Lucie Cousturier, née Jeanne Lucie Brû à Paris le 19 décembre 1876 et morte dans la même ville le 15 juin 1925 est une artiste peintre, écrivaine, essayiste et militante anticolonialiste française.
3. Biographie
Lucie Cousturier, née Jeanne Lucie Brû à Paris le 19
décembre 1876 et morte dans la même ville le 15 juin
1925 est une artiste peintre, écrivaine, essayiste et
militante anticolonialiste française.
Peintre
engagée
4. Lucie Brû naît dans une famille aisée qui possédait une
manufacture de poupées à Paris, Les Poupées Brû. Dès 14
ans, elle s'intéresse à la peinture. Elle est l’élève des artistes
néo-impressionnistes, Paul Signac et Henri-Edmond Cross.
Elle peint dans un style proche de ces peintres et consacre
des études à leurs œuvres. Elle se marie en 1900 avec
Edmond Cousturier, peintre et critique d'art. Elle fait partie
du courant des néo-impressionnistes et expose au Salon
des indépendants en 1901.
Elle expose en 1906 au Salon de la libre esthétique de
Bruxelles et présente des toiles à la Berliner Secession de
Berlin. Des expositions personnelles régulières ont lieu de
1906 à 1913. Elle peint des œuvres au « pointillisme modéré
» dont elle sait aussi s’affranchir.
Elle rédige à partir de 1911 divers articles et monographies
sur les membres importants de ce mouvement (Georges
Seurat, Paul Signac, Henri-Edmond Cross, Ker-Xavier
Roussel, Maurice Denis) qui constituent des témoignages
de première main, montrent sa maîtrise de la théorie de la
peinture néo-impressionniste et font d'elle la première
spécialiste de ce mouvement.
5. Durant la Première Guerre mondiale, elle va vivre à Fréjus
dans une maison achetée en 1913, « Les Parasols », à côté
de laquelle sont installés des campements de tirailleurs
sénégalais qui y séjournent avant leur montée au front.
Elle visite les campements et décide d'améliorer
l'apprentissage de la langue française des soldats. Elle
organise dans ce but des cours d'alphabétisation à son
domicile, ce sera le thème d'un récit Des inconnus chez moi
qu'elle publie en 1920.
En 1921 et 1922, chargée par le gouvernement français
d’étudier "le milieu indigène familial et spécialement le rôle
de la femme", elle effectue un voyage en Afrique-
Occidentale française dont elle ramène de nombreuses
toiles et trois nouveaux livres qui racontent ce périple.
7. Lucie Cousturier fait figure de précurseur sur ce sujet, avant d’autres
intellectuels français engagés comme André Gide (Voyage au Congo,
1927 et Retour du Tchad, 1928) ou Michel Leiris (L'Afrique fantôme,
1934). Les portraits qu'elle réalise sont loin des représentations
stéréotypées des peuples africains, nus ou dans des costumes
authentiques, qui prévalaient alors. Revenue en France, elle écrit dans
Le Paria, « journal des prolétariats noirs et jaunes », et consacre la fin
de sa vie au combat pour l’émancipation des peuples de couleur.
Son oeuvre présente une variété de thèmes et son style se modifie au
cours de sa vie, passant d'un néo-impressionnisme maîtrisé à des
aquarelles spontanées réalisées durant ses voyages.
Commencée par son père — sans doute sur le conseil de sa fille —, la
collection Bru-Cousturier dont hérite Lucie Cousturier, comptait des
pièces importantes du mouvement néo-impressionniste, dont la
célèbre toile de Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l'Île de la
Grande Jatte, achetée à la famille Seurat en 1900 pour 800 francs.
8. Anticolonialist
e
Après la fin de la guerre, Lucie Cousturier décide de se rendre en Afrique-Occidentale française – réunissant
huit colonies françaises en Afrique -, notamment pour rendre visite à certains de ses anciens élèves. Elle est
également missionnée par l’État français pour étudier les populations locales et en particulier l’influence de la
mère sur l’éducation des enfants. Lucie passe sept mois à voyager en Afrique de l’Ouest, à vivre auprès des
autochtones et à nouer des amitiés ; elle en revient avec des carnets des croquis, un journal, et de fermes
convictions anti-colonialistes.
À son retour, Lucie livre plusieurs ouvrages interrogeant les relations
entre l’Afrique et l’Europe et critiquant le colonialisme :
La forêt du Haut-Niger (1923), Mes inconnus chez eux,
mon amie Fatou, citadine (1925), Mon ami Soumaré (1925).
Elle commence également à collaborer au journal Le Paria,
« organe des peuples opprimés des colonies » ; elle est l’une
des premièr·es intellectuel·les français·es à écrire sur le sujet.
13. Tout naturellement, le musée de
Vernon a choisi de rendre hommage
à cette artiste-femme, en présentant,
du 16 juin au 14 octobre, la première
exposition monographique jamais
consacrée à Lucie Cousturier.
Il poursuit ainsi la démarche,
engagée depuis quelques années, de
valorisation des femmes artistes
(Portraits de femmes, Rosa Bonheur,
Blanche Hoschedé-Monet…).
Henri-Edmond Cross, peiCette
exposition fait également écho à
l’exposition ndre le bonheur,
présentée du 27 juillet au 4
novembre par le musée des
impressionnismes – Giverny, dont le
musée de Vernon est partenaire.
Henri-Edmond Cross, Lucie
Cousturier, Paul Signac, Théo van
Rysselbergue ou encore Maximilien
Luce appartiennent en effet tous au
même mouvement néo-
impressionniste et se fréquentent ou
correspondent régulièrement, de
même qu’ils participent aux mêmes
expositions.
14. Près de 70 œuvres permettent de
découvrir la personnalité et l’art de
Lucie Cousturier, depuis ses études sur
des autoportraits ou des natures
mortes, jusqu’à l’aquarelle, qu’elle
privilégiera sur la fin de sa carrière. Lors
de la Première Guerre mondiale en
effet, alors qu’elle habite Fréjus sur la
Côte d’Azur, un camp de tirailleurs
sénégalais est installé près de sa villa.
Fascinée par ces étrangers, elle
consacrera désormais une grande partie
de son temps à leur apprendre le
français et se tournera alors vers
l’aquarelle, plus spontanée que la
peinture à l’huile, et vers l’écriture. En
1920, elle publie un premier récit, Des
inconnus chez moi, Et, juste après la
guerre, part à la rencontre de ses
nouveaux amis en Afrique occidentale
française (AOF) et en rapporte deux
nouveaux récits, Mes inconnus chez
eux, tomes 1 et 2, de nombreuses
aquarelles des paysages et personnages
rencontrés là-bas et la volonté farouche
d’accompagner le peuple Noir sur la
route de l’émancipation.
15. C’est parce que sa carrière de peintre fut
courte et qu’elle ne datait que rarement
ses œuvres que le musée de Vernon a
choisi de présenter Lucie Cousturier au
travers des ses sujets de prédilection
plutôt que dans un parcours
chronologique plus classique.
Des portraits d’elles réalisés par ses amis
Théo van Rysselberghe et Maximilien Luce,
ainsi que ses autoportraits permettent
d’abord d’entrer dans l’intimité de la jeune
femme. Ces premières peintures, et les
études correspondantes, montrent
également combien elle travaillait de façon
académique, recourant à l’autoportrait
comme si elle était son propre sujet
d’expérimentation.
Elève de Paul Signac, auteure notamment
d’un ouvrage consacré à Georges Seurat
en 1922, la jeune peintre connaît
parfaitement les principes du
divisionnisme et en maîtrise la technique.
Cependant, elle le trouve trop
contraignant et choisit de s’en libérer. Elle
conserve la juxtaposition des couleurs
pures, mais utilise une brosse qui produit
des formes carrées, s’éloignant des
touches habituelles du néo-
impressionnisme.
16. Le parcours de l’exposition se poursuit
avec la section consacrée aux natures
mortes, un sujet que Lucie Cousturier
affectionne particulièrement et qui met
bien en valeur son style ample et sa
palette vive. Cette section est sans celle
qui permet le plus de comprendre la
démarche de l’artiste.
D’une façon générale, Lucie Couturier
choisit ses sujets dans son entourage
immédiat. C’est ainsi que les portraits
qu’elle réalise sont ceux de son fils ou
de femmes de son milieu. Une fois
encore, ses carnets de dessins
permettent d’appréhender l’évolution
du travail jusqu’à l’œuvre achevée.
Les paysages que peint Lucie
Cousturier sont aussi des lieux qu’elle
connait bien : les toits de Paris et le
Bois de Boulogne, quelques marines en
Bretagne, et desLucie Cousturier
paysages architecturés, comme à
Diénay en Bourgogne. Chez elle, sur la
Côte d’Azur, ses paysages de
prédilections demeurent les jardins les
champs et les maisons, bien plus que le
bord de mer.
17. Et justement, la dernière section,
consacrée à l’Afrique, marque une
rupture dans l’œuvre de l’artiste.
Lorsque les tirailleurs sénégalais
arrivent près de sa maison à Fréjus,
la découverte de ces étrangers
devient sa priorité et elle
abandonne la peinture à l’huile au
bénéfice de l’aquarelle qui, à l’instar
de l’écriture, lui permet d’apporter
un témoignage plus spontané.
Néanmoins, à Fréjus comme en
Afrique par la suite, elle conserve ce
regard de peintre qui lui fait si bien
distinguer et utiliser les couleurs, en
particulier les plus vives.
Si cette exposition n’est pas
exhaustive en raison de la difficulté
à rassembler des œuvres
essentiellement conservées chez
des personnes privées, elle permet
néanmoins de montrer les
différents styles que l’artiste a
embrassés dans sa carrière et elle
reste proche du ration de la
production de l’artiste.