Molecular Biology And Applied Genetics Upgraded
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Molecular Biology And Applied Genetics Upgraded Lecture Note Mohammed Awole Adem
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Halle à la Marée.
Cette halle étoit située auprès de la rue de la Cossonnerie. À
l'époque où saint Louis destina ce lieu à la vente du poisson de mer,
il dépendoit d'un fief appartenant à une famille de Paris, du nom
d'Hellebick, qu'il fallut indemniser, et à laquelle on accorda pour cet
effet de certains droits à prendre sur la vente du poisson. Après
l'extinction de la famille Hellebick, ce droit se trouva partagé: une
partie fut acquise par les élus et procureurs de la marchandise de
poisson de mer; l'autre fut cédée, en 1530, à l'Hôtel-Dieu de
Paris[350]. Le manoir de ce fief et les droits qu'il donnoit sur la vente
du poisson ont subsisté jusqu'à la suppression des droits féodaux.
Halle au Poisson d'eau douce.
Elle se tenoit, avant la révolution, dans une maison située rue de
la Cossonnerie. C'étoit là que se faisoit, à trois heures du matin, la
distribution du poisson aux petits marchés de Paris[351].
Halle à la Viande.
Elle se tenoit dans la boucherie de Beauvais, située vis-à-vis de la
rue au Lard, entre la rue Saint-Honoré et celle de la Poterie[352].
Halle aux Fruits.
C'étoit dans l'ancienne halle au blé, où se tient aujourd'hui le
marché de la viande, que se vendoit tout le fruit qui arrivoit à Paris.
Cette vente se faisoit pendant la nuit et au lever du jour[353].
Halle aux Poirées.
Elle occupoit un emplacement situé entre la rue de la Fromagerie
(maintenant rue du Marché aux Poirées), celle de la Lingerie et la
rue aux Fers[354].
Halle aux Herbes et aux Choux.
Il se tenoit le long de la rue de la Ferronnerie, et obstruoit le
passage avant que les charniers eussent été abattus[355].
Halle au Fromage.
Elle se tenoit le mardi matin, sur l'ancienne place de la halle au
blé. C'étoit là que l'on vendoit aussi le beurre et les œufs[356].
Halle aux Cuirs.
Cette halle étoit originairement située entre la rue au Lard et celle
de la Lingerie. On la transféra, en 1785, rue Mauconseil, dans un
autre emplacement dont nous aurons bientôt occasion de parler.
Halle aux Draps et aux Toiles.
Cette halle, isolée entre les rues de la Poterie et de la Petite-
Friperie, aboutit par ses deux extrémités opposées aux rues de la
Lingerie et de la Tonnellerie. Elle a été restaurée en 1787, sur les
dessins et sous la conduite de MM. Legrand et Molinos, qui
employèrent, pour la couvrir, les procédés déjà si heureusement
appliqués à la coupole de la halle au blé. Ce monument, composé
d'une voûte en berceau, formant un demi-cercle parfait de cinquante
pieds de diamètre sur quatre cents pieds de longueur, est éclairé par
un grand nombre de croisées carrées, que séparent des arcs
doubleaux ornés de sculpture, et présente, dans sa masse et dans
ses détails, une élégante simplicité[357].
L'ÉGLISE DES SAINTS-INNOCENTS.
L'église des Saints-Innocents étoit située vis-à-vis la rue Saint-
Denis, sur une partie de l'emplacement des halles. Cette église doit
être mise au nombre des plus anciennes de Paris; et, quoiqu'on
ignore la date précise de sa fondation, des titres authentiques
prouvent qu'elle existoit déjà dans le douzième siècle. En effet, sans
citer l'autorité des auteurs du Gallia christiana, qui disent qu'en 1150
les doyen et chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois consentirent au
décret de l'évêque de Paris, qui décidoit que la présentation à la cure
des Saints-Innocents appartiendroit au chapitre de Sainte-
Opportune, on trouve dans un Cartulaire de Saint-Magloire[358] l'acte
d'une permutation faite en 1156 contre le chapitre de Saint-Merri et
l'abbaye Saint-Magloire, à laquelle ce chapitre donne une certaine
portion de terrain en échange d'une autre qui est au chevet de
l'église des Saints-Innocents: Pro parte cujusdam terre que est ad
capucium ecclesie Sanctorum Innocentium.
L'existence de l'église des Saints-Innocents dans le douzième
siècle est encore confirmée par les bulles d'Adrien IV, du 4 des ides
de mars 1159, et d'Alexandre III, des calendes d'octobre 1178,
lesquelles énoncent, parmi les priviléges du chapitre de Sainte-
Opportune, le droit de nomination à la cure des Saints-Innocents,
droit confirmé par une foule d'actes subséquents, et d'autant plus
légitime que le terrain sur lequel cette église étoit bâtie appartenoit
primitivement à ce chapitre[359].
D'après des actes si précis et si authentiques, on ne peut
s'empêcher d'être étonné qu'il ait régné une si grande diversité
d'opinions entre les historiens de Paris sur l'origine de cette église.
La plupart se contentent de dire qu'elle fut bâtie ou rebâtie sous le
règne de Philippe-Auguste: quelques-uns même ont insinué que ce
prince y employa une partie des sommes confisquées sur les juifs,
lors de leur expulsion du royaume, ce qui placeroit l'origine de ce
monument à une époque postérieure à l'an 1182. Nous venons de
donner la preuve qu'il existoit bien antérieurement[360].
D'autres, sur la foi d'une ancienne chronique, ont avancé que
l'église des Saints-Innocents fut construite à l'occasion d'un jeune
enfant appelé Richard, que les juifs avoient crucifié à Pontoise; et la
seule preuve qu'ils en rapportent, c'est que, dans cette chronique,
elle est quelquefois désignée sous le nom de Saint-Innocent
(Ecclesia Sancti Innocentii). On ne peut avancer une assertion dont
la fausseté soit plus évidente. En effet l'événement dont il est
question eut lieu à Pontoise dans l'année 1179; et, selon d'autres
historiens du temps, le corps du jeune martyr y fut transféré de
cette ville dans l'église des Innocents: donc elle existoit à cette
époque, et nous ajouterons qu'il est même très-probable que déjà
elle avoit été reconstruite[361].
Sur l'origine du nom qu'elle portoit, il y a lieu de croire que cette
église, bâtie à l'angle du cimetière, avoit remplacé une chapelle
dédiée sous le vocable des saints Innocents, pour lesquels le roi
Louis VII avoit une dévotion particulière. On sait en effet que dans
les anciens cimetières il y avoit toujours quelque chapelle dans
laquelle les fidèles venoient offrir des prières pour les morts; et ce
qui fortifie cette opinion, c'est qu'à l'époque où Philippe-Auguste fit
entourer de murs le cimetière de Champeaux, rebâtir et
augmenter[362] l'église des Saints-Innocents, il existoit dans cet
enclos une chapelle semblable sous le nom de Saint-Michel[363],
laquelle fut renfermée dans l'enceinte de l'église: on la voyoit dans la
seconde aile, du côté du midi.
Cette église ne fut dédiée qu'en 1445, par Denis Dumoulin,
patriarche d'Antioche et évêque de Paris. L'époque de cette dédicace
a fait encore croire à quelques auteurs que, construite sous Philippe-
Auguste, elle avoit été rebâtie en 1445. Ils auroient évité cette
erreur s'ils eussent fait attention qu'on ne peut pas déduire de
l'époque de la dédicace d'une église celle de sa construction. En
effet, il y avoit un grand nombre d'églises à Paris, qui, quoique
élevées dans le quatorzième et le quinzième siècle, n'avoient été
dédiées que dans le seizième, les évêques ne faisant guère autrefois
de dédicaces qu'elles ne leur fussent demandées[364].
Une statue de bronze adossée à l'un des piliers de la chapelle de
la Vierge représentoit Alix La Burgote, recluse[365] du quinzième
siècle, décédée en 1466, et inhumée dans cette paroisse. Cette
figure, originairement couchée sur un marbre noir soutenu par
quatre lions de bronze, formoit la décoration d'un tombeau qui avoit
été élevé à cette sainte fille par ordre de Louis XI. Ce même
monarque avoit fondé dans cette église, en 1474, six places
d'enfants de chœur pour y faire le service en musique, ce qui s'est
exécuté jusqu'à sa destruction.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES INNOCENTS.
TABLEAUX.
Sur le maître autel, un tableau représentant le massacre des Innocents,
par Michel Corneille.
SCULPTURES ET TOMBEAUX.
Dans une chapelle voisine de la porte méridionale, on voyoit la figure en
relief d'un prêtre revêtu des habits sacerdotaux, et la tête couverte de
l'aumusse. Cette représentation gothique, d'une assez bonne exécution,
paroissoit être du commencement du treizième siècle.
Les personnages les plus remarquables inhumés dans cette église
étoient:
Simon de Perruche, évêque de Chartres, neveu du pape Martin VI, mort
en 1297: sa tombe étoit dans le chœur.
Jean Sanguin, seigneur de Betencourt, conseiller et maître de la
chambre des comptes, mort en 1425, et Guillaume Sanguin, échanson du
roi Charles VI, conseiller et maître d'hôtel du duc de Bourgogne, vicomte
de Neufchâtel, mort en 1441. Ces deux personnages avoient été inhumés
dans le même tombeau.
On y voyoit aussi les épitaphes de plusieurs personnes du nom de
Potier, à commencer par Nicolas Potier, seigneur de Groslay, mort en 1501,
jusqu'à Bernard Potier de Blancmesnil, mort en 1610.
Les historiens de Paris rapportent une anecdote qui peint assez
vivement les mœurs singulières des temps malheureux dont nous
venons de tracer un rapide tableau. En 1429, lorsque les Anglois
étoient encore maîtres de Paris, un cordelier nommé frère Richard
arriva dans cette ville pour y prêcher la réforme et la pénitence. Afin
de frapper plus vivement les esprits, il déclara d'abord à la multitude
qu'il venoit d'outremer, où il avoit visité le tombeau de J.-C. Cette
circonstance fit à l'instant de ce moine un objet de vénération, et la
foule se porta dans l'église des Saints-Innocents, où le nouvel
apôtre, monté sur un échafaud de huit à neuf pieds de hauteur,
prêcha plusieurs jours de suite depuis cinq heures du matin jusqu'à
dix, sans qu'un sermon aussi long parût le fatiguer, ni ennuyer cinq à
six mille personnes qui s'étouffoient pour l'entendre. L'impression
qu'il fit fut telle que les auditeurs, touchés jusqu'aux larmes,
sortoient de son sermon pour allumer des feux où ils jetoient leurs
dez, leurs cartes, les billes de billards, les boules et autres jeux. Les
femmes, par un plus grand sacrifice encore, y faisoient brûler leurs
rubans, leurs parures, en chargeant d'injures pieuses toutes ces
frivolités. Les flammes consumèrent encore un grand nombre de
talismans connus alors sous le nom de madagoires, mandragores ou
mains de gloire, que les plus crédules conservoient précieusement
dans leurs maisons comme des gages certains des faveurs de la
fortune. Frère Richard prêcha aussi dans d'autres églises,
notamment dans celle de Notre-Dame de Boulogne. Enfin il devoit
débiter son dernier sermon un dimanche à Montmartre:
l'empressement pour aller l'écouter fut si vif, qu'un grand nombre
d'habitants de Paris de tout sexe et de tout âge sortirent de la ville
dès le samedi, et couchèrent dans les champs, afin d'être mieux
placés le lendemain à cette intéressante cérémonie. Mais leur
attente fut cruellement trompée; et le matin ils apprirent, à leur
grand chagrin, que frère Richard étoit sorti précipitamment de Paris
pour aller joindre le roi Charles. Ce monarque, sentant de quelle
utilité pouvoit être un homme qui avoit un talent si merveilleux pour
toucher la multitude, n'avoit rien épargné pour l'attirer dans son
parti. Ainsi la politique d'alors, plus habile que celle de nos jours,
savoit appeler la religion à son secours; et dans ces temps de
confusion, de désordre, la religion étoit en effet son plus ferme
appui, ou, pour mieux dire, son unique refuge. On abusa sans doute
trop souvent de ce ministère de paix et de vérité, mais cette fois-ci il
fut habilement employé dans une cause noble et juste; et frère
Richard contribua, en prêchant dans les villes et les villages, à
augmenter le nombre des partisans du roi. Du reste, on ne tarda pas
à l'oublier à Paris. «On regretta, disent les historiens, les billards
brûlés; les femmes reprirent tous les affiquets et les joyaux qu'elles
avoient abandonnés, et toutes mirent bas les médailles au nom de
Jésus qu'elles portoient, pour remettre à la place la croix de saint
André que frère Richard leur avoit fait ôter.»
L'église des Innocents n'avoit de paroissiens que dans trois rues.
Sa circonscription comprenoit la rue de la Ferronnerie, des deux
côtés, la partie de la rue Saint-Denis qui étoit derrière l'église, et le
côté de la rue aux Fers qui touchoit à la galerie du cloître, ce qui
formoit en tout soixante à quatre-vingts maisons. L'abbé Lebeuf cite
cinq ou six chapellenies fondées dans cette église pendant le cours
du quinzième siècle.
LE CIMETIÈRE DES SAINTS-INNOCENTS.
Ce cimetière, qui occupoit l'emplacement où se tient actuellement
le grand marché aux fruits et aux légumes, avoit fait autrefois partie
du territoire de Champeaux, situé à peu de distance de l'enceinte de
la ville. Il est probable que, dès la plus haute antiquité, ce terrain fut
destiné à la sépulture des habitants de ce quartier[366]; car les
premiers chrétiens, à l'imitation des Romains, n'enterroient point
leurs morts dans les villes, mais sur les grands chemins ou dans les
champs qui en étoient voisins. Il n'y avoit, dans les premiers temps
du christianisme, que les rois, les princes, les évêques et les abbés
qui obtinssent l'honneur d'être inhumés dans les cryptes des
basiliques, ou dans les oratoires qu'on avoit bâtis auprès: c'est ainsi
que Clovis, sainte Clotilde sa fille, et les enfants de Clodomir eurent
leur tombeau dans la basilique de Saint-Pierre, depuis consacrée à
Sainte-Geneviève; Childebert, dans celle de Saint-Vincent; et Saint-
Germain, évêque de Paris, dans l'oratoire de Saint-Symphorien.
Le lieu dont nous parlons servit d'abord de cimetière aux
paroissiens de Saint-Germain, et devint bientôt commun, d'abord
aux paroisses qui en furent démembrées, ensuite à quelques autres,
ainsi qu'aux hôpitaux qui se trouvoient dans le voisinage. C'étoit,
dans le principe, un grand terrain ouvert de toutes parts, au milieu
d'un espace entièrement désert; mais lorsque les Champeaux eurent
été renfermés dans la ville, et qu'on eut établi les halles à peu de
distance de ce lieu consacré, il arriva que le silence religieux qui
devoit y régner fut bientôt troublé par le bruit et le passage
continuel d'une population entière qui se portoit en foule aux divers
marchés; les cendres des morts furent profanées, foulées aux pieds
par les hommes et par les animaux les plus vils; les anciens
historiens prétendent même, ce qui semble presque incroyable, que,
dès que le jour avoit cessé, il devenoit, pour les dernières classes du
peuple, un lieu de débauche et de prostitution. Instruit de ces
désordres, Philippe-Auguste se hâta d'y remédier, en faisant entourer
ce cimetière de murs où l'on pratiqua des portes qui ne s'ouvroient
que pour les cérémonies funéraires. Cette clôture fut faite en
1186[367], quoique plusieurs auteurs mal informés la placent deux
ans plus tard.
L'augmentation progressive des habitants de Paris se faisant sentir
très-rapidement, surtout dans ce quartier, il devint bientôt urgent de
donner plus d'étendue au cimetière: ce fut aux libéralités de Pierre
de Nemours, évêque de Paris, que l'on dut cet accroissement. Ce
prélat fit don, en 1218, d'une place qui lui appartenoit du côté des
halles, laquelle, d'après son intention, fut jointe à l'ancien
emplacement[368]. Depuis, cet enclos n'a point été augmenté.
LES CHARNIERS.
Autour du cimetière des Innocents s'élevoit une immense galerie
voûtée, connue sous le nom de Charniers[369]. Ses arcades avoient
été construites à diverses époques, et notamment vers la fin du
quatorzième siècle, par plusieurs notables bourgeois de Paris, dont
elles portoient le chiffre ou les armes[370]. Quelques-unes offroient
des inscriptions, principalement celle qui avoit été élevée par Nicolas
Flamel, du vivant de sa femme; elle étoit située du côté de la rue de
la Lingerie: on y voyoit le chiffre de cet écrivain, N. F., et plusieurs
figures symboliques, entre autres un homme tout noir peint sur la
muraille. Lorsqu'en 1786 on détruisit cette enceinte, il y avoit long-
temps que toutes ces figures avoient disparu, mais on y déchiffroit
encore ce reste d'inscription.
Hélas mourir convient,
Sans remède homme et femme,
. . . . . . . . Nous en souvienne.
Hélas mourir convient,
Le corps . . . . . . . . . .
Demain peut-être dampnés,
A faute . . . . . . . .
Mourir convient,
Sans remède homme et femme.
La première arcade du côté de la rue Saint-Denis étoit encore due
aux libéralités de Flamel; et c'est là qu'étoit placé le monument que
cet homme, si singulièrement célèbre, avoit fait élever uniquement
pour sa femme: car l'opinion qui veut qu'il ait aussi été enterré sous
les charniers des Innocents est fausse; il eut sa sépulture à Saint-
Jacques-de-la-Boucherie[371]. Ce tombeau de Pernelle a vivement
exercé l'imagination d'une foule de visionnaires entêtés des chimères
de l'alchimie, lesquels ont prétendu trouver, dans les figures qui y
étoient représentées, ainsi que dans celles du portail de Notre-
Dame, un sens mystérieux et profond qui n'a jamais existé que dans
leurs cerveaux malades[372].
AUTRES MONUMENTS ET CURIOSITÉS DU CIMETIÈRE DES SAINTS-
INNOCENTS.
La Tour de Notre-Dame-des-Bois. Ce monument, qui a subsisté jusqu'à
la suppression du cimetière, est au nombre de ceux dont l'origine et
l'usage sont entièrement inconnus. Il étoit d'une forme octogone, d'une
construction demi-gothique, haut d'environ quarante pieds, et placé en
avant et à droite du portail de l'église. Sauval et Piganiol, qui lui ont
supposé une antiquité antérieure même au christianisme, antiquité que
démentoit le seul aspect de sa construction, ont débité à ce sujet une
foule de conjectures dépourvues de preuves et de critiques. Nous croyons
que, dans l'ignorance complète où nous sommes à ce sujet, le silence est
préférable à de vaines et inutiles suppositions. Une niche contenant
l'image de la Vierge, et pratiquée dans sa partie orientale, lui avoit fait
donner le nom qu'il a porté jusqu'à sa destruction[373].
La Croix Gastine. Cette croix avoit d'abord été élevée sur l'emplacement
d'une maison appartenante à Philippe de Gastine, pendu en 1571, par
arrêt du parlement, pour avoir tenu chez lui des assemblées de
calvinistes. Nous avons déjà dit que, par suite de l'édit de pacification
accordé à ces sectaires, cette croix avoit été transportée dans le cimetière
des Innocents: elle étoit placée vis-à-vis la première arcade des charniers
du côté de la rue Saint-Denis, et près de la face latérale de l'église. Ce
monument, d'une forme pyramidale et d'une architecture élégante, étoit
surtout remarquable par un bas-relief de la main de Jean Goujon,
représentant le triomphe du Saint-Sacrement[374].
Le Prêchoir. C'étoit un petit bâtiment carré, orné de quatre pilastres qui
supportoient un toit pyramidal extrêmement élevé. Il étoit situé vis-à-vis le
portail de l'église, et à peu de distance de la partie des Charniers qui
s'étendoit le long de la rue aux Fers. Nous ignorons quelle étoit la
destination de cette construction singulière; mais son nom semble
indiquer qu'elle servoit à faire des sermons ou des conférences à certains
jours de l'année[375].
Le Calvaire. Ce monument gothique, et de plein relief, étoit placé du
même côté sous une arcade des charniers, et entouré d'une grille dans
toute sa hauteur. Il représentoit, suivant toutes les apparences, le Christ
apparoissant aux saintes Femmes. Il a été entièrement détruit.
La chapelle de Villeroy. Ce petit monument, d'un style gothique assez
élégant, étoit adossé aux Charniers qui régnoient le long de la rue de la
Lingerie. On ignore à quelle époque il a été construit, et quel nom il
portoit avant que la famille de Villeroy en eût fait l'acquisition pour en faire
un lieu de sépulture qui lui appartenoit exclusivement[376].
La chapelle Pomereux. Elle étoit située du même côté, en se
rapprochant de la rue de la Féronnerie. C'étoit un simple massif carré, en
pierres de taille, surmonté d'une calotte et d'une croix. Elle servoit
également de sépulture à la famille dont elle portoit le nom.
Le Squelette de Germain Pilon. Cette petite figure en ivoire étoit
précieusement conservée dans une armoire pratiquée dans une des faces
de la tour de Notre-Dame-des-Bois, et qui ne s'ouvroit pour le public
qu'une fois par an, le jour de la Toussaint. Cet ouvrage, digne, par son
exécution, du sculpteur célèbre qu'on en croit l'auteur, avoit été déposé,
depuis la révolution, au Musée des monuments françois.
Le cimetière des Innocents contenoit encore un grand nombre d'autres
monuments sépulcraux, croix, tombes, inscriptions, etc., dont nous ne
tarderons pas à parler.
SÉPULTURES.
Parmi la multitude innombrable de personnes qui avoient été inhumées
dans ce cimetière, on n'en cite qu'un très-petit nombre qui méritent d'être
remarquées; savoir:
Jean Le Boulanger, premier président du parlement, mort en 1482.
Cosme Guymier, président aux enquêtes, écrivain du quinzième siècle.
Jean l'Huillier, conseiller au parlement, mort en 1535.
André Sanguin, conseiller, mort en 1539.
Nicolas Lefebvre, qui fut précepteur de Henri de Bourbon, prince de
Condé, puis de Louis XIII, mort en 1612.
Le célèbre historien François-Eudes de Mézerai, mort en 1683.
Suivant Gilles Corozet, on lisoit, de son temps, dans ce cimetière,
l'épitaphe suivante, gravée sur une plaque de cuivre:
Cy gist Iollande Bailly, qui trépassa l'an 1514, la quatre-vingt-huitième
année de son âge, la quarante-deuxième de son veuvage, laquelle a vu ou
pu voir, devant son trépas, deux cent quatre-vingt-treize enfants issus
d'elle[377].
Les galeries des charniers étoient occupées par un grand nombre
de marchands de toute espèce, par des écrivains publics, qui ne
craignoient pas d'habiter continuellement un foyer de putréfaction,
dont l'activité devenoit de jour en jour plus forte et plus dangereuse.
Il y avoit déjà long-temps qu'on en sentoit les graves inconvénients,
même pour la ville entière, au centre de laquelle il étoit placé. Dès
l'an 1765, le parlement de Paris avoit rendu un arrêt par lequel il
ordonnoit qu'à partir du 1er
janvier 1766 il ne seroit plus fait
d'inhumations dans les cimetières situés dans l'intérieur de la ville; et
il avoit en même temps indiqué les endroits qui paroissoient les plus
convenables et les plus commodes pour huit cimetières communs. Il
sembloit que la sagesse d'un tel réglement n'eût dû éprouver ni
obstacles ni contradictions: cependant, par des motifs plus spécieux
que solides, et qui n'auroient pas dû entrer un moment en
comparaison avec un intérêt aussi grand que celui de la conservation
des citoyens, l'exécution de cet arrêt fut suspendue pendant très-
long-temps, et ce n'est qu'en 1780 qu'on cessa tout-à-fait d'enterrer
des morts dans le cimetière des Innocents.
La démolition en fut commencée environ six ans après, sous la
direction de MM. Legrand et Molinos. On abattit l'église et les
charniers; les fosses furent ouvertes à une grande profondeur, et l'on
s'occupa d'en recueillir les ossements avec le soin le plus religieux.
Tandis que cette opération se faisoit, on préparait hors de la ville un
lieu convenable pour les recevoir. Une maison située près de la
barrière Saint-Jacques, et nommée la Tombe-Isouard, avoit paru
propre à remplir le but qu'on se proposoit, en ce qu'elle étoit située
au-dessus des carrières de Montrouge, et qu'il étoit facile d'y ouvrir
une communication avec ces vastes souterrains: un puits fut creusé
à cet effet dans un petit enclos attenant à cette maison, et les
ossements, apportés successivement dans des chariots couverts, y
furent descendus et déposés sur deux lignes parallèles, et à six pieds
de hauteur. Des prêtres en surplis et chantant l'office des morts
suivoient les chariots. Lorsque le transport fut entièrement achevé,
on éleva un mur en maçonnerie qui sépara ces nouvelles
catacombes des autres parties des carrières, et l'archevêque lui-
même y descendit pour les bénir[378].
Quant aux monuments sépulcraux, tels que les croix, les tombes
en pierre et en plomb, les épitaphes et autres inscriptions, ils furent
rangés avec beaucoup d'ordre dans le jardin de cette maison, où l'on
a pu les voir encore dans les premiers temps de la révolution. Nous
croyons que, sous le règne de la Convention, ils ont été en grande
partie détruits ou dispersés.
HÔTELS.
Hôtel du comte d'Artois (détruit).
Cet hôtel, qui appartenoit à Robert II, neveu de saint Louis, et que
probablement il avoit fait bâtir, étoit situé dans la rue dite
aujourd'hui Comtesse-d'Artois, entre les rues Pavée et Mauconseil.
Nous apprenons que ce prince avoit fait percer le mur d'enceinte en
cet endroit, tant pour sa commodité que pour celle du public; et l'on
y avoit pratiqué, par son ordre, une fausse porte, laquelle prit le nom
de Porte au comte d'Artois, et le donna, dit-on, à la rue.
LA PLACE ET LA FONTAINE DES INNOCENTS.
Cette fontaine, construite en 1550 sur les dessins de Pierre Lescot,
et ornée de sculptures par Jean Goujon, n'avoit point dans l'origine
la forme qu'elle offre maintenant. Composée alors seulement de trois
arcades, elle occupoit l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux
Fers, développant en ligne droite deux de ses arcades sur cette
dernière rue, et la troisième en retour sur la rue Saint-Denis. Dans
cet espace, elle remplaçoit une ancienne fontaine qui existoit dès le
treizième siècle, puisqu'il en est fait mention dans un accord passé
en 1273, entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merri.
Chacune de ses arcades, comprise dans la hauteur d'un ordre de
pilastres composites, avec piédestal, entablement et attique, étoit
couronnée d'un fronton, et le tout s'élevoit sur un soubassement
d'où l'eau s'échappoit par de petits mascarons. Cinq figures de
naïades occupoient les intervalles des pilastres, et six bas-reliefs
ornoient les frontons et les entablements.
Lorsque la démolition de l'église et des charniers des Innocents
eut été achevée, et que l'on eut converti leur emplacement en un
marché public, on sentit aussitôt la nécessité de décorer d'un
monument public la nudité de cette place immense. La destination
du lieu indiquoit que ce monument devoit être une fontaine, et l'on
regrettoit que celle des Innocents, reléguée à l'une de ses
extrémités, n'offrît pas dans sa construction un ensemble qui la
rendît propre à cette décoration. L'irrégularité de sa forme sembloit y
opposer en effet des obstacles invincibles, lorsqu'une inspiration
heureuse rendit tout-à-coup facile ce qui d'abord avoit paru
impraticable. M. Six, architecte, eut la gloire de résoudre ce
problème abandonné par mille autres: il proposa au baron de
Breteuil, alors ministre de Paris, d'oser changer la forme primitive de
cette fontaine, et de la reconstruire au centre de la place sans faire
aucun changement à sa décoration, mais en ajoutant seulement une
quatrième face aux trois premières, et en faisant du tout un carré
parfait.
Ce moyen à la fois simple, ingénieux et économique, dont le
résultat étoit d'isoler, sous un aspect peut-être encore plus élégant,
un monument conçu dans son origine sur un plan si différent, fut
accueilli avec empressement, et valut une récompense à son
inventeur. Sous la direction de M. Poyet, alors architecte de la ville,
et de MM. Legrand et Molinos, architectes des monuments publics, la
fontaine fut démontée, transportée et reconstruite sans que la
sculpture eût éprouvé la moindre altération. M. Pajou, chargé de
l'exécution des bas-reliefs et des trois figures qui devoient décorer la
nouvelle façade, sut imiter le style de son modèle de manière à
mériter des éloges. Les lions du soubassement et les autres
ornements furent partagés entre MM. l'Huilier, Mézières et Daujon.
Le monument offrit alors, dans son nouvel ensemble, un quadrilatère
surmonté d'une coupole recouverte en cuivre, et formée en écailles
de poisson: le tout, posé sur un socle et des gradins de dix pieds de
hauteur, présenta une élévation totale de quarante-deux pieds et
demi.
Ce chef-d'œuvre, l'honneur de l'école françoise, et comparable
peut-être aux plus belles productions de l'antiquité, n'a pas toujours
été apprécié à sa juste valeur, même par des gens de l'art; et, dans
le siècle dernier, un architecte célèbre[379] trouvoit qu'il n'avoit pas le
caractère mâle qui convenoit à une fontaine; que les ornements trop
riches et trop recherchés dont il est couvert étoient une faute contre
le goût et les convenances. Plus éclairés aujourd'hui sur les vrais
principes de la belle architecture, les connoisseurs admirent au
contraire avec quel discernement exquis les deux grands artistes ont
su allier, dans leur ouvrage, la simplicité de l'ensemble à la richesse
des détails, étaler avec une sage retenue, et dans une harmonie
parfaite, ce que l'architecture a de plus brillant, ce que la sculpture
peut offrir de plus élégant et de plus gracieux. Ce n'étoit pas trop de
tout le luxe corinthien pour accompagner ces bas-reliefs
incomparables dans lesquels Jean Goujon semble s'être surpassé lui-
même. C'est là surtout que l'on peut voir ce qu'étoit le talent de cet
homme extraordinaire, qu'on a comparé au Corrége pour la grâce de
ses productions, et qui certainement l'emportoit de beaucoup sur lui
pour la noblesse du style et la pureté du dessin. Ici la finesse des
contours, la souplesse des mouvements, l'heureux agencement des
draperies sous lesquelles le nu se développe avec le sentiment le
plus délicat, tout rappelle la naïveté et la perfection de l'antique,
dont Goujon a été, depuis la renaissance des arts, le plus excellent
imitateur; et nous ne craignons point d'être accusés d'exagération,
en donnant à ces bas-reliefs le premier rang parmi les chefs-d'œuvre
de la sculpture moderne.
Cette merveille de l'art excita, dès son origine, une vive et
profonde admiration, devenue plus grande encore aujourd'hui que le
goût de l'école est plus que jamais porté vers l'étude et l'imitation de
l'antique. Cependant nous ferons remarquer comme une singularité
assez frappante qu'elle ne put inspirer au meilleur poëte latin du dix-
septième siècle, chargé d'en faire l'éloge, qu'une pensée froide et
absurde, renfermée dans un distique qu'on ne laissa pas de graver
sur le soubassement. Au milieu de tant de grâces et de perfections,
Santeuil ne fut saisi que de la vérité avec laquelle le sculpteur avoit
rendu les eaux, qui cependant sont d'une imitation très-médiocre,
par la raison qu'il est impossible à la sculpture de les imiter; et cette
impression bizarre lui fit composer ces deux vers, qui ne le sont
guère moins:
Quos duros cernis simulatos marmore fluctus,
Hujus nympha loci credidit esse suos.
Dans les petites tables placées au-dessous des impostes, on lit ces
mots: Fontium Nymphis; et, avant que cette fontaine eût été
changée de place, une inscription françoise, gravée sur le
soubassement du côté de la rue Saint-Denis, faisoit savoir que ce
côté avoit été disposé, en 1708, pour fournir une plus grande
quantité d'eau.
Cet édifice, dont l'entretien avoit été fort négligé, fut réparé dans
cette même année 1708. Vers 1741 on se proposa de le restaurer
une seconde fois; mais comme cette restauration auroit altéré la
beauté de la sculpture, que les entrepreneurs avoient imaginé de
faire regratter, on fit heureusement jeter bas les échafauds avant
que cette opération barbare eût été commencée; et il fut décidé que
l'on conserveroit à la postérité ce magnifique ouvrage dans toute sa
pureté[380].
Fontaine du Marché-Carreau ou Pilori.
Elle fut construite en 1601, alors qu'Antoine Guyot, président en la
chambre des comptes, étoit prévôt des marchands; mais les eaux
n'y furent conduites que sous la prévôté de François Miron. C'est à
quoi faisoit allusion l'inscription en vers latins qu'on y lisoit avant la
révolution:
Saxeus agger eram, ficti modo fontis imago:
Viva mihi laticis Miro fluenta dédit[381].
RUES ET PLACES DU QUARTIER DES HALLES.
Rue de la Chanverrerie. Un de ses bouts donne dans la rue Saint-
Denis, l'autre dans celle de Mondetour. L'orthographe du nom de
cette rue a considérablement varié. On trouve Chanverie dans
Guillot, Chanvrerie dans la taxe de 1313, Chanvoirerie dans Corrozet,
Champ-verrerie dans Sauval, Chanverrerie dans de Chuyes,
Champvoirie dans La Caille, Champvoirerie, Chanvoirie, etc. Cette
différence d'orthographe a fait naître deux opinions sur l'étymologie
de ce nom. Quelques-uns ont cru que l'endroit où cette rue est
située étoit une campagne, ou faisoit partie du terrain de
Champeaux, dans lequel se seroit trouvée une verrerie; et qu'ainsi il
faut écrire Champ-verrerie. Ce sentiment, destitué de toute preuve,
n'est appuyé que sur l'autorité de Sauval. L'autre opinion fait venir le
nom de cette rue du mot chanvre, et semble plus probable. En effet,
1o
on trouve qu'on vendoit aux halles les filasses et les chanvres, et
l'on ne trouve aucune mention ni indice qu'il y ait eu une verrerie en
cet endroit; 2o
le nom de Chanverie que lui donne Guillot, et celui de
Chanvrerie qu'on lit dans la taxe de 1313, sont plus analogues au
chanvre qu'à une verrerie; 3o
ce qui semble lever toute difficulté est
le mot latin Canaberia, que des actes lui donnent. Dans les lettres de
Pierre de Nemours, évêque de Paris, du mois de juin 1218[382], il est
fait mention d'une maison in vico de Chanaberia, prope S.
Maglorium. Dans un amortissement du mois d'octobre 1295, cette
rue est nommée Vicus Canaberie[383]; et afin qu'on ne la confonde
pas avec une autre, elle y est indiquée in censiva Morinensi (le fief
de Thérouenne). Enfin les registres capitulaires de Notre-Dame
indiquent toujours cette rue sous les noms de Chanvrie, de
Chanvrerie[384].
Rue Comtesse d'Artois. Elle commence à la pointe Saint-Eustache,
et finit à la rue Montorgueil, au coin de la rue Mauconseil. Dans les
titres du quatorzième siècle, elle est indifféremment nommée rue au
comte d'Artois; rue de la Porte à la Comtesse, et rue à la Comtesse
d'Artois. Le nom de rue au comte d'Artois venoit de Robert II, neveu
de saint Louis, dont l'hôtel étoit situé entre les rues Pavée et
Mauconseil. Cette rue est confondue maintenant avec la rue
Montorgueil, dont elle a pris le nom[385].
Rue de la Cordonnerie. Elle traverse de la rue de la Tonnellerie au
marché aux Poirées. Elle a pris son nom des cordonniers[386] et
vendeurs de cuirs, qui quittèrent, suivant les apparences, la rue des
Fourreurs nommée d'abord de la Cordonnerie, pour venir s'établir
aux halles dans celle que nous décrivons.
Rue de la Coçonnerie, ou Cossonnerie. Elle va de la rue Saint-
Denis aux halles. Cette rue est fort ancienne. Sauval dit[387] qu'au
douzième siècle elle portoit le nom de Via Cochoneria, et en 1330 de
la Coçonnerie. On lit Vicus Quoconneriæ dans un titre de Saint-
Magloire, en 1283[388]; in Buco Coconnerie ante halas, dans un acte
du mois d'octobre 1295. Sauval dit que ces noms viennent des
cochons et de la charcuterie qu'on y vendoit, ou des volailles, gibiers
et œufs qui s'y débitoient, Cossonnerie voulant dire la même chose
que Poulaillerie. On la trouve indiquée dans nos nomenclatures
Cossonnerie, ce qui ne suit pas aussi exactement l'orthographe du
vieux mot latin que l'autre manière.
Rue du Cygne. Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de
Mondetour, et doit ce nom à une enseigne. Dès la fin du treizième
siècle on connoissoit la maison O Cingne. Guillot indique la rue au
Cingne, et le rôle de 1314 la rue au Cigne.
Rue de l'Échaudé. C'étoit un petit passage qui alloit de la rue au
Lard dans celle de la Poterie. On ignore d'où lui vient ce nom qu'on
ne donne qu'à trois rues disposées en triangle: il se confond
maintenant avec la rue Le Noir, dont il fait la suite.
Rue de la Pointe Saint-Eustache. Un de ses bouts donne à
l'extrémité de la rue Traînée, et l'autre se termine aux halles, au coin
de la rue de la Tonnellerie. Son nom vient, selon quelques-uns, du
clocher de l'église de Saint-Eustache, qui étoit bâti en pointe ou
pyramide. Selon d'autres, il vient de la pointe formée par les rues qui
y viennent aboutir. Ce carrefour est en effet indiqué en 1300 et dans
les siècles suivants sous le nom de la Pointe Saint-Huystace. Nous
avons déjà dit que nous croyons cette rue la même que celle qui est
désignée par Guillot sous le nom de Nicolas Arode[389].
Rue aux Fers. Elle va de la rue Saint-Denis au marché aux Poirées.
On a beaucoup varié sur le nom de cette rue qui est très-ancienne,
étant connue dès le treizième siècle. Sur plusieurs plans, tant
anciens que modernes, on lit rue aux Fers; d'autres écrivent au
Ferre, et aux Fèves. Le voisinage de la halle où l'on vend des
légumes a sans doute servi de fondement à cette dernière
dénomination. Le rôle de 1313 et d'autres actes l'indiquent sous le
nom de rue au Feure. Sauval dit qu'elle le portoit en 1297[390]; et il
peut lui convenir, ainsi que celui de Fouare, qui signifie aussi paille,
parce qu'on croit, dit-il, qu'elle a servi de marché. Jaillot pense que
son véritable nom est celui de rue au Fèvre, qu'on écrivoit
anciennement au Feure la consonne v ne se distinguant point alors
dans les actes d'avec la voyelle u. Dans ce sens le mot fèvre veut
dire un artisan, un fabricant, faber. C'est ainsi qu'elle est nommée
dans un arrêt du 26 mars 1321: in capite vici Fabri juxta halas. Ainsi
la dénomination de rue aux Fers, qu'on lui donne depuis plus de cent
cinquante ans, n'a pas d'autre fondement que l'usage.
Rue de la Friperie (la grande et la petite). Ces deux rues doivent
leur nom aux fripiers qui en habitent la plus grande partie; elles
aboutissent toutes deux à la rue de la Tonnellerie. La grande rue de
la Friperie se termine à la rue Jean-de-Beausse, et la petite à celle
de la Lingerie[391].
Rue de la Fromagerie. Elle aboutit d'un côté dans la rue de la
Pointe-Saint-Eustache; de l'autre dans le marché aux Poirées. On la
nommoit anciennement vieille Fromagerie, sans doute à cause des
marchands de fromage qui y demeuroient[392]; et c'est ainsi qu'on la
trouve indiquée dans les plans de la fin du quinzième siècle. Guillot
l'appelle de la Formagerie.
Rue Jean-de-Beausse. Elle traverse de la rue de la Friperie dans
celle de la Cordonnerie, et doit son nom à un particulier qui y avoit
un étal. Il en est fait mention dans un compte du hallage, en 1484.
Son nom n'a pas varié depuis[393].
Rue au Lard. Elle commence à la rue de la Lingerie et aboutit à la
boucherie de Beauvais. Presque toutes les nomenclatures portent
rue Aulard, comme si elle eût emprunté ce nom d'un particulier.
Cependant il est certain qu'on y vendoit autrefois du lard et des
charcuteries, ce qui donne lieu de croire qu'il faut écrire au Lard,
opinion que fortifie la vue de plusieurs anciens plans où l'on s'est
conformé à cette orthographe[394].
Rue de la Lingerie. Une de ses extrémités donne dans la rue de la
Féronnerie, l'autre dans le marché aux Poirées, au coin de la rue aux
Fers. Elle doit son nom aux lingères et vendeurs de menues friperies
à qui saint Louis permit d'étaler le long du cimetière des Innocents
jusqu'au marché aux Poirées, privilége qui leur fut confirmé par
plusieurs de ses successeurs. Les gantiers étoient établis de l'autre
côté de cette rue: aussi trouve-t-on dans plusieurs actes la lingerie
et la ganterie indiquées au même endroit. Les étaux de lingères
subsistèrent en ce lieu jusqu'au règne de Henri II. Ce prince, ayant
racheté toutes les halles, vendit cet emplacement à des particuliers
pour y construire des maisons[395], lesquelles ont formé une rue qui
a pris le nom de rue de la Lingerie.
Rue de Mondetour. Elle aboutit d'un côté dans la rue des
Prêcheurs, et de l'autre dans celle du Cygne. Guillot et ceux qui l'ont
suivi ont écrit Maudetour, et avec raison. Elle est ainsi nommée dans
les rôles de 1300 et de 1313; et ce nom subsistoit encore du temps
de Corrozet. Sauval dit qu'elle s'appeloit, au quatorzième siècle,
Maudestour et Maudestours[396], et, depuis la rue du Cygne jusqu'à
celle de la Truanderie, ruelle ou rue Jean Gilles. On varie sur
l'étymologie de ce nom. L'abbé Lebeuf a inféré du nom de
Maudetour, qui veut dire mauvais détour, ou que c'étoit un endroit
dans lequel on avoit fait quelque mauvaise rencontre, ou que ce
nom pouvoit venir de l'ancien château de Maudestor[397]. Jaillot
pense que c'est un nom de famille, et il cite à l'appui de son
sentiment plusieurs titres anciens, et entre autres les déclarations
rendues en 1540, parmi lesquelles on trouve celle d'une maison sise
rue Pyrouet en Thérouenne, aboutissant des deux parts aux héritiers
de feu Claude Foucault, sieur de Maudetour[398].
Rue Le Noir. Cette rue, qui donne de la rue Saint-Honoré dans
celle de la Poterie, a été ouverte depuis 1780, et doit son nom à M.
Le Noir, lieutenant-général de police.
Rue Pirouette. Voyez Tirouane.
Rue de la Poterie. Elle donne d'un bout dans la rue de la Lingerie,
et de l'autre dans celle de la Tonnellerie. Son nom lui vient des
poteries qui s'y vendoient encore dans le dix-septième siècle. Elle a
porté anciennement les noms de rue des deux Jeux de Paume, rue
Neuve des deux Jeux de Paume, parce qu'effectivement il y en avoit
deux qui occupoient l'emplacement où est aujourd'hui la halle aux
draps et aux toiles.
Rue des Potiers d'Étain. On désigne sous ce nom la partie des
piliers des halles qui règne depuis la rue Pirouette jusqu'à celle de la
Cossonnerie. Elle doit ce nom aux potiers d'étain qui s'y sont établis.
On la désignoit plus ordinairement sous le nom général de Piliers des
Halles, et quelquefois sous celui de Petits Piliers, parce qu'il y en a
un plus petit nombre de ce côté[399].
Rue des Prêcheurs. Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Denis,
et de l'autre à la halle. On la connoissoit sous ce nom dès le
douzième siècle. Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit rue aux
Prêcheurs, et depuis au Prêcheur, à cause d'une maison où pendoit
pour enseigne le prêcheur, et qui étoit nommée en 1381 l'hôtel du
Prêcheur[400].
Jaillot croit que la maison et l'enseigne devoient leur nom à un
particulier: car il dit avoir vu des lettres de Maurice de Sully, évêque
de Paris, de l'an 1184[401], qui attestent que Jean de Mosterolo avoit
donné à l'abbaye de Saint-Magloire ce qu'il avoit de droit in terra
Morinensi, et 9 sous sur la maison de Robert le Prêcheur,
Prædicatoris. Au siècle suivant, cette rue se nommoit des Prêcheurs;
elle est indiquée ainsi dans un amortissement du mois de juin 1252,
concernant une maison située in vico Prædicatorum[402].
Rue de la Réale. Elle donne d'un bout dans la rue de la grande
Truanderie, et de l'autre sous les piliers des halles. Dans les titres du
quinzième siècle, elle est appelée ruelle ou rue Jean Vingne, Vuigne,
Vigne, des Vignes. Ce mot, que Jaillot croit être une altération de
celui de Jean Bigne, Bingue ou Bigue, ainsi que l'écrivoit Guillot, a
été le nom de plusieurs particuliers dont les actes font mention[403].
Du reste, on trouve cette rue déjà désignée sous le nom de la Réale,
sur tous les plans du dix-septième siècle.
Rue Tirouane. Elle va d'un côté aux rues de Mondetour et de la
Petite Truanderie, et de l'autre aux piliers des halles. On la connoît
également sous le nom de rue Pirouette. Il y a apparence que ce
terrain formoit anciennement deux rues, dont l'une s'appeloit
Therouenne, qui est le nom du fief. Quant au nom de la seconde, il a
été souvent altéré. On trouve dans la liste des rues du quinzième
siècle, rue Petonnet, et rue Tironne, ou Térouenne; dans Corrozet et
Bonfons, rue du Petonnet, du Peronnet, Tironnet et Teronne. Enfin
elles semblent ne former plus qu'une seule rue sous le nom de
Pirouet en Tiroye, en Tiroire, en Theroenne, Tirouer, Therouanne et
Tirouanne; en 1413, Pierret de Terouenne; Pirouet en Therouenne
dans le quinzième et le seizième siècle; enfin Pirouette en
Therouenne, qui est son véritable nom.
Rue de la Tonnellerie. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Honoré,
de l'autre à celle de la Fromagerie et à la halle; elle portoit ce nom
dès le treizième siècle. On la trouve quelquefois désignée sous le
nom de la Toilerie, parce qu'autrefois cette rue étoit distinguée en
deux parties: la Tonnellerie étoit la rue ou chemin sous les piliers,
l'autre côté étoit la Toilerie. On l'appeloit aussi rue des Toilières; et
au quatrième livre des comptes de Marcel, en 1557, elle est indiquée
rue des Toilières, qui fait front aux rues de la Tonnellerie et aux
Toilières du côté de la halle au blé. On connoît plus particulièrement
cette rue sous le nom des grands Piliers des Halles[404].
Rue de la Grande Truanderie. Elle traverse de la rue Comtesse
d'Artois dans celle de Saint-Denis. On donne à ce nom deux
étymologies: les uns le font venir du vieux mot truand, qui signifioit
un gueux, un vagabond, un diseur de bonne aventure, espèce de
gens que les partisans de cette étymologie supposent avoir occupé
autrefois cette rue, à laquelle ils auroient donné leur nom. D'autres,
et c'est le plus grand nombre, font dériver ce nom du vieux mot tru,
truage, qui signifie tribut, impôt, subside. Jaillot penche pour cette
dernière opinion. «De ce mot trus, dit Pasquier dans ses Recherches,
vient celui de Truander, pour dire gourmander, parce que ceux qui
sont destinés à exiger les tributs sont ordinairement gens fâcheux
qui ont peu de pitié des pauvres, sur lesquels ils exercent les
mandements du roi.» Il y a grande apparence, ajoute-t-il, qu'on
donna le nom de truanderie aux rues où les bureaux de ces fermiers
et receveurs étoient établis.
Guillot parle en cet endroit du carrefour de la Tour.
Où l'on geite mainte sentence
En la maison à dam Sequence[405].
Ce carrefour étoit la première entrée des halles; il est
vraisemblable qu'on y percevoit les droits sur les marchandises qui
arrivoient à ce marché, et que la rue en avoit pris le nom qu'elle n'a
point cessé de porter jusqu'à ce jour. Ce carrefour subsiste encore à
l'endroit où les deux rues de la Truanderie forment un angle.
Rue de la Petite Truanderie. Elle commence au coin de la rue
Mondetour et aboutit dans la rue de la Grande Truanderie, à la place
du puits d'Amour[406], d'où cette rue fut appelée anciennement rue
du Puits d'Amour et de l'Arian, ou Arienne.
Rue Verdelet. Cette rue, qui traverse de la rue Mauconseil dans
celle de la Grande Truanderie, se nommoit anciennement rue
Merderiau, Merderai, Merderel et Merderet. On a adouci ce mot en
changeant deux lettres; et, au commencement du dix-septième
siècle, on la nommoit déjà rue Verdelet.
MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS
DEPUIS 1789.
Marché des Innocents. Il étoit autrefois occupé tous les jours par
des marchands fripiers, immédiatement après avoir servi de marché
aux légumes. Depuis la révolution, les fripiers ont été transportés au
marché du Temple; et sur le vaste emplacement de la place des
Innocents on a élevé quatre rangs de poteaux figurés en colonnes,
et soutenant des charpentes recouvertes en ardoises; et là sont
placés plus commodément ceux qui vendent les légumes, les herbes,
les fruits, etc.
Marché au Poisson. Il a été nouvellement construit sur son ancien
emplacement: c'est un grand carré, circonscrit et divisé par des
poteaux. Ceux de l'extrémité sont en pierres de taille, et ceux de
l'intérieur simplement en bois et d'une plus petite dimension. Tout ce
carré est couvert, et abondamment pourvu d'eau par diverses
fontaines.
Ancienne halle à la Viande. Elle est aujourd'hui destinée à la vente
du beurre et des œufs, et se divise comme les autres en
compartiments formés par des poteaux que recouvre une toiture.
Plusieurs maisons ont été abattues afin de rendre l'entrée de cette
halle plus commode.
Fontaine de la Pointe-Saint-Eustache. Cette fontaine, dont la
simplicité étoit extrême, a reçu une décoration fort élégante. Elle se
compose maintenant d'une niche au fond de laquelle est un masque
de Silène vomissant l'eau dans une coquille d'où elle se répand dans
un vase à deux anses, porté par quatre gaînes formées de pates et
de têtes de lions, dont deux rejettent l'eau dans un bassin demi-
circulaire. Sur le vase, un bas-relief représente une nymphe qui
donne à boire à un amour.
QUARTIER SAINT-DENIS.
Ce quartier est borné à l'orient par la rue Saint-Martin et par celle du faubourg
du même nom exclusivement; au septentrion, par les faubourgs Saint-Denis et
Saint-Lazare inclusivement et jusqu'aux barrières; à l'occident, par les rues du
Faubourg-Poissonnière, Poissonnière et Montorgueil jusqu'au coin de la rue
Mauconseil inclusivement; et au midi, par les rues aux Oues[407] et
Mauconseil aussi inclusivement.
On y comptoit, en 1789, cinquante et une rues, onze culs-de-sacs, trois églises
paroissiales, une église collégiale, une chapelle, une communauté d'hommes,
un couvent et trois communautés de filles, un hôpital, etc.
Ce quartier, qui commence au centre de la ville, et qui finit à son
extrémité septentrionale, a suivi, dans son accroissement, celui des
diverses enceintes qui se sont succédé.
Avant Philippe-Auguste il n'existoit point encore, puisque la clôture
qui environnoit Paris du temps de Louis-le-Jeune passoit à l'endroit
où est aujourd'hui le cloître Saint-Merri. Les murailles que Philippe fit
bâtir embrassèrent un vaste terrain qui, dans la partie dépendante
de ce quartier, s'étendoit depuis dans la rue Montorgueil jusqu'à celle
du Bourg-l'Abbé, renfermant dans son circuit une partie du bourg qui
a donné son nom à cette dernière rue, l'hôpital Saint-Josse et le
couvent de Saint-Magloire, avec les cultures qui en dépendoient[408].
Ces cultures furent bientôt couvertes de maisons; et la rue Saint-
Denis, qu'on nomma depuis la grant rue, la grant chaussée de M.
saint Denis, commença à se former. Un faubourg nouveau la
prolongea bientôt hors de l'enceinte; et lorsque, sous Charles V, on
jugea nécessaire de reculer les fortifications de la ville, le terrain qui
fut renfermé dans le quartier dont nous parlons étoit déjà presque
entièrement couvert de maisons. La porte Saint-Denis fut dès lors
placée à l'endroit où elle étoit encore au commencement du règne
de Louis XIV[409]: car, depuis Charles V jusqu'à cette époque, cette
partie de l'enceinte de Paris ne reçut aucun nouvel accroissement.
Mais à peine eut-elle été bâtie, qu'on vit une autre rue extérieure,
faisant encore suite à la rue Saint-Denis, se prolonger dans la
campagne avec le nom de rue du Faubourg Saint-Denis.
Cette dernière rue, qui conduisoit à la maison Saint-Lazare, resta,
jusqu'au règne de Louis XIV, isolée au milieu des champs. Sous ce
prince, on la voit enfin coupée par quelques rues transversales qui la
lient aux autres faubourgs; mais le terrain que renfermoient ces rues
ne contenoit encore que des jardins, des marais et autres terres
labourables.
Ce n'est que dans le dix-huitième siècle qu'on a commencé à
couvrir ces places vides, et que ce faubourg est devenu
successivement un des plus populeux de la capitale.
SAINT-JACQUES-DE-L'HÔPITAL.
Cet hôpital et son église avoient été fondés pour y recevoir les
pélerins qui iroient à Saint-Jacques de Compostelle et qui en
reviendroient: mais par qui et à quelle époque? c'est sur quoi les
historiens ne sont pas d'accord. On a pu déjà remarquer que, dans
l'histoire des anciens monuments de Paris, ce sont presque toujours
ces deux points qui sont enveloppés d'une plus profonde obscurité.
Ce n'est qu'en discutant les différentes opinions, en comparant les
dates, en vérifiant les actes, qu'on peut espérer d'y jeter quelques
lumières, et de démêler la vérité à travers tant de traditions confuses
et d'erreurs accréditées ou par l'ignorance ou par l'intérêt personnel.
Par exemple, une ancienne tradition attribue la fondation de l'hôpital
et de l'église de Saint-Jacques à Charlemagne; et quoique cette
opinion soit destituée de tout fondement, elle a cependant été
adoptée par une foule d'écrivains, tant anciens que modernes[410].
Les chanoines mêmes de cette église sembloient l'avoir autorisée par
la forme de leur sceau, qui représentoit d'un côté saint Jacques, et
de l'autre Charlemagne. Cependant il n'y a d'autre autorité, pour
soutenir une origine aussi peu vraisemblable, que la Chronique du
faux Turpin, où il est dit que ce monarque avoit fait bâtir, entre Paris
et Montmartre, une église du titre de Saint-Jacques. Non-seulement
on s'est trompé en croyant que cela devoit s'entendre de Saint-
Jacques-de-l'Hôpital, mais il s'est trouvé qu'on commettoit une
double erreur: car, quoique le fait ne soit pas plus vrai à l'égard de
Saint-Jacques-de-la-Boucherie, cependant ceux qui ont fabriqué
l'histoire de Turpin n'ont pu avoir en vue que cette dernière église,
puisqu'il existe des manuscrits de cette histoire fabuleuse écrits dès
le treizième siècle, temps auquel l'église de Saint-Jacques-de-
l'Hôpital n'étoit certainement pas bâtie. Les auteurs les plus exacts
fixent l'époque de sa fondation en 1315; une ancienne inscription
gravée sur une des portes la marquoit en 1317; l'abbé Lebeuf la
place en 1322.
Il paroît constant que cet hôpital fut fondé, au commencement du
quatorzième siècle, par des Parisiens qui, ayant fait le pélerinage de
Saint-Jacques de Compostelle, lequel étoit célèbre dès le neuvième
siècle, imaginèrent, pour perpétuer la mémoire de ce pieux voyage,
de former entre eux une société ou confrérie. Quelques historiens
prétendent que, dès 1298, elle tenoit ses assemblées dans l'église de
Saint-Eustache; mais on ne voit point qu'elle ait été autorisée avant
le règne de Louis X, qui, par ses lettres-patentes du 10 juillet 1315,
approuva cette association, et lui permit de tenir ses assemblées aux
Quinze-Vingts.
Charles de Valois, comte d'Anjou, et plusieurs notables bourgeois
de Paris, s'y étant fait inscrire, en augmentèrent tellement les fonds
par leurs libéralités, que, dès 1317, les confrères se crurent assez
riches pour entreprendre la construction d'un hôpital et d'une
chapelle. Ils achetèrent à cet effet le terrain qu'occupoient encore,
dans ces derniers temps, l'église, le cloître et les maisons de leur
dépendance; mais, s'étant bientôt aperçus qu'ils avoient commencé
une entreprise au-dessus de leurs facultés, ils s'adressèrent à
l'official de Paris, qui, en 1319, leur accorda des lettres par lesquelles
les fidèles étoient exhortés à secourir de leurs aumônes les confrères
pélerins de Saint-Jacques, et qui autorisoient ceux-ci à faire des
quêtes dans les différents quartiers de la ville et au dehors, pour la
construction de leur hôpital. Ces quêtes eurent un succès complet,
et procurèrent des sommes plus que suffisantes pour continuer les
bâtiments déjà commencés.
Cependant ils se virent forcés d'en suspendre quelque temps les
travaux, par les oppositions que formèrent bientôt à leur
établissement le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois et le curé de
Saint-Eustache. Une requête que les confrères adressèrent alors au
pape Jean XXII, pour faire lever ces obstacles, nous apprend que
leur intention étoit que la chapelle fût desservie par quatre
chapelains, dont l'un, sous le nom de trésorier, auroit
l'administration des biens destinés pour la célébration du service
divin, et seroit comptable envers les administrateurs choisis par les
confrères; que ce service seroit célébré par lesdits chapelains,
lesquels seroient obligés de dire l'office canonial, et de résider; que
le trésorier auroit 50 liv. de revenu, et les chapelains 40 liv.; que
toutes les offrandes faites à l'hôpital, pour quelque cause que ce fût,
seroient employées totalement, tant à la construction de l'hôpital
qu'à la nourriture des pélerins, des pauvres et des malades; qu'enfin
il y auroit, pour le service de la chapelle, une cloche de poids
suffisant, et près de l'hôpital un cimetière destiné à la sépulture des
pélerins, des pauvres et des serviteurs de la maison[411].
Jean XXII, par une bulle du 18 juillet 1322, donna son approbation
au projet des confrères pélerins, toutefois après avoir fait vérifier par
des commissaires délégués à cet effet si la confrérie avoit les
moyens d'exécuter les promesses mentionnées dans la requête[412].
Ces mêmes commissaires réglèrent en même temps les indemnités
qu'il étoit juste de payer aux chapitre et doyen de Saint-Germain-
l'Auxerrois, ainsi qu'au curé de Saint-Eustache, sur le territoire
desquels cet hôpital devoit être bâti, et qui, comme nous venons de
le dire, s'étoient d'abord opposés à son établissement. Les premiers
abandonnèrent leurs prétentions moyennant la somme de 40 liv.
parisis, et le curé de Saint-Eustache renonça aux siennes pour celle
de 160 liv. Les commissaires décidèrent aussi que les confrères,
étant garants du revenu de 170 liv. affecté aux quatre prêtres de cet
hôpital, il étoit juste qu'ils présentassent aux bénéfices; qu'en
conséquence la nomination du trésorier seroit faite par l'évêque
d'après leur présentation, et celle des chapelains par le trésorier. Ce
droit de patronage et de présentation fut ensuite confirmé en faveur
des confrères pélerins par une bulle du même pape Jean XXII de
l'année 1326, et par une autre du pape Clément VI en 1342.
Les choses restèrent dans cet état jusqu'au commencement du
quinzième siècle, où il se fit, dans la chapelle de cet hôpital, appelée
alors église, plusieurs autres fondations de chapelains de deux
espèces différentes[413]: la première fut de quatorze chapelains,
depuis réduits à douze, lesquels devoient dire un certain nombre de
messes, avec le droit et l'obligation d'assister à l'office du chœur, de
loger dans le cloître, et de recevoir certaines distributions. On créa
dans la seconde neuf autres chapelains, distingués des premiers en
ce qu'ils n'avoient ni séance au chœur ni logement dans le cloître;
ces derniers furent supprimés en 1482, et l'on appliqua une partie
des fonds de leurs chapellenies à l'entretien des enfants de chœur.
Depuis cette époque on ne compta dans l'église de Saint-Jacques-
de-l'Hôpital que vingt titulaires, dont huit étoient chargés de faire
l'office du chœur à tour de semaine, et prenoient en conséquence la
qualité de chanoines; les douze autres, qui n'étoient tenus que
d'assister à l'office et de dire un certain nombre de messes, avoient
conservé le nom de chapelains. On y ajouta depuis quatre vicaires,
un sacristain et quatre enfants de chœur.
Les confrères pélerins continuèrent à jouir, sans aucune
contestation, du plein exercice de leurs droits sur cet hôpital et sur
cette église, jusqu'au mois de décembre 1672. Le roi ayant rendu à
cette époque un édit par lequel il donnoit à l'ordre de Notre-Dame-
du-Mont-Carmel et de Saint-Lazare-de-Jérusalem l'administration et
la jouissance perpétuelle des maisons, droits, biens et revenus de
plusieurs ordres hospitaliers, hospices, hôpitaux, etc., Saint-Jacques-
de-l'Hôpital se trouva au nombre des maisons dont cet acte
d'autorité changeoit la destination. Les confrères réclamèrent
vivement contre une telle spoliation: après vingt ans de
contestations et de plaidoiries, un nouvel édit, vérifié au grand
conseil le 9 avril 1693, révoqua celui du mois de décembre 1672, et
remit Saint-Jacques-de-l'Hôpital à ses premiers administrateurs. De
nouvelles difficultés s'élevèrent bientôt au sujet de cette maison;
mais comme il seroit aussi long que fastidieux d'en donner le détail,
nous nous bornerons à dire qu'en 1722 elle fut réunie une seconde
fois à l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, et qu'enfin elle en
fut encore séparée en 1734. Les arrêts du conseil qui rétablirent
l'ancienne administration furent confirmés par lettres-patentes du 15
avril de la même année, et enregistrés au parlement le 4 juin
suivant. Les choses restèrent en cet état jusqu'au 1er
juillet 1781,
que de nouvelles lettres-patentes décidèrent irrévocablement du sort
de cet hôpital, dont elles accordèrent les biens à celui des Enfants-
Trouvés; celui-ci en a joui jusqu'au moment où on les a vendus
comme biens nationaux.
À l'époque de 1789, il ne restoit plus de bénéficiers dans Saint-
Jacques-de-l'Hôpital qu'un trésorier, quatre chapelains, un vicaire-
sacristain et quatre enfants de chœur. Le trésorier exerçoit les
fonctions curiales dans l'étendue du cloître seulement. Tous les ans,
le premier lundi d'après la fête de saint Jacques-le-Majeur, les
confrères s'assembloient dans l'église, et faisoient une procession
solennelle, où ils assistoient, ayant un bourdon d'une main et un
cierge de l'autre.
Cette église, qui n'avoit rien de remarquable, avoit été bâtie en
1322, et dédiée, en 1323, par Jean de Marigni, évêque de
Beauvais[414]. Le trésor contenoit différens reliquaires fort riches,
qu'il devoit aux libéralités de Philippe-le-Long, de Jeanne d'Évreux,
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Molecular Biology And Applied Genetics Upgraded Lecture Note Mohammed Awole Adem

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  • 6. Halle à la Marée. Cette halle étoit située auprès de la rue de la Cossonnerie. À l'époque où saint Louis destina ce lieu à la vente du poisson de mer, il dépendoit d'un fief appartenant à une famille de Paris, du nom d'Hellebick, qu'il fallut indemniser, et à laquelle on accorda pour cet effet de certains droits à prendre sur la vente du poisson. Après l'extinction de la famille Hellebick, ce droit se trouva partagé: une partie fut acquise par les élus et procureurs de la marchandise de poisson de mer; l'autre fut cédée, en 1530, à l'Hôtel-Dieu de Paris[350]. Le manoir de ce fief et les droits qu'il donnoit sur la vente du poisson ont subsisté jusqu'à la suppression des droits féodaux. Halle au Poisson d'eau douce. Elle se tenoit, avant la révolution, dans une maison située rue de la Cossonnerie. C'étoit là que se faisoit, à trois heures du matin, la distribution du poisson aux petits marchés de Paris[351]. Halle à la Viande. Elle se tenoit dans la boucherie de Beauvais, située vis-à-vis de la rue au Lard, entre la rue Saint-Honoré et celle de la Poterie[352]. Halle aux Fruits. C'étoit dans l'ancienne halle au blé, où se tient aujourd'hui le marché de la viande, que se vendoit tout le fruit qui arrivoit à Paris. Cette vente se faisoit pendant la nuit et au lever du jour[353]. Halle aux Poirées. Elle occupoit un emplacement situé entre la rue de la Fromagerie (maintenant rue du Marché aux Poirées), celle de la Lingerie et la
  • 7. rue aux Fers[354]. Halle aux Herbes et aux Choux. Il se tenoit le long de la rue de la Ferronnerie, et obstruoit le passage avant que les charniers eussent été abattus[355]. Halle au Fromage. Elle se tenoit le mardi matin, sur l'ancienne place de la halle au blé. C'étoit là que l'on vendoit aussi le beurre et les œufs[356]. Halle aux Cuirs. Cette halle étoit originairement située entre la rue au Lard et celle de la Lingerie. On la transféra, en 1785, rue Mauconseil, dans un autre emplacement dont nous aurons bientôt occasion de parler. Halle aux Draps et aux Toiles. Cette halle, isolée entre les rues de la Poterie et de la Petite- Friperie, aboutit par ses deux extrémités opposées aux rues de la Lingerie et de la Tonnellerie. Elle a été restaurée en 1787, sur les dessins et sous la conduite de MM. Legrand et Molinos, qui employèrent, pour la couvrir, les procédés déjà si heureusement appliqués à la coupole de la halle au blé. Ce monument, composé d'une voûte en berceau, formant un demi-cercle parfait de cinquante pieds de diamètre sur quatre cents pieds de longueur, est éclairé par un grand nombre de croisées carrées, que séparent des arcs doubleaux ornés de sculpture, et présente, dans sa masse et dans ses détails, une élégante simplicité[357]. L'ÉGLISE DES SAINTS-INNOCENTS.
  • 8. L'église des Saints-Innocents étoit située vis-à-vis la rue Saint- Denis, sur une partie de l'emplacement des halles. Cette église doit être mise au nombre des plus anciennes de Paris; et, quoiqu'on ignore la date précise de sa fondation, des titres authentiques prouvent qu'elle existoit déjà dans le douzième siècle. En effet, sans citer l'autorité des auteurs du Gallia christiana, qui disent qu'en 1150 les doyen et chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois consentirent au décret de l'évêque de Paris, qui décidoit que la présentation à la cure des Saints-Innocents appartiendroit au chapitre de Sainte- Opportune, on trouve dans un Cartulaire de Saint-Magloire[358] l'acte d'une permutation faite en 1156 contre le chapitre de Saint-Merri et l'abbaye Saint-Magloire, à laquelle ce chapitre donne une certaine portion de terrain en échange d'une autre qui est au chevet de l'église des Saints-Innocents: Pro parte cujusdam terre que est ad capucium ecclesie Sanctorum Innocentium. L'existence de l'église des Saints-Innocents dans le douzième siècle est encore confirmée par les bulles d'Adrien IV, du 4 des ides de mars 1159, et d'Alexandre III, des calendes d'octobre 1178, lesquelles énoncent, parmi les priviléges du chapitre de Sainte- Opportune, le droit de nomination à la cure des Saints-Innocents, droit confirmé par une foule d'actes subséquents, et d'autant plus légitime que le terrain sur lequel cette église étoit bâtie appartenoit primitivement à ce chapitre[359]. D'après des actes si précis et si authentiques, on ne peut s'empêcher d'être étonné qu'il ait régné une si grande diversité d'opinions entre les historiens de Paris sur l'origine de cette église. La plupart se contentent de dire qu'elle fut bâtie ou rebâtie sous le règne de Philippe-Auguste: quelques-uns même ont insinué que ce prince y employa une partie des sommes confisquées sur les juifs, lors de leur expulsion du royaume, ce qui placeroit l'origine de ce monument à une époque postérieure à l'an 1182. Nous venons de donner la preuve qu'il existoit bien antérieurement[360].
  • 9. D'autres, sur la foi d'une ancienne chronique, ont avancé que l'église des Saints-Innocents fut construite à l'occasion d'un jeune enfant appelé Richard, que les juifs avoient crucifié à Pontoise; et la seule preuve qu'ils en rapportent, c'est que, dans cette chronique, elle est quelquefois désignée sous le nom de Saint-Innocent (Ecclesia Sancti Innocentii). On ne peut avancer une assertion dont la fausseté soit plus évidente. En effet l'événement dont il est question eut lieu à Pontoise dans l'année 1179; et, selon d'autres historiens du temps, le corps du jeune martyr y fut transféré de cette ville dans l'église des Innocents: donc elle existoit à cette époque, et nous ajouterons qu'il est même très-probable que déjà elle avoit été reconstruite[361]. Sur l'origine du nom qu'elle portoit, il y a lieu de croire que cette église, bâtie à l'angle du cimetière, avoit remplacé une chapelle dédiée sous le vocable des saints Innocents, pour lesquels le roi Louis VII avoit une dévotion particulière. On sait en effet que dans les anciens cimetières il y avoit toujours quelque chapelle dans laquelle les fidèles venoient offrir des prières pour les morts; et ce qui fortifie cette opinion, c'est qu'à l'époque où Philippe-Auguste fit entourer de murs le cimetière de Champeaux, rebâtir et augmenter[362] l'église des Saints-Innocents, il existoit dans cet enclos une chapelle semblable sous le nom de Saint-Michel[363], laquelle fut renfermée dans l'enceinte de l'église: on la voyoit dans la seconde aile, du côté du midi. Cette église ne fut dédiée qu'en 1445, par Denis Dumoulin, patriarche d'Antioche et évêque de Paris. L'époque de cette dédicace a fait encore croire à quelques auteurs que, construite sous Philippe- Auguste, elle avoit été rebâtie en 1445. Ils auroient évité cette erreur s'ils eussent fait attention qu'on ne peut pas déduire de l'époque de la dédicace d'une église celle de sa construction. En effet, il y avoit un grand nombre d'églises à Paris, qui, quoique élevées dans le quatorzième et le quinzième siècle, n'avoient été dédiées que dans le seizième, les évêques ne faisant guère autrefois de dédicaces qu'elles ne leur fussent demandées[364].
  • 10. Une statue de bronze adossée à l'un des piliers de la chapelle de la Vierge représentoit Alix La Burgote, recluse[365] du quinzième siècle, décédée en 1466, et inhumée dans cette paroisse. Cette figure, originairement couchée sur un marbre noir soutenu par quatre lions de bronze, formoit la décoration d'un tombeau qui avoit été élevé à cette sainte fille par ordre de Louis XI. Ce même monarque avoit fondé dans cette église, en 1474, six places d'enfants de chœur pour y faire le service en musique, ce qui s'est exécuté jusqu'à sa destruction. CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES INNOCENTS. TABLEAUX. Sur le maître autel, un tableau représentant le massacre des Innocents, par Michel Corneille. SCULPTURES ET TOMBEAUX. Dans une chapelle voisine de la porte méridionale, on voyoit la figure en relief d'un prêtre revêtu des habits sacerdotaux, et la tête couverte de l'aumusse. Cette représentation gothique, d'une assez bonne exécution, paroissoit être du commencement du treizième siècle. Les personnages les plus remarquables inhumés dans cette église étoient: Simon de Perruche, évêque de Chartres, neveu du pape Martin VI, mort en 1297: sa tombe étoit dans le chœur. Jean Sanguin, seigneur de Betencourt, conseiller et maître de la chambre des comptes, mort en 1425, et Guillaume Sanguin, échanson du roi Charles VI, conseiller et maître d'hôtel du duc de Bourgogne, vicomte de Neufchâtel, mort en 1441. Ces deux personnages avoient été inhumés dans le même tombeau. On y voyoit aussi les épitaphes de plusieurs personnes du nom de Potier, à commencer par Nicolas Potier, seigneur de Groslay, mort en 1501, jusqu'à Bernard Potier de Blancmesnil, mort en 1610.
  • 11. Les historiens de Paris rapportent une anecdote qui peint assez vivement les mœurs singulières des temps malheureux dont nous venons de tracer un rapide tableau. En 1429, lorsque les Anglois étoient encore maîtres de Paris, un cordelier nommé frère Richard arriva dans cette ville pour y prêcher la réforme et la pénitence. Afin de frapper plus vivement les esprits, il déclara d'abord à la multitude qu'il venoit d'outremer, où il avoit visité le tombeau de J.-C. Cette circonstance fit à l'instant de ce moine un objet de vénération, et la foule se porta dans l'église des Saints-Innocents, où le nouvel apôtre, monté sur un échafaud de huit à neuf pieds de hauteur, prêcha plusieurs jours de suite depuis cinq heures du matin jusqu'à dix, sans qu'un sermon aussi long parût le fatiguer, ni ennuyer cinq à six mille personnes qui s'étouffoient pour l'entendre. L'impression qu'il fit fut telle que les auditeurs, touchés jusqu'aux larmes, sortoient de son sermon pour allumer des feux où ils jetoient leurs dez, leurs cartes, les billes de billards, les boules et autres jeux. Les femmes, par un plus grand sacrifice encore, y faisoient brûler leurs rubans, leurs parures, en chargeant d'injures pieuses toutes ces frivolités. Les flammes consumèrent encore un grand nombre de talismans connus alors sous le nom de madagoires, mandragores ou mains de gloire, que les plus crédules conservoient précieusement dans leurs maisons comme des gages certains des faveurs de la fortune. Frère Richard prêcha aussi dans d'autres églises, notamment dans celle de Notre-Dame de Boulogne. Enfin il devoit débiter son dernier sermon un dimanche à Montmartre: l'empressement pour aller l'écouter fut si vif, qu'un grand nombre d'habitants de Paris de tout sexe et de tout âge sortirent de la ville dès le samedi, et couchèrent dans les champs, afin d'être mieux placés le lendemain à cette intéressante cérémonie. Mais leur attente fut cruellement trompée; et le matin ils apprirent, à leur grand chagrin, que frère Richard étoit sorti précipitamment de Paris pour aller joindre le roi Charles. Ce monarque, sentant de quelle utilité pouvoit être un homme qui avoit un talent si merveilleux pour toucher la multitude, n'avoit rien épargné pour l'attirer dans son parti. Ainsi la politique d'alors, plus habile que celle de nos jours, savoit appeler la religion à son secours; et dans ces temps de
  • 12. confusion, de désordre, la religion étoit en effet son plus ferme appui, ou, pour mieux dire, son unique refuge. On abusa sans doute trop souvent de ce ministère de paix et de vérité, mais cette fois-ci il fut habilement employé dans une cause noble et juste; et frère Richard contribua, en prêchant dans les villes et les villages, à augmenter le nombre des partisans du roi. Du reste, on ne tarda pas à l'oublier à Paris. «On regretta, disent les historiens, les billards brûlés; les femmes reprirent tous les affiquets et les joyaux qu'elles avoient abandonnés, et toutes mirent bas les médailles au nom de Jésus qu'elles portoient, pour remettre à la place la croix de saint André que frère Richard leur avoit fait ôter.» L'église des Innocents n'avoit de paroissiens que dans trois rues. Sa circonscription comprenoit la rue de la Ferronnerie, des deux côtés, la partie de la rue Saint-Denis qui étoit derrière l'église, et le côté de la rue aux Fers qui touchoit à la galerie du cloître, ce qui formoit en tout soixante à quatre-vingts maisons. L'abbé Lebeuf cite cinq ou six chapellenies fondées dans cette église pendant le cours du quinzième siècle. LE CIMETIÈRE DES SAINTS-INNOCENTS. Ce cimetière, qui occupoit l'emplacement où se tient actuellement le grand marché aux fruits et aux légumes, avoit fait autrefois partie du territoire de Champeaux, situé à peu de distance de l'enceinte de la ville. Il est probable que, dès la plus haute antiquité, ce terrain fut destiné à la sépulture des habitants de ce quartier[366]; car les premiers chrétiens, à l'imitation des Romains, n'enterroient point leurs morts dans les villes, mais sur les grands chemins ou dans les champs qui en étoient voisins. Il n'y avoit, dans les premiers temps du christianisme, que les rois, les princes, les évêques et les abbés qui obtinssent l'honneur d'être inhumés dans les cryptes des basiliques, ou dans les oratoires qu'on avoit bâtis auprès: c'est ainsi que Clovis, sainte Clotilde sa fille, et les enfants de Clodomir eurent leur tombeau dans la basilique de Saint-Pierre, depuis consacrée à
  • 13. Sainte-Geneviève; Childebert, dans celle de Saint-Vincent; et Saint- Germain, évêque de Paris, dans l'oratoire de Saint-Symphorien. Le lieu dont nous parlons servit d'abord de cimetière aux paroissiens de Saint-Germain, et devint bientôt commun, d'abord aux paroisses qui en furent démembrées, ensuite à quelques autres, ainsi qu'aux hôpitaux qui se trouvoient dans le voisinage. C'étoit, dans le principe, un grand terrain ouvert de toutes parts, au milieu d'un espace entièrement désert; mais lorsque les Champeaux eurent été renfermés dans la ville, et qu'on eut établi les halles à peu de distance de ce lieu consacré, il arriva que le silence religieux qui devoit y régner fut bientôt troublé par le bruit et le passage continuel d'une population entière qui se portoit en foule aux divers marchés; les cendres des morts furent profanées, foulées aux pieds par les hommes et par les animaux les plus vils; les anciens historiens prétendent même, ce qui semble presque incroyable, que, dès que le jour avoit cessé, il devenoit, pour les dernières classes du peuple, un lieu de débauche et de prostitution. Instruit de ces désordres, Philippe-Auguste se hâta d'y remédier, en faisant entourer ce cimetière de murs où l'on pratiqua des portes qui ne s'ouvroient que pour les cérémonies funéraires. Cette clôture fut faite en 1186[367], quoique plusieurs auteurs mal informés la placent deux ans plus tard. L'augmentation progressive des habitants de Paris se faisant sentir très-rapidement, surtout dans ce quartier, il devint bientôt urgent de donner plus d'étendue au cimetière: ce fut aux libéralités de Pierre de Nemours, évêque de Paris, que l'on dut cet accroissement. Ce prélat fit don, en 1218, d'une place qui lui appartenoit du côté des halles, laquelle, d'après son intention, fut jointe à l'ancien emplacement[368]. Depuis, cet enclos n'a point été augmenté. LES CHARNIERS.
  • 14. Autour du cimetière des Innocents s'élevoit une immense galerie voûtée, connue sous le nom de Charniers[369]. Ses arcades avoient été construites à diverses époques, et notamment vers la fin du quatorzième siècle, par plusieurs notables bourgeois de Paris, dont elles portoient le chiffre ou les armes[370]. Quelques-unes offroient des inscriptions, principalement celle qui avoit été élevée par Nicolas Flamel, du vivant de sa femme; elle étoit située du côté de la rue de la Lingerie: on y voyoit le chiffre de cet écrivain, N. F., et plusieurs figures symboliques, entre autres un homme tout noir peint sur la muraille. Lorsqu'en 1786 on détruisit cette enceinte, il y avoit long- temps que toutes ces figures avoient disparu, mais on y déchiffroit encore ce reste d'inscription. Hélas mourir convient, Sans remède homme et femme, . . . . . . . . Nous en souvienne. Hélas mourir convient, Le corps . . . . . . . . . . Demain peut-être dampnés, A faute . . . . . . . . Mourir convient, Sans remède homme et femme. La première arcade du côté de la rue Saint-Denis étoit encore due aux libéralités de Flamel; et c'est là qu'étoit placé le monument que cet homme, si singulièrement célèbre, avoit fait élever uniquement pour sa femme: car l'opinion qui veut qu'il ait aussi été enterré sous les charniers des Innocents est fausse; il eut sa sépulture à Saint- Jacques-de-la-Boucherie[371]. Ce tombeau de Pernelle a vivement exercé l'imagination d'une foule de visionnaires entêtés des chimères de l'alchimie, lesquels ont prétendu trouver, dans les figures qui y étoient représentées, ainsi que dans celles du portail de Notre- Dame, un sens mystérieux et profond qui n'a jamais existé que dans leurs cerveaux malades[372]. AUTRES MONUMENTS ET CURIOSITÉS DU CIMETIÈRE DES SAINTS- INNOCENTS.
  • 15. La Tour de Notre-Dame-des-Bois. Ce monument, qui a subsisté jusqu'à la suppression du cimetière, est au nombre de ceux dont l'origine et l'usage sont entièrement inconnus. Il étoit d'une forme octogone, d'une construction demi-gothique, haut d'environ quarante pieds, et placé en avant et à droite du portail de l'église. Sauval et Piganiol, qui lui ont supposé une antiquité antérieure même au christianisme, antiquité que démentoit le seul aspect de sa construction, ont débité à ce sujet une foule de conjectures dépourvues de preuves et de critiques. Nous croyons que, dans l'ignorance complète où nous sommes à ce sujet, le silence est préférable à de vaines et inutiles suppositions. Une niche contenant l'image de la Vierge, et pratiquée dans sa partie orientale, lui avoit fait donner le nom qu'il a porté jusqu'à sa destruction[373]. La Croix Gastine. Cette croix avoit d'abord été élevée sur l'emplacement d'une maison appartenante à Philippe de Gastine, pendu en 1571, par arrêt du parlement, pour avoir tenu chez lui des assemblées de calvinistes. Nous avons déjà dit que, par suite de l'édit de pacification accordé à ces sectaires, cette croix avoit été transportée dans le cimetière des Innocents: elle étoit placée vis-à-vis la première arcade des charniers du côté de la rue Saint-Denis, et près de la face latérale de l'église. Ce monument, d'une forme pyramidale et d'une architecture élégante, étoit surtout remarquable par un bas-relief de la main de Jean Goujon, représentant le triomphe du Saint-Sacrement[374]. Le Prêchoir. C'étoit un petit bâtiment carré, orné de quatre pilastres qui supportoient un toit pyramidal extrêmement élevé. Il étoit situé vis-à-vis le portail de l'église, et à peu de distance de la partie des Charniers qui s'étendoit le long de la rue aux Fers. Nous ignorons quelle étoit la destination de cette construction singulière; mais son nom semble indiquer qu'elle servoit à faire des sermons ou des conférences à certains jours de l'année[375]. Le Calvaire. Ce monument gothique, et de plein relief, étoit placé du même côté sous une arcade des charniers, et entouré d'une grille dans toute sa hauteur. Il représentoit, suivant toutes les apparences, le Christ apparoissant aux saintes Femmes. Il a été entièrement détruit. La chapelle de Villeroy. Ce petit monument, d'un style gothique assez élégant, étoit adossé aux Charniers qui régnoient le long de la rue de la Lingerie. On ignore à quelle époque il a été construit, et quel nom il portoit avant que la famille de Villeroy en eût fait l'acquisition pour en faire un lieu de sépulture qui lui appartenoit exclusivement[376].
  • 16. La chapelle Pomereux. Elle étoit située du même côté, en se rapprochant de la rue de la Féronnerie. C'étoit un simple massif carré, en pierres de taille, surmonté d'une calotte et d'une croix. Elle servoit également de sépulture à la famille dont elle portoit le nom. Le Squelette de Germain Pilon. Cette petite figure en ivoire étoit précieusement conservée dans une armoire pratiquée dans une des faces de la tour de Notre-Dame-des-Bois, et qui ne s'ouvroit pour le public qu'une fois par an, le jour de la Toussaint. Cet ouvrage, digne, par son exécution, du sculpteur célèbre qu'on en croit l'auteur, avoit été déposé, depuis la révolution, au Musée des monuments françois. Le cimetière des Innocents contenoit encore un grand nombre d'autres monuments sépulcraux, croix, tombes, inscriptions, etc., dont nous ne tarderons pas à parler. SÉPULTURES. Parmi la multitude innombrable de personnes qui avoient été inhumées dans ce cimetière, on n'en cite qu'un très-petit nombre qui méritent d'être remarquées; savoir: Jean Le Boulanger, premier président du parlement, mort en 1482. Cosme Guymier, président aux enquêtes, écrivain du quinzième siècle. Jean l'Huillier, conseiller au parlement, mort en 1535. André Sanguin, conseiller, mort en 1539. Nicolas Lefebvre, qui fut précepteur de Henri de Bourbon, prince de Condé, puis de Louis XIII, mort en 1612. Le célèbre historien François-Eudes de Mézerai, mort en 1683. Suivant Gilles Corozet, on lisoit, de son temps, dans ce cimetière, l'épitaphe suivante, gravée sur une plaque de cuivre: Cy gist Iollande Bailly, qui trépassa l'an 1514, la quatre-vingt-huitième année de son âge, la quarante-deuxième de son veuvage, laquelle a vu ou pu voir, devant son trépas, deux cent quatre-vingt-treize enfants issus d'elle[377].
  • 17. Les galeries des charniers étoient occupées par un grand nombre de marchands de toute espèce, par des écrivains publics, qui ne craignoient pas d'habiter continuellement un foyer de putréfaction, dont l'activité devenoit de jour en jour plus forte et plus dangereuse. Il y avoit déjà long-temps qu'on en sentoit les graves inconvénients, même pour la ville entière, au centre de laquelle il étoit placé. Dès l'an 1765, le parlement de Paris avoit rendu un arrêt par lequel il ordonnoit qu'à partir du 1er janvier 1766 il ne seroit plus fait d'inhumations dans les cimetières situés dans l'intérieur de la ville; et il avoit en même temps indiqué les endroits qui paroissoient les plus convenables et les plus commodes pour huit cimetières communs. Il sembloit que la sagesse d'un tel réglement n'eût dû éprouver ni obstacles ni contradictions: cependant, par des motifs plus spécieux que solides, et qui n'auroient pas dû entrer un moment en comparaison avec un intérêt aussi grand que celui de la conservation des citoyens, l'exécution de cet arrêt fut suspendue pendant très- long-temps, et ce n'est qu'en 1780 qu'on cessa tout-à-fait d'enterrer des morts dans le cimetière des Innocents. La démolition en fut commencée environ six ans après, sous la direction de MM. Legrand et Molinos. On abattit l'église et les charniers; les fosses furent ouvertes à une grande profondeur, et l'on s'occupa d'en recueillir les ossements avec le soin le plus religieux. Tandis que cette opération se faisoit, on préparait hors de la ville un lieu convenable pour les recevoir. Une maison située près de la barrière Saint-Jacques, et nommée la Tombe-Isouard, avoit paru propre à remplir le but qu'on se proposoit, en ce qu'elle étoit située au-dessus des carrières de Montrouge, et qu'il étoit facile d'y ouvrir une communication avec ces vastes souterrains: un puits fut creusé à cet effet dans un petit enclos attenant à cette maison, et les ossements, apportés successivement dans des chariots couverts, y furent descendus et déposés sur deux lignes parallèles, et à six pieds de hauteur. Des prêtres en surplis et chantant l'office des morts suivoient les chariots. Lorsque le transport fut entièrement achevé, on éleva un mur en maçonnerie qui sépara ces nouvelles
  • 18. catacombes des autres parties des carrières, et l'archevêque lui- même y descendit pour les bénir[378]. Quant aux monuments sépulcraux, tels que les croix, les tombes en pierre et en plomb, les épitaphes et autres inscriptions, ils furent rangés avec beaucoup d'ordre dans le jardin de cette maison, où l'on a pu les voir encore dans les premiers temps de la révolution. Nous croyons que, sous le règne de la Convention, ils ont été en grande partie détruits ou dispersés. HÔTELS. Hôtel du comte d'Artois (détruit). Cet hôtel, qui appartenoit à Robert II, neveu de saint Louis, et que probablement il avoit fait bâtir, étoit situé dans la rue dite aujourd'hui Comtesse-d'Artois, entre les rues Pavée et Mauconseil. Nous apprenons que ce prince avoit fait percer le mur d'enceinte en cet endroit, tant pour sa commodité que pour celle du public; et l'on y avoit pratiqué, par son ordre, une fausse porte, laquelle prit le nom de Porte au comte d'Artois, et le donna, dit-on, à la rue. LA PLACE ET LA FONTAINE DES INNOCENTS. Cette fontaine, construite en 1550 sur les dessins de Pierre Lescot, et ornée de sculptures par Jean Goujon, n'avoit point dans l'origine la forme qu'elle offre maintenant. Composée alors seulement de trois arcades, elle occupoit l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fers, développant en ligne droite deux de ses arcades sur cette dernière rue, et la troisième en retour sur la rue Saint-Denis. Dans cet espace, elle remplaçoit une ancienne fontaine qui existoit dès le treizième siècle, puisqu'il en est fait mention dans un accord passé en 1273, entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merri. Chacune de ses arcades, comprise dans la hauteur d'un ordre de pilastres composites, avec piédestal, entablement et attique, étoit
  • 19. couronnée d'un fronton, et le tout s'élevoit sur un soubassement d'où l'eau s'échappoit par de petits mascarons. Cinq figures de naïades occupoient les intervalles des pilastres, et six bas-reliefs ornoient les frontons et les entablements. Lorsque la démolition de l'église et des charniers des Innocents eut été achevée, et que l'on eut converti leur emplacement en un marché public, on sentit aussitôt la nécessité de décorer d'un monument public la nudité de cette place immense. La destination du lieu indiquoit que ce monument devoit être une fontaine, et l'on regrettoit que celle des Innocents, reléguée à l'une de ses extrémités, n'offrît pas dans sa construction un ensemble qui la rendît propre à cette décoration. L'irrégularité de sa forme sembloit y opposer en effet des obstacles invincibles, lorsqu'une inspiration heureuse rendit tout-à-coup facile ce qui d'abord avoit paru impraticable. M. Six, architecte, eut la gloire de résoudre ce problème abandonné par mille autres: il proposa au baron de Breteuil, alors ministre de Paris, d'oser changer la forme primitive de cette fontaine, et de la reconstruire au centre de la place sans faire aucun changement à sa décoration, mais en ajoutant seulement une quatrième face aux trois premières, et en faisant du tout un carré parfait. Ce moyen à la fois simple, ingénieux et économique, dont le résultat étoit d'isoler, sous un aspect peut-être encore plus élégant, un monument conçu dans son origine sur un plan si différent, fut accueilli avec empressement, et valut une récompense à son inventeur. Sous la direction de M. Poyet, alors architecte de la ville, et de MM. Legrand et Molinos, architectes des monuments publics, la fontaine fut démontée, transportée et reconstruite sans que la sculpture eût éprouvé la moindre altération. M. Pajou, chargé de l'exécution des bas-reliefs et des trois figures qui devoient décorer la nouvelle façade, sut imiter le style de son modèle de manière à mériter des éloges. Les lions du soubassement et les autres ornements furent partagés entre MM. l'Huilier, Mézières et Daujon. Le monument offrit alors, dans son nouvel ensemble, un quadrilatère
  • 20. surmonté d'une coupole recouverte en cuivre, et formée en écailles de poisson: le tout, posé sur un socle et des gradins de dix pieds de hauteur, présenta une élévation totale de quarante-deux pieds et demi. Ce chef-d'œuvre, l'honneur de l'école françoise, et comparable peut-être aux plus belles productions de l'antiquité, n'a pas toujours été apprécié à sa juste valeur, même par des gens de l'art; et, dans le siècle dernier, un architecte célèbre[379] trouvoit qu'il n'avoit pas le caractère mâle qui convenoit à une fontaine; que les ornements trop riches et trop recherchés dont il est couvert étoient une faute contre le goût et les convenances. Plus éclairés aujourd'hui sur les vrais principes de la belle architecture, les connoisseurs admirent au contraire avec quel discernement exquis les deux grands artistes ont su allier, dans leur ouvrage, la simplicité de l'ensemble à la richesse des détails, étaler avec une sage retenue, et dans une harmonie parfaite, ce que l'architecture a de plus brillant, ce que la sculpture peut offrir de plus élégant et de plus gracieux. Ce n'étoit pas trop de tout le luxe corinthien pour accompagner ces bas-reliefs incomparables dans lesquels Jean Goujon semble s'être surpassé lui- même. C'est là surtout que l'on peut voir ce qu'étoit le talent de cet homme extraordinaire, qu'on a comparé au Corrége pour la grâce de ses productions, et qui certainement l'emportoit de beaucoup sur lui pour la noblesse du style et la pureté du dessin. Ici la finesse des contours, la souplesse des mouvements, l'heureux agencement des draperies sous lesquelles le nu se développe avec le sentiment le plus délicat, tout rappelle la naïveté et la perfection de l'antique, dont Goujon a été, depuis la renaissance des arts, le plus excellent imitateur; et nous ne craignons point d'être accusés d'exagération, en donnant à ces bas-reliefs le premier rang parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture moderne. Cette merveille de l'art excita, dès son origine, une vive et profonde admiration, devenue plus grande encore aujourd'hui que le goût de l'école est plus que jamais porté vers l'étude et l'imitation de l'antique. Cependant nous ferons remarquer comme une singularité
  • 21. assez frappante qu'elle ne put inspirer au meilleur poëte latin du dix- septième siècle, chargé d'en faire l'éloge, qu'une pensée froide et absurde, renfermée dans un distique qu'on ne laissa pas de graver sur le soubassement. Au milieu de tant de grâces et de perfections, Santeuil ne fut saisi que de la vérité avec laquelle le sculpteur avoit rendu les eaux, qui cependant sont d'une imitation très-médiocre, par la raison qu'il est impossible à la sculpture de les imiter; et cette impression bizarre lui fit composer ces deux vers, qui ne le sont guère moins: Quos duros cernis simulatos marmore fluctus, Hujus nympha loci credidit esse suos. Dans les petites tables placées au-dessous des impostes, on lit ces mots: Fontium Nymphis; et, avant que cette fontaine eût été changée de place, une inscription françoise, gravée sur le soubassement du côté de la rue Saint-Denis, faisoit savoir que ce côté avoit été disposé, en 1708, pour fournir une plus grande quantité d'eau. Cet édifice, dont l'entretien avoit été fort négligé, fut réparé dans cette même année 1708. Vers 1741 on se proposa de le restaurer une seconde fois; mais comme cette restauration auroit altéré la beauté de la sculpture, que les entrepreneurs avoient imaginé de faire regratter, on fit heureusement jeter bas les échafauds avant que cette opération barbare eût été commencée; et il fut décidé que l'on conserveroit à la postérité ce magnifique ouvrage dans toute sa pureté[380]. Fontaine du Marché-Carreau ou Pilori. Elle fut construite en 1601, alors qu'Antoine Guyot, président en la chambre des comptes, étoit prévôt des marchands; mais les eaux n'y furent conduites que sous la prévôté de François Miron. C'est à quoi faisoit allusion l'inscription en vers latins qu'on y lisoit avant la révolution:
  • 22. Saxeus agger eram, ficti modo fontis imago: Viva mihi laticis Miro fluenta dédit[381]. RUES ET PLACES DU QUARTIER DES HALLES. Rue de la Chanverrerie. Un de ses bouts donne dans la rue Saint- Denis, l'autre dans celle de Mondetour. L'orthographe du nom de cette rue a considérablement varié. On trouve Chanverie dans Guillot, Chanvrerie dans la taxe de 1313, Chanvoirerie dans Corrozet, Champ-verrerie dans Sauval, Chanverrerie dans de Chuyes, Champvoirie dans La Caille, Champvoirerie, Chanvoirie, etc. Cette différence d'orthographe a fait naître deux opinions sur l'étymologie de ce nom. Quelques-uns ont cru que l'endroit où cette rue est située étoit une campagne, ou faisoit partie du terrain de Champeaux, dans lequel se seroit trouvée une verrerie; et qu'ainsi il faut écrire Champ-verrerie. Ce sentiment, destitué de toute preuve, n'est appuyé que sur l'autorité de Sauval. L'autre opinion fait venir le nom de cette rue du mot chanvre, et semble plus probable. En effet, 1o on trouve qu'on vendoit aux halles les filasses et les chanvres, et l'on ne trouve aucune mention ni indice qu'il y ait eu une verrerie en cet endroit; 2o le nom de Chanverie que lui donne Guillot, et celui de Chanvrerie qu'on lit dans la taxe de 1313, sont plus analogues au chanvre qu'à une verrerie; 3o ce qui semble lever toute difficulté est le mot latin Canaberia, que des actes lui donnent. Dans les lettres de Pierre de Nemours, évêque de Paris, du mois de juin 1218[382], il est fait mention d'une maison in vico de Chanaberia, prope S. Maglorium. Dans un amortissement du mois d'octobre 1295, cette rue est nommée Vicus Canaberie[383]; et afin qu'on ne la confonde pas avec une autre, elle y est indiquée in censiva Morinensi (le fief de Thérouenne). Enfin les registres capitulaires de Notre-Dame indiquent toujours cette rue sous les noms de Chanvrie, de Chanvrerie[384]. Rue Comtesse d'Artois. Elle commence à la pointe Saint-Eustache, et finit à la rue Montorgueil, au coin de la rue Mauconseil. Dans les
  • 23. titres du quatorzième siècle, elle est indifféremment nommée rue au comte d'Artois; rue de la Porte à la Comtesse, et rue à la Comtesse d'Artois. Le nom de rue au comte d'Artois venoit de Robert II, neveu de saint Louis, dont l'hôtel étoit situé entre les rues Pavée et Mauconseil. Cette rue est confondue maintenant avec la rue Montorgueil, dont elle a pris le nom[385]. Rue de la Cordonnerie. Elle traverse de la rue de la Tonnellerie au marché aux Poirées. Elle a pris son nom des cordonniers[386] et vendeurs de cuirs, qui quittèrent, suivant les apparences, la rue des Fourreurs nommée d'abord de la Cordonnerie, pour venir s'établir aux halles dans celle que nous décrivons. Rue de la Coçonnerie, ou Cossonnerie. Elle va de la rue Saint- Denis aux halles. Cette rue est fort ancienne. Sauval dit[387] qu'au douzième siècle elle portoit le nom de Via Cochoneria, et en 1330 de la Coçonnerie. On lit Vicus Quoconneriæ dans un titre de Saint- Magloire, en 1283[388]; in Buco Coconnerie ante halas, dans un acte du mois d'octobre 1295. Sauval dit que ces noms viennent des cochons et de la charcuterie qu'on y vendoit, ou des volailles, gibiers et œufs qui s'y débitoient, Cossonnerie voulant dire la même chose que Poulaillerie. On la trouve indiquée dans nos nomenclatures Cossonnerie, ce qui ne suit pas aussi exactement l'orthographe du vieux mot latin que l'autre manière. Rue du Cygne. Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de Mondetour, et doit ce nom à une enseigne. Dès la fin du treizième siècle on connoissoit la maison O Cingne. Guillot indique la rue au Cingne, et le rôle de 1314 la rue au Cigne. Rue de l'Échaudé. C'étoit un petit passage qui alloit de la rue au Lard dans celle de la Poterie. On ignore d'où lui vient ce nom qu'on ne donne qu'à trois rues disposées en triangle: il se confond maintenant avec la rue Le Noir, dont il fait la suite.
  • 24. Rue de la Pointe Saint-Eustache. Un de ses bouts donne à l'extrémité de la rue Traînée, et l'autre se termine aux halles, au coin de la rue de la Tonnellerie. Son nom vient, selon quelques-uns, du clocher de l'église de Saint-Eustache, qui étoit bâti en pointe ou pyramide. Selon d'autres, il vient de la pointe formée par les rues qui y viennent aboutir. Ce carrefour est en effet indiqué en 1300 et dans les siècles suivants sous le nom de la Pointe Saint-Huystace. Nous avons déjà dit que nous croyons cette rue la même que celle qui est désignée par Guillot sous le nom de Nicolas Arode[389]. Rue aux Fers. Elle va de la rue Saint-Denis au marché aux Poirées. On a beaucoup varié sur le nom de cette rue qui est très-ancienne, étant connue dès le treizième siècle. Sur plusieurs plans, tant anciens que modernes, on lit rue aux Fers; d'autres écrivent au Ferre, et aux Fèves. Le voisinage de la halle où l'on vend des légumes a sans doute servi de fondement à cette dernière dénomination. Le rôle de 1313 et d'autres actes l'indiquent sous le nom de rue au Feure. Sauval dit qu'elle le portoit en 1297[390]; et il peut lui convenir, ainsi que celui de Fouare, qui signifie aussi paille, parce qu'on croit, dit-il, qu'elle a servi de marché. Jaillot pense que son véritable nom est celui de rue au Fèvre, qu'on écrivoit anciennement au Feure la consonne v ne se distinguant point alors dans les actes d'avec la voyelle u. Dans ce sens le mot fèvre veut dire un artisan, un fabricant, faber. C'est ainsi qu'elle est nommée dans un arrêt du 26 mars 1321: in capite vici Fabri juxta halas. Ainsi la dénomination de rue aux Fers, qu'on lui donne depuis plus de cent cinquante ans, n'a pas d'autre fondement que l'usage. Rue de la Friperie (la grande et la petite). Ces deux rues doivent leur nom aux fripiers qui en habitent la plus grande partie; elles aboutissent toutes deux à la rue de la Tonnellerie. La grande rue de la Friperie se termine à la rue Jean-de-Beausse, et la petite à celle de la Lingerie[391]. Rue de la Fromagerie. Elle aboutit d'un côté dans la rue de la Pointe-Saint-Eustache; de l'autre dans le marché aux Poirées. On la
  • 25. nommoit anciennement vieille Fromagerie, sans doute à cause des marchands de fromage qui y demeuroient[392]; et c'est ainsi qu'on la trouve indiquée dans les plans de la fin du quinzième siècle. Guillot l'appelle de la Formagerie. Rue Jean-de-Beausse. Elle traverse de la rue de la Friperie dans celle de la Cordonnerie, et doit son nom à un particulier qui y avoit un étal. Il en est fait mention dans un compte du hallage, en 1484. Son nom n'a pas varié depuis[393]. Rue au Lard. Elle commence à la rue de la Lingerie et aboutit à la boucherie de Beauvais. Presque toutes les nomenclatures portent rue Aulard, comme si elle eût emprunté ce nom d'un particulier. Cependant il est certain qu'on y vendoit autrefois du lard et des charcuteries, ce qui donne lieu de croire qu'il faut écrire au Lard, opinion que fortifie la vue de plusieurs anciens plans où l'on s'est conformé à cette orthographe[394]. Rue de la Lingerie. Une de ses extrémités donne dans la rue de la Féronnerie, l'autre dans le marché aux Poirées, au coin de la rue aux Fers. Elle doit son nom aux lingères et vendeurs de menues friperies à qui saint Louis permit d'étaler le long du cimetière des Innocents jusqu'au marché aux Poirées, privilége qui leur fut confirmé par plusieurs de ses successeurs. Les gantiers étoient établis de l'autre côté de cette rue: aussi trouve-t-on dans plusieurs actes la lingerie et la ganterie indiquées au même endroit. Les étaux de lingères subsistèrent en ce lieu jusqu'au règne de Henri II. Ce prince, ayant racheté toutes les halles, vendit cet emplacement à des particuliers pour y construire des maisons[395], lesquelles ont formé une rue qui a pris le nom de rue de la Lingerie. Rue de Mondetour. Elle aboutit d'un côté dans la rue des Prêcheurs, et de l'autre dans celle du Cygne. Guillot et ceux qui l'ont suivi ont écrit Maudetour, et avec raison. Elle est ainsi nommée dans les rôles de 1300 et de 1313; et ce nom subsistoit encore du temps de Corrozet. Sauval dit qu'elle s'appeloit, au quatorzième siècle,
  • 26. Maudestour et Maudestours[396], et, depuis la rue du Cygne jusqu'à celle de la Truanderie, ruelle ou rue Jean Gilles. On varie sur l'étymologie de ce nom. L'abbé Lebeuf a inféré du nom de Maudetour, qui veut dire mauvais détour, ou que c'étoit un endroit dans lequel on avoit fait quelque mauvaise rencontre, ou que ce nom pouvoit venir de l'ancien château de Maudestor[397]. Jaillot pense que c'est un nom de famille, et il cite à l'appui de son sentiment plusieurs titres anciens, et entre autres les déclarations rendues en 1540, parmi lesquelles on trouve celle d'une maison sise rue Pyrouet en Thérouenne, aboutissant des deux parts aux héritiers de feu Claude Foucault, sieur de Maudetour[398]. Rue Le Noir. Cette rue, qui donne de la rue Saint-Honoré dans celle de la Poterie, a été ouverte depuis 1780, et doit son nom à M. Le Noir, lieutenant-général de police. Rue Pirouette. Voyez Tirouane. Rue de la Poterie. Elle donne d'un bout dans la rue de la Lingerie, et de l'autre dans celle de la Tonnellerie. Son nom lui vient des poteries qui s'y vendoient encore dans le dix-septième siècle. Elle a porté anciennement les noms de rue des deux Jeux de Paume, rue Neuve des deux Jeux de Paume, parce qu'effectivement il y en avoit deux qui occupoient l'emplacement où est aujourd'hui la halle aux draps et aux toiles. Rue des Potiers d'Étain. On désigne sous ce nom la partie des piliers des halles qui règne depuis la rue Pirouette jusqu'à celle de la Cossonnerie. Elle doit ce nom aux potiers d'étain qui s'y sont établis. On la désignoit plus ordinairement sous le nom général de Piliers des Halles, et quelquefois sous celui de Petits Piliers, parce qu'il y en a un plus petit nombre de ce côté[399]. Rue des Prêcheurs. Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Denis, et de l'autre à la halle. On la connoissoit sous ce nom dès le douzième siècle. Sauval dit qu'en 1300 elle s'appeloit rue aux
  • 27. Prêcheurs, et depuis au Prêcheur, à cause d'une maison où pendoit pour enseigne le prêcheur, et qui étoit nommée en 1381 l'hôtel du Prêcheur[400]. Jaillot croit que la maison et l'enseigne devoient leur nom à un particulier: car il dit avoir vu des lettres de Maurice de Sully, évêque de Paris, de l'an 1184[401], qui attestent que Jean de Mosterolo avoit donné à l'abbaye de Saint-Magloire ce qu'il avoit de droit in terra Morinensi, et 9 sous sur la maison de Robert le Prêcheur, Prædicatoris. Au siècle suivant, cette rue se nommoit des Prêcheurs; elle est indiquée ainsi dans un amortissement du mois de juin 1252, concernant une maison située in vico Prædicatorum[402]. Rue de la Réale. Elle donne d'un bout dans la rue de la grande Truanderie, et de l'autre sous les piliers des halles. Dans les titres du quinzième siècle, elle est appelée ruelle ou rue Jean Vingne, Vuigne, Vigne, des Vignes. Ce mot, que Jaillot croit être une altération de celui de Jean Bigne, Bingue ou Bigue, ainsi que l'écrivoit Guillot, a été le nom de plusieurs particuliers dont les actes font mention[403]. Du reste, on trouve cette rue déjà désignée sous le nom de la Réale, sur tous les plans du dix-septième siècle. Rue Tirouane. Elle va d'un côté aux rues de Mondetour et de la Petite Truanderie, et de l'autre aux piliers des halles. On la connoît également sous le nom de rue Pirouette. Il y a apparence que ce terrain formoit anciennement deux rues, dont l'une s'appeloit Therouenne, qui est le nom du fief. Quant au nom de la seconde, il a été souvent altéré. On trouve dans la liste des rues du quinzième siècle, rue Petonnet, et rue Tironne, ou Térouenne; dans Corrozet et Bonfons, rue du Petonnet, du Peronnet, Tironnet et Teronne. Enfin elles semblent ne former plus qu'une seule rue sous le nom de Pirouet en Tiroye, en Tiroire, en Theroenne, Tirouer, Therouanne et Tirouanne; en 1413, Pierret de Terouenne; Pirouet en Therouenne dans le quinzième et le seizième siècle; enfin Pirouette en Therouenne, qui est son véritable nom.
  • 28. Rue de la Tonnellerie. Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Honoré, de l'autre à celle de la Fromagerie et à la halle; elle portoit ce nom dès le treizième siècle. On la trouve quelquefois désignée sous le nom de la Toilerie, parce qu'autrefois cette rue étoit distinguée en deux parties: la Tonnellerie étoit la rue ou chemin sous les piliers, l'autre côté étoit la Toilerie. On l'appeloit aussi rue des Toilières; et au quatrième livre des comptes de Marcel, en 1557, elle est indiquée rue des Toilières, qui fait front aux rues de la Tonnellerie et aux Toilières du côté de la halle au blé. On connoît plus particulièrement cette rue sous le nom des grands Piliers des Halles[404]. Rue de la Grande Truanderie. Elle traverse de la rue Comtesse d'Artois dans celle de Saint-Denis. On donne à ce nom deux étymologies: les uns le font venir du vieux mot truand, qui signifioit un gueux, un vagabond, un diseur de bonne aventure, espèce de gens que les partisans de cette étymologie supposent avoir occupé autrefois cette rue, à laquelle ils auroient donné leur nom. D'autres, et c'est le plus grand nombre, font dériver ce nom du vieux mot tru, truage, qui signifie tribut, impôt, subside. Jaillot penche pour cette dernière opinion. «De ce mot trus, dit Pasquier dans ses Recherches, vient celui de Truander, pour dire gourmander, parce que ceux qui sont destinés à exiger les tributs sont ordinairement gens fâcheux qui ont peu de pitié des pauvres, sur lesquels ils exercent les mandements du roi.» Il y a grande apparence, ajoute-t-il, qu'on donna le nom de truanderie aux rues où les bureaux de ces fermiers et receveurs étoient établis. Guillot parle en cet endroit du carrefour de la Tour. Où l'on geite mainte sentence En la maison à dam Sequence[405]. Ce carrefour étoit la première entrée des halles; il est vraisemblable qu'on y percevoit les droits sur les marchandises qui arrivoient à ce marché, et que la rue en avoit pris le nom qu'elle n'a point cessé de porter jusqu'à ce jour. Ce carrefour subsiste encore à l'endroit où les deux rues de la Truanderie forment un angle.
  • 29. Rue de la Petite Truanderie. Elle commence au coin de la rue Mondetour et aboutit dans la rue de la Grande Truanderie, à la place du puits d'Amour[406], d'où cette rue fut appelée anciennement rue du Puits d'Amour et de l'Arian, ou Arienne. Rue Verdelet. Cette rue, qui traverse de la rue Mauconseil dans celle de la Grande Truanderie, se nommoit anciennement rue Merderiau, Merderai, Merderel et Merderet. On a adouci ce mot en changeant deux lettres; et, au commencement du dix-septième siècle, on la nommoit déjà rue Verdelet. MONUMENTS NOUVEAUX ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789. Marché des Innocents. Il étoit autrefois occupé tous les jours par des marchands fripiers, immédiatement après avoir servi de marché aux légumes. Depuis la révolution, les fripiers ont été transportés au marché du Temple; et sur le vaste emplacement de la place des Innocents on a élevé quatre rangs de poteaux figurés en colonnes, et soutenant des charpentes recouvertes en ardoises; et là sont placés plus commodément ceux qui vendent les légumes, les herbes, les fruits, etc. Marché au Poisson. Il a été nouvellement construit sur son ancien emplacement: c'est un grand carré, circonscrit et divisé par des poteaux. Ceux de l'extrémité sont en pierres de taille, et ceux de l'intérieur simplement en bois et d'une plus petite dimension. Tout ce carré est couvert, et abondamment pourvu d'eau par diverses fontaines. Ancienne halle à la Viande. Elle est aujourd'hui destinée à la vente du beurre et des œufs, et se divise comme les autres en compartiments formés par des poteaux que recouvre une toiture. Plusieurs maisons ont été abattues afin de rendre l'entrée de cette halle plus commode.
  • 30. Fontaine de la Pointe-Saint-Eustache. Cette fontaine, dont la simplicité étoit extrême, a reçu une décoration fort élégante. Elle se compose maintenant d'une niche au fond de laquelle est un masque de Silène vomissant l'eau dans une coquille d'où elle se répand dans un vase à deux anses, porté par quatre gaînes formées de pates et de têtes de lions, dont deux rejettent l'eau dans un bassin demi- circulaire. Sur le vase, un bas-relief représente une nymphe qui donne à boire à un amour.
  • 31. QUARTIER SAINT-DENIS. Ce quartier est borné à l'orient par la rue Saint-Martin et par celle du faubourg du même nom exclusivement; au septentrion, par les faubourgs Saint-Denis et Saint-Lazare inclusivement et jusqu'aux barrières; à l'occident, par les rues du Faubourg-Poissonnière, Poissonnière et Montorgueil jusqu'au coin de la rue Mauconseil inclusivement; et au midi, par les rues aux Oues[407] et Mauconseil aussi inclusivement. On y comptoit, en 1789, cinquante et une rues, onze culs-de-sacs, trois églises paroissiales, une église collégiale, une chapelle, une communauté d'hommes, un couvent et trois communautés de filles, un hôpital, etc. Ce quartier, qui commence au centre de la ville, et qui finit à son extrémité septentrionale, a suivi, dans son accroissement, celui des diverses enceintes qui se sont succédé. Avant Philippe-Auguste il n'existoit point encore, puisque la clôture qui environnoit Paris du temps de Louis-le-Jeune passoit à l'endroit où est aujourd'hui le cloître Saint-Merri. Les murailles que Philippe fit bâtir embrassèrent un vaste terrain qui, dans la partie dépendante de ce quartier, s'étendoit depuis dans la rue Montorgueil jusqu'à celle du Bourg-l'Abbé, renfermant dans son circuit une partie du bourg qui a donné son nom à cette dernière rue, l'hôpital Saint-Josse et le couvent de Saint-Magloire, avec les cultures qui en dépendoient[408]. Ces cultures furent bientôt couvertes de maisons; et la rue Saint- Denis, qu'on nomma depuis la grant rue, la grant chaussée de M. saint Denis, commença à se former. Un faubourg nouveau la prolongea bientôt hors de l'enceinte; et lorsque, sous Charles V, on
  • 32. jugea nécessaire de reculer les fortifications de la ville, le terrain qui fut renfermé dans le quartier dont nous parlons étoit déjà presque entièrement couvert de maisons. La porte Saint-Denis fut dès lors placée à l'endroit où elle étoit encore au commencement du règne de Louis XIV[409]: car, depuis Charles V jusqu'à cette époque, cette partie de l'enceinte de Paris ne reçut aucun nouvel accroissement. Mais à peine eut-elle été bâtie, qu'on vit une autre rue extérieure, faisant encore suite à la rue Saint-Denis, se prolonger dans la campagne avec le nom de rue du Faubourg Saint-Denis. Cette dernière rue, qui conduisoit à la maison Saint-Lazare, resta, jusqu'au règne de Louis XIV, isolée au milieu des champs. Sous ce prince, on la voit enfin coupée par quelques rues transversales qui la lient aux autres faubourgs; mais le terrain que renfermoient ces rues ne contenoit encore que des jardins, des marais et autres terres labourables. Ce n'est que dans le dix-huitième siècle qu'on a commencé à couvrir ces places vides, et que ce faubourg est devenu successivement un des plus populeux de la capitale. SAINT-JACQUES-DE-L'HÔPITAL. Cet hôpital et son église avoient été fondés pour y recevoir les pélerins qui iroient à Saint-Jacques de Compostelle et qui en reviendroient: mais par qui et à quelle époque? c'est sur quoi les historiens ne sont pas d'accord. On a pu déjà remarquer que, dans l'histoire des anciens monuments de Paris, ce sont presque toujours ces deux points qui sont enveloppés d'une plus profonde obscurité. Ce n'est qu'en discutant les différentes opinions, en comparant les dates, en vérifiant les actes, qu'on peut espérer d'y jeter quelques lumières, et de démêler la vérité à travers tant de traditions confuses et d'erreurs accréditées ou par l'ignorance ou par l'intérêt personnel. Par exemple, une ancienne tradition attribue la fondation de l'hôpital et de l'église de Saint-Jacques à Charlemagne; et quoique cette
  • 33. opinion soit destituée de tout fondement, elle a cependant été adoptée par une foule d'écrivains, tant anciens que modernes[410]. Les chanoines mêmes de cette église sembloient l'avoir autorisée par la forme de leur sceau, qui représentoit d'un côté saint Jacques, et de l'autre Charlemagne. Cependant il n'y a d'autre autorité, pour soutenir une origine aussi peu vraisemblable, que la Chronique du faux Turpin, où il est dit que ce monarque avoit fait bâtir, entre Paris et Montmartre, une église du titre de Saint-Jacques. Non-seulement on s'est trompé en croyant que cela devoit s'entendre de Saint- Jacques-de-l'Hôpital, mais il s'est trouvé qu'on commettoit une double erreur: car, quoique le fait ne soit pas plus vrai à l'égard de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, cependant ceux qui ont fabriqué l'histoire de Turpin n'ont pu avoir en vue que cette dernière église, puisqu'il existe des manuscrits de cette histoire fabuleuse écrits dès le treizième siècle, temps auquel l'église de Saint-Jacques-de- l'Hôpital n'étoit certainement pas bâtie. Les auteurs les plus exacts fixent l'époque de sa fondation en 1315; une ancienne inscription gravée sur une des portes la marquoit en 1317; l'abbé Lebeuf la place en 1322. Il paroît constant que cet hôpital fut fondé, au commencement du quatorzième siècle, par des Parisiens qui, ayant fait le pélerinage de Saint-Jacques de Compostelle, lequel étoit célèbre dès le neuvième siècle, imaginèrent, pour perpétuer la mémoire de ce pieux voyage, de former entre eux une société ou confrérie. Quelques historiens prétendent que, dès 1298, elle tenoit ses assemblées dans l'église de Saint-Eustache; mais on ne voit point qu'elle ait été autorisée avant le règne de Louis X, qui, par ses lettres-patentes du 10 juillet 1315, approuva cette association, et lui permit de tenir ses assemblées aux Quinze-Vingts. Charles de Valois, comte d'Anjou, et plusieurs notables bourgeois de Paris, s'y étant fait inscrire, en augmentèrent tellement les fonds par leurs libéralités, que, dès 1317, les confrères se crurent assez riches pour entreprendre la construction d'un hôpital et d'une chapelle. Ils achetèrent à cet effet le terrain qu'occupoient encore,
  • 34. dans ces derniers temps, l'église, le cloître et les maisons de leur dépendance; mais, s'étant bientôt aperçus qu'ils avoient commencé une entreprise au-dessus de leurs facultés, ils s'adressèrent à l'official de Paris, qui, en 1319, leur accorda des lettres par lesquelles les fidèles étoient exhortés à secourir de leurs aumônes les confrères pélerins de Saint-Jacques, et qui autorisoient ceux-ci à faire des quêtes dans les différents quartiers de la ville et au dehors, pour la construction de leur hôpital. Ces quêtes eurent un succès complet, et procurèrent des sommes plus que suffisantes pour continuer les bâtiments déjà commencés. Cependant ils se virent forcés d'en suspendre quelque temps les travaux, par les oppositions que formèrent bientôt à leur établissement le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois et le curé de Saint-Eustache. Une requête que les confrères adressèrent alors au pape Jean XXII, pour faire lever ces obstacles, nous apprend que leur intention étoit que la chapelle fût desservie par quatre chapelains, dont l'un, sous le nom de trésorier, auroit l'administration des biens destinés pour la célébration du service divin, et seroit comptable envers les administrateurs choisis par les confrères; que ce service seroit célébré par lesdits chapelains, lesquels seroient obligés de dire l'office canonial, et de résider; que le trésorier auroit 50 liv. de revenu, et les chapelains 40 liv.; que toutes les offrandes faites à l'hôpital, pour quelque cause que ce fût, seroient employées totalement, tant à la construction de l'hôpital qu'à la nourriture des pélerins, des pauvres et des malades; qu'enfin il y auroit, pour le service de la chapelle, une cloche de poids suffisant, et près de l'hôpital un cimetière destiné à la sépulture des pélerins, des pauvres et des serviteurs de la maison[411]. Jean XXII, par une bulle du 18 juillet 1322, donna son approbation au projet des confrères pélerins, toutefois après avoir fait vérifier par des commissaires délégués à cet effet si la confrérie avoit les moyens d'exécuter les promesses mentionnées dans la requête[412]. Ces mêmes commissaires réglèrent en même temps les indemnités qu'il étoit juste de payer aux chapitre et doyen de Saint-Germain-
  • 35. l'Auxerrois, ainsi qu'au curé de Saint-Eustache, sur le territoire desquels cet hôpital devoit être bâti, et qui, comme nous venons de le dire, s'étoient d'abord opposés à son établissement. Les premiers abandonnèrent leurs prétentions moyennant la somme de 40 liv. parisis, et le curé de Saint-Eustache renonça aux siennes pour celle de 160 liv. Les commissaires décidèrent aussi que les confrères, étant garants du revenu de 170 liv. affecté aux quatre prêtres de cet hôpital, il étoit juste qu'ils présentassent aux bénéfices; qu'en conséquence la nomination du trésorier seroit faite par l'évêque d'après leur présentation, et celle des chapelains par le trésorier. Ce droit de patronage et de présentation fut ensuite confirmé en faveur des confrères pélerins par une bulle du même pape Jean XXII de l'année 1326, et par une autre du pape Clément VI en 1342. Les choses restèrent dans cet état jusqu'au commencement du quinzième siècle, où il se fit, dans la chapelle de cet hôpital, appelée alors église, plusieurs autres fondations de chapelains de deux espèces différentes[413]: la première fut de quatorze chapelains, depuis réduits à douze, lesquels devoient dire un certain nombre de messes, avec le droit et l'obligation d'assister à l'office du chœur, de loger dans le cloître, et de recevoir certaines distributions. On créa dans la seconde neuf autres chapelains, distingués des premiers en ce qu'ils n'avoient ni séance au chœur ni logement dans le cloître; ces derniers furent supprimés en 1482, et l'on appliqua une partie des fonds de leurs chapellenies à l'entretien des enfants de chœur. Depuis cette époque on ne compta dans l'église de Saint-Jacques- de-l'Hôpital que vingt titulaires, dont huit étoient chargés de faire l'office du chœur à tour de semaine, et prenoient en conséquence la qualité de chanoines; les douze autres, qui n'étoient tenus que d'assister à l'office et de dire un certain nombre de messes, avoient conservé le nom de chapelains. On y ajouta depuis quatre vicaires, un sacristain et quatre enfants de chœur. Les confrères pélerins continuèrent à jouir, sans aucune contestation, du plein exercice de leurs droits sur cet hôpital et sur cette église, jusqu'au mois de décembre 1672. Le roi ayant rendu à
  • 36. cette époque un édit par lequel il donnoit à l'ordre de Notre-Dame- du-Mont-Carmel et de Saint-Lazare-de-Jérusalem l'administration et la jouissance perpétuelle des maisons, droits, biens et revenus de plusieurs ordres hospitaliers, hospices, hôpitaux, etc., Saint-Jacques- de-l'Hôpital se trouva au nombre des maisons dont cet acte d'autorité changeoit la destination. Les confrères réclamèrent vivement contre une telle spoliation: après vingt ans de contestations et de plaidoiries, un nouvel édit, vérifié au grand conseil le 9 avril 1693, révoqua celui du mois de décembre 1672, et remit Saint-Jacques-de-l'Hôpital à ses premiers administrateurs. De nouvelles difficultés s'élevèrent bientôt au sujet de cette maison; mais comme il seroit aussi long que fastidieux d'en donner le détail, nous nous bornerons à dire qu'en 1722 elle fut réunie une seconde fois à l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, et qu'enfin elle en fut encore séparée en 1734. Les arrêts du conseil qui rétablirent l'ancienne administration furent confirmés par lettres-patentes du 15 avril de la même année, et enregistrés au parlement le 4 juin suivant. Les choses restèrent en cet état jusqu'au 1er juillet 1781, que de nouvelles lettres-patentes décidèrent irrévocablement du sort de cet hôpital, dont elles accordèrent les biens à celui des Enfants- Trouvés; celui-ci en a joui jusqu'au moment où on les a vendus comme biens nationaux. À l'époque de 1789, il ne restoit plus de bénéficiers dans Saint- Jacques-de-l'Hôpital qu'un trésorier, quatre chapelains, un vicaire- sacristain et quatre enfants de chœur. Le trésorier exerçoit les fonctions curiales dans l'étendue du cloître seulement. Tous les ans, le premier lundi d'après la fête de saint Jacques-le-Majeur, les confrères s'assembloient dans l'église, et faisoient une procession solennelle, où ils assistoient, ayant un bourdon d'une main et un cierge de l'autre. Cette église, qui n'avoit rien de remarquable, avoit été bâtie en 1322, et dédiée, en 1323, par Jean de Marigni, évêque de Beauvais[414]. Le trésor contenoit différens reliquaires fort riches, qu'il devoit aux libéralités de Philippe-le-Long, de Jeanne d'Évreux,
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