerranée par deux embouchures (actuellement) mais il en comptait sept durant l’Antiquité. Enfin, l’Érythrée désignait (à l’époque) l’Éthiopie antique. Dans le contexte, Dionysos venait de soumettre la cité antique de Blémys. Pour l’instant, l’archéologie tient deux candidats pour la situation géographique de cette cité : Thônis-Héracléion (près d’une embouchure du Nil) et Djenné-Djeno (Mali actuel). Comme l’armée de Dionysos revenait d’une expédition au Moyen-Orient, on peut miser sur le premier candidat. On résume : Dionysos donne le Nil (jusqu’à l’Éthiopie) à un Indien (des Indes) qui « avait la couleur » des Éthiopiens. Les mythographes passent à côté de ce texte depuis quinze siècles car ils n’imaginent pas l’Égypte sans pharaons. Effectivement, les chants n’évoquent pas la moindre dynastie pharaonique. Pourquoi ? Les faits pourraient s’avérer plus anciens que la première… dynastie. Nous posons donc l’hypothèse que Nonnos nous transmit la plus ancienne épopée historique de la bibliothèque d’Alexandrie.
  • 7. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 3 Chant 14 Iris, lécythe attique peint en couleurs superposées | Provenance : Tanagra | Crédit : Purchase Hoffmann, 1876 | Photographe : Marie-Lan Nguyen, 2010 | Licence : Attribution 3.0 non transposée Les chants précédents présentent peu d’intérêt pour l’épopée mais le treizième contient le motif de l’expédition de Dionysos en Asie. Bientôt le père des dieux détache Iris vers les crèches divines de Rhéa ; elle doit annoncer au belliqueux Bacchus qu’il chassera d’Asie avec son thyrse vengeur la race orgueilleuse de ces Indiens à qui la justice est inconnue. La mythologie grecque comprend cinq « divinités » dites primordiales : Érèbe, Éros, Gaïa, Nyx et Tartare. Par son père, Iris est une descendante d’Érèbe et par sa mère, une descendante d’Ouranos, contemporain du « club » des cinq. Nonnos ne précise pas l’identité du « père » (des dieux) de l’époque mais les cinq ne comptent que trois mâles : Érèbe, Éros et Tartare. On peut écarter Éros qui ne possède pas le profil d’un va-t’en guerre. On peut retenir Érèbe pour son ascendance sur Iris. Le récit affirme que des colons des Indes occupaient des régions en Asie Mineure et au Moyen-Orient. Il reste une question : pourquoi Érèbe se lance-t-il dans une compagne militaire contre eux ? Apparemment, il ne supporte plus l’orgueil de
  • 8. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 4 cette population qui selon le récit ne connait pas la « justice ». On pense surtout que ce supposé dieu ne contrôle pas une population qui gagne du terrain. Comme notre lecture n’identifie aucune divinité dans ce récit, nous utiliserons le terme « personnage » pour désigner un dieu. Quitte à paraitre impertinent, la lecture mythologique qui prime encore à notre époque relève (dans le meilleur des cas) de la naïveté. À ce sujet, le « club » des cinq et Ouranos restent sans ascendance connue car ils émergèrent du « Chaos ». Le nom Chaos (en grec ancien Kháos), littéralement « Faille, Béance », du verbe khaínô, « béer, être grand ouvert ». Source : Wikipédia Pourrait-on considérer (pour une fois) une synonymie entre le chaos (de l’ancien grec) et le cosmos (actuel) ? Nous ne développerons pas l’idée car elle induit que l’univers abrite d’autres résidents que nous. Enfin, si l’univers ne se limite pas à une seule humanité (sur Terre), pourquoi notre biosphère n’attirait-elle pas l’attention de visiteurs ? Nous reprenons maintenant le cours du chant 14. Il commence par détailler les effectifs de l’armée de Dionysos. Cela permet de passer en revue des mythes de la Grèce antique. Un seul attire notre attention : les Ménades. La tradition les connait comme égéries de Dionysos. Or, le récit les présente comme une caste guerrière qui inclut le clan des Bassarides. La Lydie (Asie Mineure actuelle) reste leur terre natale. Dans notre essai Nysa, nous écrivions : Ensuite, Myrine se rendit en Égypte et se lia d’amitié avec Horus, le fils d’Isis, qui gouvernait alors le pays. Diodore ne propose pas de datation mais ces évènements demeurent antérieurs à la première dynastie égyptienne. Depuis l’Égypte, elle lança une attaque sur la péninsule arabique et s’appropria la Syrie. Elle « dompta » même des populations du mont Taurus (Turquie actuelle). Elle entra dans la grande Phrygie et termina son expédition sur les rives du fleuve Caïque (Turquie actuelle).
  • 9. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 5 Myrine reste l’amazone la plus populaire de la tradition grecque. Cette dernière souligne son installation en Phrygie, voisine de la Lydie. Un voisinage entre des Amazones phrygiennes et des Ménades lydiennes relève-t-il du hasard ? Pour revenir au récit de Nonnos, Rhéa fixe l’objectif de l’expédition de Dionysos : l’extermination des Indiens. Cela souligne la « maturité » d’une prétendue divinité. Elle reste la fille d’Ouranos et d’une personne « primordiale », tous deux issus du Chaos. Non contente d’avoir vu le jour sur Terre, elle y sème un vrai chaos. L’expédition débute en Asie Mineure et une armée indienne se présente devant celle de Dionysos. Le dieu, assis sur son char habilement dirigé, dépasse le fleuve Sangaris, les plaines de Phrygie et le rocher plaintif de Niobé. Le fleuve Sangaris correspondrait au fleuve Sakarya. Ce nom réfère à un des vingt- cinq enfants d’Océan et de Téthys. On ne présente plus la Phrygie (à l’ouest de l’Asie Mineure). Selon Hérodote, sa fondation précéda de peu la guerre de Troie et impliqua une population, les Briges, venue de Thrace et originaire d’Illyrie (un territoire similaire à celui de l’ex-Yougoslavie). Le récit de Nonnos indique que ce territoire pourrait revendiquer une plus grande antériorité. De ce fait, on doit aborder un des problèmes auxquels se confrontent les mythographes. Avant l’écriture, la transmission restait orale sous forme de poèmes ou de chants pour faciliter la mémorisation. Or, au fil du temps, les narrateurs adaptaient les noms géographiques (à leurs époques respectives) pour conserver l’attention du public. Hérodote ne se trompe pas sur le lien Phrygie-Briges mais des montagnards d’Illyrie ne peuvent revendiquer la fondation d’une culture et d’une architecture qu’ils se contentèrent de confisquer. Par exemple, l’archéologie sait que ces Briges profitèrent du déclin de la société hittite. Cette dernière profita elle aussi du déclin d’une société précédente qui utilisait l’écriture cunéiforme. Nous parlons de la cité de Kanesh. Etc. Si l’épopée relatée par Nonnos s’avère réelle, la dénomination de la société « protophrygienne » contemporaine de Dionysos reste perdue à jamais (à moins
  • 10. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 6 que l’archéologie finisse par l’inhumer). Ensuite, Dionysos doit combattre l’armée indienne après avoir franchi les plaines de Phrygie. Or, une population antique d’Anatolie orientale, les Hourrites, s’exprimait dans une langue agglutinante, non indo-européenne et non sémitique. De plus, lorsque Nonnos décrit ces Indiens, il souligne leurs cheveux crépus. On parle déjà de deux caractéristiques des Dravidiens (Inde méridionale et Pakistan). Du point de vue de la génétique des populations, les Dravidiens appartiennent à la lignée paternelle (chromosome Y) dite « L ». L’article Wikipédia sur les Dravidiens présente sa répartition actuelle sur la planète. Certes, les migrations ne manquent pas depuis les progrès maritimes et aériens. Cela dit, en quoi rallier le Pakistan actuel et le Moyen-Orient (puis l’Anatolie orientale) représentait-il une difficulté il y a cinq ou six mille ans ? À ce jour, l’archéologie n’identifie aucune organisation étatique avant l’avènement de l’écriture (Sumer, Égypte, Harappa, etc.). « À ce jour ». Pour revenir au récit, un certain Astraïs dirige l’armée indienne, conseillé par Mélanée, Indien aux cheveux crépus. Sur le premier personnage, le texte ajoute une précision : chef guerrier du pays. Cela sous-entendrait que le second ne réside pas dans ce pays, voire qu’il représente une plus haute autorité. Le terme français « mélané » vient du grec ancien mélas, mélanos : « noir ». En clair, le conseiller d’Astraïs portait un autre nom (imprononçable ?) et le récit se contenterait donc d’un surnom.
  • 11. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 7 Bientôt de toutes parts les Indiens tombent en grand nombre sous le fer des Curètes, à la naissance du lac Astacide. Dans la mythologie grecque, ces Curètes forment un groupe de dieux mineurs crétois. En fait, Diodore de Sicile les décrivait comme une des populations natives de la Crète. Ils profitèrent de l’apport du fer sur leur île pour mener des incursions sur le continent. On peut rappeler que l’usage de ce métal procurait un avantage militaire sur les armes en bronze. Le lac Astacide reste inconnu. Cela dit, il se situait entre les plaines de Phrygie et la future cité de Nicée (actuelle İznik en Turquie). La proximité du lac d’İznik (et son ancien nom Ascanion) relève-t-elle du hasard ? Nonnos suggère donc que l’âge du fer commença bien plus tôt. À ce sujet, Diodore de Sicile précise que les Curètes héritèrent du savoir-faire de forgerons réfugiés sur l’île de Crête et originaires d’Asie. Pour l’adoption de ce métal, l’archéologie confirme cette origine géographique mais aucune datation ne remonte au-delà du 12e siècle avant notre ère. Cela dit, elle détient déjà des indices plus anciens en Afrique… centrale. Un grand nombre de combattants périt. La terre altérée rougissait tout autour imprégnée de carnage, et le détroit du lac Astacide murmurait sous des flots teints du sang des Indiens.
  • 12. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 8 Chants 15 à 17 Relief avec des guerriers dansant | Photographe : Rabax63 | Licence : Attribution — Partage dans les mêmes conditions 4.0 International À l’appel de leur chef vaincu, ses congénères (civils ?) accourent en foule pour découvrir un nouveau breuvage (celui des vainqueurs) : le vin. Ensuite, ils s’enivrent jusqu’à la déraison (pour certains). D’autres, transportés par ces fumées qui égarent l’esprit, imitent les Corybantes de l’armée de Dionysos. La mythologie grecque les considère comme des danseurs coiffés d’un casque qui célèbrent Cybèle, un personnage phrygien, fille supposée du « père des dieux ». Ensuite, Dionysos exige qu’ils se soumettent au culte de Rhéa (évidemment) et qu’ils deviennent ses esclaves. Cela souligne l’immense percée « civilisatrice » de cet idiot utile. Ainsi s’achève le chant 15. Ensuite, il s’adresse à Nicée, fille de Cybèle, et l’invite à ce qui va suivre.
  • 13. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 9 Que si la passion des combats t’enflamme, comme une Amazone amie de la gloire, viens à la guerre des Indes. On apprend donc que la supposée petite-fille du « père des dieux » se résume à une guerrière. Dionysos lui propose même le poste de « Pitho » dans son conseil et de « Pathas » sur le champ de bataille. Les étymologies de ces deux termes se perdent dans la nuit des temps car même le grec ancien (pithos, pathos) reste en échec. Ainsi s’achève le chant 16. Bacchus [Dionysos], passant d’une province à l’autre, arriva dans la plaine voisine d’Alybe, qu’enrichit le Geudis en roulant auprès d’elle le courant de ses ondes opulentes ; car ses flots blanchissent sous l’argent qu’il détache des profondeurs du sol. On ne comprend pas pourquoi certains chants utilisent le nom latin de Dionysos : Bacchus. Nonnos rédige en grec : traduit-il un texte latin ? Homère mentionne l’Alybé, terre des Halizônes. Deux thèses s’affrontent sur la situation géographique : Asie Mineure ou Ibérie (Espagne actuelle). On oublie un peu vite l’Ibérie antique du Caucase. En fait, Strabon assimilait les Halizônes aux Chalybes-Chaldéens (?) riverains de la mer Noire (Persée, page 68). Ensuite Bacchus, laissant en arrière le pasteur et les penchants incultes des forêts, atteint bientôt une autre tribu d’Indiens qui vit dans les montagnes. Si l’on parle des massifs volcaniques englacés du Caucase, son armée semble équipée pour les climats rudes. Pourtant, le récit du combat contre ces montagnards évoque une chaleur qui oblige les protagonistes à se désaltérer. Les Bassarides combattent en première ligne. De ce fait, un guerrier adverse se moque de Dionysos. Toi qui opposes une armée de femmes à mes troupes, combats, si tu le peux, avec ton thyrse efféminé.
  • 14. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 10 Le thyrse désigne un sceptre ou une tige de férule (une plante). Dans le cas de Dyonysos, on parle d’une tige. Pour le reste, l’Indien ne manque pas d’aplomb. Ensuite, le récit confirme que la bataille se déroule dans une contrée voisine du Caucase. Il précise également que du fer (ou de l’airain) couvre le corps des soldats indiens et que ces derniers utilisent des javelots. Par la suite, Dionysos, énervé, tue l’impertinent en combat singulier. C’est alors que Blémys, à la tête crépue, chef des Indiens de l’Érythrée, s’avance tenant en main le rameau pacifique et suppliant de l’olivier. Marcellus apporte un commentaire. Blémys est le chef des Blemmyes que Nonnos fait remonter à une souche asiatique. Strabon les place aussi à la limite de l’Égypte, et Zosime (liv. I, ch. 71), auprès de la Thébaïde. Une question se pose : pourquoi le chef (basé en Égypte) des Indiens éthiopiens se trouve-t-il dans le Caucase ? De nos jours, 1300 nautiques séparent le port égyptien d’Alexandrie et le port géorgien de Batoumi. À une vitesse moyenne antique de cinq nœuds, on parle de onze jours de navigation. Pour des Phéniciens de l’an 1000 avant notre ère, on parle d’un itinéraire standard. Pour des Egyptiens-Ethiopiens de l’an 3000, on tombe des nues. Cela dit, la métallurgie extractive au Sud Caucase date de l’an 5000 (ArchéOrient). Comment peut-on développer aussi tôt de telles techniques sans apports et sans débouchés extérieurs ? De plus, on parle d’extraction (montagneuse) de cuivre dont les alliages antiques portaient un nom générique : le bronze. Que savons-nous vraiment de notre protohistoire ?
  • 15. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 11 Chants 18 à 20 D’anciens murs de la cité d’Assur | Photographe : Fakhri Mahmood | Licence : Attribution — Partage dans les mêmes conditions 4.0 International Mais déjà, portée sur ses ailes rapides, la Renommée aux mille bouches volait par toute la ligne des villes assyriennes pour y publier le nom de Bacchus chargé de guirlandes, la grande guerre des Indes, et l’arbuste au noble fruit. Si l’on s’abstrait du lyrisme de cette citation, la victoire de Dionysos dans une contrée voisine du Caucase ébranle les villes assyriennes. Or, la cité d’Assur (fondation de la future Assyrie) n’apparait qu’au second millénaire avant notre ère. On attire donc encore l’attention sur la manie des narrateurs à adapter les noms géographiques (à leurs époques respectives). La naissance de l’Assyrie s’appuiera sur deux fondations : une cité-État très ancienne (Assur, de culture inconnue) et une culture nomade amorrite (et donc sémitique). Cette ancienne cité portait un autre nom avant l’arrivée des Amorrites car l’étymologie d’Assur laisse peu de place au doute. Cela dit, le récit de Nonnos parle de plusieurs cités sur le futur territoire assyrien. Un souverain local, Staphyle, rend visite à Dionysos. On cite le commentaire de Marcellus sur ce personnage.
  • 16. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 12 Le roi Staphyle figure parmi les souverains de l’Assyrie, si l’on en croit le chronographe Syncelle, qui le nomme aussi Anebus, ce qui, en hébreu, signifierait également la grappe (p. 292). Servius, dans son commentaire du huitième chant des Géorgiques, parle d’un Staphyle, inventeur du raisin, qui était berger chez le roi Œnée (le vineux). D’autres mythologues ont fait de Staphyle le fils de Bacchus et d’Ariadne. (Apollod., liv. I). On a donc le choix entre un Assyrien (alors que l’Assyrie n’existe pas encore), un inventeur du raisin (alors que Dionysos boit du vin depuis le premier chant) ou un berger avec ses entrées chez Œnée (un souverain de Calydon, Grèce). L’étymologie de Staphyle pourrait dériver d’une racine proto-Indo-européenne (être raide, poteau) ou sanscrit (pilier). Cela dit, on parle peut-être d’un terme prégrec apparenté au futur grec stémphula (grappe d’olives ou de raisons pressées). Nous pensons que des narrateurs modifièrent le nom initial pour la rapprocher d’un terme de leur langage (qui précéda le grec ancien). Ce Staphyle adresse une requête à Dionysos. Montrez que vous êtes du sang de Jupiter. Enfant encore, et à peine adolescent, votre père sut chasser de l’Olympe les Titans, fils de la Terre ; hâtez-vous d’exterminer la race insolente des Indiens, fils de la Terre aussi. Je n’ai pas oublié un certain récit que fit jadis à mon père, mon aïeul Bélus l’Assyrien, roi de ce pays. On peut donc affirmer sans se tromper que ce Staphyle n’appartient pas à la société indienne. Par contre, Bélus « l’Assyrien » respire la duperie de narrateurs. Dans l’Antiquité, il restait un personnage mineur comparé au Bélos de Tyr ou au Bélos d’Afrique (Libye). Nous miserions sur ce dernier, fils de Poséidon. Nous citons un passage de notre essai Nysa. Ces prêtres égyptiens ne s’arrêtaient pas en si bon chemin. Selon eux, un natif de Libye (Afrique) engendré par Poséidon
  • 17. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 13 (Neptune), Bélus, fonda une colonie sur le territoire de la future Babylone antique. Donc, on ne peut plus être surpris de la présence d’un de ses descendants sur le futur territoire assyrien. Staphyle apporte à Dionysos une précision surprenante. Car ces Indiens ennemis, que vous allez moissonner, sont nés des sillons aussi. Vos labeurs ici sont les mêmes, puisque Indos, le chef primitif d’où les Indiens tirent leur origine, était un géant, muni de bras immenses, que votre père précipita des premiers rangs de l’année de Saturne. La mythologie (et la géographie) ne connaissent que le fleuve Indus. En sanscrit et en tibétain, ce fleuve s’appelle Sindhu, en référence à la population du Sindh (province de l’actuel Pakistan). Ce nom dériverait du dravidien Cintu et désigne un dattier. Alexandre, après sa conquête du Sindh, renomma le fleuve : Indos. Si Zeus, le père de Dionysos, affronta un personnage de la tradition dravidienne, le récit ne permet pas d’identifier ce Dravidien. Cela dit, nous miserions sur Indra. Selon le Rig Veda (2, 17, 6), Indra est le fils de Tvașțar à qui il ressemble pour certains traits. Source : Wikipédia On peut préciser la lignée de cet Indra : son père Tvashtri (un « inventeur » des arts et des techniques) et sa grand-mère Aditi (une « déesse mère » sans ascendance connue). Cette dernière s’accoupla au rishi Kashyapa et fonda le clan des Adityas. Selon les traditions, il compte sept, huit ou douze membres. Ce dernier nombre rappelle celui des Olympiens. Nous soupçonnons une concurrence entre ces deux clans en Asie (contrôle de populations, de ressources, etc.). À ce sujet, le fait que l’armée de Dionysos s’intéresse à des mines du Caucase peut difficilement relever du hasard. Ainsi s’achève le chant 18.
  • 18. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 14 Du point de vue de l’expédition, les chants 19 et 20 présentent peu d’intérêt.
  • 19. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 15 Chants 21 à 23 Le Grand Stupa de Taxila | Photographe : Sasha Isachenko | Licence : Attribution — Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé Mais, tandis que le dieu partageait les festins de la table maritime, son rapide ambassadeur avait traversé les montagnes du Caucase, et arrivait dans la cité des Indiens. (…) Les noirs Indiens le suivirent en s’en moquant jusqu’à ce qu’il fût proche de l’endroit où le gigantesque Dériade, le chef de ces peuples, assis sur un trône à deux faces, dirigeait la marche solide de ses monstrueux éléphants. Dionysos délègue une ambassade dans « la » cité des Indiens. Ces derniers se moquent allègrement de l’ambassadeur. Cela dit, comme deux armées indiennes connurent déjà deux sorts tragiques, on ne comprend pas l’absence de méfiance de ces populations. Selon la tradition, Hydaspe et Astris engendrèrent ce Dériade. Le nom de sa mère rappelle celui du chef indien vaincu en Anatolie : Astraïs. Son père donna son nom à un « fleuve » (une rivière du Pakistan ?). Évidemment, Dériade refuse de prêter allégeance à Dionysos. Les préparatifs de ce dernier intègrent deux nouveautés.
  • 20. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 16 Il fait appel aux Rhadamanes nomades, chassés jadis de la Crète par Minos, et maintenant établis dans la plaine de l’Arabie. Par les conseils de Cybèle, il les invite à construire des vaisseaux pour attaquer les Indiens par mer. On sait qu’Alexandre passa par l’Afghanistan pour atteindre le Pakistan actuel mais la rudesse du climat lui coûta des effectifs. Curieusement, bien des siècles plus tôt, Dionysos opta pour une solution moins risquée. Les Rhadamanes pourraient revendiquer l’ascendance du crétois Rhadamante, frère de Minos. Par contre, la tradition semble ignorer la brouille entre ces deux frères. Dériade rassemble de son côté les troupes nombreuses des Indiens ; puis il détache une partie de ses forces sur la rive opposée du fleuve, et met tout son espoir dans le stratagème de ses guerriers vêtus de fer. Ces troupes s’embarquent sur des vaisseaux et passent l’Hydaspe à l’aide de leurs rames. L’armée indienne se trouve ainsi divisée en deux ailes, sur la double rive du fleuve chargé d’armes : Thourée dans la direction du Zéphyre, et Dériade sur l’autre bord du côté du brûlant Euros. Marcellus précise que Thourée se résume à un surnom : l’impétueux. Dériade opte pour un combat d’embuscade (avec deux armées) sur les rives de l’Hydaspe. On note que Dionysos ne peut pas construire des bateaux près de rivages d’Arabie sans que l’Indien le sache. Enfin, comment ce dernier sait-il que Dionysos remontera l’Hydaspe, un sous-affluent de l’Indus (si l’on parle de l’actuelle Jhelum) ? On pense donc ce sous-affluent permet de se rapprocher ou d’accéder à « la » cité des Indiens. Le site de Taxila devient un candidat. Il abrite les vestiges de trois villes antiques successives.
  • 21. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 17 Darius Ier intègre Taxila à l’Empire achéménide en -518 par ses campagnes militaires de cette année, l’armée impériale traverse le Caucase indien et fixe la nouvelle frontière au Jhelum après avoir soumis les petits royaumes locaux. Source : Wikipédia Donc, à une époque plus récente, une partie du Caucase restait « indienne ». Ainsi s’achève le chant 21. Dans un premier temps, à la vue des forces de Dionysos, une armée indienne prend peur mais retrouve ses esprits. Les armées indiennes (toujours embusquées) décident d’attaquer pendant le repas (sur les rives ?). Or, un évènement survient. Le père des dieux a déjoué les projets perfides des Indiens, et suspendu leur attaque à la fin du jour par les mugissements de son tonnerre. Un orage qui retentit au loin verse la pluie pendant toute la nuit. De ce fait, les armées indiennes fondent sur les forces de Dionysos dès l’aurore. Comme l’environnement forestier ne permet pas de se placer en ordre de bataille, Dionysos retraite en direction d’une plaine. Le récit attire l’attention sur des prouesses d’un souverain thrace : Œagre. À son sujet, le récit bat des records de lyrisme mais ses manœuvres facilitent la retraite. On devine la suite : la plaine rougit du sang des Indiens. Pire, les Indiens désarmés ne seront pas épargnés. Ainsi d’achève le chant 22. À la vue d’un tel massacre, le chef Thourée se donne la mort. Ensuite, le récit attire l’attention sur la déclaration d’un guerrier indien. Père, d’où vient que vous engloutissez vos enfants ? J’ai souvent fait la guerre aux Bactriens, mais je n’y vis jamais l’Araxe de Médie faire périr l’armée des Mèdes. L’Euphrate Persique ne
  • 22. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 18 submerge pas le Perse, son voisin. J’ai maintes fois combattu sous le Taurus, mais jamais dans la bataille, le Cydnus n’a fait de son sein le tombeau des guerriers de la Cilicie. On peut parier sur un ajout de narrateurs pour deux raisons. Tout d’abord, cette déclaration évoque des évènements bien plus récents que la bataille qui vient de s’achever. Ensuite, on doute qu’un « scribe » capturât une telle déclaration sur un champ de bataille. L’imagination des narrateurs n’envisageait pas qu’un jour leurs ajouts décrédibiliseraient leur œuvre de mémoire. Enfin, dans ce chant, le souverain indien Dériade reste aux abonnés absents.
  • 23. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 19 Chants 24 à 26 Figurine en terre cuite d’Omphale | Musée archéologique de Paphos (Chypre) | Photographe : Arjuno3 | Licence : Attribution 4.0 International Dans ce chant, le texte désigne le père de Dériade : l’Hydaspe. On apprend donc qu’en plus du nom du fleuve, ce terme couvre un titre. Pour son fils, il implore le pardon de Dionysos car il avoue l’avoir encouragé à guerroyer. Enfin, un élément de sa tirade surprend. Récompensez en moi l’onde du Lamos qui vous a nourri, et souvenez-vous de votre pays la Méonie. Homère désignait la Lydie antique sous le nom de Méonie. Les premiers dirigeants des Méoniens se nommaient les Atyades (en référence à leur fondateur, Atys ?). Les Héraclides puis les Mermnades leur succédèrent. Le souverain indien connait donc le pays de naissance de Dionysos. Quant à Lamos, la tradition le connait soit comme fils de Poséidon, soit comme fils d’Héraclès (lui-même fils de Zeus) et d’Omphale (une souveraine de Lydie). On tombe des nues : le père de l’Indien Dériade soutient sa propre ascendance méonienne (et donc, africaine).
  • 24. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 20 Cela dit, pendant ce temps, Dériade incite les Indiens à reprendre le combat. Au début, on parlait de deux armées indiennes. De toute évidence, l’une reste intacte. Dans la foulée, le récit s’égare : Thourée (qui se donna la mort dans le chant précédent) rapporte la défaite de l’autre armée. On peut donc proposer qu’un narrateur s’offrît un peu de lyrisme supplémentaire en mettant en scène un suicide imaginaire. Dans son rapport, Thourée s’adresse à Dériade de cette façon : Roi Dériade, divin rejeton de Bellone. On parle d’Ényo, une guerrière mythique associée à Arès et originaire d’Anatolie. La mythologie de cette région l’appelle « Ma ». Thourée utilise-t-il le terme « rejeton » au figuré ou au sens propre ? Même dans le premier cas, pourquoi associe-t-il son souverain à une tradition anatolienne ? De notre point de vue, à une époque aussi reculée, le monde semble déjà petit. Finalement, Dériade retraite. La cité des Indiens apprend la nouvelle et le deuil s’installe. Du côté des forces de Dionysos, l’esprit revient à la fête et le vin coule à flots. Le récit précise même que faute de soldats (à jeun), les panthères, les lions et les chiens de chasse de l’armée montent la garde (nocturne). Ainsi s’achève le chant 24. Le chant 25 reste essentiellement un hymne au vainqueur. On peut noter une tirade d’un Lydien, Attis, qui s’adresse à Dionysos. Mais, au déclin de cette septième année, vous allez pénétrer dans la capitale des Indiens. On apprend donc que l’expédition dure depuis sept ans et qu’un guerrier encourage Dionysos à prendre la capitale adverse. Ainsi s’achève le chant 25. Dériade confie son armée à un certain Stassanor (un nom encore plus récent que le récit).
  • 25. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 21 Les Indiens aux idiomes variés les suivent. Ce sont les habitants de la ville du Soleil, Æthré aux pompeux édifices, fondée sur une plaine sans nuages. On apprend que les Indiens ne parlent pas tous la même langue et qu’ils résident dans une ville du Soleil (à l’abri des nuages). On pense à la future cité du soleil de l’Inde : Jodhpur. Elle bénéficiait d’un ensoleillement exceptionnel et elle pourrait être bâtie sur un site plus ancien. Dériade reçoit des renforts. On en cite trois. Puis viennent les Sibes, la population d’Hydarque, et la troupe qui a quitté la ville de Carminne ; Coltare les commande avec Astraïs, le chef des Indiens, tous les deux fils de Logas, et honorés de Dériade. Pour les Sibes, Marcellus apporte une précision. Les Sibes passaient, chez les Grecs, pour être les descendants des soldats malades que l’armée d’Hercule avait laissés dans l’Inde après elle. On parle d’Alcide surnommé Héraclès (Hercule en latin) dans la mythologie grecque. On apprend donc que l’expédition de Dionysos fait suite à une autre (moins en réussite, semble-t-il). Toujours selon Marcellus, le pays d’Hydarque est le même que l’Hydraque de Strabon (livre XV). On cite donc ce dernier. Suivant lui aussi, les Perses, qui faisaient venir les Hydraques de l’Inde pour les employer comme mercenaires dans leurs armées, n’auraient jamais envahi le territoire indien et n’auraient fait qu’en approcher lors de l’expédition de Cyrus contre Ies Massagètes.
  • 26. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 22 Enfin, concernant la cité de Carmine, Marcellus précise qu’elle marquait la frontière entre la Perse (apparue plus tard dans l’Histoire) et l’Inde. Il ajoute qu’elle s’étendait jusqu’aux bouches de l’Indus. Concernant l’Indus, Pline apportait une précision (Persée, page 266) : l’embouchure de l’Indus abrite deux îles : Prasiane et Patalé. Cette dernière joua un rôle crucial lors de la campagne d’Alexandre le Grand en tant que port et centre commercial stratégique de l’Inde antique. Patalé (Patala) succéda-t-elle à Carmine ? De toute évidence, le nord-ouest de l’Inde s’inquiète des succès militaires de Dionysos et se regroupe autour du souverain Dériade. Dans un autre registre, un élément transparait dans le récit : ses narrateurs et auteurs successifs ne semblent pas conscients de l’immensité du sous-continent indien. Ils considèrent même la cité de Dériade (excentrée sur le territoire actuel du Pakistan) comme une capitale. Cela dit, le récit évoque tout de même une autre cité : celle du soleil. Une troisième armée indienne se forme à l’embouchure de l’Indus. Parmi les autres renforts reçus par Dériade, on n’omettra pas de citer des Éthiopiens (…), des Saces et des Bactriens. En résumé, même la corne de l’Afrique et l’Asie centrale se mobilisent. Comment un souverain indien peut-il recevoir autant de renforts en si peu de temps ? S’il savait pour la fabrication (par Dionysos) de navires sur les rivages de l’Arabie et pour la destination de cette nouvelle flotte (l’Indus), ceux qui commerçaient sur ce fleuve le savaient aussi. On pense donc que Dériade multiplia les ambassades avant même que la flotte de Dionysos ne lève l’ancre.
  • 27. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 23 Chants 27 à 40 Vue des ruines du Serapeum à Alexandrie | Photographe : Daniel Mayer | Licence : Attribution 4.0 International Dans ce dernier chapitre, nous nous contenterons de référencer les chants 27 à 40 et de résumer leurs titres d’origine. Comme nous connaissons maintenant les pièges à éviter pour l’analyse d’un texte ancien (et lyrique de surcroit), le lecteur intéressé saura interpréter ces chants dans une perspective historique. On résume donc les quatorze chants en question :  Chant 27 : Le vingt-septième livre déploie les phalanges des armées  Chant 28 : La brûlante attaque des Cyclopes  Chant 29 : Mars s’éloigne du combat pour surveiller Vénus  Chant 30 : Eurymédon envoie aux enfers Tectaphe  Chant 31 : Junon excite le Sommeil qu’elle gagne contre Jupiter  Chant 32 : Les combats, l’union de Jupiter  Chant 33 : L’impétueux Éros dompte Morrhée  Chant 34 : Les bacchantes dans l’enceinte des tours [de la cité indienne]  Chant 35 : La fuite des Bassarides, et le combat des femmes  Chant 36 : Bacchus dégagé de sa frénésie, lutte contre Dériade  Chant 37 : Les guerriers athlètes, et les récompenses de la lutte  Chant 38 : Le destin de Phaéton le malheureux cocher  Chant 39 : Après la bataille navale, Dériade [fuit]  Chant 40 : La mort du chef des Indiens
  • 28. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 24 On l’aura compris : cela finit mal pour l’armée indienne. Après avoir ainsi réparti à son armée le butin des batailles, fruit de la guerre, Bacchus renvoie toutes les troupes auxiliaires dans leurs foyers. Avec le reste de ses troupes, Dionysos prend la direction de Tyr (actuel Liban). Cela suppose qu’à l’époque, on pouvait encore accéder à la Méditerranée par la mer Rouge (le Lebor Gabála Érenn irlandais décrit cet accès). Enfin, comme il s’agit d’un récit de « propagande », on peut déduire que ses effectifs très amoindris ne permettaient plus de poursuivre l’expédition. Enfin, la présence d’une armée indienne à l’embouchure de l’Indus détenait le potentiel pour transformer le retour en cauchemar.
  • 29. Bellone : La rivalité protohistorique entre la Grèce et l’Inde P a g e | 25 Conclusion Sur les épopées d’Héraclès et de Dionysos, Strabon apporte un point de vue dans son livre XV (paragraphe 6). Ajoutons que la double conquête d’Hercule et de Bacchus, admise comme vraie par Mégasthène et un petit nombre d’écrivains, est répudiée elle-même par la plupart des historiens (Eratosthène tout le premier), qui la qualifient d’absurde et de fabuleuse et l’assimilent à tant d’autres fictions que le culte de ces deux divinités a accréditées parmi les Grecs. Mégasthène cumulait les métiers de diplomate, d’historien et de géographe. Il naquit en Grèce antique, vers 340 avant notre ère. Il laisse l’une des plus anciennes descriptions de l’Inde. Eratosthène soutient la comparaison : astronome, géographe, philosophe et mathématicien. Il naquit à Cyrène (actuelle Libye) quelques décennies plus tard. Cela dit, il ne s’intéressa jamais à l’Inde. Nous soutenons le point de vue de Mégasthène car ce dernier y résida. Il réside à la cour maurya, à Pataliputra (Patna), et rédige un rapport détaillé en quatre volumes, Indica, aujourd’hui perdu, mais connu partiellement par des citations d’auteurs grecs et latins comme Arrien ou Diodore de Sicile. Ce document constitue la première description de l’Inde par un étranger. Source : Wikipédia