Diaporamas ‘De l’offense à la réconciliation’
Série ‘Mémoire et reconnaissance de crimes du passé’
12 - La mémoire des guerres
12.a - Introduction
Étienne Godinot 28.01.2025
La série de diaporamas
‘De l’offense à la réconciliation’
Sommaire : Rappel
Série 1 : Mémoire et reconnaissance de crimes du passé
1 - Introduction
2 - La mémoire de l’esclavage
3 - La mémoire du colonialisme
4 - La mémoire du génocide des Arméniens
5 - La mémoire de la Shoah
6-1 - La mémoire des crimes des pouvoirs communistes
6-2 - La mémoire des crimes des pouvoirs communistes
7 - La mémoire des crimes commis par les États-Unis
8 - La mémoire des crimes des Khmers rouges au Cambodge
9 - La mémoire du génocide du Rwanda
10 - La mémoire des crimes commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie
11 - La mémoire de l’apartheid en Afrique du Sud
12 - La mémoire des guerres
13 - La mémoire des crimes commis par les institutions religieuses
Série 2 : Justice, pardon et réconciliation
1 - Justice, pardon et réconciliation : dissiper les malentendus
2 - Pardon et réconciliation entre personnes
3 - Pardon et réconciliation entre groupes humains
4 - La réconciliation franco-allemande
5-1 - L’Algérie et la France : de 1830 à 1962
5-2 - L’Algérie et la France : depuis 1962
6 - Le Japon et les traces de sa période impériale en Asie du Sud-Est
7 - La Chine. Une volonté de revanche ?
8 - Institutions en faveur de la justice et des droits humains.
9 - Relire et dépasser le passé pour inventer l’avenir
12 - La mémoire des guerres
Sommaire (rappel)
Introduction
1 - La mémoire de guerres jusqu’à la fin du 19ème siècle
2 - La mémoire de la Première Guerre mondiale (1914-1918)
3 - La mémoire de la Deuxième Guerre mondiale (1930-1945) En projet
4 - La mémoire des guerres de décolonisation de la France En projet
5 - Le danger des munitions immergées
La mémoire des guerres
Introduction (diaporama n°1)
Sommaire :
- Introduction : Qu’est ce que la guerre ?
- La guerre, depuis quand ?
- La guerre, pourquoi ?
- L’historiographie militaire
- Les insuffisances du pacifisme
- La guerre, fille de la dictature
- « Si tu veux la paix… » Dissuasion, alternatives de défense et d’intervention
extérieure
- Faire mémoire, préparer un nouvel avenir
- Victor Hugo, utopiste ou visionnaire ?
- Prendre de la hauteur pour ne pas désespérer
- La guerre, provisoire dans l’histoire de l’humanité ?
- Le pire et le meilleur
- « L’irruption de l’inattendu »
- Un travail à élargir
La mémoire des guerres
Introduction
Bibliographie :
- Revue L’Histoire. N° double juillet-août 2024 : « La violence et la guerre. De
Homère à Poutine. »
- Internet, notamment Wikipédia
Introduction :
Qu’est ce que
la guerre ?
La guerre se définit comme un état de conflit armé entre plusieurs groupes
politiques constitués, comme des États.
Par opposition aux guerres entre États, une guerre peut aussi désigner un conflit
armé entre deux factions de populations opposées à l'intérieur d'un même État : on parle
alors de guerre de religion, guerre civile, de guerre ethnique, de guerre révolutionnaire ou
encore de guerre de sécession.
Pour le polémologue Gaston Bouthoul, « la guerre est une forme de violence qui a
pour caractéristique essentielle d'être méthodique et organisée quant aux groupes qui la
font et aux manières dont ils la mènent. En outre, elle est limitée dans le temps et dans
l'espace et soumise à des règles juridiques particulières, extrêmement variables suivant
les lieux et les époques. Sa dernière caractéristique est d'être sanglante, car lorsqu'elle ne
comporte pas de destruction de vies humaines, elle n'est qu'un conflit ou un échange de
menaces. ».
Images :
- Le sociologue français Gaston Bouthol (1896-1980) s’est consacré à l'étude du phénomène de la guerre et a introduit le
terme de polémologie (polemos : guerre, conflit ; logos : étude) dans le vocabulaire des sciences humaines et sociales.
La polémologie est branche de la théorie des relations internationales mettant l'accent sur la compréhension des conflits,
de leur origine et de leur fonctionnement.
- Quelques uns de ses ouvrages.
La guerre, paroxysme de la violence
La guerre n’a pas le monopole de la violence. Mais elle en
est un laboratoire sans équivalent : parce que la violence y est
un moyen légitime, valorisé, héroïsé et en tout cas jusqu’ici
inévitable, parce que se déchaînent là des pratiques qui seraient
ailleurs réprimées, parce que des esprits raisonnables et
d’habitude modérés en viennent à justifier l’injustifiable, elle
force à s’interroger sur nous-mêmes.
Images :
- Sur cette scène de combat dans l’abri de Rajat Prapat (près de Pachmarhri,
Madhya Pradesh, Inde), un guerrier tient à la main une tête humaine
- Crâne avec une large fracture retrouvé au bord de la rivière Tollensee en Alle-
magne. Vers 1 200 avant notre ère, une bataille y opposa environ 4 000 combattants
armés de couteaux, de lances et de maillets.
La guerre, depuis quand ?
Il semble que la guerre n’existe que chez les êtres humains et chez
les animaux dits supérieurs, comme les singes.
Selon la préhistorienne Marylène Patou-Mathis et à la lecture des
recherches anthropologiques et archéologiques, la guerre ne semble
apparaître qu’avec la naissance de l’économie de production et le boule-
versement des structures sociales du néolithique, il y a environ 10 000 ans.
Guerres et confrontations sont omniprésentes dès les plus anciennes
civilisations historiques : Mésopotamie, Égypte, Proche-Orient, monde
égéen.
En revanche, la Préhistoire a longtemps été imaginée comme un âge
d'or : le paradis originel. Mais, aujourd'hui, l'archéologie nous fait douter de
cette quiétude primordiale. Le Néolithique livre des charniers spectaculai-
res et les archéologues identifient des traces de combats collectifs dans
des sociétés de chasseurs-cueilleurs qu’on a voulu, un temps, présenter
comme pacifiques.
La violence dès la Préhistoire
En balayant le champ des découvertes, Jean Guilaine et Jean
Zammit dressent en effet un tableau saisissant des actes de violence
attestés depuis le temps des chasseurs-cueilleurs jusqu'à celui des
paysans du Néolithique : exécutions capitales, supplices, sacrifices
humains, cannibalisme, massacres de serviteurs lors des obsèques
d’un grand chef, etc.
Dès le 3ème millénaire avant notre ère, on voit s'amplifier en
Occident, à travers la statuaire, une idéologie du guerrier. À l'Âge du
bronze, la production d'armes toujours plus sophistiquées devient
essentielle en Europe «barbare» tandis que cités et tats orientaux font
de la guerre une exaltation constante. Le héros, combattant idéal,
impose alors son image farouche.
Les critères qui séparent la guerre des autres formes de violence
ne sont clairs qu’à partir du moment où s’érigent des remparts et où se
confectionnent des armes défensives. Cette période est tardive, à savoir
un Néolithique déjà avancé qui empiète sur la protohistoire.
La guerre, pourquoi ?
Selon le théoricien prussien Carl von Clausewitz (1780-1831) : « la
guerre est le prolongement de la politique par d'autres moyens ». Cette
théorie soutient qu'un conflit armé est la suite logique d'une tentative
d'un groupe pour protéger ou augmenter sa prospérité économique,
politique et sociale aux dépens d'un autre ou d'autres groupe(s).
La guerre est souvent aussi une façon de ressouder une commu-
nauté contre un ennemi (ou soi-disant ennemi) commun, de justifier le
respect d'une forte discipline, voire d'acquérir ou conserver un pouvoir
charismatique. Ces raisons rendent la guerre fréquente dans les
dictatures et les États où les populations subissent des évolutions
politiques, économiques ou techniques brutales. Il arrive cependant,
bien que ce soit plus rare, que des démocraties se fassent la guerre
entre elles aussi.
Images :
- Pourquoi la guerre ? ( Warum Krieg ?) rassemble un échange épistolaire de 1932, entre
Albert Einstein et Sigmund Freud, sur le thème de la guerre, à la demande de la ‘Commission
internationale de coopération intellectuelle’. Cette correspondance est publiée en 1933, en
France, en Allemagne et en Angleterre sous la forme d'un opuscule.
- Pourquoi les hommes font-ils la guerre ? est un livre de Myriam Revault d‘Allonnes,
(dessins de Jochen Gerner) destiné à a jeunesse. En quoi la guerre diffère-t-elle des autres
formes de violence ? Comment a-t-elle évolué au fur et à mesure que la culture a progressé ?
Pourquoi n'a-t-elle pas disparu avec les progrès de la civilisation ? Toutes les guerres se valent-
elles et peut-on parler de guerres justes ou injustes ?
L’historiographie* militaire
Dans la manière dont les historiens militaires la conçoivent au
21ème siècle, l’histoire militaire est un champ historiographique qui
étudie la guerre et ses composantes militaires (personnel militaire,
recrutement, conduite des opérations militaires, institution et adminis-
tration militaire), et son impact sur la politique, l’économie, la culture, la
géographie et la société.
Les historiens militaires s’accordent aujourd’hui pour dire qu’on ne
peut plus faire l’économie de l’histoire culturelle et politique lorsqu’on
traite de l’histoire militaire. Il faut donc distinguer le concept d'histoire-
bataille, longtemps pratiquée dans le domaine de l'histoire militaire, qui
n'appréhende l'Histoire que par les batailles et dans une temporalité
évènementielle, de l'histoire des batailles ou plus précisément du fait
militaire qui peut s'envisager depuis diverses approches (sociale,
culturelle, géographique, économique, technique, etc.) et s'intégrer
dans une perspective du temps long.
* L’historiographie est l’étude de l’évolution passée de la façon d’écrire l’histoire, de faire
un travail d’historien : évolution de l’objet, de la recherche et de l’étude des sources, des
méthodes de l’historien, etc.
Images : Deux ouvrages d’André Corvisier (1818-2014), professeur à l’Université
Sorbonne-Paris IV, président de la Commission internationale d’histoire militaire. Il remet en
chantier l’histoire de la société militaire en l’ouvrant à tous les autres aspects de l’histoire
(société, institutions, mentalités, technologies). Une grande figure de professeur, un homme
d’une grande humanité.
Historiographie militaire : dans l’Antiquité
Le général chinois Sun Tzu (- 566, - 496) est un
précurseur de l’histoire militaire. Il est l’auteur d’un
ouvrage de stratégie militaire dont le contenu est encore très actuel.
Parmi les auteurs antiques ayant laissé derrière eux des écrits précieux
concernant l’histoire militaire, figure Xénophon, historien, philosophe et
chef militaire de la Grèce antique (v. - 430, v. - 355).
Polybe (v - 200, v. - 120), historien grec et spécialiste militaire, en
particulier de la guerre de siège, a également placé la guerre au centre de
sa pensée, car c’est elle qui déterminait (détermine ?) les peuples et les
empires. Ses Histoires décrivent divers conflits par lesquels les Romains
sont parvenus à asseoir leur pouvoir dans le bassin méditerranéen.
Les travaux d’officiers, antérieurs à 1945, développent un point de vue
purement opérationnel, tactique, destiné à l’enseignement militaire. Ils
comprennent des détails fastidieux et n’abordent pas la dimension humaine
des combats.
Images :
- Statue de Sun Tzu à Yurihama, Tottori, Japon, et son livre L’art de la guerre
- Xénophon vers - 380
- Statue contemporaine représentant Polybe, Vienne
Historiographie militaire : 18ème et 19ème siècles
Le Prussien Carl von Clausewitz (1780-1831) est le
premier à poser le problème guerre/politique.Il démontre
avec force la compénétration du politique et du militaire dans
l'acte de guerre. Sa seconde idée maîtresse est celle de la «
guerre absolue » : la dialectique propre à la lutte militaire
implique l'« ascension aux extrêmes » et la recherche de
l'anéantissement de l'adversaire.
Le Suisse Antoine de Jomini (1779-1869) figure
également parmi les théoriciens les plus connus de cette
période notamment pour ses écrits concernant la logistique.
Peu avant 1880, l’historien allemand Hans Delbrück
(1848-1929) est le premier à lier histoire militaire et réalités
politiques, phénomènes politiques, institutionnels et religieux
dans le champ de la critique historique.
Images :
- Carl von Clausewitz et son ouvrage
- Antoine de Jomini et son ouvrage
- Hans Delbrück et un de ses ouvrages
Historiographie militaire : 20ème siècle
Après la Première Guerre mondiale, les historiens ont à leur disposition une quantité
gigantesque de sources et notamment des dizaines de milliers de témoignages de soldats.
Cependant, très peu d’historiens utilisent ces sources pour écrire une nouvelle histoire
militaire davantage axée sur l’expérience de guerre du combattant.
Marc Bloch (1886-1944) ou Henry Contamine (1897-1974) sont les rares exceptions
de cette période à s’intéresser un minimum à une histoire sociale du conflit.
Images :
- La collection Mondes en guerre (éditeur : ‘Passés composés’) a pour objet
d’explorer la diversité des pratiques guerrières sur tous les continents, depuis la
Préhistoire jusqu'à nos jours.
- Marc Bloch, historien, fondateur avec Lucien Febvre des Annales d'histoire
économique et sociale en 1929. Membre de la Résistance durant l'Occupation,
il est arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo en juin 1944.
- La Revanche, 1871-1914, un des ouvrages d’Henry Contamine,
Historiographie militaire : fin du 20ème siècle
Les années 1990 marquent un renouveau de l’histoire-bataille qui s’inscrit dans une
tendance plus large de la réhabilitation de l’évènement, notamment grâce à l’impulsion de
Georges Duby (1919-1996).
* « Avec Le Dimanche de Bouvines (1973), Duby a été le pionnier du retour de
l'événement dans l'historiographie, en montrant qu'il n'est que la pointe de l'iceberg et que
l'histoire-bataille ne peut désormais se faire qu'au terme de l'étude d'un processus
convergent de changements militaires, sociaux, politiques et culturels marqués par l'évolution
des mentalités et des sensibilités », écrit Jacques Le Goff.
Georges Duby inaugure une nouvelle façon d’écrire l’histoire de la bataille en l’envisa-
geant comme « le produit et l’instrument d’une propagande politique ».
Images :
- Georges Duby et deux de ses livres.
- Trois livres d’André Corvisier
Historiographie militaire : fin du 20ème siècle
La notion d’histoire du fait guerrier s’affermit. L’historien militaire
et journaliste britannique John Keegan (1934- 2012), qui a travaillé
aussi sur la psychologie des conflits et sur la vie quotidienne des
hommes de troupe (Azincourt en 1415, Waterloo en 1815, La Somme
en 1916), affirme que « la guerre est un acte culturel. »
Images :
- John Keegan, maître de conférences à l'Académie royale militaire de Sandhurst et
professeur invité à l'université de Princeton. Il a publié de très nombreux ouvrages sur les
conflits militaires du 16e au 21e siècle dans les domaines aussi variés que la guerre terrestre,
maritime, aérienne ou du renseignement, mais aussi sur la psychologie des conflits. Ses
travaux sur les batailles ont fortement marqué l'histoire militaire.
- Quelques uns de ses ouvrages.
Les instituts et revues d’histoire militaire
-Le ‘Centre d’études d’histoire de la défense’ dépendant de
‘Institut de Recherche stratégique’ de l'École Militaire de France souhaite
réconcilier la « nouvelle histoire » et « l’histoire bataille », l’évènement et
la longue durée.
- La Revue d'Histoire Militaire est une association visant à pro-
mouvoir les cursus de Sciences Humaines et Sociales à travers l'étude
de la violence organisée. Ce sont les étudiants et les jeunes diplômés qui
y ont majoritairement la parole.
- La Revue historique des Armées est une revue scientifique
d’histoire militaire. Fondée en 1945, elle publie 4 numéros par an. Son
principal objet est de rendre compte de l’actualité de la recherche sur le
phénomène guerrier, quelles que soit les approches privilégiées (sociale,
culturelle, anthropologique, globale ou « par le bas », …). Il s’agit de
contribuer à l’analyse des conflits passés, des acteurs qui y sont
impliqués, de l’évolution des armées, notamment françaises, mais pas
exclusivement.
Les insuffisances du pacifisme
Le pacifiste est réputé vouloir la paix "à tout prix", fut-ce au prix
de la justice, et préférer n'importe quelle paix à n'importe quelle
guerre.
Pour Blaise Pascal (1623-1662), il faut avoir le courage de
dénoncer la paix lorsqu’elle est injuste. Car la paix n’est pas une
valeur en soi, elle n’est pas à préserver à n’importe quel prix : c’est
« aller contre la fin de la paix que de laisser entrer les étrangers
dans un État pour le piller, sans s’y opposer ». Il y a des paix
honteuses, comme celle des accords de Munich, dénoncés par
Gandhi.
Le pacifisme peut même être qualifié « d'erreur criminelle »,
selon l’expression de la philosophe Simone Weil (1909-1943) si la
collectivité ne prépare pas d'alternative à la défense armée contre
l'agression et l'oppression.
Mais on ne peut que partager avec les pacifistes le constat de
la folie et de l’absurdité de la guerre…
Images :
- Les accords de Munich (septembre 1938), par lesquels les Anglais et les Français
capitulent devant les ambitions d’Hitler qui revendique la région des Sudètes, partie
occidentale de la Tchécoslovaquie, ont été dénoncés par Gandhi comme un acte de lâcheté
- La tuerie dans les tranchées de Verdun, 1916
La guerre, fille de la dictature
Nous défendons pas ici pas la position d'un certain
pacifisme qui fait de la production d'armes la raison principale des
guerres. Les armes sont des moyens pour faire la guerre, oui. Les
armes sont la raison des guerres, non ! La paix, oui, bien sûr, mais
pas au détriment de la justice et de la liberté.
C'est pourquoi nous préférons parler de "résolution non-
violente des conflits" plutôt que mettre en avant "la paix" (mot
souvent connoté négativement : "Fiche-moi la paix !", "Qu'il repose
en paix !", etc.)
La raison principale des guerres (mais aussi des massa-
cres et des génocides), c'est la dictature, le fanatisme et le
nationalisme (à distinguer du patriotisme) :
le militarisme et l’impérialisme sont des caractéristiques
majeures des dictatures et des régimes autoritaires.
Images : - Le dictateur allemand Adolf Hitler (1889-1945)
- Défilé à la gloire du dictateur russe Joseph Staline (1878-1953)
- Manifestation en faveur du dictateur nationaliste serbe Slobodan Milosevic
- Défilé à la gloire du dictateur chinois Xi Jinping (né en 1953)
"Si tu veux la paix, …" ?
Le proverbe romain : Si vis pacem, para bellum ("Si tu veux la paix,
prépare la guerre !"), maxime de la paix armée, traduit le principe de la
dissuasion militaire ou nucléaire : se préparer à la guerre pour éviter de la
faire. Le moins qu’on puisse dire est que ce principe n’a pas fait la preuve
de sa pertinence depuis plusieurs millénaires, et qu’il est temps de lui
substituer la maxime "Si tu veux la paix, prépare la paix !".
Dans cette optique, la dissuasion, qui est nécessaire face à des
pouvoirs non démocratiques (faire comprendre à l’agresseur potentiel que
les coûts de son agression seraient supérieurs aux gains qu’il espère en
retirer) est appelée de plus en plus à devenir, dans les décennies et siècles
qui viennent, une dissuasion civile non-violente*.
De même, les interventions militaires extérieures entre belligérants
sont appelées à être remplacées de plus en plus par des opérations
d’intervention civile de paix, encouragées par l’ONU, l’OSCE, l’Union
européenne.
* voir sur le site de l’IRNC les diaporamas, textes et vidéos sur la ‘défense civile non-violente’ et
sur ‘l’intervention civile de paix’
Faire mémoire,
préparer un nouvel avenir
Les développements qui suivent ne sont pas destinés à raconter
les guerres du passé. S’ils les résument à très grands traits ou s’ils
présentent parfois tel ou tel évènement méconnu ou significatif de telle ou
telle guerre, ils ont pour objectif :
- de faire mémoire des guerres (l’absurdité fréquente de leur déclen-
chement, leur horreur, leur bilan humain, le cycle des revanches, etc.) en
présentant des lieux de mémoire, des musées, des monuments, des
journées de commémoration, des livres, des documentaires et des films,
- de présenter les initiatives vers un avenir de paix et de résolution
non-violente des conflits : démarches de rapprochement, regrets,
demandes de pardon, actes de réconciliation entre des anciens
belligérants.
Victor Hugo, utopiste ou visionnaire ?
Dans son discours d'ouverture du ‘Congrès international de la
Paix’ à Paris, en août 1849, un siècle avant que ne s'amorce la
construction européenne, l’écrivain français Victor Hugo, qui en était
le président, se montrait un visionnaire sur la nécessité d'une Europe
unie qu'il appellait de ses vœux :
« Nous disons à la France, à l'Angleterre, à la Prusse, à l'Autriche, à
l'Espagne, à l'Italie, à la Russie, nous leur disons : Un jour viendra où les armes
vous tomberont des mains, à vous aussi ! (…)
Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les
marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées.
Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les
votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un
grand Sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angle-
terre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la
France !
Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y
montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait pu
être. »
Il prenait ainsi la relève du prophète Isaïe :
« De leurs épées ils forgeront des charrues, et de leurs lances des faucilles. »
(Is, 2, 4)
Images : - Victor Hugo (1802-1885)
- Le Congrès international de la Paix à Paris, le 21 août 1849,
Prendre de la hauteur
pour ne pas désespérer
La situation en Palestine-Israël depuis 1948* peut laisser
penser que la violence et la haine seront éternelles et la solution
impossible.
Et pourtant, nombre de Palestiniens et d’Israéliens sont
conscients de l’impasse de la discrimination et de la violence et
favorables à une cohabitation pacifique, la majorité de la commu-
nauté internationale pousse en ce sens, des scénarios de solu-
tion politique sont imaginés.**
* création de l’État d’Israël en 1948 avec l’accord des Occidentaux du fait de leur
mauvaise conscience après 20 siècles d’antijudaïsme, les pogroms en Europe de l’Est
et la Shoah, expropriation de 750 000 Palestiniens de la terre de leurs ancêtres
(Nakba), guerres israélo-arabes, grignotage incessant du territoire des Palestiniens,
occupation militaire et apartheid, lutte armée et terrorisme de groupes palestiniens, mur
de séparation et barbelés étranglant la Cisjordanie et Gaza, tuerie du 7 octobre 2023
commise par le Hamas, vengeance du gouvernement de B. Netanyahou et bombarde-
ments de Gaza, accélération de la colonisation de la Cisjordanie, etc.
** par exemple, un État fédéral laïc à l’exemple de la Suisse avec deux commu-
nautés et deux langues officielles.
Images :
- Attaques du 7 oct. 2023 par le Hamas en Israël (1 188 morts, 4 834 blessés).
- Bombardements israéliens sur Gaza en représailles (plus de 46 000 morts et de
110 000 blessés).
- Attaques des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie (meurtres,
expropriations, menaces, arrachage des oliviers, empoisonnement du bétail, etc.)
- Les deux drapeaux et le mot "paix" en arabe (Salam) et en hébreu (Shalom).
Des raisons de ne pas désespérer
De même, les guerres nombreuses ces dernières années dans
le monde (guerre civile du Tigré en Éthiopie suivi d'un traité de paix en
nov. 2022, annexion du Haut Karabach arménien par l’Azerbaïdjan,
agression de l’Ukraine par la Russie de V. Poutine, "guerre des géné-
raux" au Soudan depuis 2023, etc.) peuvent laisser penser que
l’humanité ne sortira jamais de la violence guerrière.
Et pourtant, il y a des bien des raisons d’espérer : la réconci-
liation franco-allemande après de siècles de guerre, la cohabitation
pacifique entre Noirs et Blancs en Afrique du Sud après 43 ans
d’apartheid, les textes sur le devoir d’ingérence et la responsabilité de
protéger, la compétence des organisations et des juridictions interna-
tionales, les exemples de résistance non-armée à l’agression et à
l’oppression, les travaux en Europe pour concevoir une défense
globale non-violente face aux menaces de tous ordres.
* agressions militaires et terrorisme, mais aussi cyberattaques, désinformation, menaces
environnementales, menaces sanitaires, risques de ruptures d’approvisionnement alimentaire
ou énergétique, menaces idéologiques et politiques, tensions sociales non régulées comme
les violences urbaines, etc.
Images :
- François Mitterrand et Helmut Kohl à Verdun le 22 septembre 1984
- Frederik de Klerk et Nelson Mandela, lauréats du prix Nobel de la paix en 1993.
- Les travaux du politologue étatsunien Gene Sharp (1928-2018) sur la défense civile non-
violente.
La guerre, provisoire dans l’histoire de l’humanité ?
Notre devoir moral est de désarmer et démilitariser nos consci-
ences. Notre horizon est d’affirmer que la guerre et les institutions
militaires, si elles peuvent être, aujourd’hui, ici ou là, un moindre mal
pour protéger la démocratie face à l’agression et à la barbarie, doivent
être considérées comme provisoires dans l’histoire de l’humanité, ainsi
que les considérait Victor Hugo.
Ainsi ont été abolis dans l’histoire de l’humanité les sacrifices
humains, les jeux de mort du cirque, la torture judiciaire, l’esclavage, le
duel, le droit d’aînesse, le suffrage censitaire, ainsi disparaîtra totale-
ment la peine de mort.
De même ont été interdites les armes biologiques (1972), les
armes chimiques (1993), les mines antipersonnel (1997), les bombes à
fragmentation (2008), comme sera un jour abolie l’arme nucléaire.*
. * suite au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) entré en vigueur en janv. 2021.
- Image du bas : Charles Rojzman, psychosociologue français né en 1942, a créé et
développé le concept de la ‘thérapie sociale’ face aux problèmes et aux violences qui agitent la
société actuelle, notamment dans les "quartiers sensibles". Pour sortir de la violence, affirme-t-
il, il ne s'agit pas d'éviter le conflit, mais au contraire de le réhabiliter. Il convient de lui donner
un cadre d'expression pour qu'il ne dégénère pas en haine et en violence, mais débouche -
éventuellement après des épreuves de force respectueuses de l’adversaire - sur des compro-
mis, des accords et des perspectives de réconciliation.
Cette analyse s’applique aussi, bien sûr, aux relations internationales.
Le pire et le meilleur
Le pire est possible à l’avenir, mais aussi le meilleur, si nous le
décidons et si nous en prenons les moyens,
Edgar Morin aime à donner des exemples de ce qu'il appelle
« l'irruption de l'inattendu » dans l'Histoire.
Pouvait-on supposer en 1926, alors que le prix Nobel de la paix
était décerné à Aristide Briand et à Gustav Stresemann, que la 2ème
Guerre mondiale éclaterait 13 ans plus tard ?
Pouvait-on supposer en août 1939, date du pacte entre Hitler et
Staline, que l’Allemagne nazie envahirait la Russie en juin 1941 et s’y
embourberait, tournant majeur de la 2ème Guerre mondiale ?
Pouvait-on imaginer que l'Allemagne et la France, après des
siècles de guerre (Louis XIV, Napoléon, 1870-71, 1914-18, 1939-45) se
réconcilieraient et seraient des piliers de l'Union européenne ?
Images :
- Edgar Nahoum, dit Edgar Morin, né en 1921, héros de la Résistance et dissident du
stalinisme, anthropologue de la mort et sociologue du temps présent, philosophe, théoricien de
la connaissance, de la pensée complexe et de la transdisciplinarité, infatigable promoteur du
“principe espérance”, membre du ‘Collegium international éthique, politique et scientifique’.
- Le manifeste Le chemin de l’espérance (2022) de Stéphane Hessel et Edgar Marin
appelle à l’imagination et à l’exigence citoyenne pour redonner un horizon à ce siècle, un avenir
à notre planète, une espérance à tous.
« L’irruption de l’inattendu »
Que le mur de Berlin et le communisme s'effondreraient en 1989-91
suite au combat non-violent des populations de l'Europe de l'Est ?
Que peu après leur sortie de prison politique, Vaclav Havel en
Tchécoslovaquie et Nelson Mandela en Afrique du Sud seraient élus
présidents de la République ?
Mais aussi…
Pouvait on imaginer qu’après tant de guerres saintes et de guerres
de religion, 150 responsables représentant une douzaine de religions se
rassembleraient à Assise en octobre 1986 pour une Journée mondiale de
prière pour la paix ?
Qu’en 2008, un Noir, Barak Obama, serait élu président des États-
Unis ?
- Images : Deux livres d’Edgar Morin, Vers l’abîme (2020) et Attends-toi à l’inattendu (2021).
« La crise suscite des peurs et des régressions mentales, mais elle suscite aussi l’imagination
créative. Il faut savoir que dans l’histoire, l’inattendu se produit et se reproduira. Nous devons
apprendre à vivre avec l’incertitude, c’est-à-dire avoir le courage d’affronter, d’être prêt à résister
aux forces négatives. Je souhaite que ce soient les forces créatives qui s’imposent, les forces
lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin, même si elles sont encore très dispersées
et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre, mais ne devons pas nous enfermer dans
l’indignation.
Nous essayons de nous entourer d’un maximum de certitudes, mais vivre, c’est naviguer dans
une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se
ravitaille… »
« L’irruption de l’inattendu »
Que des partis populistes feraient des scores impor-
tants dans plusieurs pays de l’Union européenne, que des
chefs de partis populistes arriveraient au pouvoir en Europe
(Hongrie, Italie, etc.) ou menaceraient d’y parvenir, y compris
en France ?
Qu’en 2023 et 2024, la Cour Pénale Internationale
lancerait des mandats d'arrêt pour crimes de guerre et crimes
contre l'humanité contre le chef militaire du Hamas Moham-
med Deif et contre deux dirigeants en exercice, Vladimir
Poutine en Russie et Benjamin Netanyahou en Israël ?
Que Donald Trump, président populiste milliardaire
étatsunien poursuivi par la Justice de son pays dans des
affaires civiles et pénales, dont un « complot à l’encontre État
américain », obtiendrait du Premier ministre israélien un
cessez-le-feu à Gaza, puis proposerait de déporter les
Palestiniens de la bande de Gaza en Égypte… ?
Images :
- Scores des partis d’extrême droite lors des derniers scrutins en Europe.
- Donald Trump l’imprévisible, partisan de la loi du plus fort.
- Elon Musk, homme le plus riche du monde, conseiller du président Donald Trump,
apporte publiquement son soutien à des partis d'extrême droite allemand, anglais et
italien.
Un travail à élargir
Cette recherche et ce travail de vulgarisation ont été faits
par un citoyen français, conscient - et pas très fier - que sur
les trois dirigeants politiques qui ont mis l’Europe à feu et à
sang au cours des derniers siècles (Louis XIV, Napoléon et
Hitler), deux étaient des Français…
Les diaporamas traitent principalement de guerres
survenues en France ou impliquant la France.
Il va de soi que ce travail de recherche et de vulgari-
sation devra être un jour être élargi dans le temps et dans
l’espace par des équipes internationales. ■

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  • 3. 12 - La mémoire des guerres Sommaire (rappel) Introduction 1 - La mémoire de guerres jusqu’à la fin du 19ème siècle 2 - La mémoire de la Première Guerre mondiale (1914-1918) 3 - La mémoire de la Deuxième Guerre mondiale (1930-1945) En projet 4 - La mémoire des guerres de décolonisation de la France En projet 5 - Le danger des munitions immergées
  • 4. La mémoire des guerres Introduction (diaporama n°1) Sommaire : - Introduction : Qu’est ce que la guerre ? - La guerre, depuis quand ? - La guerre, pourquoi ? - L’historiographie militaire - Les insuffisances du pacifisme - La guerre, fille de la dictature - « Si tu veux la paix… » Dissuasion, alternatives de défense et d’intervention extérieure - Faire mémoire, préparer un nouvel avenir - Victor Hugo, utopiste ou visionnaire ? - Prendre de la hauteur pour ne pas désespérer - La guerre, provisoire dans l’histoire de l’humanité ? - Le pire et le meilleur - « L’irruption de l’inattendu » - Un travail à élargir
  • 5. La mémoire des guerres Introduction Bibliographie : - Revue L’Histoire. N° double juillet-août 2024 : « La violence et la guerre. De Homère à Poutine. » - Internet, notamment Wikipédia
  • 6. Introduction : Qu’est ce que la guerre ? La guerre se définit comme un état de conflit armé entre plusieurs groupes politiques constitués, comme des États. Par opposition aux guerres entre États, une guerre peut aussi désigner un conflit armé entre deux factions de populations opposées à l'intérieur d'un même État : on parle alors de guerre de religion, guerre civile, de guerre ethnique, de guerre révolutionnaire ou encore de guerre de sécession. Pour le polémologue Gaston Bouthoul, « la guerre est une forme de violence qui a pour caractéristique essentielle d'être méthodique et organisée quant aux groupes qui la font et aux manières dont ils la mènent. En outre, elle est limitée dans le temps et dans l'espace et soumise à des règles juridiques particulières, extrêmement variables suivant les lieux et les époques. Sa dernière caractéristique est d'être sanglante, car lorsqu'elle ne comporte pas de destruction de vies humaines, elle n'est qu'un conflit ou un échange de menaces. ». Images : - Le sociologue français Gaston Bouthol (1896-1980) s’est consacré à l'étude du phénomène de la guerre et a introduit le terme de polémologie (polemos : guerre, conflit ; logos : étude) dans le vocabulaire des sciences humaines et sociales. La polémologie est branche de la théorie des relations internationales mettant l'accent sur la compréhension des conflits, de leur origine et de leur fonctionnement. - Quelques uns de ses ouvrages.
  • 7. La guerre, paroxysme de la violence La guerre n’a pas le monopole de la violence. Mais elle en est un laboratoire sans équivalent : parce que la violence y est un moyen légitime, valorisé, héroïsé et en tout cas jusqu’ici inévitable, parce que se déchaînent là des pratiques qui seraient ailleurs réprimées, parce que des esprits raisonnables et d’habitude modérés en viennent à justifier l’injustifiable, elle force à s’interroger sur nous-mêmes. Images : - Sur cette scène de combat dans l’abri de Rajat Prapat (près de Pachmarhri, Madhya Pradesh, Inde), un guerrier tient à la main une tête humaine - Crâne avec une large fracture retrouvé au bord de la rivière Tollensee en Alle- magne. Vers 1 200 avant notre ère, une bataille y opposa environ 4 000 combattants armés de couteaux, de lances et de maillets.
  • 8. La guerre, depuis quand ? Il semble que la guerre n’existe que chez les êtres humains et chez les animaux dits supérieurs, comme les singes. Selon la préhistorienne Marylène Patou-Mathis et à la lecture des recherches anthropologiques et archéologiques, la guerre ne semble apparaître qu’avec la naissance de l’économie de production et le boule- versement des structures sociales du néolithique, il y a environ 10 000 ans. Guerres et confrontations sont omniprésentes dès les plus anciennes civilisations historiques : Mésopotamie, Égypte, Proche-Orient, monde égéen. En revanche, la Préhistoire a longtemps été imaginée comme un âge d'or : le paradis originel. Mais, aujourd'hui, l'archéologie nous fait douter de cette quiétude primordiale. Le Néolithique livre des charniers spectaculai- res et les archéologues identifient des traces de combats collectifs dans des sociétés de chasseurs-cueilleurs qu’on a voulu, un temps, présenter comme pacifiques.
  • 9. La violence dès la Préhistoire En balayant le champ des découvertes, Jean Guilaine et Jean Zammit dressent en effet un tableau saisissant des actes de violence attestés depuis le temps des chasseurs-cueilleurs jusqu'à celui des paysans du Néolithique : exécutions capitales, supplices, sacrifices humains, cannibalisme, massacres de serviteurs lors des obsèques d’un grand chef, etc. Dès le 3ème millénaire avant notre ère, on voit s'amplifier en Occident, à travers la statuaire, une idéologie du guerrier. À l'Âge du bronze, la production d'armes toujours plus sophistiquées devient essentielle en Europe «barbare» tandis que cités et tats orientaux font de la guerre une exaltation constante. Le héros, combattant idéal, impose alors son image farouche. Les critères qui séparent la guerre des autres formes de violence ne sont clairs qu’à partir du moment où s’érigent des remparts et où se confectionnent des armes défensives. Cette période est tardive, à savoir un Néolithique déjà avancé qui empiète sur la protohistoire.
  • 10. La guerre, pourquoi ? Selon le théoricien prussien Carl von Clausewitz (1780-1831) : « la guerre est le prolongement de la politique par d'autres moyens ». Cette théorie soutient qu'un conflit armé est la suite logique d'une tentative d'un groupe pour protéger ou augmenter sa prospérité économique, politique et sociale aux dépens d'un autre ou d'autres groupe(s). La guerre est souvent aussi une façon de ressouder une commu- nauté contre un ennemi (ou soi-disant ennemi) commun, de justifier le respect d'une forte discipline, voire d'acquérir ou conserver un pouvoir charismatique. Ces raisons rendent la guerre fréquente dans les dictatures et les États où les populations subissent des évolutions politiques, économiques ou techniques brutales. Il arrive cependant, bien que ce soit plus rare, que des démocraties se fassent la guerre entre elles aussi. Images : - Pourquoi la guerre ? ( Warum Krieg ?) rassemble un échange épistolaire de 1932, entre Albert Einstein et Sigmund Freud, sur le thème de la guerre, à la demande de la ‘Commission internationale de coopération intellectuelle’. Cette correspondance est publiée en 1933, en France, en Allemagne et en Angleterre sous la forme d'un opuscule. - Pourquoi les hommes font-ils la guerre ? est un livre de Myriam Revault d‘Allonnes, (dessins de Jochen Gerner) destiné à a jeunesse. En quoi la guerre diffère-t-elle des autres formes de violence ? Comment a-t-elle évolué au fur et à mesure que la culture a progressé ? Pourquoi n'a-t-elle pas disparu avec les progrès de la civilisation ? Toutes les guerres se valent- elles et peut-on parler de guerres justes ou injustes ?
  • 11. L’historiographie* militaire Dans la manière dont les historiens militaires la conçoivent au 21ème siècle, l’histoire militaire est un champ historiographique qui étudie la guerre et ses composantes militaires (personnel militaire, recrutement, conduite des opérations militaires, institution et adminis- tration militaire), et son impact sur la politique, l’économie, la culture, la géographie et la société. Les historiens militaires s’accordent aujourd’hui pour dire qu’on ne peut plus faire l’économie de l’histoire culturelle et politique lorsqu’on traite de l’histoire militaire. Il faut donc distinguer le concept d'histoire- bataille, longtemps pratiquée dans le domaine de l'histoire militaire, qui n'appréhende l'Histoire que par les batailles et dans une temporalité évènementielle, de l'histoire des batailles ou plus précisément du fait militaire qui peut s'envisager depuis diverses approches (sociale, culturelle, géographique, économique, technique, etc.) et s'intégrer dans une perspective du temps long. * L’historiographie est l’étude de l’évolution passée de la façon d’écrire l’histoire, de faire un travail d’historien : évolution de l’objet, de la recherche et de l’étude des sources, des méthodes de l’historien, etc. Images : Deux ouvrages d’André Corvisier (1818-2014), professeur à l’Université Sorbonne-Paris IV, président de la Commission internationale d’histoire militaire. Il remet en chantier l’histoire de la société militaire en l’ouvrant à tous les autres aspects de l’histoire (société, institutions, mentalités, technologies). Une grande figure de professeur, un homme d’une grande humanité.
  • 12. Historiographie militaire : dans l’Antiquité Le général chinois Sun Tzu (- 566, - 496) est un précurseur de l’histoire militaire. Il est l’auteur d’un ouvrage de stratégie militaire dont le contenu est encore très actuel. Parmi les auteurs antiques ayant laissé derrière eux des écrits précieux concernant l’histoire militaire, figure Xénophon, historien, philosophe et chef militaire de la Grèce antique (v. - 430, v. - 355). Polybe (v - 200, v. - 120), historien grec et spécialiste militaire, en particulier de la guerre de siège, a également placé la guerre au centre de sa pensée, car c’est elle qui déterminait (détermine ?) les peuples et les empires. Ses Histoires décrivent divers conflits par lesquels les Romains sont parvenus à asseoir leur pouvoir dans le bassin méditerranéen. Les travaux d’officiers, antérieurs à 1945, développent un point de vue purement opérationnel, tactique, destiné à l’enseignement militaire. Ils comprennent des détails fastidieux et n’abordent pas la dimension humaine des combats. Images : - Statue de Sun Tzu à Yurihama, Tottori, Japon, et son livre L’art de la guerre - Xénophon vers - 380 - Statue contemporaine représentant Polybe, Vienne
  • 13. Historiographie militaire : 18ème et 19ème siècles Le Prussien Carl von Clausewitz (1780-1831) est le premier à poser le problème guerre/politique.Il démontre avec force la compénétration du politique et du militaire dans l'acte de guerre. Sa seconde idée maîtresse est celle de la « guerre absolue » : la dialectique propre à la lutte militaire implique l'« ascension aux extrêmes » et la recherche de l'anéantissement de l'adversaire. Le Suisse Antoine de Jomini (1779-1869) figure également parmi les théoriciens les plus connus de cette période notamment pour ses écrits concernant la logistique. Peu avant 1880, l’historien allemand Hans Delbrück (1848-1929) est le premier à lier histoire militaire et réalités politiques, phénomènes politiques, institutionnels et religieux dans le champ de la critique historique. Images : - Carl von Clausewitz et son ouvrage - Antoine de Jomini et son ouvrage - Hans Delbrück et un de ses ouvrages
  • 14. Historiographie militaire : 20ème siècle Après la Première Guerre mondiale, les historiens ont à leur disposition une quantité gigantesque de sources et notamment des dizaines de milliers de témoignages de soldats. Cependant, très peu d’historiens utilisent ces sources pour écrire une nouvelle histoire militaire davantage axée sur l’expérience de guerre du combattant. Marc Bloch (1886-1944) ou Henry Contamine (1897-1974) sont les rares exceptions de cette période à s’intéresser un minimum à une histoire sociale du conflit. Images : - La collection Mondes en guerre (éditeur : ‘Passés composés’) a pour objet d’explorer la diversité des pratiques guerrières sur tous les continents, depuis la Préhistoire jusqu'à nos jours. - Marc Bloch, historien, fondateur avec Lucien Febvre des Annales d'histoire économique et sociale en 1929. Membre de la Résistance durant l'Occupation, il est arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo en juin 1944. - La Revanche, 1871-1914, un des ouvrages d’Henry Contamine,
  • 15. Historiographie militaire : fin du 20ème siècle Les années 1990 marquent un renouveau de l’histoire-bataille qui s’inscrit dans une tendance plus large de la réhabilitation de l’évènement, notamment grâce à l’impulsion de Georges Duby (1919-1996). * « Avec Le Dimanche de Bouvines (1973), Duby a été le pionnier du retour de l'événement dans l'historiographie, en montrant qu'il n'est que la pointe de l'iceberg et que l'histoire-bataille ne peut désormais se faire qu'au terme de l'étude d'un processus convergent de changements militaires, sociaux, politiques et culturels marqués par l'évolution des mentalités et des sensibilités », écrit Jacques Le Goff. Georges Duby inaugure une nouvelle façon d’écrire l’histoire de la bataille en l’envisa- geant comme « le produit et l’instrument d’une propagande politique ». Images : - Georges Duby et deux de ses livres. - Trois livres d’André Corvisier
  • 16. Historiographie militaire : fin du 20ème siècle La notion d’histoire du fait guerrier s’affermit. L’historien militaire et journaliste britannique John Keegan (1934- 2012), qui a travaillé aussi sur la psychologie des conflits et sur la vie quotidienne des hommes de troupe (Azincourt en 1415, Waterloo en 1815, La Somme en 1916), affirme que « la guerre est un acte culturel. » Images : - John Keegan, maître de conférences à l'Académie royale militaire de Sandhurst et professeur invité à l'université de Princeton. Il a publié de très nombreux ouvrages sur les conflits militaires du 16e au 21e siècle dans les domaines aussi variés que la guerre terrestre, maritime, aérienne ou du renseignement, mais aussi sur la psychologie des conflits. Ses travaux sur les batailles ont fortement marqué l'histoire militaire. - Quelques uns de ses ouvrages.
  • 17. Les instituts et revues d’histoire militaire -Le ‘Centre d’études d’histoire de la défense’ dépendant de ‘Institut de Recherche stratégique’ de l'École Militaire de France souhaite réconcilier la « nouvelle histoire » et « l’histoire bataille », l’évènement et la longue durée. - La Revue d'Histoire Militaire est une association visant à pro- mouvoir les cursus de Sciences Humaines et Sociales à travers l'étude de la violence organisée. Ce sont les étudiants et les jeunes diplômés qui y ont majoritairement la parole. - La Revue historique des Armées est une revue scientifique d’histoire militaire. Fondée en 1945, elle publie 4 numéros par an. Son principal objet est de rendre compte de l’actualité de la recherche sur le phénomène guerrier, quelles que soit les approches privilégiées (sociale, culturelle, anthropologique, globale ou « par le bas », …). Il s’agit de contribuer à l’analyse des conflits passés, des acteurs qui y sont impliqués, de l’évolution des armées, notamment françaises, mais pas exclusivement.
  • 18. Les insuffisances du pacifisme Le pacifiste est réputé vouloir la paix "à tout prix", fut-ce au prix de la justice, et préférer n'importe quelle paix à n'importe quelle guerre. Pour Blaise Pascal (1623-1662), il faut avoir le courage de dénoncer la paix lorsqu’elle est injuste. Car la paix n’est pas une valeur en soi, elle n’est pas à préserver à n’importe quel prix : c’est « aller contre la fin de la paix que de laisser entrer les étrangers dans un État pour le piller, sans s’y opposer ». Il y a des paix honteuses, comme celle des accords de Munich, dénoncés par Gandhi. Le pacifisme peut même être qualifié « d'erreur criminelle », selon l’expression de la philosophe Simone Weil (1909-1943) si la collectivité ne prépare pas d'alternative à la défense armée contre l'agression et l'oppression. Mais on ne peut que partager avec les pacifistes le constat de la folie et de l’absurdité de la guerre… Images : - Les accords de Munich (septembre 1938), par lesquels les Anglais et les Français capitulent devant les ambitions d’Hitler qui revendique la région des Sudètes, partie occidentale de la Tchécoslovaquie, ont été dénoncés par Gandhi comme un acte de lâcheté - La tuerie dans les tranchées de Verdun, 1916
  • 19. La guerre, fille de la dictature Nous défendons pas ici pas la position d'un certain pacifisme qui fait de la production d'armes la raison principale des guerres. Les armes sont des moyens pour faire la guerre, oui. Les armes sont la raison des guerres, non ! La paix, oui, bien sûr, mais pas au détriment de la justice et de la liberté. C'est pourquoi nous préférons parler de "résolution non- violente des conflits" plutôt que mettre en avant "la paix" (mot souvent connoté négativement : "Fiche-moi la paix !", "Qu'il repose en paix !", etc.) La raison principale des guerres (mais aussi des massa- cres et des génocides), c'est la dictature, le fanatisme et le nationalisme (à distinguer du patriotisme) : le militarisme et l’impérialisme sont des caractéristiques majeures des dictatures et des régimes autoritaires. Images : - Le dictateur allemand Adolf Hitler (1889-1945) - Défilé à la gloire du dictateur russe Joseph Staline (1878-1953) - Manifestation en faveur du dictateur nationaliste serbe Slobodan Milosevic - Défilé à la gloire du dictateur chinois Xi Jinping (né en 1953)
  • 20. "Si tu veux la paix, …" ? Le proverbe romain : Si vis pacem, para bellum ("Si tu veux la paix, prépare la guerre !"), maxime de la paix armée, traduit le principe de la dissuasion militaire ou nucléaire : se préparer à la guerre pour éviter de la faire. Le moins qu’on puisse dire est que ce principe n’a pas fait la preuve de sa pertinence depuis plusieurs millénaires, et qu’il est temps de lui substituer la maxime "Si tu veux la paix, prépare la paix !". Dans cette optique, la dissuasion, qui est nécessaire face à des pouvoirs non démocratiques (faire comprendre à l’agresseur potentiel que les coûts de son agression seraient supérieurs aux gains qu’il espère en retirer) est appelée de plus en plus à devenir, dans les décennies et siècles qui viennent, une dissuasion civile non-violente*. De même, les interventions militaires extérieures entre belligérants sont appelées à être remplacées de plus en plus par des opérations d’intervention civile de paix, encouragées par l’ONU, l’OSCE, l’Union européenne. * voir sur le site de l’IRNC les diaporamas, textes et vidéos sur la ‘défense civile non-violente’ et sur ‘l’intervention civile de paix’
  • 21. Faire mémoire, préparer un nouvel avenir Les développements qui suivent ne sont pas destinés à raconter les guerres du passé. S’ils les résument à très grands traits ou s’ils présentent parfois tel ou tel évènement méconnu ou significatif de telle ou telle guerre, ils ont pour objectif : - de faire mémoire des guerres (l’absurdité fréquente de leur déclen- chement, leur horreur, leur bilan humain, le cycle des revanches, etc.) en présentant des lieux de mémoire, des musées, des monuments, des journées de commémoration, des livres, des documentaires et des films, - de présenter les initiatives vers un avenir de paix et de résolution non-violente des conflits : démarches de rapprochement, regrets, demandes de pardon, actes de réconciliation entre des anciens belligérants.
  • 22. Victor Hugo, utopiste ou visionnaire ? Dans son discours d'ouverture du ‘Congrès international de la Paix’ à Paris, en août 1849, un siècle avant que ne s'amorce la construction européenne, l’écrivain français Victor Hugo, qui en était le président, se montrait un visionnaire sur la nécessité d'une Europe unie qu'il appellait de ses vœux : « Nous disons à la France, à l'Angleterre, à la Prusse, à l'Autriche, à l'Espagne, à l'Italie, à la Russie, nous leur disons : Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi ! (…) Un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d'un grand Sénat souverain qui sera à l'Europe ce que le parlement est à l'Angle- terre, ce que la diète est à l'Allemagne, ce que l'Assemblée législative est à la France ! Un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd'hui un instrument de torture, en s'étonnant que cela ait pu être. » Il prenait ainsi la relève du prophète Isaïe : « De leurs épées ils forgeront des charrues, et de leurs lances des faucilles. » (Is, 2, 4) Images : - Victor Hugo (1802-1885) - Le Congrès international de la Paix à Paris, le 21 août 1849,
  • 23. Prendre de la hauteur pour ne pas désespérer La situation en Palestine-Israël depuis 1948* peut laisser penser que la violence et la haine seront éternelles et la solution impossible. Et pourtant, nombre de Palestiniens et d’Israéliens sont conscients de l’impasse de la discrimination et de la violence et favorables à une cohabitation pacifique, la majorité de la commu- nauté internationale pousse en ce sens, des scénarios de solu- tion politique sont imaginés.** * création de l’État d’Israël en 1948 avec l’accord des Occidentaux du fait de leur mauvaise conscience après 20 siècles d’antijudaïsme, les pogroms en Europe de l’Est et la Shoah, expropriation de 750 000 Palestiniens de la terre de leurs ancêtres (Nakba), guerres israélo-arabes, grignotage incessant du territoire des Palestiniens, occupation militaire et apartheid, lutte armée et terrorisme de groupes palestiniens, mur de séparation et barbelés étranglant la Cisjordanie et Gaza, tuerie du 7 octobre 2023 commise par le Hamas, vengeance du gouvernement de B. Netanyahou et bombarde- ments de Gaza, accélération de la colonisation de la Cisjordanie, etc. ** par exemple, un État fédéral laïc à l’exemple de la Suisse avec deux commu- nautés et deux langues officielles. Images : - Attaques du 7 oct. 2023 par le Hamas en Israël (1 188 morts, 4 834 blessés). - Bombardements israéliens sur Gaza en représailles (plus de 46 000 morts et de 110 000 blessés). - Attaques des colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie (meurtres, expropriations, menaces, arrachage des oliviers, empoisonnement du bétail, etc.) - Les deux drapeaux et le mot "paix" en arabe (Salam) et en hébreu (Shalom).
  • 24. Des raisons de ne pas désespérer De même, les guerres nombreuses ces dernières années dans le monde (guerre civile du Tigré en Éthiopie suivi d'un traité de paix en nov. 2022, annexion du Haut Karabach arménien par l’Azerbaïdjan, agression de l’Ukraine par la Russie de V. Poutine, "guerre des géné- raux" au Soudan depuis 2023, etc.) peuvent laisser penser que l’humanité ne sortira jamais de la violence guerrière. Et pourtant, il y a des bien des raisons d’espérer : la réconci- liation franco-allemande après de siècles de guerre, la cohabitation pacifique entre Noirs et Blancs en Afrique du Sud après 43 ans d’apartheid, les textes sur le devoir d’ingérence et la responsabilité de protéger, la compétence des organisations et des juridictions interna- tionales, les exemples de résistance non-armée à l’agression et à l’oppression, les travaux en Europe pour concevoir une défense globale non-violente face aux menaces de tous ordres. * agressions militaires et terrorisme, mais aussi cyberattaques, désinformation, menaces environnementales, menaces sanitaires, risques de ruptures d’approvisionnement alimentaire ou énergétique, menaces idéologiques et politiques, tensions sociales non régulées comme les violences urbaines, etc. Images : - François Mitterrand et Helmut Kohl à Verdun le 22 septembre 1984 - Frederik de Klerk et Nelson Mandela, lauréats du prix Nobel de la paix en 1993. - Les travaux du politologue étatsunien Gene Sharp (1928-2018) sur la défense civile non- violente.
  • 25. La guerre, provisoire dans l’histoire de l’humanité ? Notre devoir moral est de désarmer et démilitariser nos consci- ences. Notre horizon est d’affirmer que la guerre et les institutions militaires, si elles peuvent être, aujourd’hui, ici ou là, un moindre mal pour protéger la démocratie face à l’agression et à la barbarie, doivent être considérées comme provisoires dans l’histoire de l’humanité, ainsi que les considérait Victor Hugo. Ainsi ont été abolis dans l’histoire de l’humanité les sacrifices humains, les jeux de mort du cirque, la torture judiciaire, l’esclavage, le duel, le droit d’aînesse, le suffrage censitaire, ainsi disparaîtra totale- ment la peine de mort. De même ont été interdites les armes biologiques (1972), les armes chimiques (1993), les mines antipersonnel (1997), les bombes à fragmentation (2008), comme sera un jour abolie l’arme nucléaire.* . * suite au Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) entré en vigueur en janv. 2021. - Image du bas : Charles Rojzman, psychosociologue français né en 1942, a créé et développé le concept de la ‘thérapie sociale’ face aux problèmes et aux violences qui agitent la société actuelle, notamment dans les "quartiers sensibles". Pour sortir de la violence, affirme-t- il, il ne s'agit pas d'éviter le conflit, mais au contraire de le réhabiliter. Il convient de lui donner un cadre d'expression pour qu'il ne dégénère pas en haine et en violence, mais débouche - éventuellement après des épreuves de force respectueuses de l’adversaire - sur des compro- mis, des accords et des perspectives de réconciliation. Cette analyse s’applique aussi, bien sûr, aux relations internationales.
  • 26. Le pire et le meilleur Le pire est possible à l’avenir, mais aussi le meilleur, si nous le décidons et si nous en prenons les moyens, Edgar Morin aime à donner des exemples de ce qu'il appelle « l'irruption de l'inattendu » dans l'Histoire. Pouvait-on supposer en 1926, alors que le prix Nobel de la paix était décerné à Aristide Briand et à Gustav Stresemann, que la 2ème Guerre mondiale éclaterait 13 ans plus tard ? Pouvait-on supposer en août 1939, date du pacte entre Hitler et Staline, que l’Allemagne nazie envahirait la Russie en juin 1941 et s’y embourberait, tournant majeur de la 2ème Guerre mondiale ? Pouvait-on imaginer que l'Allemagne et la France, après des siècles de guerre (Louis XIV, Napoléon, 1870-71, 1914-18, 1939-45) se réconcilieraient et seraient des piliers de l'Union européenne ? Images : - Edgar Nahoum, dit Edgar Morin, né en 1921, héros de la Résistance et dissident du stalinisme, anthropologue de la mort et sociologue du temps présent, philosophe, théoricien de la connaissance, de la pensée complexe et de la transdisciplinarité, infatigable promoteur du “principe espérance”, membre du ‘Collegium international éthique, politique et scientifique’. - Le manifeste Le chemin de l’espérance (2022) de Stéphane Hessel et Edgar Marin appelle à l’imagination et à l’exigence citoyenne pour redonner un horizon à ce siècle, un avenir à notre planète, une espérance à tous.
  • 27. « L’irruption de l’inattendu » Que le mur de Berlin et le communisme s'effondreraient en 1989-91 suite au combat non-violent des populations de l'Europe de l'Est ? Que peu après leur sortie de prison politique, Vaclav Havel en Tchécoslovaquie et Nelson Mandela en Afrique du Sud seraient élus présidents de la République ? Mais aussi… Pouvait on imaginer qu’après tant de guerres saintes et de guerres de religion, 150 responsables représentant une douzaine de religions se rassembleraient à Assise en octobre 1986 pour une Journée mondiale de prière pour la paix ? Qu’en 2008, un Noir, Barak Obama, serait élu président des États- Unis ? - Images : Deux livres d’Edgar Morin, Vers l’abîme (2020) et Attends-toi à l’inattendu (2021). « La crise suscite des peurs et des régressions mentales, mais elle suscite aussi l’imagination créative. Il faut savoir que dans l’histoire, l’inattendu se produit et se reproduira. Nous devons apprendre à vivre avec l’incertitude, c’est-à-dire avoir le courage d’affronter, d’être prêt à résister aux forces négatives. Je souhaite que ce soient les forces créatives qui s’imposent, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre, mais ne devons pas nous enfermer dans l’indignation. Nous essayons de nous entourer d’un maximum de certitudes, mais vivre, c’est naviguer dans une mer d’incertitudes, à travers des îlots et des archipels de certitudes sur lesquels on se ravitaille… »
  • 28. « L’irruption de l’inattendu » Que des partis populistes feraient des scores impor- tants dans plusieurs pays de l’Union européenne, que des chefs de partis populistes arriveraient au pouvoir en Europe (Hongrie, Italie, etc.) ou menaceraient d’y parvenir, y compris en France ? Qu’en 2023 et 2024, la Cour Pénale Internationale lancerait des mandats d'arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité contre le chef militaire du Hamas Moham- med Deif et contre deux dirigeants en exercice, Vladimir Poutine en Russie et Benjamin Netanyahou en Israël ? Que Donald Trump, président populiste milliardaire étatsunien poursuivi par la Justice de son pays dans des affaires civiles et pénales, dont un « complot à l’encontre État américain », obtiendrait du Premier ministre israélien un cessez-le-feu à Gaza, puis proposerait de déporter les Palestiniens de la bande de Gaza en Égypte… ? Images : - Scores des partis d’extrême droite lors des derniers scrutins en Europe. - Donald Trump l’imprévisible, partisan de la loi du plus fort. - Elon Musk, homme le plus riche du monde, conseiller du président Donald Trump, apporte publiquement son soutien à des partis d'extrême droite allemand, anglais et italien.
  • 29. Un travail à élargir Cette recherche et ce travail de vulgarisation ont été faits par un citoyen français, conscient - et pas très fier - que sur les trois dirigeants politiques qui ont mis l’Europe à feu et à sang au cours des derniers siècles (Louis XIV, Napoléon et Hitler), deux étaient des Français… Les diaporamas traitent principalement de guerres survenues en France ou impliquant la France. Il va de soi que ce travail de recherche et de vulgari- sation devra être un jour être élargi dans le temps et dans l’espace par des équipes internationales. ■